Interview de Mme Corinne Lepage, présidente de Cap 21 et candidate à l'élection présidentielle de 2002, à France-Inter le 11 septembre 2002, sur ses idées en matière d'environnement et d'écologie, sa personnalité et la préparation de la campagne présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Corinne Lepage, présidente de Cap 21 et candidate à l'élection présidentielle de 2002, à France-Inter le 11 septembre 2002, sur ses idées en matière d'environnement et d'écologie, sa personnalité et la préparation de la campagne présidentielle.

Personnalité, fonction : LEPAGE Corinne, PAOLI Stéphane.

FRANCE. Présidente de Cap 21;FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2002

ti : S. Paoli : L'écologie d'opposition profitera-t-elle du déchirement des Verts ? C. Lepage qui fut ministre de l'Environnement du gouvernement Juppé, sera candidate à la présidentielle ; B. Lalonde, qui est déjà candidat, veut défendre une vision écologique libérale ; A. Lipietz, qui reste en lice malgré la crise au sein de son mouvement, n'est crédité dans un sondage publié par le JDD, que de 12 % de crédibilité pour représenter les idées écologistes, loin derrière C. Lepage, 21 % et B. Lalonde, 22 %. C. Lepage, vous êtes présidente de "CAP 21" - CAP, c'est-à-dire : "Citoyens Action Participation", une association qui est devenue un parti politique. Cette chicaya chez les Verts, est-ce un cadeau royal pour vous ou est-ce une tragédie pour les écologistes en général ?

- "C'est une tragédie pour l'environnement. Je ne veux pas faire de querelle de personnes et attaquer les gens, ce n'est pas du tout ma tasse de thé, je n'aime pas cela. Par contre, quand on se bat pour des questions d'environnement, comme je le fais depuis 25 ans - je ne suis pas tombée dans la marmite hier matin, malheureusement, sinon je serais très jeune -, on est désespéré de voir un parti qui, à tort ou à raison, a symbolisé l'environnement, devenir ce qu'il est en train de devenir et laisser complètement tomber les sujets majeurs qui sont devant nous !"

Ils font de la politique politicienne et plus d'environnement ?

- "Ils font de la politique politicienne, ils ont complètement instrumentalisé l'environnement et ce qui est apparu sur la Corse pourrait apparaître sur d'autres sujets. Cela signifie que c'est une vision très à gauche des questions de sociétés, dans lesquelles l'environnement est un instrument parmi d'autres de transformation de la société. Pour moi, les questions d'environnement, de santé, de sécurité passent en premier, c'est ce qui concerne notre vie à tous. Ce n'est pas une question de droite ou de gauche, c'est une question de remonter nos manches et de s'attaquer aux problèmes, sinon on va dans le mur !"

Vous avez presque un discours chevènementiste, vous êtes en train de nous dire que l'écologie est républicaine, ni de droite ni de gauche ...

- "Oui, absolument, c'est ainsi que je le sens. On me dit que je suis écolo de droite, non. D'abord, je ne suis pas écolo, je suis passionnée d'environnement, je ne sais pas si cela veut dire qu'on est écolo. Et je ne suis pas de droite, je me bats, peut-être parce que je suis une femme et que je sens cela dans mes tripes. Je me bats pour ce qui me paraît majeur pour nous tous dans les années qui viennent. Je pense que la question sociale a été le grand débat du XXème siècle, je pense que la question environnementale sera le grand débat du XXIème, sinon on va se casser la figure."

Peut-on au fond dissocier la politique, strictement politique, de l'écologie ? Par exemple, est-ce que la question corse peut échapper à un débat politique, y compris chez les écologistes ?

- "La question de l'environnement n'exclut évidemment pas qu'on s'intéresse aux autres sujets. On est dans une société, qui est celle du début du XXIème siècle, avec de véritables fléaux devant nous : la violence est un fléau, la mafia est un fléau, la marchandisation de la vie est un autre fléau. Donc, bien entendu, lorsque l'on s'intéresse à l'environnement, on s'intéresse à tous les sujets de la société. Mais considérer que les questions environnementales sont premières, cela veut dire aborder les autres questions avec ce prisme-là, en disant que ce qui est essentiel, c'est qu'on soit tous là, que nos enfants soient là, à la fin du XXIème siècle. Que fait-on pour que ce soit possible ? C'est face à cette aulne, avec cet instrument de mesure, qu'on s'intéresse aux autres sujets. Donc, on parle de tout mais on regarde l'effet que cela aura sur la planète, sur nos conditions de vie, tout étant bien entendu très lié. La question de la violence est liée à l'environnement, la sécurité est aussi une question d'environnement."

Au passage plutôt une bonne nouvelle pour l'écologiste que vous êtes, avec monsieur Rossi qui dit ce matin qu'il faut supprimer l'article 12, l'aménagement de la loi Littoral ?

- "J'ai râlé comme un putois depuis quatre mois à propos de cette disposition que je trouvais absolument scandaleuse. Donc, je me réjouis qu'elle disparaisse, c'est une bonne nouvelle."

S'agissant des réflexions au sein des mouvements écologistes, en effet, vous avez l'opportunité d'occuper, vous et peut-être B. Lalonde, une place plus importante, devant ce recul en tout cas ce désarroi chez les Verts ?

- "Ce que je souhaite, c'est que tous ceux qui considèrent vraiment que l'environnement est premier, se mobilisent et m'aident dans la campagne qui va être la mienne. Ce n'est pas une campagne violente, encore une fois, contre les gens, et je pense que chez les Verts il y a beaucoup de gens qui sentent les choses comme je les sens moi-même. Il ne s'agit pas d'une querelle de personnes, de dire qu'il faut que ce soit Lepage et pas Lipietz. Ce n'est pas le sujet. Le sujet est : que fait-on concrètement pour résoudre nos problèmes ? C'est cela qui m'intéresse. Et ce que je veux proposer à nos concitoyens, ce sont des solutions réalistes, raisonnables et qui permettent d'avancer et non pas d'instrumentaliser l'environnement pour faire autre chose."

Mais il faut que dans l'opinion, les idées écologistes aient une bonne représentativité. On a vu que pour A. Lipietz, pour l'instant, l'image est assez faible, la vôtre est meilleure, celle de B. Lalonde encore meilleure. Etes-vous officiellement candidate ?

- "Non, parce que je n'ai pas encore mes 500 signatures. Et tant qu'on ne les a pas, on ne peut pas être candidat."

Mais j'ai lu quelque part que vous en aviez déjà plus de 350 ?

- "Oui, c'est vrai. Ce qui étonne beaucoup de gens mais en 25 ans, j'ai fait beaucoup de choses malgré tout."

La loi sur l'air au passage, c'est vous.

- "Oui."

Les restrictions de circulation quand il y a un taux de pollution important c'est vous aussi.

- "Oui. L'Amocco Cadiz, c'était moi ; l'Erika, c'est encore moi. En 25 ans, j'ai travaillé concrètement sur les questions d'environnement, et beaucoup de gens en sont conscients. Je crois que l'image que j'ai vient tout simplement de là : d'un discours que j'espère authentique, qui ne s'est jamais démenti depuis une vingtaine d'années."

Sauf que, même si on se défend d'avoir une image politique trop marquée, quand on est candidate à la présidentielle, il faut une machine politique. Comment allez-vous faire ?

- "CAP 21 est derrière moi, c'est un mouvement qui est aussi important que d'autres mouvements que soutiennent monsieur Lalonde ou d'autres. Et puis, la campagne qui s'engage est une campagne entre une personne et l'opinion publique française, et les citoyens français. Je vais faire une campagne modeste, car effectivement, à la différence d'autres, je ne dispose pas d'argent, je disposerai de l'argent que l'Etat me donnera si j'ai mes 500 signatures, et je considère que c'est un exercice démocratique que de montrer aux Français ce que l'on peut faire avec l'argent que vous donne l'Etat, et de montrer qu'il y a en réalité une très grande inégalité entre les candidats, puisque certains vont disposer de machines considérables, d'autres peut-être de fonds secrets, je ne sais pas. Et puis d'autres de ce que l'Etat leur donne. Mais je considère que cela fait partie de l'exercice, et que c'est un exercice démocratique grandeur nature qui, à mon sens, peut intéresser beaucoup de gens dans une période où on se demande un peu où est passée la morale publique."

Etes-vous aussi seule que ça ?

- "Non."

Il y a beaucoup de gens qui s'intéressent à la politique et qui disent, les mauvaises langues, que vous seriez une sorte de sous-marin de J. Chirac dans l'espace écologique...

- "Oui, cela arrange beaucoup de gens de dire cela. L'idée qu'on puisse avoir quelqu'un finalement d'assez indépendant, une femme par surcroît - quel scandale dans un monde d'hommes ! -, qui n'est pas le sous-marin de quelqu'un de plus puissant, c'est complètement scandaleux. Eh bien, je suis désolée, c'est peut-être scandaleux mais c'est la réalité !"

Mais ce qui est vrai aussi, sans être un sous-marin, c'est que vous êtes assez proche de J. Chirac. On vous a vu à l'Elysée, avec M. Barnier...

- "Je voudrais bien savoir qui m'a vue à l'Elysée avec M. Barnier ?! C'est un scoop !"

Pardon, c'est ce que j'ai lu à propos de vous, dans quelques articles pour préparer l'interview de ce matin.

- "C'est tout à fait inexact. La dernière fois que je suis allée à l'Elysée, c'était en janvier 2001, lorsque le Président de la République m'honorait de la Légion d'honneur. Depuis janvier 2001, je n'y ai pas mis les pieds."

Là, on voit que vous vous défendez. Vous voulez vraiment apparaître comme une femme indépendante.

- "Je le suis. Ce n'est pas que je veux "apparaître comme une femme indépendante", je suis une femme indépendante ! Je ne vais pas me masquer pour dire aux gens que je suis autre chose que ce que je suis. Voilà 25 ans que je me bats pour toute une série de combats, j'ai souvent été contre l'Etat d'ailleurs, et ça continue. Je suis quelqu'un qui est indépendant, qui compte avoir un discours de vérité, parce que je n'ai de comptes à rendre à personne, si ce n'est aux gens qui m'aident et me soutiennent."

Au fond, Quel est votre grand discours, votre grand dessein ? C'est la question que je pose un peu à tous les hommes et femmes politiques qui viennent à l'antenne en ce moment, parce qu'il y a des échéances importantes. Votre dessein à vous en matière d'écologie, quel est-il ?

- "Tout simplement de faire en sorte que les fantastiques possibilités que notre société offre en termes de technologie, d'argent, d'intelligence, se mettent au service des sujets que nous avons sur la table. Autrement dit, faire de toute la résolution des questions environnementales, un développement économique fantastique. Faire en sorte que nous retrouvions les bases d'une morale commune, parce que, au plan technologique, on est des géants et au plan moral on est des nains. Au plan politique aussi d'ailleurs, parce qu'on a absolument pas les instruments qui nous permettent de répondre à ces questions fantastiques que sont : faut-il cloner ou ne faut-il pas cloner ? Aujourd'hui, le sujet : faut-il dépénaliser la drogue ou pas ? Ce sont des grands sujets de société. On n'a pas les instruments pour les traiter. Ce que je veux proposer à nos concitoyens, c'est de mettre tout cela en place, parce que ça fait un tout. Ca s'appelle "le développement durable.""

Et l'avocate que vous êtes, dit-elle aussi qu'il faudra désormais que les pollueurs soient plus payeurs qu'ils ne le sont aujourd'hui ?

- "Que les pollueurs soient les payeurs, c'est notamment le combat que je mène à côté des maires bretons et atlantiques. Il est scandaleux que, aujourd'hui, on puisse polluer les côtes, et dire : "non, ce ne sont pas des déchets, c'est pas moi, je ne paye pas." C'est inadmissible !"

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 12 septembre 2001)

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