Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur les mesures prises en faveur des quartiers en difficulté, en rénovant certains logements sociaux, en développant la sécurité, notamment celle des cabinets médicaux et des pharmacies et en accompagnant les jeunes pendant et après leurs activités scolaires, Trappes le 1er octobre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur les mesures prises en faveur des quartiers en difficulté, en rénovant certains logements sociaux, en développant la sécurité, notamment celle des cabinets médicaux et des pharmacies et en accompagnant les jeunes pendant et après leurs activités scolaires, Trappes le 1er octobre 2001.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : 4ème Comité interministériel des villes à Paris le 1er octobre 2001 ; déplacement à Trappes et à La Verrière (Yvelines)

ti : Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Madame et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,


Pour la quatrième fois au cours de cette législature, nous avons réuni le Comité interministériel des villes (CIV) à Matignon. Afin d'en présenter les décisions, j'ai souhaité, avec plusieurs des ministres, me rendre à Trappes et à La Verrière, deux villes qui, ensemble, constituent un des cinquante sites retenus par le Gouvernement comme grands projets de ville lors du CIV de décembre 1999. J'ai écouté avec attention les propos de M. Guy MALANDAIN, maire de Trappes, et de M. Pierre SELLINCOURT, maire de La Verrière, et, bien sûr, les autres intervenants, notamment Robert CALDABERT, le Président du SAN. Ils nous ont donné leur expérience et leur vision des problèmes qui se posent ici et des solutions qui y sont apportées. Au-delà, ma venue est l'occasion de souligner la mobilisation du Gouvernement en faveur de l'amélioration de la vie quotidienne des six millions de Françaises et de Français qui habitent dans les quartiers sensibles de notre pays.


Depuis quatre ans, le Gouvernement mobilise des moyens sans précédent pour mettre en ¿uvre une ambitieuse politique de la ville. Menée avec détermination et en concertation avec les élus et les acteurs locaux, cette politique commence à produire ses effets. Aujourd'hui, nous voulons aller encore plus loin. Ce Comité concrétise notre volonté d'amplifier l'action conduite en faveur des quartiers en difficulté et d'amorcer une véritable renaissance des villes. Il ne s'agit pas seulement de réparer ou d'agir au plus pressé, mais de tout faire pour que, demain, nos villes soient enfin apaisées et ouvertes à tous. La politique de la ville est en effet une politique d'intégration, de solidarité et de fraternité. Je me réjouis de savoir que ces valeurs se sont manifestées, au lendemain des terribles attentats du 11 septembre dernier, dans les quartiers populaires des villes de France. Chacun, en particulier nos jeunes concitoyens, a su faire preuve de maturité et de compassion. Je voudrais ici rendre hommage aux élus locaux, aux partenaires associatifs et aux responsables religieux qui ont redoublé d'efforts pour faire prévaloir la réflexion et la mesure, ainsi que nos valeurs d'intégration et d'insertion. La ville doit être le lieu où s'exprime avec force notre volonté de vivre ensemble.


Au service de cette ambition, les moyens mis en ¿uvre doivent changer d'échelle. C'est ce que nous avons décidé. Ce sont en effet 35 milliards de francs de ressources supplémentaires qui pourront être dégagés pour les cinq ans à venir : 10 milliards de francs de crédits budgétaires auxquels s'ajoutent 25 milliards de francs de prêts aux collectivités locales à des taux très avantageux. Cet effort exceptionnel permettra notamment à trente villes supplémentaires de bénéficier du programme national de renouvellement urbain. L'effort de l'Etat sera accompagné par l'engagement des partenaires sociaux, dont je tiens à saluer ici l'implication, dans la durée, au bénéfice d'une politique essentielle pour améliorer la vie quotidienne des Français. Dans le cadre du 1 % logement, ceux-ci ont proposé de consacrer environ 30 milliards de francs, au cours des cinq prochaines années, au renouvellement urbain. Ces moyens considérables permettront de favoriser la renaissance que nous voulons pour la ville.

Nous souhaitons d'abord donner à la banlieue un nouveau visage.

Elle est encore trop éclatée, trop inhospitalière, trop dure. Là où il ne fait pas bon vivre, nous devons reconstruire la ville.

Il faut pour cela en finir avec les " cités-dortoirs ". Lorsque c'est indispensable et réaliste, il nous faut réhabiliter les logements HLM. Mais, dans bien des cas, le temps de la réparation des tours et des barres est révolu. Les habitants n'en veulent plus. Il nous faut donc repenser l'urbanisme et l'architecture des quartiers de façon progressive mais résolue. Tel est l'objet des cinquante grands projets de ville lancés l'an dernier. Ils sont le fer de lance du programme national de renouvellement urbain. Ce renouvellement passe par l'implantation d'activités économiques, de services publics et d'équipements collectifs qui permettent aux quartiers de retrouver de la vitalité. Il passe aussi par la démolition de logements et par la reconstruction d'immeubles d'habitation plus agréables, à taille humaine. Ces opérations doivent être autant d'occasions d'aider les familles modestes à accéder à la propriété.

C'est pourquoi, dans le cadre de ce Comité, le Gouvernement a décidé d'accélérer la démolition de logements HLM. Jusqu'à récemment, ces démolitions étaient mal comprises par les habitants et leurs élus. Mais, grâce au travail d'explication qui a été mené notamment par Claude BARTOLONE et qui est poursuivi aujourd'hui avec la secrétaire d'Etat au Logement, Marie-Noëlle LIENEMANN, il apparaît désormais clairement à tous que ces opérations se traduiront par de meilleures conditions de vie pour les familles relogées. Le nombre de logements démolis est ainsi passé de 3.500 en 1998 à 6.000 en 2000. Il s'élèvera à 10.000 cette année. Il nous faut encore passer une vitesse supérieure. En effet, si nous voulons transformer de façon significative les quartiers les plus en difficulté, un rythme de démolition de 30.000 logements par an devra être atteint dans les années à venir. Pour cela, nous avons décidé de simplifier les procédures, d'améliorer les conditions de financement de ces opérations et de tripler l'effort budgétaire en 2002.

Ce programme de démolition et de reconstruction contribuera à une meilleure répartition des logements sociaux sur l'ensemble du territoire. En effet, dans un souci d'équité, nous voulons amener les communes dont le parc immobilier comporte moins de 20 % de logements sociaux à atteindre ce taux. Tel est l'objectif fixé par la loi de solidarité et de renouvellement urbains, votée l'an dernier après avoir été préparée par le ministre de l'Equipement, des Transports et du Logement, Jean-Claude GAYSSOT, le ministre délégué à la Ville, Claude BARTOLONE, et le secrétaire d'Etat au Logement d'alors, Louis BESSON. Ces efforts seront facilités par le programme de relance du logement social engagé par le Gouvernement au début 2001.

Nous avons décidé de consacrer davantage de moyens aux copropriétés en difficulté. Leurs habitants sont parfois en situation de très grande souffrance sociale. Les mesures déjà prises par le Gouvernement à la fin 1999 ont permis le lancement de 51 plans de sauvegarde et de travaux concernant plus de 25.000 logements. Le financement de ces opérations sera amélioré et les travaux facilités. Le programme arrêté aujourd'hui permettra de réhabiliter 10.000 logements supplémentaires dans des copropriétés en très grande difficulté.

Nous avons aussi décidé de lancer un programme de grands travaux visant à rompre l'enclavement de certains quartiers. Provoqué par des coupures routières ou ferroviaires -telle la RN 10 que nous venons de voir ici à Trappes-, cet enclavement isole les quartiers de la ville et les referme sur eux-mêmes. Pour les ouvrir sur le reste de l'agglomération, douze chantiers ont déjà été identifiés dans le cadre des grands projets de ville. Grâce à ces opérations, nous pourrons rétablir de vraies continuités urbaines, favoriser la mobilité des habitants et, surtout, tendre vers l'unité de la ville.

Pour importants et indispensables qu'ils soient, ces grands travaux ne suffiront pas à faire renaître la ville.

Nous devons aussi améliorer la qualité de la vie des citadins et permettre à chacun de vivre dans des villes apaisées.

Un environnement apaisé, c'est d'abord un environnement sûr : la sécurité est notre priorité. Renforcement des effectifs de police, développement de la police de proximité, création de maisons de la justice et du droit, opérations ciblées de police judiciaire pour combattre toutes sortes de trafic : les décisions déjà prises par le Gouvernement pour combattre l'insécurité et la violence bénéficient, en premier lieu, aux habitants des quartiers populaires. La politique de la ville apporte, elle aussi, sa contribution à ce combat contre la violence et la délinquance, par exemple à travers le financement des actions de prévention menées dans le cadre des contrats locaux de sécurité.

Garantir la sécurité des habitants passe par une présence humaine renforcée. La réussite de l'expérience des correspondants de nuit montre bien la nécessité d'un travail de médiation en direction des habitants. Ces correspondants rassurent, expliquent, règlent les conflits de voisinage et contribuent ainsi à la tranquillité de l'espace public. Pour faciliter la mise en ¿uvre du programme de 10.000 adultes-relais lancé lors du CIV de 1999, nous avons décidé d'élargir aux collectivités locales, aux établissements scolaires et aux organismes HLM la possibilité de les recruter. Nous avons aussi prévu de renforcer la présence des gardiens d'immeubles en imposant, par décret, des obligations précises, notamment celle d'un gardien pour cent logements dans les quartiers sensibles. Enfin, une attention particulière sera accordée aux professions de santé. Grâce au soutien financier de la politique de la ville, celles-ci pourront désormais travailler dans un environnement plus sûr et bénéficier de meilleures conditions d'exercice dans les quartiers. Le fonds de revitalisation économique pourra désormais financer les mesures de sécurisation des cabinets médicaux et des pharmacies et favoriser la création de maisons médicales regroupant les différentes professions de santé.

Par-delà la sécurité, nous nous attachons à améliorer le cadre de vie quotidien. Propreté des immeubles, qualité des jardins et des espaces de jeux pour les enfants, ramassage des déchets ménagers, entretien de la voirie, des réseaux de chauffage, d'eau, d'électricité, tout ce qui contribue à des conditions normales de vie doit faire l'objet d'une grande vigilance. Nous avons donc décidé, lors de ce Comité, de renforcer le soutien aux organismes HLM pour qu'ils puissent mieux assurer, avec les maires, cette gestion de proximité. Dès cette année, les crédits consacrés à ces travaux d'entretien ont été triplés et, l'année prochaine, le patrimoine des organismes HLM situé dans les quartiers sensibles bénéficiera d'un allègement de taxe foncière. Ainsi, ces derniers disposeront de plus d'un milliard de francs supplémentaires pour améliorer la vie quotidienne de leurs locataires.


Mesdames, Messieurs,

On ne parle le plus souvent des quartiers sensibles que pour évoquer la violence et la délinquance. On oublie qu'ils sont aussi, et avant tout, un espace de créativité, d'énergie et d'espoir. Que les jeunes y forment, comme ailleurs, des projets qu'ils souhaitent faire aboutir.

C'est pourquoi nous voulons que la ville donne toute leur chance aux jeunes.

Je pense en particulier à ces jeunes dont les parents sont nés à l'étranger et qui, se sentant aujourd'hui pleinement français, souffrent d'autant plus lorsqu'ils se sentent l'objet de discriminations. Nous devons les aider à trouver, comme tous les autres jeunes, leur place dans la ville et dans notre société.

L'Ecole de la République est leur meilleur tremplin vers la réussite. Elle doit jouer pleinement son rôle, qui est de favoriser l'égalité des chances. C'est là le sens de la politique menée par Jack LANG, ministre de l'Education nationale, grâce à la mobilisation du personnel et des moyens matériels nécessaires, grâce aussi à une vraie confiance accordée aux équipes pédagogiques, notamment en leur laissant, sur le terrain, une marge d'adaptation et d'innovation. Je tiens à rendre hommage au travail de toutes celles et de tous ceux qui se dévouent à cette tâche difficile, mais essentielle et passionnante. Pour aider l'Ecole dans cette mission, le Gouvernement aidera les villes les plus pauvres à réhabiliter -voire à reconstruire- les écoles maternelles et primaires dans les quartiers, tout en favorisant, à cette occasion, la création de lieux d'accueil et de rencontre avec les parents. 100 millions de francs viennent d'être dégagés à cet effet.

Nous souhaitons également accompagner davantage les jeunes en dehors des temps scolaires. Dans les communes bénéficiant de la politique de la ville, le Gouvernement encouragera la conclusion de contrats éducatifs locaux, contrats qui permettent aux enfants de bénéficier -en semaine, après l'école, ou le mercredi- d'un soutien pédagogique, mais aussi d'activités éducatives, sportives et culturelles. 100 millions de francs supplémentaires sont dégagés pour soutenir ce dispositif. Après la fermeture des établissements scolaires, les adolescents ne doivent pas être livrés à eux-mêmes en soirée, voire la nuit. Le Gouvernement soutiendra donc la démarche des élus locaux qui créent, avec l'appui des associations, des lieux d'animation vivants et innovants, à l'image de celui que nous visiterons tout à l'heure à La Verrière.

Nous devons également penser aux jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification. Nous avons déjà amplifié nos efforts dans leur direction. Les mesures prises par Elisabeth GUIGOU, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité, dans le cadre du nouveau programme de lutte contre les exclusions annoncé en juillet dernier -notamment l'élargissement du programme TRACE- doivent en effet bénéficier en priorité aux habitants des quartiers populaires.

Nous voulons aussi encourager l'esprit d'initiative des jeunes. Ainsi, dès cette année, nous avons mis en place une aide simple et directe de 20.000 francs pour tous ceux qui, dans les quartiers, souhaitent créer leur propre entreprise. Comme le souhaitait Catherine TASCA, ministre de la Culture et de la Communication, ici présente à un double titre, le CIV a décidé de soutenir davantage les projets culturels des banlieues, en particulier les activités artistiques initiées par les jeunes eux-mêmes. Par ailleurs, des " bourses mobilité " seront offertes à des jeunes qui suivent un parcours TRACE ou qui sont en apprentissage. Nous voulons leur donner la chance d'effectuer une partie de leur cursus dans une autre ville ou un autre pays et ainsi de découvrir de nouveaux horizons. La mobilité, dont chacun connaît les mérites, en termes d'épanouissement personnel, d'intérêt intellectuel ou de progrès professionnel, ne doit pas être réservée aux plus favorisés.


Mesdames, Messieurs,

La question des quartiers sensibles a trop longtemps été abordée sous le seul angle de l'assistance et de la réparation. Depuis quatre ans, nous avons développé une approche ambitieuse, qui s'appuie notamment sur le développement de la solidarité au sein des agglomérations. Grâce aux lois sur l'intercommunalité et l'aménagement du territoire, ainsi qu'à une prise de conscience des élus, chacun comprend désormais mieux qu'il ne pourra y avoir de développement durable pour nos villes tant que subsistera une fracture territoriale.

Cette politique repose sur la mobilisation de tous -et surtout des habitants eux-mêmes. Leur engagement, direct ou par l'intermédiaire d'associations, est en effet une des clés de la réussite. Il sera facilité par la création des conseils de quartier que prévoit le projet de loi sur la démocratie de proximité. C'est bien en s'appuyant sur une citoyenneté vivante que renaîtront nos villes, des villes plus sûres et plus belles, riches de leurs différences, des villes où l'on a plaisir à vivre ensemble. Bois de l'Etang à La Verrière, les Merisiers à Trappes : on y sent le souvenir de la nature. Puisque la ville est là et qu'elle est une seconde nature, alors faisons en sorte que cette nature soit humaine.


(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 4 octobre 2001)

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