Interviews de M. Jean-Pierre Chevènement, député du Mouvement des citoyens, dans "Le Progrès" et "L'Est républicain" le 9 octobre 2001, et à "France Inter" le 10 octobre 2001, sur la position de la France vis-à-vis de l'intervention des Etats-Unis en Afghanistan . | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Jean-Pierre Chevènement, député du Mouvement des citoyens, dans "Le Progrès" et "L'Est républicain" le 9 octobre 2001, et à "France Inter" le 10 octobre 2001, sur la position de la France vis-à-vis de l'intervention des Etats-Unis en Afghanistan .

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre, BILLON Jean-jacques, DOLLET Christophe.

FRANCE. Mouvement des citoyens, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : " Je pense que (..) la France aurait un rôle politique très important à jouer aujourd'hui. Pour expliquer au monde, aux musulmans, principalement au monde arabe que les frappes dirigées contre des cibles militaires en Afghanistan ne constituent en aucune manière une déclaration de guerre au monde arabo-musulman et au peuple afghan en particulier. Comme je l'ai entendu dire par Noël MAMERE. Je crois qu'il ne faut pas tomber dans le piège des terroristes qui veulent naturellement solidariser avec eux, l'ensemble des peuples musulmans. Donc il faut une réponse ciblée parce qu'il s'est quand même produit un attentat gigantesque, 6000 innocents et on ne peut pas imaginer qu'il n'y ait pas de réponse. Il faut donc une réponse. Mais cette réponse doit être convenablement ciblée. Elle est d'ailleurs d'ampleur limitée, parce qu'on voit que sont engagées quelques dizaines d'avions, quelques dizaines de missiles. Cela n'a rien à voir avec la guerre du Golfe, où chaque vague de bombardements impliquait 800 avions et des dizaines et des centaines de missiles. Ce n'est pas du tout de même ampleur ".

(..)

" Il est clair qu'il faudra passer à une nouvelle phase. De cette nouvelle phase à ma connaissance, nous ne savons rien. Nous ne savons rien. Les Américains ne nous ont pas informés en détail de leurs intentions. Il est même vraisemblable qu'il y a débat au sein de l'administration américaine sur la suite du scénario. Ca peut être la déstabilisation politique du régime des taliban, ce serait certainement le scénario le plus favorable. Ca peut être des opérations coup de poing avec les risques qu'elles comportent. Ca peut être un engagement terrestre, mais qui de manière prolongée, déboucherait comme je l'ai dit, sur l'affrontement du missile et du couteau. Ce n'est pas l'hypothèse qu'il faut privilégier. Je pense qu'il y a d'autres moyens de pression, notamment à travers le Pakistan. Là, les Etats-Unis sont véritablement confrontés à leurs contradictions, car ils ont soutenu le Pakistan. (..) Il y a quand même l'Arabie Saoudite. Là aussi, les Américains sont devant leurs contradictions. Je crois que la guerre du Golfe a été une gigantesque erreur, un contresens historique. En écrasant l'Irak, qui cherchait une réponse sur le terrain de la modernité, on a ouvert la voie à une radicalisation extrémiste, intégriste, dont malheureusement nous voyons maintenant les conséquences. Je pense qu'il faut être capable de repenser cette politique à l'égard du monde arabo-musulman et de concevoir une paix qui aille de la Méditerranée au Golfe.

(..)

Il s'agit justement d'écraser la tête des réseaux terroristes et de déstabiliser le régime qui les soutient qui est le régime taliban. Jusque-là, je pense que nous sommes dans la légitime défense. Je pense que si, par exemple des frappes devaient concerner d'autres pays, il y aurait des risques sérieux de dérapages, car contrairement à ce que vous venez de dire, je pense que nous devons être très attentifs aux réactions de l'opinion musulmane. Oussama BEN LADEN a une communication très ciblée, très intelligente de son point de vue et qui suscite un écho profond dans un certain nombre de pays, parce qu'il y a évidemment pendant le problème israélo-palestinien, il y a également pendant le problème de l'embargo sur l'Irak et ce sont ces deux problèmes qu'il va falloir résoudre pour contenir, désactiver si c'est possible le terrorisme. Cela prendra beaucoup de temps. Nous sommes donc à la veille de semaines, de mois, d'années peut-être qui sont difficiles. C'est de cela dont nos concitoyens doivent être conscients, ce n'est pas une petite opération chirurgicale, non c'est quelque chose de beaucoup plus considérable.

(..)

Nous avons avec le monde arabe une liaison historique qui date de NAPOLEON BONAPARTE. Avec le Maghreb bien sûr, avec l'Egypte, avec le Proche Orient, c'est cela qui nous permet le moment venu d'intervenir et de faire avancer des solutions pacifiques, parce que la Palestine a le droit d'être un Etat viable. C'est d'ailleurs la garantie de la sécurité à laquelle Israël a droit. Et j'ajoute qu'il est temps de penser que l'Irak, dix ans après la guerre du Golfe, a le droit de retrouver le chemin d'un développement pacifique. On peut imaginer un accord de limitation des armements dans la région avec l'Iran notamment, c'est d'ailleurs un des éléments de la stabilité régionale. Mais il est absolument nécessaire de penser les problèmes de cette région, d'une manière intelligente. Voilà dix ans qu'une erreur majeure a été commise, je vous rappelle les propos de Georges BUSH, " Le syndrome du Vietnam est enfoui pour toujours dans les sables de l'Arabie. " C'était en mars 91, au lendemain de la guerre du Golfe, on mesure avec le recul à quel point c'était à contresens.

(..)

(source http://www.chevenement2002.net, le 19 octobre 2001)

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