Interview de M. Alain Madelin, président de Démocratie libérale et candidat à l'élection présidentielle de 2002, à LCI le 31 octobre 2001, sur les projets de loi sur la Corse et sur la sécurité quotidienne et sur la cohabitation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Madelin, président de Démocratie libérale et candidat à l'élection présidentielle de 2002, à LCI le 31 octobre 2001, sur les projets de loi sur la Corse et sur la sécurité quotidienne et sur la cohabitation.

Personnalité, fonction : MADELIN Alain, HAUSSER Anita.

FRANCE. Démocratie libérale, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : A. Hausser.- La Corse est à nouveau au c¿ur du débat politique. On a vu la polémique autour de l'annonce de la création d'un centre de décisions en Corse. On ne sait pas si c'est à Borgo ou ailleurs. Le Sénat s'apprête à examiner le projet de loi sur la Corse et on sait déjà qu'il est contre l'article 1, qui prévoit les transferts de pouvoirs législatifs et réglementaires à l'Assemblée de Corse, c'est à dire qu'il revient en arrière. Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux l'examen du processus au lendemain des élections ?

- "De fait, c'est bien évidemment ce qui va se passer. Quel gâchis d'une bonne idée ! Je suis profondément régionaliste, je pense que la France, la Vème République, se meurt aujourd'hui, étouffée par la centralisation parisienne et la cohabitation. Une France forte a besoin de régions fortes. Ce qui est fait en Corse va donc dans le bon sens, cela ne va même pas assez loin à mes yeux. Quand vous regardez le mouvement de régionalisation ailleurs, vous savez que 3 % du budget national est consacré aux régions en France, alors que c'est 50 % en Allemagne, 25 % en Espagne et en Italie - où on va encore l'augmenter. Donc, nous sommes des nains en matière de régions par rapport à ce que sont les autres pays autour de nous. L'erreur de base est d'avoir voulu faire un statut pour la seule Corse. C'est idiot ! Et l'Alsace, et la Bretagne, et le Languedoc ? Il faut faire un statut pour l'ensemble des régions françaises..."

Il faut tout repenser ?

- "Bien sûr. Et en ayant fait un statut juste pour la Corse, le Gouvernement a mis le doigt dans un engrenage où il donnait le sentiment de vouloir acheter la paix avec les terroristes, de vouloir négocier avec les indépendantistes et bien sûr, ce n'est pas une bonne chose. Mais sur le fond, quand même, penser que les écoles puissent être régies de Paris, alors qu'elles pourraient l'être bien évidemment au niveau régional, la santé, énormément de sujets qui sont aujourd'hui paralysés par la centralisation parisienne, pourraient trouver une nouvelle jeunesse si l'on savait aérer, revivifier nos vieilles provinces françaises."

C'est ce que promettent tous les candidats à l'élection présidentielle actuellement.

- "Oui, c'est ce que voulait faire le Général de Gaulle, en 1969. Et il a été battu. Que de temps perdu. Mais il faut le faire. Alors il ne faut pas le faire comme cela et je le dis aussi à la droite, parce que la droite est souvent très frileuse sur cette question de régionalisation. Il faudra aller très loin. Moi qui suis candidat à l'élection présidentielle, comme vous le savez, j'entends être un candidat de rupture et j'entends porter le choix régional le plus fort et le plus loin possible."


Et ce choix régional va jusqu'à la construction d'un centre de détention pour les détenus corses condamnés en Corse ?

- "Ah ! Quelle gaffe de la part de M. Vaillant ! Et j'admire madame Lebranchu, notre garde des Sceaux, qui essaie de réparer un peu les choses. Bien évidemment, on peut souhaiter qu'il y ait une politique de rapprochement des détenus de leurs familles, tous les détenus quels qu'ils soient, lorsqu'ils ont été condamnés, il n'y a aucune raison de faire une exception pour la Corse. Mais en allant dire cela en Corse, à ce moment là, on a le sentiment que le ministre de l'Intérieur essayait de jouer les Pères Noël pour les indépendantistes. C'est totalement raté. Notez qu'au passage, puisque l'on parle des prisons, la question n'est pas de savoir si on va avoir huit places pour des détenus en Corse. La vraie question qui se pose en France est de savoir si on a assez de places de prison pour appliquer une politique pénale et assurer la sécurité des Français."

La réponse est non, on le sait.

- "La réponse est clairement non, puisque vous le savez, sur 100.000 condamnations à des peines de prison chaque année, il y en a environ un tiers qui ne sont pas exécutées, faute de place dans les prisons. Alors, sur la sécurité des Français, encore une fois, on peut faire "paroles et paroles et paroles" et "discours et discours et discours". Tant que l'on n'aura pas créé des places de prison supplémentaires et une large..."

C'est annoncé...

- "Non."

Si, la ministre de la Justice a annoncé un plan de construction des prisons...

- "Non, elle a annoncé un plan de construction des prisons, mais pour le même nombre de places de prisons, pas pour des places de prison en plus. Donc, le problème restera le même. On aura des prisons plus humaines, et c'est bien, mais on n'aura pas résolu le problème. De la même façon, tant que vous n'aurez pas la palette d'établissements spécialisés pour les mineurs délinquants, pour retirer des quartiers les petits caïds, tant que vous n'aurez pas les établissements spécialisés, vous ne retrouverez pas la sécurité dans ces quartiers."

Cela ne sert donc à rien d'adopter des lois sur la sécurité quotidienne, si on n'a pas ces établissements.

- "Ça ne sert à rien, si on ne donne pas les moyens de décongestionner la justice et à la justice de faire respecter la loi. Vous savez que vous avez des centres de placements immédiats pour les mineurs. Un mineur délinquant, c'est bien, on va essayer de le mettre en placement immédiat. Vous savez combien de temps il y a d'attente ? Quatre mois, cinq mois, six mois d'attente ! Donc, cela n'a rigoureusement plus aucun effet de voir le mineur convoqué avec ses parents cinq ou six mois plus tard."

Qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut réquisitionner des lieux, transformer des internats ?

- "Depuis longtemps, je suis partisan de mettre vraiment le paquet. Autant je trouve absurde d'aller dépenser 120 milliards pour les 35 heures, si on mettait 12 milliards par an pour la justice et la sécurité, je vous assure qu'en quelques années, les Français retrouveraient la paix et la sécurité de leurs quartiers."

Je vous repose la question : la loi sur la sécurité quotidienne, qui va être réexaminée aujourd'hui, n'a donc aucun intérêt ?

- "Elle fait partie des lois spectacle, avec quelques mesurettes, en aucun cas elle n'est à la mesure de l'enjeu. On ne retrouvera la sécurité des Français qu'en donnant les moyens à la justice de faire exécuter la loi pénale."

J'en reviens aux sondages et à la campagne - enfin, la pseudo campagne puisqu'elle n'est pas encore officielle. Aujourd'hui, la cohabitation a moins la cote auprès des Français ; pour la première fois on voit une inversion dans les sondages.

- "Tant mieux. Je vous disais tout à l'heure que la France était étouffée par la centralisation. Quand on a tous les pouvoirs de 1995 à 1997, il ne se passe pas grand chose, on est étouffé par cette technocratie, cette centralisation parisienne."

Et par des résistances, quand même aussi.

- "Oui, mais on a tous les pouvoirs. 1997 - 2002, la France est paralysée ne matière de réformes par la cohabitation. Il faut en sortir. Les institutions de la Vème République ne sont pas faites pour la cohabitation et le président de la République, après une dissolution perdue, aurait sûrement dû - en tout cas c'était l'esprit de la Vème République - faire place à de nouvelles élections présidentielles."

Vous ne l'avez pas dit à l'époque.

- "Oh, je l'ai dit. On voit bien le formidable gâchis qu'ont représenté en matière de réforme ces cinq années de cohabitation. On aurait pu penser à un moment donné qu'avec un président de la République intelligent, un Premier ministre intelligent et la France qui était en panne de réformes, ils auraient pu s'entendre et ne pas se faire la guéguerre pour faire avancer au moins ensemble un certain nombre de réformes. On pouvait avoir cet espoir, cela n'a pas été le cas, la cohabitation dégénère comme vous le voyez en guerre de personnes ou en guerre d'entourage. C'est dommage pour la France."

Vous n'en profitez pas dans les sondages...

- "Laissez les sondages. A la même période, en 1994, Jospin faisait 3 %. Alors, on en reparlera dans quelques mois."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 31 octobre 2001)

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