Interview de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, au quotidien japonais "Mainichi Shimbun" le 12 octobre 2001, sur l'avenir politique de l'Afghanistan et la reconstruction du pays, le plan d'action pour l'Afghanistan proposé par la France, le contexte géopolitique et le risque d'un choc de civilisations. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, au quotidien japonais "Mainichi Shimbun" le 12 octobre 2001, sur l'avenir politique de l'Afghanistan et la reconstruction du pays, le plan d'action pour l'Afghanistan proposé par la France, le contexte géopolitique et le risque d'un choc de civilisations.

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FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : Q - Pour la reconstruction de l'Afghanistan et la stabilisation de la région, quelle forme de gouvernement la France pense-t-elle que l'Afghanistan devrait prendre ?

R - Le plan d'action pour l'Afghanistan que j'ai transmis la semaine dernière au Secrétaire général des Nations unies et à mes collègues ministres européens repose sur l'idée qu'aucune solution durable n'est envisageable sans règlement de la question politique afghane. Cela est vrai aussi bien pour apporter une réponse au drame humanitaire - je rappelle que ce sont les Taleban qui ont demandé au personnel étranger des grandes organisations internationales (HCR, Programme alimentaire mondial) et des ONG (Comité international de la Croix Rouge, ONG) de quitter le pays - que pour définir les domaines prioritaires qui devront être pris en compte pour la reconstruction de ce pays.

La France a par conséquent proposé - elle n'est pas la seule mais elle est une des premières à l'avoir fait - qu'un processus politique soit engagé, sous l'égide de l'ancien roi et avec le soutien des Nations unies, dans le but d'établir une administration de transition représentative du peuple afghan. C'est aux Afghans, à toutes les composantes de la société afghane, de déterminer la forme qu'ils souhaiteront donner à leur régime. Nous devons créer les conditions qui leur permettent de le faire.

Q - En relation avec la première question, quels sont les préparatifs de la France ?

R - La France a engagé un dialogue avec les différentes parties prenantes afghanes et avec les Etats de la région. Je suis également en relation avec M. Lakhdar Brahimi, qui vient d'être désigné par le Secrétaire général des Nations unies comme son Haut représentant pour l'Afghanistan.

Le plan d'action proposé par la France n'est pas un modèle figé : il sera précisé et enrichi en fonction des réactions et des suggestions recueillies.

Q - Le conflit d'intérêts, pendant la guerre froide, des deux grandes puissances de l'époque, voir les Etats-Unis et l'Union soviétique et relativement peu d'aides et d'attention de la communauté internationale ont dévasté l'Afghanistan. Quelle stratégie doit-on adopter, du point de vue géopolitique, pour sortir l'Afghanistan de cet état ? (par exemple, la création à l'avenir proche de l'organisation de la sécurité régionale ou les aides pour le développement de la démocratie)

R - L'Afghanistan connaît une situation d'instabilité depuis près de 30 ans et est déchiré par les guerres étrangères et civiles depuis 1979. Il faut que la communauté internationale se mobilise pour imposer la paix dans ce pays, ce qui aujourd'hui passe d'abord par l'élimination des bases et des camps terroristes qu'il abrite.

Une paix durable ne peut être établie en Afghanistan sans l'accord de l'ensemble de ses voisins : Pakistan, Iran, Pays d'Asie centrale en premier lieu. Les grandes nations qui sont à sa périphérie immédiate, Chine, Inde, Russie, mais aussi le Japon, auront également un rôle essentiel à jouer, les autres membres permanents du Conseil de sécurité aussi, même si, encore une fois, c'est aux Afghans qu'il appartient, avec le soutien des Nations unies, de rebâtir leur pays.

Q - Certains indiquent que les événements actuels représentent un conflit de civilisations. Pour éviter ce conflit, quel moyen la France et l'Europe, une région basée sur la civilisation chrétienne qui dirige le courant de la politique internationale d'aujourd'hui, adopteront-elles ?

R - Le choc de civilisations est peut-être le but fou recherché par les extrémistes et les auteurs des attentats. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Notre action et notre politique vise à l'éviter à tout prix. Il faut bâtir une communauté internationale puisque celle-ci n'existe pas encore réellement - on l'a bien vu lors de la Conférence sur le racisme de Durban - pour que, précisément, ne se forment pas des conflits de civilisations mais un dialogue et une coopération des cultures.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 octobre 2001)

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