Déclaration de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, sur la carrière de Michel Guy, notamment la création du festival d'Automne et son action au ministère de la culture entre 1974 à 1976, Paris le 20 septembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, sur la carrière de Michel Guy, notamment la création du festival d'Automne et son action au ministère de la culture entre 1974 à 1976, Paris le 20 septembre 2001.

Personnalité, fonction : TASCA Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Réception en l'honneur de la 30 ème édition du festival d'Automne à Paris le 20 septembre 2001

ti : Je suis heureuse de vous accueillir à l'occasion de l'ouverture du trentième Festival d'Automne. En vous recevant j'éprouve le plaisir de retrouver ici des amis qui me sont chers et avec lesquels je partage le souvenir de bon nombre de vos soirées.

Mais j'ai d'abord le sentiment d'accueillir les représentants d'une aventure artistique et humaine exceptionnelle qui comme le souligne Alain Crombecque relève d'abord de l'utopie. A ce titre, elle est avant toute chose une aventure de l'esprit sans autre souci que celui des hommes et de la création, comme l'avait souhaité Michel Guy, son fondateur.

Vous me permettrez donc, au-delà du moment qui nous rassemble d'évoquer la mémoire de l'ami, de celui pour qui l'art n'avait de sens qu'à condition d'être une aventure. C'est à cette aventure qu'il consacra sa vie, presque naturellement, tant il était le symbole d'un certain art de vivre. Homme de conviction et de fidélité rien ne résistait à sa curiosité, à son aversion pour l'immobilisme, l'enfermement et la routine. C'est sur ce viatique qu'il créa avec Jacques Duhamel le Festival d'Automne, ouvrant tout grand Paris au monde, un Paris qui, au début des années 70 était souvent replié dans ses certitudes complaisantes. C'est sur le même viatique qu'il fit de ce ministère l'outil d'une volonté publique forte dans le domaine des Arts et de la Culture.

Fasciné par la création, heureux spectateur de toutes les audaces, Michel Guy n'en fut pas moins un Ministre de la Culture actif dans tous les domaines de sa charge de juin 1974 à août 1976. Il élabora une vraie politique de protection du patrimoine au-delà de la conception mériméenne qui prévalait alors et fut l'artisan du classement des monuments des 19ème et 20ème siècles. Visiteur de tous les musées de France, il lança le projet d'Orsay, installa le Musée Picasso à l'Hotel Salé avant de lancer la rénovation de nombreux musées de Province.

Ce ministère lui doit la création d'une Direction du Livre qui fut le point de départ d'une grande politique de la lecture publique que Jack Lang développa avec Jean Gattegno dans les années 80. Il renforça deux missions régaliennes au Ministère de la Culture : la création et la diffusion et se donna avec les chartes culturelles conclues avec les villes un moyen nouveau d'irriguer l'ensemble du territoire.

De jeunes équipes s'installèrent alors dans les Centres Dramatiques, c'est la génération des Lavaudant, Vincent, Bayen, Bourdet, Girones. Il décida aussi la création de l'Ensemble Intercontemporain avec Pierre Boulez, de l'orchestre de Lille avec Jean-Claude Casadessus et de celui de Metz. A partir de l'accueil de la Modern Danse Américaine, il rénova l'approche de la danse confiant à Igor Eisner la tâche de créer une inspection générale où s'élabora une politique dont bon nombre de chorégraphes sont aujourd'hui les enfants. On lui doit également la création de l'Office National de Diffusion Artistique avec Philippe Tiry.

Sur l'ensemble des domaines qui font ce qu'est aujourd'hui ce ministère il a laissé plus qu'une trace, il a légué l'esprit et fixé le cap. Il était un ministre opiniâtre, imaginatif et novateur. Tous les artistes qui furent ses proches de Merce Cuningham à Pierre Boulez, de Peter Brook à Claude Simon, de Bob Wilson à Andrée Putman reconnaîtront en ces quelques mots la silhouette de ce voyageur passionné, faux dilettante et véritable amoureux du monde et des arts. Je pense souvent à lui comme à bon nombre d'amis américains depuis le 11 septembre, à lui qui a tant arpenté les rues de Soho et de Tribecca, qu'il aimait comme un vrai New-Yorkais.

J'imagine la peine et la souffrance de tous ceux qui ont vécu cet enfer et tient à leur témoigner ma sympathie. Vous me permettrez tout particulièrement une pensée pour Jenny Holzer qui ne pourra être des nôtres. Qu'elle soit sûre de notre amitié et de notre soutien.

Voilà ce que je voulais vous dire à l'aube de cette édition d'un nouveau Festival d'Automne où Michel Guy se reconnaîtrait assurément puisque ce sont ses fidèles qui l'animent. En premier lieu Alain Crombecque, le complice des premières heures, qui eut la tache délicate d'en assumer la direction artistique de 1974 à 1976, pendant le secrétariat d'Etat, et qui , en 1992, à l'issue d'une très belle épopée avignonnaise devint, j'ai envie de dire, naturellement, le directeur général du Festival d'Automne.

Je tiens à saluer l'ami et le professionnel qui a su maintenir cette entreprise sur les ailes du désir. Avec Marie Collin, Joséphine Markovits et toute son équipe il a convoqué pour notre plaisir l'essentiel de la création mondiale, des amis fidèles et emblématiques, du plus emblématique d'entre eux Merce Cunningham à Saburo Teshigawara en passant par le Wooster Group, Claude Buchvald ou Wolfgang Rihm aux toutes jeunes pousses issues de l'école dirigée par Anne Teresa de Keersmaeker.

Je tiens à souligner l'implication du Ministère de la Culture, de la Ville de Paris mais aussi de l'Association des Amis du Festival d'Automne présidé par Guy de Wouters que je tiens à remercier tout particulièrement ainsi qu'André Bénard président du Festival d'Automne. André Malraux aimait à dire que les grands rêves sont beaucoup plus durables qu'une pauvre vie humaine.

Je suis heureuse que ce rêve soit aujourd'hui le nôtre, gardons le précieusement pour qu'il soit toujours vivant.

Je vous remercie.

(source http://www.culture.gouv.fr, le 24 septembre 2001)

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