Tribune de Mme Christine Boutin, candidate à l'élection présidentielle, dans "Le Figaro" du 23 octobre 2001, sur la politique familiale, intitulée "Famille : une urgence économique". | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Tribune de Mme Christine Boutin, candidate à l'élection présidentielle, dans "Le Figaro" du 23 octobre 2001, sur la politique familiale, intitulée "Famille : une urgence économique".

Personnalité, fonction : BOUTIN Christine.

FRANCE. UDF;FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2002

ti : Saluons le retour en grâce du mot " famille " dans le discours politique. Mais ne soyons pas naïfs. Les Français plébiscitent l'institution familiale, tout simplement parce qu'ils l'aiment, et que l'épanouissement personnel peut difficilement faire fi de cette première institution, au sein de laquelle on naît, on grandit et on aimerait terminer sa vie. Nommer " famille " toutes sortes de situations où les liens ne sont plus aussi forts et où la fidélité n'est plus une intention parce qu'il n'y a plus d'engagement, c'est lui faire perdre son sens. La famille mérite d'être reconsidérée par les politiques, non pas pour flatter l'opinion, mais pour construire l'avenir de la France.

On nous parle d'un nouveau baby-boom avec auto-satisfaction pour aussitôt entendre les experts en démographie démentir et confirmer la régression. En France, toutes les études montrent que les femmes sont aujourd'hui soumises à de telles contraintes culturelles, économiques et parfois idéologiques, qu'elles renoncent à donner naissance à l'enfant supplémentaire qu'elles désirent pourtant. C'est le grand paradoxe de notre " libération ". Et c'est la grande contradiction de toute notre politique familiale qui ne cesse d'être ainsi révélée.

Ceux qui gouvernent la France savent bien que la première source de prospérité pour un pays comme le nôtre, c'est le renouvellement des générations, et j'ai pu saluer tour à tour les discours du Président de la République et de son Premier Ministre sur ce thème. Pourtant, comment la famille est-elle aujourd'hui abordée par le gouvernement comme par le législateur ? On ne cesse de dénaturer la politique familiale -le gouvernement vient encore d'en donner le signe- en la noyant dans d'autres politiques qui ne devraient pas être confondues : politique sociale, politique de santé¿ Et, en ces occasions, on ponctionne ce qu'il reste de politique familiale authentique pour financer des déficits. C'est le cas aujourd'hui lors de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale où on s'apprête à financer les retraites sur le dos de la branche famille.

Comment ne voit-on pas le cercle dépressif dans lequel notre société s'engage lorsqu'elle renonce aux investissements qui garantissent sa survie à long terme pour corriger les erreurs de gestion qui pénalisent les générations actuelles ? Il faut oser dire, même si cet aveu risque de susciter une forme d'impopularité, que nous ne cessons de défendre nos intérêts immédiats en privant ceux qui nous succéderont de l'héritage que nous devrions leur laisser. Faisons aussi appel à notre instinct de survie, à l'échelon individuel : lorsque viendra le grand âge et la dépendance (sans parler de l'âge de la retraite), on devra bien trouver ceux qui pourront dispenser les moyens matériels et aussi l'amour sans lesquels la vie devient difficile. Or, deux tiers de l'aide aux personnes âgées dépendantes est encore aujourd'hui apportée bénévolement dans le cadre des relations familiales. Qu'en sera-t-il demain lorsque la solitude liée aux fractures affectives, mais aussi à la régression démographique, touchera une large proportion des personnes âgées ?

Il ne s'agit donc pas de parler de la famille comme le fait le gouvernement en l'abordant " par le bas ". " Revaloriser " le PACS précaire, donner un statut illusoire au concubinage, prétendre supprimer ce que le divorce a de douloureux, sans jamais oser dire ses conséquences sociales à long terme, ne constituent pas un dessein porteur d'avenir. A ce propos, prenons garde à ne pas généraliser, en les banalisant, les situations de rupture qui ne touchent heureusement aujourd'hui qu'un couple marié sur trois. Croit-on que les deux autres tiers des couples soient à l'abri des conflits, des difficultés, voire des " fautes " ? Toute vie de famille durable a surmonté ces épreuves, et sans juger ceux d'entre nous qui n'ont pas pu tenir, on doit souligner l'immense besoin de stabilité affective qu'il faut à l'enfant pour s'épanouir. Je ne crois pas que notre classe dirigeante, marquée par l'idéologie de 1968, ait pris la mesure de l'attachement des Français, y compris de nombreux jeunes, à l'engagement de fidélité qui demeure au sein de l'institution du mariage.

Construisons donc une grande politique familiale, qui n'ait pas honte de se dire, qui sache récuser tous les amalgames dans lesquels certains tentent de l'enfermer. Demander une France généreuse vis-à-vis de ceux qui assurent son renouvellement, ce n'est pas agir contre nos intérêts, mais c'est bien prendre en compte une urgence économique. Notre prospérité à long terme est en jeu.


Christine Boutin
Candidate à l'élection présidentielle

(source http://www.christineboutin2002.com, le 6 décembre 2001)

Rechercher