Entretien avec la presse de M. Alain Richard, ministre de la défense et du général d'armée aérienne Job, chef d'Etat-major de l'armée de l'air, sur les mesures de renforcement de la défense aérienne prises à la suite des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, Taverny le 13 septembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien avec la presse de M. Alain Richard, ministre de la défense et du général d'armée aérienne Job, chef d'Etat-major de l'armée de l'air, sur les mesures de renforcement de la défense aérienne prises à la suite des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, Taverny le 13 septembre 2001.

Personnalité, fonction : RICHARD Alain.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Attentats terroristes aux Etats-Unis contre les tours du World Trade Center à New York, le Pentagone (Département de la Défense) à Washington et en Pennsylvanie, le 11 septembre 2001

ti : M. Alain Richard


Je vais vous montrer concrètement comment fonctionne notre système de défense aérienne renforcée, vos confrères spécialisés le connaissent bien et sont familiers de Taverny. C'est l'un des points forts de notre système permanent de défense aérienne. Dans les mesures de précaution que nous avons mises en place, nous avons choisi d'intensifier la défense aérienne, et de mettre en place un système renforcé avec en particulier de nombreux avions en alerte accrue et des temps de mise en vol resserrés. Ce qui nous permet d'augmenter le niveau de protection par rapport à un risque éventuel d'actions malveillantes à partir du ciel.

Monsieur le Ministre, dans quelles conditions un avion de chasse français pourrait-il recevoir l'ordre de tirer sur un avion commercial, au-dessus de l'espace aérien français ?

Ceci ne donnera pas lieu à une déclaration de principe général. L'autorité de défense aérienne a des consignes, a un cadre d'interventions pour assurer la sécurité aérienne. Cela fait partie de ses instructions, mais je n'irai pas plus loin dans les détails. N'oubliez pas que nous sommes amenés à communiquer et à satisfaire vos centres d'intérêt sur des questions de sécurité et de sécurité vitale pour nos citoyens, et que nous devons veiller à ce que des auditeurs très spécialisés ou des lecteurs très spécialisés ne tirent pas de vos informations une aide à leurs propres projets.
Le décret qui organise la sécurité aérienne donne un rôle de fixation d'instructions au Premier ministre, sur proposition du ministre de la Défense, de l'autorité de dernière instance, dans une procédure d'intervention de défense aérienne, et de la haute autorité de défense aérienne, c'est-à-dire l'officier général en charge de la défense aérienne. Et s'il y a un risque majeur, ce sont évidemment des décisions qui se prennent à très bref délai.

Vous voulez dire que les attaques qui se sont produites mardi aux Etats-Unis, sont, avec le dispositif mis en vigueur, impossibles aujourd'hui en France ?

Non, ce sont des systèmes humains, et il n'existe pas aujourd'hui de moyen sûr à 100% pour détecter instantanément une situation de détresse ou de prise de contrôle hostile d'un avion commercial. Dans des zones denses et proches des plates-formes, proches des aéroports, les temps de mouvement des avions pour être utilisés en armes, en moyens offensifs contre, par exemple des sites urbains, peut être inférieur au temps d'intervention. Je revérifiais avec les militaires qu'un avion qui décolle de Creil, puisque parmi les mesures que nous avons prises, des avions ont été mis en alerte à Creil, plus près donc de l'Ile-de-France que d'habitude, puisque d'habitude, on se sert principalement de Cambrai et de Tours qui sont également activées ; un avion qui décolle de Creil est à la verticale de Paris, temps de décollage compris, en quatre minutes. Nous avons donc un niveau de précautions et de capacités d'intervention extrêmement bref. Mais nous pouvons trouver dans des hypothèses extrêmes, avec un temps de détection d'une man¿uvre hostile d'un avion qui peut être inférieur à ce délai. Notre pays est libre et très intense en mouvements, mais dans des pays où l'ensemble des activités est militarisé et contrôlé autoritairement, il est possible de tomber sur des butées de capacités.

Est-ce que les conditions de survol de Paris ont été modifiées, est-ce que les avions civils qui survolaient Paris... ?

Nous n'avons pas modifié ces dispositions, notamment parce qu'il y a évidemment le fonctionnement des deux grands aéroports. Mais nous savons et d'ailleurs nous restons en contact avec nos amis britanniques, puisque eux, semble-t-il, pratiquent différemment depuis hier. Mais nous faisons attention évidemment au niveau de pénalisation, aux mesures d'éloignement, de desserrement de l'espace protégé au-dessus de Paris, à l'impact sur le fonctionnement du transport aérien que cela pourrait avoir. En regardant la photographie instantanée de l'ensemble du trafic commercial sur le centre nord de la France et donc en partie sur l'Ile-de-France et sur la proximité de Paris, il est évident qu'en cas de rigidité supplémentaire de la gestion de ce trafic, les impacts seraient très négatifs sur la vie courante et sur les transports, générant des systèmes de congestion pénalisants pour la fonction de défense aérienne.

Est-ce que la situation que vous avez à gérer aujourd'hui, vous allez la réfléchir sur le nouveau concept opérationnel ou sur le nouveau type de système de défense ?

Ce n'est pas l'idée que je développerais. Les systèmes que nous avons sont rodés, éprouvés par maintenant bien des années de perfectionnement. Des perfectionnements supplémentaires en partenariat avec le monde civil, avec l'aviation civile sont à l'ordre du jour, de même qu'ils l'ont été à la suite de différents événements ou différentes difficultés. Nous sommes à 48 heures après le drame, cela demande évidemment des itérations et des réflexions. Mais il peut y avoir des retours d'expériences à tirer. Je préfère dire tout de même que nous ne sommes sûrement pas à la veille de découvrir l'étanchéité à 100% par rapport à des actes d'agression aussi extrêmes que ceux que nous avons connus.

Monsieur le Ministre, une des particularités du trafic aérien civil français, c'est qu'il y a énorme proportion d'avions en route, c'est-à-dire qu'ils ne font que traverser le ciel français.... Est-ce que cela pose des problèmes particuliers de sécurité par rapport au ciel américain, qui lui a beaucoup moins ce genre de trafic ou au contraire, est-ce que plutôt rassurant ? Votre avis ?

Oui, Vous avez raison de confirmer cette caractéristique des vols de transit au-dessus de notre pays. Et bien entendu, ce n'est pas une menace particulièrement grande que le trafic local, en particulier parce que les liens sont très étroits avec les pays voisins, aussi bien dans une structure civile qu'avec la structure militaire.

Quelles sont les ripostes sur lesquelles vous réfléchissez dès à présent ?

Il nous faut du temps pour réfléchir, ensuite, certaines de ces ripostes n'ont pas forcément vocation à donner lieu à de la communication.

Est-ce que l'usage de l'arme nucléaire pourrait être envisagé ?

Notre doctrine de dissuasion nucléaire est bien connue, elle n'a pas changé depuis 48 heures.

Une question pour le général Job, nous avons cru comprendre qu'il y avait eu, depuis deux jours, un changement dans la manière dont les vols d'entraînement de l'aviation de combat se faisaient et plus exactement que depuis deux jours, tous les avions de combat et y compris l'entraînement sont armés. Est-ce que vous nous confirmez ? Et est-ce que vous pouvez nous dire de quel armement ? S'agit-il simplement du canon ou également les MICA (Missile d'Interception et de Combat Aérien) sont-ils
montés ?

Général Job Effectivement, c'est un ordre que j'ai donné et tous nos avions d'entraînement volent avec les armes de bord, c'est-à-dire les obus " bons de guerre " ; ainsi tout pilote qui est en vol peut être amené à faire une mission de sûreté aérienne et a l'armement correspondant. Ces mesures existaient déjà dans le passé. Systématiquement, nous volions avec l'armement de bord puisque la mission de sûreté aérienne est une mission permanente, et si l'on veut qu'elle soit permanente, il faut avoir l'armement correspondant. Pourquoi avions-nous arrêté de voler avec de l'armement bon de guerre, uniquement parce que nous avons eu des incidents parfois entre armement d'entraînement et armement bon de guerre.

Alain Richard Beaucoup de la sécurité que nous pouvons augmenter dépend des temps d'intervention, l'objet, le choix opérationnel qui a été fait n'est pas d'avoir des avions de défense aérienne en vols permanents, mais l'ensemble des avions qui accomplissent d'autres missions sur le territoire national se voient confier cette mission complémentaire.

Mon général, on a vu beaucoup d'écrans informatiques, je voulais savoir si vous travaillez avec des systèmes d'exploitation Microsoft ou si vous aviez développé des choses très spécifiques ? Si vous êtes armé contre toute attaque technique et informatique ?

Général Job Nous n'avons pas attendu Microsoft pour organiser notre système de détection et de communication en matière de défense aérienne. Mais si nous pouvons profiter de ses compétences et nous défendre de ses faiblesses, nous ne nous en privons pas.

Alain Richard Cela fait un moment que nous travaillons là-dessus. Comme certains le savent, nous avons tout notre dispositif de sécurité des systèmes d'information qui est en exploration permanente des risques ou des faiblesses, des vulnérabilités que nous pouvons avoir et qui travaille de façon très étroite, très partenariale avec les principaux partenaires internationaux.

Savez-vous si l'équivalent américain de ce PC a été touché ou atteint à Washington ?

Non. Leurs capacités de contrôle et de défense aérienne sont permanentes, ne sont pas affectées.

A une époque où le réseau radar n'était pas aussi performant, il y a un peu plus d'une dizaine d'années, il y avait un fou volant qui s'amusait à survoler Paris, le fameux baron noir, est-ce qu'aujourd'hui de telles extravagances seraient encore possibles vu le niveau de sophistication de nos moyens de détection ?

Sur la détection, il n'y a pas de doute, nous sommes capables de détecter tout aéronef sur un site comme Paris. Ensuite, la façon dont nous le traiterions dépend justement des instructions dont j'ai parlé tout à l'heure.

Monsieur le Ministre, ce matin, monsieur Bureau nous a dit que vous aviez demandé la création d'un groupe de travail pour faire l'inventaire des questions et des réponses au niveau équipements militaires à l'avenir, etc, suite aux événements de mardi. Est-ce que vous leur avez donné une date pour vous rendre un rapport ?

Non, nous ne travaillons pas ainsi. Le groupe de travail dont parlait Jean-François Bureau, c'est justement l'ouverture d'un débat de méthodes pour savoir si nous décelons des points de faiblesse dans notre organisation de défense qui seraient singuliers et qui seraient des vulnérabilités qui auraient été insuffisamment repérées auparavant. Et par itération, par aller et retour vis-à-vis de mon cabinet, et éventuellement quand ce sera nécessaire en concertation avec l'interministérielle, nous approfondirons certaines de ces questions, c'est-à-dire un ordre de priorités et un ordre d'urgences. Nous ne pouvons pas prétendre revoir l'ensemble de notre dispositif de défense territorial à chaud et en urgence, c'est essentiellement un travail de détection des points faibles que nous allons faire. Nous les traiterons méthodiquement. L'objet n'est pas de sortir avec un rapport d'ensemble qui ferait comme cela, la grille de satisfaction de nos différents dispositifs, toujours pour la raison que j'évoquais.

Nous avons vu les systèmes de contrôle aérien et de détection d'avions au comportement bizarre ou qui peut devenir bizarre, puisque ce sont ceux qui sont visualisés. Quel est le temps de réponse entre la détection justement de cette attitude bizarre et le retour d'une décision ? Le délai ?

Général Job Comme l'indiquait le ministre de la Défense, le degré de décision est évidemment dépendant des mesures qui seront prises, certaines mesures d'interrogation sont simples, rapides, d'autres mesures plus complexes se font à notre niveau, le mien par exemple. Et la solution qui fait que cela va vite, c'est que nous avons des liens directs de communication entre les différentes autorités.

C'est de l'ordre de cinq minutes, un quart d'heure ? Moins de cinq minutes ?

Oui, ce sont les systèmes de permanence qui nous créent un certain nombre de charges, un certain nombre d'obligations qui peuvent paraître bureaucratiques et sont faites pour ça.

Monsieur le Ministre, est-ce que les mesures que vous avez prises ont été faites vraiment en coordination, au moins au niveau européen ? Et est-ce que cette coopération ne conditionne pas justement leur efficacité ?

Nous avons eu tout de suite, dès mardi après-midi, des échanges de premières urgences, de premiers jets avec nos homologues européens. J'ai eu au téléphone, dans l'après-midi à la soirée de mardi, Rudolph Sharping, Antonio Martino et Jeff Hoon. Au cours de la soirée, nous avons poursuivi des échanges, essentiellement sur l'orientation politique des mesures de précaution générale, donc plutôt les opérations de type justement vigipirate ou défense aérienne. Et le tableau que nous pouvions faire hier, dans la journée, montrait que nous étions assez homogènes. Revenons à la défense aérienne elle-même ; pour que nos dispositifs soient performants et soient efficaces, il faut que tout cela soit déjà tissé, et que la coopération entre Etats voisins soit intense, ce qui est le cas. On pouvait indiquer plusieurs des modalités de coopération en croisière entre la défense aérienne française et nos voisins, mais tout aéronef qui présente une particularité, transite d'un système à l'autre, sans aucune rupture de continuité.

Est-ce que l'on parle à l'heure actuelle de risque ou bien de menace, parce que tant que l'ennemi, entre guillemets, ne sera pas identifié, cela ne sera pas une menace, plutôt un simple risque ?

Je préfère parler de précautions, de mesures de vigilance et de protection du public. Le risque latent d'attaque ou de violence terroriste, la France l'a connu pratiquement. Il s'est produit plus d'une fois que les différents services compétents identifient et puissent interrompre des tentatives. Là, nous avons évidemment un motif de première importante d'élever le niveau de précaution. Et notre action n'est pas dirigée contre une unité ou une organisation déterminée. L'objectif est de rendre difficile, si nous le pouvons impossible, les attaques et notamment les attaques les plus meurtrières.

De même qu'il est nécessaire d'élever le niveau de précaution entre les pays européens alliés, est-ce qu'il ne serait pas aussi nécessaire d'élever peut-être le niveau de renseignements entre ces mêmes pays aujourd'hui ? Est-ce que des cellules ou une structure répondant à cette demande sont actuellement mises en place ?

Les mécanismes d'échanges et de coopération sont activés avec davantage d'intensité. Dans l'ensemble, les services qui peuvent fournir un renseignement efficace, utile pour détecter et pour prévenir les actions terroristes sont en contact et en rapport efficace et confiant de longue date. Ils sont évidemment, à l'heure actuelle, en consultation et en interconnexion intense.

Quel délai garderez-vous un système de surveillance accrue ? Sur quels critères vous fondes-vous ?

Votre question éclaire bien la réponse, nous devons avoir une appréciation de situation, de perception avec notre propre responsabilité, de perception de l'intensité des risques. Il n'y a donc pas d'échéance, ce n'est pas une opération décidée pour X semaines et sur laquelle on décide le renouvellement, qu'il s'agisse de vigipirate renforcé et de la défense aérienne renforcée. C'est par un examen constant des différents facteurs de risques et d'instabilités que nous envisageons de revoir ces positions à la baisse. Si nous estimons que les différentes analyses conduisent à cette conclusion, le cas échéant, à la hausse, puisque ni le dispositif vigipirate, ni le dispositif de défense aérienne ne sont maxima, aujourd'hui.

Monsieur le Ministre, vous êtes venu, ici, contrôler un petit peu tout ce qui se passe au niveau aérien, là, de la surveillance du territoire ?

Taverny m'est évidemment familier, c'est l'un des sites centraux de notre système permanent de contrôle de la sécurité aérienne. Nous avons décidé, mardi après-midi, l'intensification, le renforcement des mesures de défense aérienne. Et cela me paraissait sage de m'informer au contact direct des autorités militaires de l'armée de l'air, pour voir quels étaient les gains d'efficacité et de protection que nous obtenions et d'en parler très librement avec nos partenaires des médias. J'ai le sentiment que nous avons effectivement augmenté nos capacités de réaction ultra-rapides à une menace terroriste par l'air. Il faut dire que ce dispositif de protection a malgré tout ses limites, car le repérage de la situation anormale d'un avion, et notamment d'ailleurs dans les régions proches des aéroports, peut être encore incomplet. Cela demandera des réflexions à plus long terme pour améliorer ces systèmes de repérage dans l'avion même d'une situation de crise. Mais à partir de la détection d'une situation de crise, aujourd'hui, les temps de réaction de l'armée de l'air pour pouvoir agir auprès d'un aéronef qui pourrait être utilisé pour les actions terroristes sont minimales. Pour vous donner une illustration concrète, un avion qui reçoit l'ordre de décollage à Creil est à la verticale de Paris en quatre minutes.

On se demande ce que peut faire un tel avion une fois qu'il est autour de l'avion présumé dangereux, vu le maillage, la densité de populations l'Ile-de-France, par exemple, une interception est très difficile. Comment est-ce que cela se passe dans ces cas-là ?

Je ne vous dis pas que ce n'est pas difficile, mais il y a une gamme de possibilités, de contraintes sur l'avion pour écarter un danger imminent, bien que ce ne soit pas trop détaillé.

Est-ce que cela peut aller jusqu'à une décision de destruction, et qui prend cette décision si elle doit être prise ?

Les décisions relèvent de l'autorité militaire dans un cadre d'instructions qui a été fixé par le gouvernement.

Est-ce que cela veut dire qu'il y a une correspondance directe avec le gouvernement et le chef militaire également ?

C'est le gouvernement, et une fois que le chef militaire responsable de l'autorité et de défense aérienne sait qu'il est dans le cadre des instructions, les décisions finales lui incombent.

Est-ce que l'on sait combien de temps le système peut être mis en place ?

De façon permanente. Si nous décidons de maintenir cette défense aérienne renforcée pour six mois, par exemple, nous pouvons le faire. L'ensemble du dispositif de l'armée de l'air est adapté à pouvoir tenir cette posture d'intensification de manière permanente. Il en est de même pour vigipirate renforcé, le niveau d'effort que nous avons prévu, aussi bien pour les forces de police et de gendarmerie mobile, que pour les forces armées, nous permet de durer longtemps si cela est jugé nécessaire. Nous sommes dans une situation qui, aujourd'hui, justifie un effort de protection du public, une vigilance particulière, et il est bien sûr de la responsabilité du gouvernement d'évaluer période après période si ces mesures particulières restent nécessaires. Le risque terroriste n'est pas particulièrement concentré sur la France, je peux même dire que ce n'est pas particulièrement le cas, mais ces situations peuvent évoluer dans le temps. Il y aura, de toute manière, des réflexions entre partenaires internationaux pour faire reculer la menace terroriste globale. Il faut donc bien voir que ces mesures de précaution seront des mesures qui ont vocation à être modulées dans le temps.

Monsieur le Ministre, est-ce que vous pouvez nous expliquer exactement à quel moment l'article 5 devient opérationnel et ce qu'il en est exactement ?

C'est un article du traité de l'Atlantique nord qui, sur un plan politique, indique que les Nations de l'Alliance se rassemblent autour d'un Etat, ayant fait l'objet d'une agression. Et hier, au conseil des ambassadeurs des 19 Nations, il a été entendu que l'attaque terroriste d'une particulière gravité qui a frappé les Etats-Unis avait bien le caractère d'une agression armée, telle que la qualifie le traité. Ce n'est pas en fonction d'un article du traité qu'on entreprend une action militaire. C'est en fonction de décisions gouvernementales ou de décisions d'Etats qui sont prises par chaque Nation. Nous avons pris hier une position politique, les décisions d'actions sont d'un autre registre. Et nous disons de façon sobre, qu'une action militaire parmi d'autres moyens d'actions pour réduire la menace terroriste doit être évaluée en fonction de la sécurité supplémentaire qu'elle apporte par rapport au terrorisme.

Quelle sera la place de la France en cas de riposte de l'OTAN ?

Les principes de l'Alliance Atlantique sont que lorsque l'on constate ensemble l'agression armée contre un des membres, les autres s'engagent à lui apporter assistance, c'est ce qu'a redit de façon concrète le conseil de l'Alliance Atlantique, en notre nom à tous, hier. Le déclenchement d'une action suppose deux choses. La première, c'est que les Etats-Unis eux-mêmes, Etat victime, définissent, et nous nous consulterons, quelles sont les mesures qui sont les plus aptes à faire vraiment baisser la menace terroriste. L'action militaire en fait partie, mais elle n'est pas la seule. Deuxième étape, si une forme d'action militaire est décidée par les Etats-Unis, l'assistance qu'apporteraient les autres Nations dépend de leur propre choix, il y a une obligation de consultation et il y a une obligation de politique d'alliance. Mais les actions militaires concrètes qui pourraient être décidées ultérieurement, sont de la responsabilité de chaque autorité nationale.

Quelle défense aérienne avez-vous et allez-vous mettre en place?

Une augmentation du nombre d'avions prêts à décoller pour pouvoir intervenir auprès d'un avion ou d'un hélicoptère qui pourrait présenter un danger, et une réduction au minimum des délais de décollage. Cela nous donne donc la possibilité de pouvoir intervenir auprès d'un transport aérien en très peu de minutes, à partir du moment où un signe d'anomalie dangereuse est détectable. Cela augmente de façon très substantielle notre niveau de sécurité par rapport à ce risque, même si nous restons tributaires de la rapidité et de l'exactitude de la détection d'une menace, d'un danger venant d'un avion. Les systèmes qui sont en vigueur dans notre pays, le contrôle aérien, sont très efficaces, nous ne pouvons pas aujourd'hui prétendre être assurés à 100% de pouvoir détecter toutes les menaces instantanément.

Quand vous dites un délai très court, c'est-à-dire au moment de la détection, combien de temps pour réagir ?

Cela peut être inférieur à cinq minutes.

Est-ce que, Monsieur le Ministre, le système de détection français aurait pu empêcher la catastrophe de New York et de Washington ?

Je n'ai pas regardé d'assez près le déroulement, notamment des trajectoires et des mouvements aériens. Il faut dire que dans le cas de New York, ces avions étaient proches de leur lieu de décollage, de leur route normale, et que vraisemblablement la détection d'une anomalie pouvait être tardive, du fait que, sans doute, des terroristes avaient pris les commandes, et donc pouvaient répondre aux appels de la tour de contrôle ou aux vérifications de contrôle aérien. Dans le cas de l'avion qui s'est écrasé à côté de Pittsburgh, il y avait des communications de passagers qui ont certainement aidé nos amis américains à la détection. Je ne peux donc pas répondre avec certitude qu'une défense aérienne renforcée, avec un délai d'intervention court aurait pu empêcher les mouvements d'utilisation en armes d'aéronefs commerciaux, si la trajectoire anormale était inférieure à 5 minutes.


(Source http://www.defense.gouv.fr, le 3 octobre 2001)

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