Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière, dans "Lutte ouvrière" les 20 et 27 août 2001, sur les plans de licenciements du groupe AOM Air Liberté et sur la stratégie électorale du PCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière, dans "Lutte ouvrière" les 20 et 27 août 2001, sur les plans de licenciements du groupe AOM Air Liberté et sur la stratégie électorale du PCF.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte parole

ti : Editorial d'Arlette Laguiller
du 20 août 2001

LE VRAI VISAGE D'UN PRETENDU "PLAN SOCIAL"


Plus le temps passe, plus le "plan de sauvetage" du groupe AOM-Air Liberté se révèle être ce qu'il est : un plan destiné à jeter à la rue, en faisant le moins de vagues possibles, des centaines de salariés de cette société.

La presse, le gouvernement, les syndicats de l'entreprise, nous avaient affirmé qu'on avait trouvé un bon repreneur, dont le porte-parole était un militant syndicaliste. L'entreprise allait être sauvée.

L'entreprise peut-être. Mais jusqu'à quand ? Quant au personnel, malgré l'embauche d'un certain nombre de stewards et d'hôtesses de l'air par Air France, malgré les départs volontaires, ils seront plusieurs centaines à recevoir prochainement leur lettre de licenciement.

Cet accord qu'on nous présentait comme miraculeux n'aura profité qu'aux actionnaires, puisqu'en échange d'une modeste contribution du groupe Swissair, et sans que le baron Seillière ait eu lui à mettre la main à la poche, les uns et les autres se sont vu garantir que quoi qu'il arrive dans l'avenir, leur responsabilité ne serait pas engagée.

Quant aux reclassements au sein d'Air France, que l'on nous présente aujourd'hui comme le remède miracle, ils ne permettront pas aux salariés ainsi réembauchés de retrouver leur salaire antérieur. En outre, qu'est-ce qui garantit que dans six mois, ou dans un an, ils ne seront pas de nouveau licenciés ? Enfin, il faut se souvenir qu'il n'y a pas si longtemps on nous présentait l'existence du groupe AOM-Air Liberté comme le moyen d'en finir avec le monopole d'Air France. C'était, nous avait-on dit, pour le plus grand bénéfice des usagers. La réalité est qu'il s'agissait de permettre à de grands groupes capitalistes privés de faire des profits dans le domaine du transport aérien. Et comme les résultats n'ont pas été au niveau de leurs espérances, ils ont préféré mettre la clef sous la porte, en se moquant éperdument de ce que cela signifiait pour les salariés qui allaient se retrouver au chômage.

Quand le jeune Parti socialiste luttait pour défendre les intérêts du monde du travail, il reprochait aux patrons de fermer leurs usines, quand ils y trouvaient leur compte, en y attachant aussi peu d'importance "qu'un bourgeois qui ferme sa tabatière". Le patronat n'a pas changé. Ce sont les dirigeants socialistes qui ont changé, en considérant ce genre de comportement comme normal.

Bien sûr, les salariés d'AOM-Air Liberté, en particulier les pilotes, n'appartenaient pas à la fraction la plus exploitée de la classe ouvrière. Mais l'ensemble des travailleurs ne peuvent qu'en être solidaires, car ce qu'ils vivent aujourd'hui, c'est ce que vivent dans tout le pays, des milliers d'entre eux. C'est ce qui nous menace tous.
Les salariés qui se battent le dos au mur, face à la menace de fermeture de leur entreprise, n'ont pas vraiment le choix. Et nul ne peut leur reprocher d'accepter des plans sociaux qui leur sont présentés comme la meilleure solution possible non seulement par les patrons, mais aussi par nos gouvernants qui se disent de gauche, et par des syndicalistes qui se veulent des "gestionnaires" de la société capitaliste et qui ont oublié ce qu'est la lutte de classe. Alors tout ce que ce patronat et ces hommes politiques responsables de cette situation méritent, c'est une riposte de l'ensemble de la classe ouvrière.

C'est cette riposte qu'il nous faut préparer. C'est à cette tâche que tous les militants de la classe ouvrière, quelle que soit leur couleur politique, quelle que soit leur appartenance syndicale, doivent consacrer leurs efforts, s'ils ne veulent pas que dans une société de plus en plus riche, un nombre croissant de travailleurs ne deviennent de plus en plus pauvres, de plus en plus réduits à des emplois précaires, soumis à des horaires, à des conditions de travail, indignes du xxie siècle.


Arlette LAGUILLER

(Source http://www.lutte-ouvriere.org, le 24 août 2001).

Editorial d'Arlette Laguiller
du 27 août 2001

QUAND LA GAUCHE GOUVERNEMENTALE FAIT SON CINEMA


A l'issue de l'"université d'été" du PCF, Robert Hue a qualifié la politique du gouvernement de "tiède dans ses objectifs" et de "terriblement pâlichonne dans ses résultats". "Tiède" et "pâlichonne" c'est toutes les critiques que voit Robert Hue envers cette politique qui soutient les licenciements, qui privatise les services publics quand il ne les étrangle pas, qui bloque les salaires. Décidément Robert Hue mâche ses mots pour ne pas heurter Jospin.
Aux journalistes qui l'interviewaient, Robert Hue a déclaré qu'il était important que le PCF fasse le meilleur score possible aux prochaines élections, afin de pouvoir peser davantage sur les choix du gouvernement. C'est une blague ! Qu'ont donc fait les ministres communistes depuis quatre ans ?
Pour cette rentrée, 33 entreprises s'apprêtent à supprimer 14000 postes de travail, d'après le décompte fait par le quotidien Libération et pas complet selon le journal. C'est le résultat des "plans sociaux" annoncés chez Lu, Marks et Spencer, AOM-Air Liberté, Moulinex, etc. qui vont tout de même jeter au chômage des milliers de salariés. Et ces licenciements scandaleux, dans des entreprises qui, dans leur grande majorité, sont florissantes (du point de vue des actionnaires), se font avec l'accord, l'appui même, d'un gouvernement qui se dit socialiste et communiste.
En effet, Robert Hue n'a même pas osé critiquer vraiment Jospin et a écarté l'idée que le Parti Communiste pourrait quitter de lui-même le gouvernement, et il a assuré que, quoi qu'il arrive, il se retrouverait avec Jospin au deuxième tour des élections présidentielles de 2002. Et on sera reparti pour cinq ans de privations pour les travailleurs.
En réalité, la seule chose que cherche réellement Robert Hue, en critiquant la politique du gouvernement tout en s'en montrant solidaire dans les faits, c'est de donner aux électeurs, ou aux anciens électeurs du PCF, des raisons de voter pour son parti lors des élections de l'an prochain et de prouver ainsi aux dirigeants du Parti Socialiste qu'ils ne devront pas oublier le Parti Communiste dans la répartition des fauteuils ministériels et des postes en tout genre qui vont avec. Mais ce qu'il fait surtout, c'est rabattre des voix communistes pour Jospin.
Et c'est le même scénario du côté des Verts. Les ministres écologistes ont été aussi inefficaces, en ce qui touche à la protection de la nature, que les ministres communistes en ce qui concerne la défense des intérêts des travailleurs.
Mais tout cela n'empêche pas les Verts d'essayer de faire croire qu'ils incarnent une autre politique au moins sur la réouverture du tunnel du Mont Blanc car ils se sentent beaucoup moins concernés par le sort des travailleurs. Mais là aussi, ce sera finalement Jospin qui décidera. Les députés Verts n'auront plus qu'à avaler de nouvelles couleuvres. Mais qu'importe, le principal est de ramener la gauche plurielle et ses ministres au pouvoir.
En fait, du côté des dirigeants du PCF, comme d'ailleurs des Verts, les réserves exprimées sur la politique gouvernementale constituent un moyen d'essayer d'occuper un peu plus de place au sein de la majorité dite "plurielle".
Le patronat aurait cependant tort de se réjouir, car s'il n'a effectivement rien à craindre des partis de la gauche gouvernementale, il n'est pas pour autant à l'abri de la colère des travailleurs. Et celle-ci éclatera tôt ou tard, car la soif de profit de la bourgeoisie l'empêchera de s'arrêter à temps. Et la coupe risque à juste titre de déborder bientôt.

Arlette Laguiller

(Source http://www.lutte-ouvriere.org, le 30 août 2001)

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