Interview de M. François d'Aubert, vice-président de Démocratie libérale, à LCI le 23 octobre 2001, sur le plan social de Moulinex, la réduction de la durée du travail à 35 heures, les mesures de relance de la consommation et l'application de la loi sur la présomption d'innocence. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François d'Aubert, vice-président de Démocratie libérale, à LCI le 23 octobre 2001, sur le plan social de Moulinex, la réduction de la durée du travail à 35 heures, les mesures de relance de la consommation et l'application de la loi sur la présomption d'innocence.

Personnalité, fonction : AUBERT François d', HAUSSER Anita.

FRANCE. Démocratie libérale, vice président exécutif

ti : A. Hausser.- Vous êtes député DL de la Mayenne et vice-président exécutif de Démocratie Libérale. Il y a deux usines Moulinex dans votre département. Elles sont sauvées. Votre réaction ?

- "Tant mieux, elles sont reprises par Seb. Ceci dit, c'est un drame. L'affaire Moulinex est le plus gros sinistre industriel qu'on ait connu depuis l'affaire Creusot-Loire, c'est le résultat d'un capitalisme sans capital. En même temps, il y a eu des questions de succession et de gestion dans cette entreprise. Une partie était compétitive, puisque les usines étaient très spécialisées. Celles de la Mayenne ont été conservées probablement parce qu'elles sont plus compétitives et en meilleur état que d'autres qui portaient d'autres produits. Mais c'est dramatique pour la Normandie, pour toute une zone. Villaines-la-Juhel est à trente kilomètres d'Alençon, donc les choses se ressemblent. Et en ce moment, on assiste à une volée d'entreprises qui licencient, qui ferment. On est vraiment dans une crise très grave. Il y a la crise Moulinex en l'occurrence, et en plus, de nombreuses grosses PME-PMI ont des problèmes de compétitivité globale par rapport à d'autres pays. Cela joue aussi. La France est un pays qui est de moins en moins compétitif."

Pourquoi est-il moins compétitif ? A cause des 35 heures ?

- "A cause des 35 heures, à cause des charges sociales, à cause des charges fiscales, à cause d'une bureaucratie trop lourde. Et quand il y a des investissements à faire, il y a des délocalisations d'équipements."

Quand vous vous en prenez aux 35 heures, est-ce que vous auriez le courage, si la droite revenait au pouvoir, de remettre cette mesure en cause ?

- "C'est un choix dans la durée du travail. Le problème des 35 heures, ce n'est pas les 35 heures elles-mêmes, c'est le côté "couperet" : c'est "35 heures ou rien", avec un volant d'heures supplémentaires très faible et très cher. Ce que nous ferions, c'est augmenter le nombre possible d'heures supplémentaires sans qu'elles soient pénalisantes pour l'entreprise."

On parle du Budget en ce moment. Il a été qualifié d'irréaliste par la droite. L. Fabius a révisé ses prévisions de croissance à la baisse. Mais on est quand même loin de la récession allemande. Alors est-ce que vous péchez par excès de pessimisme ou le ministre par excès d'optimisme ?

- "Nous ne sommes pas les seuls à avoir dit qu'il était irréaliste voire surréaliste. Beaucoup d'experts, de conjoncturistes le disent. Une croissance de 2,5 % pour 2002, c'est extraordinairement optimiste. Il y a une continuité : on va avoir un quatrième trimestre où la croissance a considérablement chuté - je l'ai expliqué l'autre jour à monsieur Fabius -, or le premier trimestre 2002 vient juste après le quatrième trimestre 2001. Donc, si c'est mauvais au dernier trimestre, cela ne peut pas être bon au premier trimestre 2002. Tout le monde espère qu'il y aura un rebond mais rien n'est moins sûr. Et le problème, c'est qu'on n'a pas les armes budgétaires ni les armes monétaires parce que la Banque centrale européenne ne fait pas assez baisser les taux aujourd'hui. Les taux d'intérêt sont beaucoup trop élevés. On n'a donc ni arme monétaire ni arme budgétaire pour donner un coup de fouet à une conjoncture qui le mériterait, car elle est en plein fléchissement."

Pourtant, c'est la France qui soutient un peu son économie, contrairement aux autres pays européens.

- "Le plan de consolidation de L. Fabius est un mini-plan, parce qu'il y a des mini-marges de manoeuvre. On a une situation budgétaire avec un déficit de 200-250 milliards, un déficit flottant - c'est une très mauvaise chose -, on a donc trop dépensé. Il faudrait aujourd'hui, s'il y avait une relance à faire, réaliser des baisses supplémentaires d'impôts."

Après la libération de J.-C. Bonnal, quadruple meurtrier, et peut-être aussi impliqué dans le meurtre de deux policiers, tout le monde met en cause la loi sur la présomption d'innocence, mais ce n'est pas à cause de cette loi qu'il a été mis en liberté...


- "Il y a plusieurs causes à ce qu'il faut bien appeler le "laxisme" d'une partie de la justice."

Vous ne parlez plus de "dysfonctionnement" : maintenant, c'est le "laxisme" ?

- "Le laxisme d'une partie de la justice, pas de tous les juges. Dans tous les tribunaux de France, on ne juge pas comme dans certaines chambres de la Cour d'appel de Paris. Ce n'est pas généralisé. Mais il y a un laxisme ambiant qui pousse un certain nombre de magistrats à ne pas assurer par la loi cette sécurité à laquelle les Français ont droit. Le juge, c'est aussi, en plus du policier, celui qui assure la sécurité. Quelle sécurité peut-il y avoir quand on sait que des délinquants pour violence dure - ou moins dure - sont relâchés quelquefois 12 heures après avoir commis leurs méfaits et reviennent dans les quartiers narguer leurs victimes ? Les gens se sentent en insécurité. Quand on en arrive à un drame comme celui d'il y a une semaine, ou peut-être d'autres comme les assassinats de policiers, on se dit que trop, c'est trop. C'est vrai qu'il y a la loi sur la présomption d'innocence. Encore que là, elle n'était pas applicable. On était déjà dans la logique de cette loi qui consiste, quand un juge considère qu'il n'y a pas de circonstances très graves, à arrêter la détention préventive. Tout dépend du juge, de la façon dont il apprécie cette notion de gravité d'un effet. Quand il y a des crimes de sang, et des violences quelles qu'elles soient, il faut être beaucoup plus sévère."

Tolérance zéro ?

- "Tolérance zéro, oui. Quand il y a des multirécidivistes en particulier, ils ne devraient pas avoir le droit aux mêmes traitements en ce qui concerne les peines. Par ailleurs, il faut à la fois revoir l'échelle des peines en fonction du degré de violence. Aujourd'hui, l'échelle des peines n'est pas adaptée au degré de violence. D'autre part, il faut avoir une loi sur la criminalité organisée et le terrorisme, qui donnerait d'autres moyens à la police et à la justice."

Est-ce qu'on s'occupe trop de délinquance financière et pas assez de la délinquance tout court ?

- "Ce n'est pas du tout ce que je veux dire. La délinquance financière est une forme de délinquance inadmissible. Et le blanchiment de l'argent sale en est un des "sous-produits." Mais la violence, c'est l'insécurité immédiate pour les Français. La délinquance financière, c'est "mal" par rapport à une éthique, par rapport à une morale, au non-respect d'une loi, mais il n'y a pas de crime de sang. Quand il y a des crimes de sang ou quand la délinquance financière aboutit à financer des mafias ou le terrorisme, il faut effectivement que les peines soient les mêmes que quand il y a violence."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 23 octobre 2001)

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