Circulaire no 85-009 du 8 janvier 1985 de Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'éducation nationale, intitulée "Pour une école de la réussite : préparation de la rentrée 1985", parue dans "Les Cahiers de l'Education nationale" de février 1985 | vie-publique.fr | Discours publics

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Circulaire no 85-009 du 8 janvier 1985 de Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'éducation nationale, intitulée "Pour une école de la réussite : préparation de la rentrée 1985", parue dans "Les Cahiers de l'Education nationale" de février 1985

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : La qualité de l'École est inséparable de sa fonction démocratique. L'école de la République entend donner à tous les jeunes un enseignement de qualité. Elle a pour mission de former les meilleurs, en assurant la promotion de tous. Pour cela, il faut d'abord développer l'enseignement préélémentaire, permettre l'acquisition par tous les enfants Ces apprentissages fondamentaux et donner à chacun une solide formation générale qui est la base de tout le reste. Il faut offrir ensuite, à tous ceux qui le peuvent sans exception, la possibilité d'accéder à l'enseignement supérieur et aux autres une solide formation professionnelle.

Notre pays manque d'ouvriers qualifiés, de techniciens supérieurs d'ingénieurs de chercheurs et de spécialistes en tous domaines.

II est donc indispensable d'accueillir davantage d'étudiants dans les sections de techniciens supérieurs, dans les I.U.T., dans les filières professionnalisées des universités et dans les écoles d'ingénieurs.

Des progrès seront accomplis dans ce sens si les lycéens sont plus nombreux et si davantage de jeunes obtiennent le baccalauréat. en particulier dans les séries scientifiques et techniques.

Il s 'agit d'une oeuvre de longue haleine mais les premiers effets se feront sentir rapidement si les mesures annoncées par les circulaires sont appliquées à tous les niveaux d'enseignement.


Une formation des maîtres de qualité

Pour que notre école soit celle de la réussite, il faut des maîtres de qualité sachant dominer l'évolution des connaissances et des programmes. La compétence des maîtres est la première condition de l'acquisition des connaissances par les élèves ; la seconde réside dans l'emploi d'une pédagogie prenant en compte les différences entre ceux-ci.

Des améliorations substantielles sont apportées à la formation initiale des maîtres : formation des instituteurs et des PEGC en quatre ans, retour progressif de l'année de CPR à sa véritable vocation.

En outre, un plan ambitieux de formation continue est mis en place. Il concerne l'acquisition d'un niveau plus élevé de connaissances, la didactique des disciplines, la pédagogie différenciée.

Enfin, la recherche doit être comptée parmi les moyens de la formation continue des enseignants. Le contact avec la science vivante est de nature à élever la qualification des enseignants. Des instructions vous seront prochainement données à cet effet.

Pour mener à bien cette politique, les missions académiques à la formation des personnels de l'éducation nationale (MAFPEN) perdront leur caractère expérimental pour devenir une pièce essentielle et permanente du dispositif de formation.


Des objectifs d'enseignement et des programmes précis

L'amélioration de la qualité de notre système éducatif implique des modifications importantes dans les programmes. Ceux-ci doivent répondre prioritairement à deux orientations du cours préparatoire au baccalauréat : maîtrise de l'expression orale et écrite, développement d'une culture scientifique et technique.

II s'agit d'abord de définir ce que l'on est en droit d'attendre des élèves à l'issue de l'école primaire, du collège et du lycée.

Il faut ensuite établir la progression des connaissances qui, au fil des ans, doit permettre d'atteindre les objectifs fixés.

Enfin, à partir de ces deux séries d'éléments, il importe de rédiger des programmes clairs et précis, qui puissent servir de références aux enseignants, aux élèves, aux parents et d'une manière générale à tous ceux qui s'intéressent à l'éducation de nos enfants.

Les commissions de réflexions mises en place pour la plupart des disciplines, les inspections générales et les directions pédagogiques ont reçu des directives très précises sur les fonctions respectives de chacun, sur les tâches à accomplir et le calendrier à respecter. De nouvelles instructions seront appliquées à la rentrée 1985 pour l'école primaire Une partie des programmes des collèges et lycées sera également modifiée pour la prochaine rentrée.

Le souci de former des spécialistes qualifiés ne doit pas nous faire perdre de vue l'idée qu'il convient de former dans le même temps des hommes et des citoyens.

II est indispensable que toutes les disciplines aient leur place dans l'éducation des jeunes, en particulier les disciplines artistiques et l'éducation physique et sportive. A ce sujet, les chefs d'établissement sont invités lors de la préparation des emplois du temps à tout mettre en oeuvre pour que puissent se développer le mercredi la pratique sportive et les compétitions organisées par l'Union nationale du sport scolaire et l'Union sportive de l'enseignement public Par ailleurs. une association sportive doit être créée dans chaque établissement du second degré.

Enfin, former des citoyens passe par un véritable enseignement d'éducation civique. II débutera à l'école à la rentrée 1985 et au collège l'année suivante.

L'absence de repères est un mal profond dont notre école souffre depuis des décennies. Pour plus de la moitié d'une classe d'âge, il n'existe aucun examen sanctionnant la formation générale. Pour y remédier, un examen sera mis en place à la fin de la troisième, fin de la scolarité obligatoire, aux lieu et place de l'actuel brevet des collèges. Le but n'est pas de dresser un obstacle à l'entrée des élèves au lycée. Il est de pouvoir apprécier les progrès accomplis par les élèves au regard des objectifs assignés au collège quant à l'acquisition par tous les élèves d'une formation de base qui est la clé de toute autre formation ultérieure, générale ou professionnelle. J'attends de cet examen qui doit rester simple, qu'il contribue à orienter positivement le déroulement de la scolarité en collège


Une responsabilité accrue pour les établissements

Si les objectifs pédagogiques doivent être définis nationalement dans un souci de qualité et d'égalité, tout incite, en revanche, à ne pas enfermer l'activité des établissements dans un cadre trop rigide et à leur donner une certaine souplesse de fonctionnement afin de mieux les responsabiliser.

L'hétérogénéité des élèves impose de nouvelles organisations pédagogiques (les groupes de niveau par matière en sont un exemple) et une aide individualisée dont la forme peut varier selon les disciplines et le niveau des élèves

Une certaine souplesse horaire est égaiement nécessaire pour utiliser au mieux les personnels et les moyens

Pour ces raisons, la globalisation des moyens sera la règle générale pour la répartition des moyens entre les établissements et leur utilisation. De même, les trois heures dites " de soutien " ne feront plus l'objet d'une répartition préétablie entre les disciplines. Les collèges seront libres de les employer comme ils l'entendent, dans l'intérêt de tous les élèves.

Au niveau des lycées, la souplesse horaire introduite l'an dernier en CAP et en classes de seconde sera étendue à la prochaine rentrée aux BEP et aux classes de première.

Bien entendu un contrôle a posteriori permettra de vérifier que les moyens auront été utilisés conformément aux objectifs fixés. La responsabilité des établissements devra être rendue plus visible.

Ces trois objectifs généraux : qualité des maîtres, refonte des programmes, responsabilité des établissements, n'ont de sens que par rapport à notre priorité centrale qui est de donner à chaque élève les plus larges possibilités de réussite et d'accès au savoir et à la culture. En d'autres termes, l'objectif est de donner à tous une bonne formation de base et de faire accéder le maximum d'élèves aux seconds cycles, sans préjudice pour la qualité de l'enseignement, bien au contraire.

Tous les niveaux de notre enseignement sont concernés à des titres divers. Les circulaires des directions précisent les différents échelons d'intervention. L'année 1985-1986 devra être marquée par des progrès significatifs dans quelques domaines essentiels.


La lutte contre les inégalités sociales

* la pré-scolarisation.
Malgré les emplois créés en 1981-1982 et en dépit de la baisse démographique, les progrès accomplis ont été insuffisants. La situation de certains départements, où les effectifs par classe dans les écoles primaires sont inférieurs à 22 élèves n'est pas acceptable, alors que tous les parents qui le souhaitent ne peuvent pas confier leurs enfants à l'école maternelle. Je tiens à le dire très fermement. L'école de la République doit accueillir à l'âge de 3 ans tous les enfants pour autant bien entendu que les parents le souhaitent. Aucun intérêt particulier ne doit faire obstacle à la réalisation de cet objectif fondamental pour assurer l'égalité entre les enfants.

*La mobilisation de l'école primaire.
Tout doit être mis en oeuvre pour que les apprentissages fondamentaux soient acquis au sortir de l'école primaire. J'insiste à nouveau sur la nécessité d'exercices de lecture systématiques

*La transformation du collège, maillon sensible de notre système éducatif, est entamée.

L'aide au travail personnel des élèves (études surveillées), la prise en charge différenciée des élèves, l'attention portée à ceux qui se trouvent en grande difficulté doivent assurer une meilleure égalité des chances.

*Le développement de la politique des zones prioritaires.
Plus grande stabilité du corps enseignant, coordination encore mieux assurée entre les différents partenaires ministériels et les divers partenaires, évaluation des résultats obtenus, seront les trois points forts du programme 1985-1986.


La promotion de l'enseignement technique et technologique

L'enseignement technique et technologique est une priorité affichée du gouvernement. Le nombre d'élèves entrant dans les filières techniques doit s'accentuer notablement. Mais il est indispensable d'éviter les orientations irréversibles trop précoces et de faire des difficultés dans l'enseignement général un critère d'orientation vers l'enseignement technique et technologique.

Pour répondre à ces objectifs, des mesures importantes doivent, soit entrer en application à la rentrée 1985, soit être étendues dans leur application. Ces mesures doivent être comprises dans une triple perspective.

La culture technique doit devenir une composante à part entière de la culture générale.

A cela répondent la création d'un enseignement de technologie au collège et l'introduction à l'école d'un enseignement de sensibilisation. C'est le but également de la rénovation de l'option technologique industrielle de seconde.

La perception que les jeunes et les parents ont encore trop souvent de l'enseignement technique et technologique devrait ainsi se modifier progressivement.

Une grande filière de formation professionnelle doit être promue. Elle doit constituer pour ceux qui s'y engagent une véritable filière de réussite ouverte sur l'exercice d'un métier gratifiant et propre à susciter les vocations.

A cette fin, il est nécessaire de promouvoir les actuels lycées d'enseignement professionnel en leur donnant la possibilité de dispenser des formations de niveau IV dans le prolongement des brevets d'enseignement professionnel.

Les quatrièmes et troisièmes expérimentales seront, de leur côté, développées. Elles permettent en effet de consolider la formation de base tout en favorisant une orientation professionnelle positive.

Il faut également développer le second cycle technique long en favorisant l'entrée en seconde et l'accueil par les classes passerelles, des titulaires d'un diplôme professionnel ainsi qu'en créant de nouvelles classes de techniciens supérieurs.

De la sorte l'enseignement professionnel apparaîtra comme une voie de promotion ouverte sur l'enseignement supérieur.

II s'agit également de moderniser les filières de formation. Il convient d'assurer une meilleure cohérence entre les cursus et les diplômes, d'une part, et les filières de production d'autre part. Un effort a déjà été entrepris qui a conduit à la refonte de certains diplômes. Cette modernisation des formations est une des tâches dont s'acquittera la mission présidée par M. Daniel Bloch, président de l'Institut national polytechnique de Grenoble.

Des moyens importants seront dégagés pour assurer la refonte de la carte des formations.

L'éducation nationale ne pourra apporter sa pleine contribution à la modernisation du pays que si elle sait s'ouvrir sur le monde de l'économie et de l'entreprise. Elle doit le faire pour que ses filières de formation professionnelle débouchent sur les métiers de l'avenir ; elle doit aussi apporter davantage son concours que ce n'est encore le cas à la formation permanente des adultes.

Elle doit enfin s'attacher à assurer une bonne professionnalisation par le développement, sur la base d'une bonne formation générale, de la formation alternée en liaison avec les entreprises.

II y a là une exigence réciproque : le monde de l'entreprise et le monde de l'éducation s'enrichiront mutuellement en communiquant et en coopérant l'un avec l'autre.

Les jumelages entre école et entreprises qui doivent être étendus de manière systématique au cours des prochains mois, contribueront à cette évolution.

La variation des effectifs à tous les niveaux d'enseignement a conduit à inscrire au budget 1985 la suppression de huit cents emplois d'instituteurs, largement compensée par la création de deux mille trois cent trente postes pour les collèges et les lycées. A ceci s'ajoutent les sept cent soixante dix emplois gagés mis à la disposition du ministère pour l'opération " 60 000 jeunes ".

S'agissant du primaire, les emplois supprimés seront pris aux départements dont les effectifs par classe sont les plus bas. De surcroît, une redistribution interdépartementale, régulée aux plans académiques et national, sera opérée de manière à diminuer les profondes inégalités actuellement existantes.

Depuis deux ans, la majorité des emplois créés pour les collèges et les lycées est réservée aux académies très déficitaires.

Cette politique de rééquilibrage n'a cependant pas permis de réduire suffisamment l'éventail des disparités.

Outre l'attribution prioritaire des moyens nouveaux aux académies déficitaires, il sera opéré une redistribution limitée entre les académies les mieux dotées et celles ayant des capacités d'encadrement insuffisantes.

Tous les documents qui ont conduit à préciser la situation de chaque département, de chaque académie par rapport à l'ensemble national, devront être communiqués aux partenaires du système éducatif. Il en est de même des répartitions des moyens arrêtées au plan national, académique et départemental.

Tous les services du ministère feront en sorte que les étapes du calendrier de préparation de la rentrée soient respectées.

Vous devez y veiller de votre côté. Les objectifs ambitieux que j'ai définis exigent une grande rigueur dans l'utilisation des moyens mais aussi dans leur gestion. Il importe donc qu'aux dates fixées pour la rentrée 1985 tous les personnels soient à leur poste. C'est l'image même et le rayonnement de l'école publique qui sont en jeu.


Jean-Pierre CHEVÈNEMENT

(circulaire n° 85-009 du 8 janvier 1985)

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