Interview de M. François Hollande, Premier secrétaire du PS, à "LCI", le 5 octobre 2001, sur l'explosion de l'usine pétrochimique AZF de Toulouse, la cohabitation entre le Président de la République Jacques Chirac et le premier ministre Lionel Jospin, le terrorisme, l'annulation de la dette extérieure des pays du Sud et le projet du PS relatif à la taxe Tobin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Hollande, Premier secrétaire du PS, à "LCI", le 5 octobre 2001, sur l'explosion de l'usine pétrochimique AZF de Toulouse, la cohabitation entre le Président de la République Jacques Chirac et le premier ministre Lionel Jospin, le terrorisme, l'annulation de la dette extérieure des pays du Sud et le projet du PS relatif à la taxe Tobin.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François, HAUSSER Anita.

FRANCE. PS, premier secrétaire

ti : A. Hausser Vous avez un week-end chargé en réunions, de l'Internationale socialiste et du PS. On va y revenir. Mais je voudrais d'abord que vous me disiez un mot de ce qui se passe à Toulouse, puisqu'une note fait état de probables actes de malveillance. Une personne morte dans cet accident aurait été liée à un réseau, le réseau Tachir. Est-ce que vous redoutez actuellement plus des attentats de ce type que des attentats de grandes envergures ?

- "A titre personnel je n'ai aucune information sur l'enquête elle-même. Mais il faut que l'enquête aille jusqu'au bout."

On a l'impression qu'on veut dissimuler des choses.

- "Non, les Toulousains, les Français - et c'est la moindre des choses - veulent savoir, mais ne veulent pas des rumeurs, des "à-peu-près", ils veulent savoir toute la vérité. La moindre des choses, lorsqu'on est respectueux à la fois des victimes, des personnes, du droit également, c'est de donner aux enquêteurs tous les moyens de savoir et ensuite de dire la vérité. C'est à la justice de le faire et pas à telle ou telle pseudo source d'information dont on ne connaît jamais la nature."

Pour vous, il n'y a pas de dissimulation ?

- "Je ne vois pas qui y aurait avantage ou intérêt, et qui pourrait dissimuler. On est heureusement dans une démocratie, où la transparence doit être la règle. Elle l'est. Mais encore faut-il que ce soit la justice et les enquêteurs qui nous disent la vérité. Je l'attends à titre personnel, mais aussi au nom de tous ceux que nous pouvons représenter. Nous voulons savoir. S'il y a un accident, il faut en connaître les raisons et les causes pour que cela ne se reproduise pas. Si c'est un acte de malveillance, il faut en connaître exactement la nature, pour qu'on puisse également se doter de toutes les précautions utiles."

Qu'est-ce qu'on redoute le plus actuellement ? Des actes de malveillance isolés, des attentats de grande envergure ou une attaque chimique, comme en a parlé le Premier ministre à l'Assemblée ?

- "Vous connaissez le contexte dans lequel nous sommes. Il faut être extrêmement attentif à tout ce qui pourrait être une menace terroriste. C'est ce qu'a voulu affirmer le Premier ministre, avec force, l'autre jour à l'Assemblée nationale. Nous devons aussi, par rapport à toutes ces usines qui manient et manipulent des matières dangereuses, avoir des sécurités qui soient les plus absolues possible. On n'aura peut-être jamais le risque complètement zéro, mais il faut l'atteindre."

Faut-il déménager les pôles chimiques ? On peut en installer en Corrèze, par exemple ?

- "J'imagine qu'à Toulouse, ce n'est plus possible de garder un pôle chimique dans la ville ou à côté de la ville, compte tenu de ce qui s'est produit. Maintenant, ce qu'il faut, ce n'est pas déménager les usines à la campagne. Je ne vois pas comment on accepterait dans les campagnes d'avoir ces risques - s'il y en a -, et deuxièmement, il y a des travailleurs qui sont dans ces usines et je ne vois pas pourquoi à la campagne ils se sentiraient plus en sécurité. Il faut avoir la garantie, en chaque point du territoire où il y a une usine dangereuse, que la sécurité est absolue."

Est-ce que la campagne et le climat politique se trouvent profondément modifiés ? J. Chirac est reparti à l'attaque contre les 35 heures, tout en maintenant le consensus avec le Gouvernement sur les problèmes de politique extérieure et d'attitude de la France vis-à-vis de ce qui se passe dans le monde ?

- "Oui, j'ai entendu comme vous J. Chirac. Je pensais qu'il aurait dans cette période un peu plus de retenue, parce que nous sommes quand même dans une phase de notre vie publique où l'union et le rassemblement, dont il est le garant, doivent être assurés et respectés. Mais je connais sa nature et je sais qu'il est capable de demander plus d'économies d'un côté et plus de dépenses publiques de l'autre. Il a une nouvelle fois souhaité qu'on dépense plus pour les militaires, la loi de programmation - on peut comprendre un certain nombre de ses observations. Mais en même temps, il a demandé que l'on fasse des économies, peut-être dans le même domaine. Il faut, dans cette période, savoir distinguer les temps. Il y a un temps de l'action, de la responsabilité. Nous sommes très attentifs à ce que peuvent décider le président de la République et le Premier ministre. Et il y a le temps de la campagne électorale. Les mélanger ne serait sans doute pas forcément bon, ni pour l'une, ni pour l'autre."

C'est la ligne à laquelle va se tenir le Premier ministre ?

- "C'est la ligne qu'il a déjà respectée."

Revenons-en un instant aux réunions de ce week-end. Aujourd'hui, il y a une réunion de l'Internationale socialiste sur l'annulation de la dette, au moment où il y a les attentats de New York et quand on a commencé à examiner les raisons qui pouvaient conduire à ce type d'actes insensés. On a dit qu'il y avait la fracture Nord-Sud et que pour réduire cette fracture, il fallait annuler la dette des pays les plus pauvres. Ceux qui n'y sont pas tout à fait favorables disent que lorsqu'on annule la dette, elle revient deux ans après.

- "D'abord, il n'y a pas de raison qui puisse justifier un acte terroriste comme celui qu'on a connu - tout acte terroriste d'ailleurs. Il y avait des raisons avant le 11 septembre d'annuler la dette, parce que nous savons bien qu'il y a des pays pour lesquels c'est un fardeau qui est devenu insupportable. Mais faut-il encore faire attention à la méthode ! Si c'est pour donner un peu plus, par l'annulation d'une dette, à des pays qui ne sont pas en état d'assurer leur développement ou qui sont gouvernés par des dictateurs dont le seul souci est d'abord leur propre enrichissement, alors il y a sans doute un acte qui est posé, mais il n'y a pas de conséquences sur le développement. Il faut donc lier allégement de la dette et développement. C'est ce que nous demandent la plupart des pays africains."

On n'est jamais à l'abri d'un changement de régime.

- "Il ne s'agit pas seulement d'un moratoire, il ne s'agit pas seulement d'un soulagement momentané, il s'agit d'un processus de développement. Quant au changement de régime qui peuvent arriver dans tous les pays, y compris dans les nôtres, il faut avoir comme souci la démocratie. Elle vaut aussi sur le plan planétaire. Elle n'est pas simplement réservée à tel ou tel mode de croissance ou de développement."

Demain, c'est l'examen du projet du Parti socialiste, avec à la une la fameuse taxe Tobin, qui fait elle aussi partie du débat. Elle a fait un petit tour et puis elle a été écartée par l'ensemble des dirigeants européens. Pourquoi maintenir ce projet qui apparaît irréaliste pour beaucoup ?

- "L'idée en tout cas est quand même de lutter contre la spéculation. Et je me félicite qu'après le terrible drame du 11 septembre, tous les pays, y compris les Américains, se préoccupent maintenant des centres off-shore, l'argent sale, tout ce qui peut être finalement trafic de toute nature. J'espère qu'il en sortira un certain nombre de décisions. C'est déjà largement engagé. Il faut bien sûr lutter contre cette spéculation qui déstabilise les pays, mais il faut aussi assurer le développement - j'y reviens - et c'était le principe de la taxe Tobin. Si on ne veut pas la prendre comme elle est, réfléchissons à des adaptations. Continuons le débat. Je voudrais dire quand même que pour la campagne électorale, puisque nous préparons notre projet, qui va s'ouvrir bien assez tôt - pas avant le mois de février, car là, c'est le moment des idées -, il faut que les questions de politique internationale deviennent des questions de politique intérieure. On voit bien que tout ce qui touche le monde nous touche directement."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 8 octobre 2001)

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