Interview de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 24 septembre 2001, sur l'explosion de l'usine pétrochimique AZF de Toulouse et les premières mesures d'urgence prises par le gouvernement, les interpellations effectuées dans les milieux islamistes et l'évolution des enquêtes en Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 24 septembre 2001, sur l'explosion de l'usine pétrochimique AZF de Toulouse et les premières mesures d'urgence prises par le gouvernement, les interpellations effectuées dans les milieux islamistes et l'évolution des enquêtes en Corse.

Personnalité, fonction : VAILLANT Daniel, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Explosion de l'usine pétrochimique AZF à Toulouse le 21 septembre 2001

ti : Monsieur le Ministre et cher Collègue,
Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur, cher Jean-Claude KARSENTY,


C'est un grand plaisir pour moi de procéder, aux côtés de Roger-Gérard SCHWARTZENBERG, et en présence d'experts reconnus, à l'installation du comité scientifique de l'institut des hautes études de la sécurité intérieure.

1 - Tout le monde connaît ici l'implication de Dominique Monjardet dans le domaine de la sécurité intérieure et plus particulièrement ses recherches sur le travail policier, travail qu'il a su analyser, revenant sur des idées reçues qui assimilaient la police à un bloc homogène, mettant au contraire en lumière le pluralisme des opinions et des comportements d'un corps que je sais également animé par des valeurs communes.

A l'heure où se met en place, par vagues successives, la démarche ambitieuse de la police de proximité, qui vise à placer le citoyen au c¿ur de l'action et de l'organisation policières, je ne peux que me réjouir de ce que Dominique MONJARDET ait accepté de présider le comité scientifique de l'institut des hautes études de la sécurité intérieure, un institut qu'il connaît bien par ailleurs pour y avoir exercé des fonctions, avant de conseiller un directeur central de la sécurité publique.

2 - Avec la création d'un comité scientifique élargi à des universitaires, des directeurs de recherche au CNRS, des spécialistes de la police et des questions de sécurité, c'est la mission de cet institut en matière de capitalisation du savoir scientifique sur les questions de sécurité qui se trouve consacrée.

A côté d'administrations souvent tournées, par nécessité, vers la gestion de l'urgence et des crises, il est en effet indispensable qu'un regard scientifique soit porté sur les évolutions à moyen et à long terme de notre société, sur les insécurités qui la menacent, sur le fonctionnement même des structures chargées de la sécurité, qu'il s'agisse de prévention, de répression ou plus généralement de gestion des risques, et enfin sur les attentes des citoyens sur ces sujets, attentes qui sont par nature évolutives.

C'est le rôle de l'institut des hautes études de la sécurité intérieure, et le fait qu'un comité scientifique, composé d'experts, valide les travaux de recherche, apporte une garantie, une caution supplémentaire.

Grâce à ce regard scientifique - ô combien nécessaire - le débat sur la sécurité, que les échéances électorales ont parfois tendance à transformer en débat sur l'insécurité, peut espérer trouver - ou retrouver - un ton dépassionné, une approche " raisonnée ", pour reprendre une formule chère à l'institut des hautes études de la sécurité intérieure.

Mais j'attends plus de l'institut des hautes études de la sécurité intérieure qu'une pacification du débat. Certes un apaisement est nécessaire, parce que la polémique sur la sécurité, en particulier dans la période actuelle, n'est pas féconde, parce que la technique qui consiste à jouer sur les peurs, outre qu'elle ne témoigne pas d'un grand respect pour nos concitoyens, ne permet pas de produire de la sécurité.

J'attends aussi, et surtout, de l'institut des hautes études de la sécurité intérieure qu'il éclaire le débat, en rassemblant les savoirs, en les mettant en perspective avec les objectifs du ministère.

Le temps de la recherche n'est pas toujours compatible, hélas, avec le temps politique dont les échéances sont, comme chacun le sait, marquées par des délais rapprochés. Cela n'interdit pas au politique d'avoir une vision prospective. Cela n'interdit pas non plus à la recherche de s'adapter aux préoccupations des décideurs.

La recherche a en effet ceci de bénéfique pour le praticien qu'elle l'éclaire sur ses propres pratiques, qu'elle l'aide à en mesurer les effets, qu'elle lui permet de comprendre les difficultés qu'il rencontre, qu'elle l'autorise à se comparer à d'autres.

C'est ce perpétuel et nécessaire dialogue entre l'action et la recherche qui doit constituer, à mon sens, et la raison d'être et la force d'un institut comme l'institut des hautes études de la sécurité intérieure, rattaché au ministre de l'intérieur, mais qui ouvre le ministère sur un domaine plus vaste.

Parce que la criminalité est un phénomène complexe dans ses causes et évolutif dans ses manifestations, a fortiori quand elle "met en jeu" les plus jeunes, elle impose une compréhension toujours plus fine de ce qui la nourrit, une capacité d'innovation toujours plus grande pour y répondre, et une persévérance constante dans l'effort.

C'est cela aussi qui rend la recherche si précieuse. Elle peut nous garder des simplismes, des idées toutes faites, des solutions à l'emporte-pièce qui sont si faciles à brandir quand il s'agit d'insécurité.

3 - Il est coutume aussi de demander quand on aborde ce domaine : " mais que fait la police ? " et Dominique MONJARDET, avec d'autres ici, chercheurs ou praticiens, est bien placé pour répondre à cette question. Plusieurs d'entre vous, historiens, peuvent dire aussi ce qu'elle a fait dans un passé récent ou plus lointain.

Pour ma part, comme ministre de l'intérieur, j'ai le souci de savoir ce qu'elle fera dans un avenir proche, et avec quels moyens. C'est pourquoi j'ai confié au directeur général de la police nationale la mission d'engager la police dans une démarche prospective. La police nationale a en effet trop souffert d'une absence de vision à moyen terme et de continuité ; elle a besoin d'une vision stratégique pour anticiper l'évolution de ses missions, et s'adapter aux enjeux de la société de demain.

J'ai aussi le souci de savoir avec qui elle le fera. Car l'idée que la sécurité n'est pas qu'affaire de police, cette idée que l'institut des hautes études de la sécurité intérieure a si bien contribué à diffuser, s'impose désormais à tous comme une évidence. La coproduction de sécurité, et le contrat local de sécurité qui l'organise, fondé sur une volonté de résoudre en commun les problèmes, au plus près du terrain, garde toute sa pertinence. Là encore, la recherche est utile pour montrer qui sont les acteurs, ce qu'ils apportent, ce qu'ils produisent.

J'étais hier à Strasbourg, devant l'assemblée parlementaire du conseil de l'Europe, et j'ai pu mesurer à quel point le partenariat en matière de sécurité correspond à une demande des villes européennes. L'internationalisation de certains réseaux de criminalité est aussi un fait reconnu. Dans cette optique, l'institut des hautes études de la sécurité intérieure a son rôle à jouer, et son ouverture sur l'international ne peut que favoriser les comparaisons, les échanges de savoirs, les mises en synergies. La police de proximité, la coproduction de sécurité, tout cela mérite d'être confronté à d'autres démarches, comparé à d'autres pratiques.

* * *

Faire émerger les nouvelles questions de sécurité, éclairer les décideurs, accompagner les acteurs, voilà le sens d'une recherche scientifique couplée à une démarche pratique. Je me réjouis que l'installation du comité scientifique, qui - reconnaissons-le - a pris un peu de temps, soit l'occasion de rappeler tout cela.

La création d'un comité scientifique procède de la même exigence de transparence que la mise en place de la commission nationale de déontologie de la sécurité ou celle, à venir, d'un observatoire de la délinquance. Veiller au respect des règles de déontologie, mesurer la réalité de l'insécurité vécue et ressentie par nos concitoyens, évaluer aussi l'impact des politiques publiques de lutte contre la délinquance, c'est la marque du respect que nous devons à nos concitoyens.

Mesdames et messieurs, par votre participation, vous ferez progresser la connaissance sur les questions de sécurité, à un moment où la demande sociale est forte, et les réponses, pour certaines, encore à inventer. Nous devons tous ensemble faire preuve d'imagination !

Je vous remercie

(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 27 septembre 2001)

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