Conférence de presse de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur l'application du plan vigipirate par les militaires, la coopération entre la France et les Etats-Unis en matière de renseignements et la question d'une participation française à une intervention militaire américaine, Rueil Malmaison le 13 septembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Conférence de presse de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur l'application du plan vigipirate par les militaires, la coopération entre la France et les Etats-Unis en matière de renseignements et la question d'une participation française à une intervention militaire américaine, Rueil Malmaison le 13 septembre 2001.

Personnalité, fonction : RICHARD Alain.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Déplacement à l'Etat-major tactique de Rueil Malmaison le 13 septembre 2001

ti : On peut dire qu'en 36 heures, nous avons réalisé l'ensemble de la répartition des moyens humains et des moyens techniques qui permettent d'aboutir à une mission.

Oui. De plus, il faut bien percevoir qu'il y a un grand nombre d'unités militaires qui vont donner des hommes. Chaque mission, donc ici en Ile-de-France, nous allons avoir une rotation d'un effectif d'ensemble d'à peu près 600 militaires qui viendront en général de quatre régiments ou formations différentes à raison d'une compagnie de chaque. Et nous allons les relever assez fréquemment. Cela veut donc dire que toute la chaîne de programmation avant l'envoi de ces unités sur Paris doit fonctionner de manière impeccable, pour que nous ayons des personnels en condition, qui puissent assurer la mission dans toute sa grandeur puisque c'est une mission de présence et de déplacement sur toute l'Ile-de-France, ce qui est très fatigant. Nous sommes donc assurés de pouvoir tenir ce dispositif dans la longue durée sans créer de perturbations pour les autres activités de l'armée puisque tout cela est programmé. Les gens qui étaient normalement en alerte ont été sur le terrain en moins de 24 heures.

Sur le terrain, comment est-ce que cela se passe pour la répartition des rôles entre policiers et militaires ?

Le principe de base est le suivant : les militaires n'ont pas de mission de sécurité. Cela ne change que dans des situations d'extrême urgence. Et pour l'instant, nous avons un autre cadre légal, avec des moyens humains à la disposition d'une autorité de sécurité publique en Ile-de-France en général et la police nationale. Cela veut dire que, partout, vous avez des militaires avec leur armement ayant la possibilité d'intervenir face à une urgence sur un site public ; ils sont sous le commandement d'un policier et ils agissent avec lui. Le module de base dans la plupart des sites, ce sont des groupes d'un policier et de militaires. C'est une formule qui est plus que rôdée et qui permet de faire face à toutes les situations difficiles. Cela dit, les militaires ont leur soutien, leur organisation, leurs moyens qui sont concentrés sur des sites comme ici et ils rendent compte à l'organisation de la région militaire d'Ile-de-France. Ainsi les messages ou les mises au point éventuels peuvent être faits avec l'autorité de police sans délai. Et le général, Gouverneur militaire d'Ile-de-France, est en contact avec le Préfet de police plus que quotidiennement. D'autre part, toute urgence ou toute contingence matérielle et militaire sont en liaison permanente avec l'organisation de la région.

Le plan vigipirate suppose des militaires dans les gares, des militaires devant les monuments, des militaires également devant des établissements, des immeubles peut-être un peu plus sensibles, américains notamment ?

Dans la distribution des missions avec la police et la Gendarmerie puisque nous avons par ailleurs projeté en Ile-de-France un plus grand nombre d'unités mobiles, CRS et Gendarmerie mobile, la protection des immeubles sensibles à l'intérieur de Paris est revenue aux unités mobiles. Les forces militaires qui ont été adjointes à des unités de police pour gérer vigipirate en Ile-de-France sont donc entièrement sur des lieux publics et quasi uniquement sur des sites et des plates-formes de transport.

Alors le plan vigipirate est réactivé. C'est fait pour rassurer l'opinion, pour rassurer les gens. Est-ce que vous n'avez pas peur qu'en sens inverse, les Français soient un peu dans une sinistrose qu'on a connue il y a quelques années aussi ?

Je crois que les messages que nous émettons sont sans ambiguité sur ce point. Si vos commentaires peuvent aller dans le même sens, vous avez un rapport avec votre lectorat ou vos auditeurs ou téléspectateurs et ils attendent aussi de vous un certain éclairage de la situation. Si vous et nous étions dans le même sens comme il est légitime de l'être dans une démocratie, il ne devrait pas y avoir de problème de notre côté.

Vigipirate est donc renforcé, mais il n'y a pas de psychose ?

Non. C'est une décision qui, de plus, a été prise en urgence. Elle est même dotée de la restitution qui a été faite par le commandant tout à l'heure. Nous avons eu notre réunion chez le Premier ministre mardi à 17 heures, le début de la mise en alerte datant de 16h30, c'est-à-dire que chacun dans la chaîne, à commencer par votre serviteur, a fait son travail. A 18 heures quand nous sommes sortis de la réunion, l'ordre est sorti. Nous avons pris cette mesure immédiatement parce que c'était la prudence et la bonne gestion de la sécurité collective qui l'imposaient. Ensuite, le dispositif vigipirate qui nous semblait nécessaire est évidemment évolutif. Par ailleurs, dans la modulation des lieux, pour les sites qui font l'objet d'une présence particulière, le Préfet de police, sous les ordres du ministre de l'Intérieur, Daniel Vaillant, pourra éventuellement les re-répartir en fonction de ce qui lui paraît nécessaire et de notre analyse de l'existence de risque particulier.

New-York donc a été particulièrement touchée. L'armée de France envoie-t-elle des moyens justement pour aider à la recherche d'éventuels survivants sous les décombres ?

La liaison est quotidienne avec nos partenaires américains. Quand je me suis entretenu au téléphone avec mes collègues européens, chacun a fait un peu la même offre en disant que nos moyens seraient mis en commun et que s'ils avaient besoin de moyens spécialisés en plus, ils décolleraient quelques heures après. C'est vrai pour les unités spécialisées de Sécurité civile pour la recherche de victimes dans les décombres. C'est vrai aussi pour des médecins urgentistes spécialisés. Nous sommes donc à la disposition de nos amis américains, en fonction des demandes qu'ils nous feront.

Est-ce que vous pensez que nous sommes à la veille de représailles d'ampleur de la part des Américains ? Est-ce que la France doit s'associer d'une manière ou d'une autre à cette nouvelle opération ?

Nous avons fait une déclaration politique hier au sein de l'Alliance Atlantique dont nous sommes membres, pour souligner que le crime de masse particulièrement insupportable qui a été perpétré mardi, est bien un acte d'agression armée. Il est de la responsabilité de chacun et d'abord des autorités des Etats-Unis de définir ce que sont les répliques adaptées à une telle situation, l'objectif d'une action armée contre une menace terroriste étant d'améliorer la sécurité, pas de la compliquer davantage.

L'opinion publique américaine souhaite dans sa très grande majorité ce qu'on peut appeler des représailles.

Pas à ce stade. Ce que j'indique simplement, c'est que, lorsque vous êtes en présence d'une menace, d'un risque politique sérieux, que vous savez que ce risque n'est pas voué à s'éteindre naturellement, il faut que vous preniez vos actions, donc que chaque pays prenne ses décisions de manière à affaiblir le risque et non le stimuler.

Donc, identifier l'adversaire.

De toute manière, c'est un travail qui est en cours et dans lequel nous avons toutes nos réflexions et nos apports d'informations et ensuite, ce n'est pas mon rôle de commenter la pure éventualité de cette action militaire.

La France participe justement aux recueils de renseignements dont ont besoin les Etats-Unis ?

Il existe une coopération de longue date entre tous les pays volontaires pour tester les risques et les activités de préparation d'actes terroristes. Dans une période de constat d'un acte offensif aussi important, l'ensemble des dispositifs " échange d'informations " sont à plein régime.

Est-ce que cela signifie que nous suivrons les Etats-Unis quoi qu'ils fassent ?

C'est un commentaire erroné. Et je pense que si vous lisez cette déclaration, elle est simplement le constat qu'il y a bien eu un acte d'agression armée et que, comme le dit l'article 5 du traité de l'Atlantique nord, les nations membres de cette alliance, prendront chacune leurs dispositions pour remédier à ce danger et ce, sous l'égide, car c'est aussi dans la charte du traité de l'Atlantique nord, des règles des Nations Unies.

Est-ce un acte de guerre ?

Je constate que c'est une agression terroriste particulière, que la société américaine, la démocratie américaine est évidemment mise en danger par une telle action. Ce que représente une guerre est à mon avis d'une nature distincte. Et la question centrale sur laquelle il faut réfléchir, c'est comment améliorer la sécurité des nations démocratiques ?

Monsieur le Ministre, où étiez-vous au moment où on a appris ces attentats ?

Au moment même où nous avons appris ces attentats, j'étais aux côtés d'Hubert Vedrine dans la salle souterraine de la Commission de la Défense de l'Assemblée, puisque c'était l'heure que nous avions prévue en préalable à la rentrée parlementaire, pour rendre compte à la Commission de la Défense. Il y avait d'ailleurs des députés d'autres Commissions de l'action que nous avions entreprise.

Et immédiatement après, que s'est-il passé ?

Nous avons eu les premières dépêches, les premières indications de nos services et, en accord avec les députés et avec Paul Quiles, nous avons levé la séance pour rejoindre nos bureaux.
La lutte contre le danger terroriste est une lutte qui implique tous les Etats démocratiques, tous les Etats désireux de soutenir la paix. Il n'y a pas d'organisation régionale spécialisée ayant le monopole. Dans les actions de lutte contre le terrorisme, il y a de nombreux partisans qui peuvent apporter une contribution utile à la réduction effective des terroristes. Cette réduction effective passe, bien entendu, par les actions de force contre les auteurs, les instigateurs des actions terroristes.

Selon les services secrets britanniques, allemands et français aussi, la piste islamiste est bien avancée. Est-ce qu'on a des éléments nouveaux ?

Je ne peux confirmer qu'une responsabilité est certaine quand elle l'est. Je ne vois pas l'utilité que peut avoir un propos de ma part disant " nous pourrions penser que " ou " il y a une probabilité "¿, ce n'est pas mon rôle.

Qu'en est-il de ce qui a été élaboré à l'OTAN, est-ce qu'il y a un travail commun pour¿ ?

Il y a des réflexions d'ensemble sur le contexte stratégique à l'Alliance. Il n'y a pas de plan d'opération.

Et sur le déploiement d'une force ?

Des moyens humains supplémentaires ont été déployés entre avant-hier soir et hier : 600 hommes pour l'Ile-de-France, à peu près 300 pour les autres régions, apportés par les formations mobiles, CRS et Gendarmerie mobile. Et avec un maximum de réserve, la Gendarmerie se tient à notre disposition. Nous déployons l'ensemble de ces forces avec une priorité absolue pour les lieux de regroupement et de passage de publics nombreux, sachant que nous réalisons aussi un renforcement de garde de certains postes : les gares, les aéroports et un certain nombre de lieux de très forte fréquentation, puisque nous sommes contraints de préparer le déploiement d'une unité supplémentaire à la Tour Eiffel.
En tout cas pour la présence militaire, ce qui est de mon rôle, je vois qu'après une période où nous étions redescendus au niveau des bases, la remontée s'est faite plus vite que ce qui était programmé, avec une mise sur le terrain de toutes ces unités en moins de 36 heures après la décision et pour une possibilité de participation de maintien durable de cette action.

C'est-à-dire ?

C'est-à-dire que s'il était décidé pendant un an de maintenir ce niveau de protection, les armées pourraient fournir le personnel correspondant, pendant une année complète, sans avoir à remettre en cause d'autres missions.

Dans combien de temps peut-on espérer un regroupement ?

Le gouvernement, en liaison avec l'Elysée, procède de manière constante à l'analyse des risques constatés des facteurs de danger, des avantages et des inconvénients du dispositif vigipirate. Aucune échéance n'est prévue d'avance.


(Sourse http://www.defense.gouv.fr, le 3 octobre 2001)

Rechercher