Interview de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à Europe 1 le 31 août 2001, sur la rentrée scolaire, notamment le recrutement d'enseignants, l'installation de postes de proviseurs de la vie scolaire et la préparation de l'élection présidentielle de 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à Europe 1 le 31 août 2001, sur la rentrée scolaire, notamment le recrutement d'enseignants, l'installation de postes de proviseurs de la vie scolaire et la préparation de l'élection présidentielle de 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack, MARTICHOUX Elisabeth.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : E. Martichoux On va parler dans un instant de la rentrée scolaire la semaine prochaine le 5 pour la majorité des élèves. Mais d'abord la rentrée politique. D. Voynet, R. Hue, J.-P. Chevènement, bref la majorité plurielle à côté du PS ont été les premiers a tiré sur L. Jospin après son intervention sur TF1 mardi soir. Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

- "On peut regretter que de temps à autres tel allié puisse être parfois plus critique à l'égard du Gouvernement qu'il ne l'est à l'égard de nos concurrents directs, la droite conservatrice. Ce faisant, ils s'affaiblissent eux-mêmes, ils ne se grandissent pas. Je leur dis amicalement qu'ils se renforceront demain - si c'est leur objectif - en dirigeant leurs flèches exclusivement contre l'opposition et surtout en s'affirmant comme force de propositions et d'idées nouvelles. Quand on veut gagner une bataille - les batailles futures - on ne joue pas perso. Seules les équipes soudées sont gagnantes. Je crois que c'est une erreur de jouer avec le feu du "chacun pour soi.""

Il va sans doute en être question à la Rochelle ce week-end où tous les militants socialistes vont se retrouver autour des ministres et du Premier ministre. Pour reprendre la main justement, est-ce que vous attendez de L. Jospin qu'il soit peut-être un petit plus mordant à l'égard du chef de l'Etat ? Mardi soir, il a juste donné une explication de texte de son action gouvernementale.

- "Ce qui est important, c'est que les Français qui souhaitent que nous puissions continuer à transformer ce pays sachent que nous ne manquons pas d'atouts : la réussite du Gouvernement - même si tout n'est pas parfait, il y a beaucoup de bonnes choses qui se sont réalisées et qui vont continuer à se réaliser -, la pléiade de personnalités populaires qui entourent le Premier ministre et qui constituent une équipe d'action, de transformation et d'innovation, un pays prospère qui a retrouvé une certaine confiance en lui-même et qui est créateur d'emplois même si on connaît à un moment ou à un autre quelques ralentissements qui seront compensés par d'autres créations d'emplois. Je veux dire par là que les chances de nos futures victoires ou de nos insuccès sont entre mains ; pour cela en effet, je crois que nous devons non seulement préserver notre unité mais en même temps concevoir - on y travaille - un programme neuf, audacieux, ancré dans les valeurs du progrès, qui sera le prolongement de nos réalisations positives."

Précisément parce que vous avez l'habitude et l'expérience des grandes batailles électorales, vous savez que c'est difficile de gagner sur un bilan. Cela ne suffira pas pour L. Jospin.

- "Vous avez tout à fait raison. Quel que soit le bilan - et il est bon - nous devons - et nous y travaillons en ce moment, à La Rochelle en particulier - jeter les bases d'un programme original, fort, puissant qui, selon moi, devrait plus que jamais être conforme au slogan ou au précepte "changer la vie." Et puis disons-le : nous avons la chance d'avoir à la tête du Gouvernement un homme respecté, intègre, courageux qui a du caractère et qui le moment venu - qui n'est pas venu - saura animer les troupes."


Vous n'avez pas justement tout à fait répondu à ma question de tout à l'heure : est-ce que le temps est venu pour L. Jospin d'entrer dans un duel frontal avec le chef de l'Etat qui lui le 14 juillet a effectivement critiqué l'exécutif du Premier ministre ?

- "Non. Libre au RPR de se lancer dans des campagnes présidentielles prématurées. Nous, nous travaillons pour le pays, nous sommes au service de l'Etat, de l'intérêt général. Nous allons faire d'autres réformes, d'autres changements. Il n'est pas question d'ouvrir une campagne électorale avant l'heure."

On va parler de l'école et de la rentrée scolaire parce que c'est un des moments très forts pour les Français. Beaucoup de vos annonces de ces derniers mois vont être concrétisées à l'occasion de cette rentrée. Deux dossiers sont très sensibles. On va commencer bien sûr par les effectifs. On a entendu la mise en garde du syndicat du SNES qui nous dit ce matin qu'il n'y aura pas assez d'enseignants dans les classes. Il en manque 4 600.

- "Pendant de trop nombreuses années - sept à huit ans -, les gouvernements successifs ont sous-calibré les recrutements, ils n'ont pas été en mesure de prévoir et d'organiser les recrutements. C'est la raison pour laquelle, avec L. Jospin, nous avons mis au point un plan pluriannuel de recrutement et de créations d'emplois. Nous sommes d'ailleurs le seul pays au monde - en tout cas en Europe - à proposer cette prévision. Cela s'accompagne en même temps d'une rénovation profonde de la formation des maîtres. Concrètement, pour la rentrée qui vient, j'ai augmenté de 10 % l'an dernier avec l'accord du Premier ministre les postes de professeurs : 15 000 cette année. Ils seront tous pourvus. Nous avons eu - ce qui tord le cou à une pénurie de vocations - 140 000 candidats pour ces 15 000 postes. Et puis, je vais prendre une mesure en accord avec le Gouvernement d'une annonce anticipée du nombre de postes encore en augmentation qui seront inscrits au concours au printemps prochain."

Une annonce anticipée ?

- "Nous les annoncerons - je vais être prudent - dans les deux mois qui viennent et j'espère beaucoup plus tôt. Il y a un point sur lequel je veux dire quelques mots : l'ensemble des postes - à quelques unités près - seront pourvus à la rentrée. Il n'est pas vrai qu'il y aura 4 600 postes non pourvus. Ils seront tous pourvus, sauf s'il y a un pépin d'un professeur malade ou d'une difficulté ici ou là. Pourquoi ? Parce que nous y travaillons depuis un an, jour après jour. Les chiffres que donne le SNES, pour lequel j'ai beaucoup de considération, sont des chiffres qui datent du mois de juillet. Qu'on le sache : nos recteurs travaillent au mois d'août et le ministre aussi pour préparer la rentrée. Par conséquent, les chiffres aujourd'hui ne sont plus ceux-là."

D'une façon plus générale, vous avez lancé au printemps dernier une campagne de recrutement, une campagne pour attirer les jeunes parce que - on le sait c'est une réalité - ils sont moins attirés par cette profession.

- "Non, ce n'est pas vrai."

Il y avait moins d'inscriptions au concours des IUFM que les années précédentes.

- "Cela n'est pas vrai, ce n'est pas juste. Il y a des pré-inscriptions qui vont être prolongées ou réouvertes ; par conséquent, nous trouverons certainement cette année - je ne parle pas de ce qui pourra se produire dans trois ou quatre ans - un nombre comparable sinon supérieur à l'an dernier. En ce qui concerne les candidats au poste de professeurs des écoles, non seulement il n'y a pas de fléchissement mais il y a, au contraire, un engouement que nous avons constaté l'année dernière et cette année."

Si vous avez lancé cette campagne c'est bien qu'il y avait des raisons et en particulier - vous l'avez évoqué tout à l'heure - une absence d'anticipation sur les départs à la retraite, car près de la moitié des enseignants vont partir à la retraite d'ici à 10 ans.

- "C'est la raison pour laquelle, encore une fois, nous sommes le seul gouvernement d'Europe à établir un plan pluriannuel de recrutement. J'ai annoncé 160 000 recrutements pour les cinq années qui viennent. Le nombre de postes mis au concours sera en augmentation. C'est donc très important que les jeunes sachent - ils le savent de plus en plus - que le métier d'enseignant est un métier d'avenir. Pour l'heure, non seulement il n'y a pas de crise mais il y a, au contraire, soit un maintien des candidatures soit un engouement vers certains postes de professeurs. Il y a quelques matières sur lesquelles il y a à s'interroger - je pense aux sciences et aux langues."

Un mot sur les 35 heures à l'hôpital. La négociation dans l'éducation nationale, comment se passe-t-elle ? Sachant que le 22 septembre il y a une journée d'action des syndicats, peut-être une grève déjà dans les écoles sur ce thème?

- "Je ne crois pas mais chacun est libre de décider. Je peux vous dire que la discussion se passe dans un climat sérieux, professionnel et j'espère que de chaque côté le bon sens l'emportera."

On le verra dans les semaines qui viennent. La sécurité sera un des grands thèmes de la campagne électorale. La violence existe dans l'école depuis maintenant dix ans. Vous avez lancé une mobilisation générale qui passe par quoi ?

- "Qui passe d'abord par la restauration de l'autorité des professeurs et des parents. Il faut absolument que sur ce sujet, chacun épaule l'autre. Il est important que les enfants sachent qu'il y a des règles, que notre école est une école du respect, que les professeurs doivent être pleinement respectés ainsi que leurs parents. Nous avons pris deux types de mesures : les unes sont de mesures nationales - transformations pédagogiques pour redonner du sens à l'école et redonner confiance aux élèves - mais aussi des mesures pratiques - de bons chefs d'établissements. Une bonne nouvelle parmi d'autres : alors que naguère il y avait un grand nombre de postes de chefs d'établissements qui n'étaient pas pourvus dans la région parisienne, quasiment tous sont pourvus. Une mobilisation de toute la communauté éducative, à commencer par les élèves - j'en parlerai au cours de prochains jours - , la création d'un poste de proviseur de la vie scolaire, la mise au point d'un outil unique je crois en Europe d'un recensement quotidien, jour après jour, des incidents pour être mieux informé. Et puis par ailleurs, j'ai souhaité que nous puissions associer d'autres ministres. C'est un travail d'équipe avec M. Vaillant, Mme Lebranchu, Mme Buffet, M. Bartolone et M. Richard. C'est une première. Nous avons mis au point des instructions, notamment pour la région parisienne, pour que département par département, commune par commune, établissement par établissement soit mis au point un plan sécurité à la fois de prévention mais aussi - c'est très important - d'intervention rapide afin que dès qu'un incident se produise aussitôt un délégué de l'Etat soit présent pour rassurer, écouter et prendre des mesures."

Qui est ce délégué de l'Etat ?

- "C'est le recteur, l'inspecteur d'académie, c'est une personne qui sera chargée en permanence de ces questions et en particulier ce nouveau poste, celui de proviseur de la vie scolaire auprès de l'inspecteur d'académie. Je ne dis pas qu'on sera à l'abri d'incidents -il y en aura - mais nous avons pris de notre côté toutes les précautions pour que les équipes pédagogiques soient mieux entourées, soient mieux soutenues, mieux entendues."

Et stabilisées ?

- "C'est un point important pour la région parisienne puisque pour 102 des collèges les plus difficiles, nous avons décidé d'assurer par une série d'incitations le maintien en fonction pendant au moins 5 ans. J'ajouterai qu'une des mesures que nous avons prise pour la rentrée prochaine en région parisienne, c'est l'accompagnement des jeunes maîtres - qui font leur première année - par des stages et des tuteurs de telle sorte qu'ils puissent être mieux guidés et mieux épaulés. L'école fait l'impossible pour être un lieu de paix, de tranquillité et de respect. Je voudrais à travers vous m'adresser à la société qui elle, est parfois violente."

Comme l'a dit L. Jospin mardi soir.

- "Il arrive parfois qu'on s'acharne ici ou là, du côté de certains hommes politiques qui ne respectent pas le droit, du côté de certaines organisations qui ne respectent pas le droit, du côté de certains médias qui véhiculent une idéologie du gain facile, de la réussite facile, à déconstruire ce que nous construisons. Nous voulons propager les valeurs de respect et de solidarité et je souhaite que les adultes dans la société ne soient pas des contre- exemples mais, au contraire, offrent à la jeunesse un autre idéal de vie et tout ira beaucoup mieux."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 4 août 2001)

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