Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la réactivation du plan Vigipirate, la coopération européenne et internationale dans la lutte contre le terrorisme après les attentats aux Etas-Unis, le rôle des préfets dans le dispositif antiterroriste français et sur l'intention du gouvernement de compléter le projet de loi sur la sécurité quotidienne en la matière, Paris le 20 septembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la réactivation du plan Vigipirate, la coopération européenne et internationale dans la lutte contre le terrorisme après les attentats aux Etas-Unis, le rôle des préfets dans le dispositif antiterroriste français et sur l'intention du gouvernement de compléter le projet de loi sur la sécurité quotidienne en la matière, Paris le 20 septembre 2001.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réunion des préfets au ministère de l'intérieur le 20 septembre 2001, après la réactivation du Plan Vigipirate

ti : Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les Préfets,
Mesdames et Messieurs,


Le ministre de l'Intérieur, M. Daniel VAILLANT, vous réunit régulièrement, pour que vous soyez informés par les ministres eux-mêmes des politiques gouvernementales que vous avez la charge de mettre en ¿uvre dans les départements et les régions. Je suis venu plusieurs fois devant vous pour évoquer les priorités de la politique du Gouvernement. Aujourd'hui, vous entendrez le ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, M. Laurent FABIUS, qui vous présentera le projet de loi de finances pour 2002, le ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, M. Yves COCHET, qui traitera du dossier NATURA 2000 puis, bien sûr, le ministre de l'Intérieur.


Je n'avais pas prévu de venir m'exprimer devant vous cet après-midi. J'ai décidé de le faire après la tragédie qui, le 11 septembre, a endeuillé les Etats-Unis. Je veux en effet vous dire personnellement quelles sont, pour le Gouvernement, les premières conséquences que nous avons tirées de cet événement dramatique et ce que j'attends des préfets, dans ces circonstances.


La violence extrême des attentats commis aux Etats-Unis le 11 septembre dernier a provoqué en nous un sentiment d'horreur et une immédiate solidarité avec ce pays ami. Nous serons à ses côtés et déterminés dans la lutte contre le terrorisme.


Les attentats qui ont frappé New York et Washington posent pour toute l'humanité une interrogation tragique sur la direction dans laquelle certains voudraient l'entraîner. Ces actes représentent une négation absolue des valeurs sur lesquelles les démocraties et même la société internationale sont construites.


Notre premier mouvement est de manifester toute notre compassion au peuple américain si brutalement frappé. La soudaineté de cette agression, l'énormité des destructions, la disparition de milliers de personnes qui rend le deuil de leurs proches plus difficile et aussi l'incompréhension des raisons de tels actes, constituent pour le peuple américain -il faut bien en avoir conscience au-delà des images- un traumatisme majeur, dont l'ampleur ne peut encore être appréciée. Nous Français, qui savons la part prise par les Etats-Unis dans notre Libération, sommes particulièrement touchés par le drame que vivent les Américains.


Au-delà de notre sympathie, notre solidarité avec les Etats-Unis doit s'exprimer dans notre participation active à la lutte internationale contre le terrorisme qu'il faut conduire avec une détermination accrue.


Le terrorisme tente parfois de se justifier par les causes qu'il prétend défendre et les injustices qu'il dit combattre. Rien ne peut justifier le massacre de populations civiles. Et l'injustice extrême de ces meurtres aveugles ne peut évidemment venger aucune injustice. Quant à prétendre tuer au nom de Dieu, c'est sans doute, comme le Grand rabbin de France l'a affirmé lors de la cérémonie à l'église américaine, tuer deux fois. En réalité, le terrorisme n'est qu'une ¿uvre de mort. Notre pays a déjà été frappé par le passé et en a éprouvé l'inhumanité. Le terrorisme n'est porteur d'aucune solution à aucun problème. Il ne peut conduire l'humanité qu'au désastre.


Il faut donc non seulement que les crimes commis le 11 septembre aux Etats-Unis soient punis mais aussi qu'ils ne puissent plus se reproduire, dans aucun pays et à aucun moment. La communauté internationale doit affirmer solennellement et solidairement le rejet du terrorisme et mettre en oeuvre les moyens de l'éradiquer durablement.


Je le redis : la France, sur son territoire national et au sein de l'Europe, prendra toute sa part dans la lutte contre le terrorisme. Cette lutte doit être globale - il faut démanteler des réseaux armés mais aussi des circuits financiers qui les nourrissent - et elle doit être internationale.


La réunion du conseil JAI auquel le ministre de l'Intérieur et la ministre de la Justice ont participé ce matin, le conseil européen qui se tiendra vendredi et auquel je participerai avec le Président de la République doivent marquer de nouvelles étapes dans la coordination européenne de la lutte anti-terroriste. La France et l'Europe pourront alors, avec les Etats-Unis et beaucoup d'autres nations du monde, s'unir pour lutter efficacement contre ce fléau.


Il doit être clair que cette lutte contre le terrorisme n'est engagée ni contre l'Islam ni contre les pays arabes ou musulmans. Il faut redire aussi que la lutte anti-terroriste n'est pas séparable d'un combat international pour le développement et la justice, car la misère et l'injustice sont un terreau pour les idéologies radicales et le terrorisme.


Solidarité avec les Etats-Unis, engagement résolu dans la lutte contre le terrorisme, en concertation avec nos partenaires européens et dans le respect de notre souveraineté nationale, tels sont les principes qui guident le Gouvernement, en accord avec le Président de la République.


Cette situation internationale crée pour notre pays une menace. Nous y faisons face. Votre rôle est essentiel dans la préparation et la mise en ¿uvre des mesures de protection décidées par le Gouvernement.


La menace qui pèse sur notre pays à la suite des attentats aux Etats-Unis n'est pas aujourd'hui précise. Elle peut ne pas se concrétiser. Elle dépend sans doute de l'évolution d'une situation internationale elle-même déterminée par les réactions d'un grand nombre d'acteurs, dont il est aujourd'hui bien difficile de prévoir l'enchaînement. Mais il faut se préparer à y faire face pour le cas où elle surviendrait.


L'objectif prioritaire est de prévenir les actions terroristes et d'arrêter les terroristes avant qu'ils puissent agir. Cela nécessite de disposer de renseignements fiables pour tenter de prévoir l'origine, la nature et le moment de l'agression.


Plusieurs services du ministère de l'Intérieur, mais aussi du ministère de la Défense, jouent un rôle déterminant dans ces actions de prévention. Je salue, par l'intermédiaire de leurs chefs ici présents, tous les personnels des services de police engagés dans la lutte anti-terroriste : particulièrement, la direction de la surveillance du territoire et la direction centrale des renseignements généraux pour le renseignement, mais aussi la direction de la police judiciaire, la direction centrale de la sécurité publique, la direction centrale de la police aux frontières, le service du déminage, les services de la préfecture de police à Paris et les compagnies républicaines de sécurité. Je sais qu'ils ne ménagent pas leurs efforts, depuis des mois et souvent des années, pour connaître et démanteler les réseaux ou, par leur présence visible, pour dissuader les terroristes d'agir et rassurer la population. Ils ont remporté des succès incontestables, notamment ces dernières années, contre des mouvements terroristes de diverses origines. J'ai pu discuter avec certains des responsables des services de la préfecture de police lors de la visite que j'y ai effectuée avant-hier. Je créerai d'autres occasions de rencontre pour féliciter et encourager les services de police engagés avec courage et professionnalisme dans cette lutte difficile.


Je veux maintenant évoquer votre rôle, Mesdames et Messieurs les Préfets.


Comme vous le savez, le Gouvernement a, dès le 11 septembre, décidé de déclencher le plan VIGIPIRATE au stade renforcé. Cette mesure était nécessaire pour protéger les sites et points sensibles et pour rassurer nos concitoyens.


Le plan VIGIPIRATE repose sur vous, pour son élaboration au niveau départemental comme pour sa mise en oeuvre. De la qualité du travail de préparation que vous conduisez dépend largement l'efficacité du plan départemental. Quant à sa mise en ¿uvre, elle sollicite votre intervention personnelle, non seulement pour la lancer et la suivre, mais aussi pour mobiliser les responsables publics et privés, ainsi que les élus, sans l'engagement desquels le plan perdrait beaucoup de son effectivité.


Pour avoir visité plusieurs départements touchés par des catastrophes naturelles qui ont frappé notre pays ces dernières années, j'ai pu déjà éprouver personnellement l'efficacité des préfets et le professionnalisme des préfectures dans la réaction aux situations de crise. Je sais que le réseau des préfectures constitue pour notre pays, notamment dans ces situations, un atout important. Je ne doute donc pas que vous saurez faire face aux situations, à certains égards peut-être très nouvelles, qui se présenteront.


Le ministre de l'Intérieur m'a rendu compte des conditions très satisfaisantes de la première semaine d'application de la directive d'engagement du plan VIGIPIRATE. Je vous adresse mes félicitations. Je vous demande d'assurer les personnels des préfectures et des autres services déconcentrés placés sous votre autorité de ma confiance et de ma reconnaissance pour le travail déjà accompli. Je souligne aussi la très forte implication des services de police et de gendarmerie, ainsi que des autres forces militaires, dans la mise en oeuvre de VIGIPIRATE. Je sais aussi que les élus et les services publics, avec lesquels vous êtes en contact régulier, jouent un rôle essentiel dans l'application de ces mesures d'alerte et de précaution.


La crise qui s'est ouverte avec les attentats du 11 septembre n'est actuellement prévisible ni dans sa durée ni dans ses manifestations. Vous devez donc être prêts à adapter, sur directive du Gouvernement, le dispositif de protection mis en place. Le Gouvernement étudie des scénarios de menaces particulières pour certaines activités. Vous serez associés - notamment les préfets de zones de défense - à ces réflexions et à l'élaboration des mesures complémentaires de VIGIPIRATE ou des plans spécialisés qui pourraient se révéler nécessaires si la situation s'aggravait.


Au-delà de la préparation et de l'adaptation de ces dispositifs de protection, il vous appartient d'être attentifs, en liaison avec les élus et les responsables de la société civile, à l'état d'esprit de nos concitoyens dans vos départements.


L'émotion provoquée par ces violences spectaculaires, l'éventualité de réactions irréfléchies de solidarités instinctives, les actions provocatrices d'individus ou de groupes minoritaires mais déterminés peuvent créer des situations dangereuses. Vous devez y être attentifs. Le respect qui s'attache à votre fonction, votre neutralité, votre autorité, votre influence peuvent être précieux pour apaiser les tensions, rassurer la population et affirmer l'impératif de cohésion sociale et de rassemblement autour de valeurs communes -celles de la République- dans ces moments d'inquiétude, propices aux rumeurs et aux manipulations.


Vous devez aussi faire comprendre que les événements qui se sont produits ne doivent pas nous détourner de toutes les tâches qui nous attendent. Il n'y a pas lieu de se laisser gagner par une sorte d'attentisme passif, qui se traduirait par une obsession paralysante de ces moments dramatiques. La légitime préoccupation que ce choc a suscitée chez nos compatriotes, la vigilance que nous devons manifester, le renforcement des mesures de sécurité et donc de certaines contraintes pour la vie quotidienne ne doivent pas compromettre la vie économique et sociale, où l'on sait que les ressorts psychologiques sont essentiels.


Les autres tâches ne manquent pas. M. Laurent FABIUS va vous présenter le projet de loi de finances qui trace le cadre budgétaire de la politique pour l'année à venir. La préparation à l'euro s'accélère et je connais aussi vos responsabilités multiples pour faire en sorte que ce changement important s'effectue dans les meilleures conditions, notamment de sécurité, pour tous.


La menace terroriste ne doit pas non plus faire oublier l'importance de la lutte contre les autres formes d'insécurité. Vous êtes engagés activement, sous l'impulsion du ministre de l'Intérieur, dans la mise en oeuvre de la politique que le Gouvernement a définie pour que tous nos concitoyens bénéficient du droit à la sécurité. L'accroissement de la délinquance violente préoccupe nos concitoyens. La politique de sécurité appliquée depuis quatre ans doit permettre de contenir l'insécurité, puis de la faire reculer, grâce notamment à la police de proximité et au renforcement des effectifs que permettront les nombreuses créations de postes de la prochaine loi de finances. Le Gouvernement est aussi particulièrement attentif à la délinquance des mineurs. Les centres d'éducation renforcée et les centres de placement immédiat se mettent en place au rythme qui avait été arrêté.


Le Parlement reprendra bientôt l'examen du projet de loi sur la sécurité quotidienne. Celui-ci fournit de nouveaux outils pour lutter contre l'insécurité. Il sera complété pour tenir compte des vulnérabilités nouvelles à la menace terroriste que la situation actuelle révèle.


Mesdames et Messieurs les Préfets,


Je suis heureux d'avoir pu, même brièvement, m'adresser à vous aujourd'hui. Dans ces moments où nos concitoyens se tournent davantage vers l'Etat, face à une menace imprécise et inattendue, je sais que vous mesurez plus encore le poids de vos responsabilités. J'ai voulu par ma présence vous assurer de l'attention que je porte à l'exercice de votre mission, vous exprimer tous mes encouragements et vous redire ma totale confiance.


(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 21 septembre 2001)

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