Déclaration de M. François Patriat, secrétaire d'Etat aux PME, au commerce, à l'artisanat et à la consommation, sur la nécessité d'aider à la réimplantation du commerce en centre ville, Paris, le 19 septembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Patriat, secrétaire d'Etat aux PME, au commerce, à l'artisanat et à la consommation, sur la nécessité d'aider à la réimplantation du commerce en centre ville, Paris, le 19 septembre 2001.

Personnalité, fonction : PATRIAT François.

FRANCE. SE aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l'artisanat et à la consommation

Circonstances : Colloque de l'Union du commerce de centre-ville à Paris, le 19 septembre 2001

ti : Je suis heureux d'être parmi vous cet après-midi. C'est l'occasion de revoir des visages amis. C'est aussi pour moi un moment de convivialité.

C'est vrai que ces derniers temps ont été troublés. Il ne faudrait pas qu'au drame humain qui endeuille nos démocraties s'ajoute un désordre économique. Les indicateurs fondamentaux de l'économie, particulièrement en France, restent favorables, employons les à plein.

Le commerce de centre-ville a pris une large part ces quatre dernières années aux bons résultats du secteur du commerce. C'est une réussite qui tient d'abord à votre professionnalisme.

Ce n'est pas à moi de dire si l'action publique : avec les emplois jeunes, les 35 h, les baisses d'impôts, ont favorisé l'amélioration de la situation économique.

Partageons simplement le constat que le commerce se nourrit de la croissance en même temps qu'il l'a nourrie. Et durant ces quatre dernières années, commerce et croissance ont bien progressé en France.

Le thème retenu cette année pour votre colloque : " flux de circulation, flux commerciaux " est très certainement un sujet majeur.

Mais je dois concéder ma " jeunesse " sur un sujet éminemment urbain.

Vous m'avez fait l'honneur de m'inviter à clôturer vos travaux, le Secrétaire d'Etat que je suis est flatté, l'homme issu du milieu rural que je suis, est beaucoup plus embarrassé.

Vous discutez déplacements alors que le paysan qui vous parle croit aux vertus de l'immobilité (qui ne doit pas être confondue avec immobilisme). Pire encore je suis un chasseur à l'affût !

Vous ne serez donc pas surpris si je plaide d'abord pour une certaine lenteur. Le paysage urbain ne peut pas devenir une succession rapide de décors de théâtre où les repères spatiaux changent sans cesse.

Les politiques urbaines, dès lors qu'elles ont la préoccupation du développement du commerce, ont intérêt à prendre en compte les " adhérences " des consommateurs.

Le succès du commerce, ce n'est pas l'achat, c'est, vous le savez comme moi, le " réachat ".

Or, comment faire revenir le client dans le magasin si ce dernier a déjà fermé pour changer de place ?

Nos centre-villes ont besoin d'une stabilité relative : c'est vrai de leurs repères urbains (on ne déplace pas une statue), c'est vrai pour leurs enseignes phare, cela reste vrai pour la trame urbaine.

J'ai la conviction que les flux répondent à une logique similaire. Il suffit de constater les réactions d'incompréhension lorsque les flux sont brutalement modifiés, même de façon temporaire, pour nous rappeler à une certaine sagesse.

Pour moi, cela est transposable pour des flux commerciaux. Examinons les, et avant de les modifier, interrogeons-nous sur leurs origines et leurs justifications. Peut être alors nous les respecterons et éviterons quelques maladresses.

Si on résume le développement du commerce ces trente dernières années, force est de constater que cette prudence a été parfois oubliée.

Avec les hypermarchés de la périphérie, nos villes se sont destructurées. Certes l'offre pour le consommateur-automobiliste a été ainsi élargie, et c'était nécessaire. Mais dans le même temps les flux se sont développés dans une certaine anarchie.

Depuis a commencé le " défilé " des " docteurs ".

Par ordre d'entrée en scène, nos ingénieurs des ponts et chaussées avec une médication radicale : rocades et rond-points. Nous ne sommes pas encore totalement sortis de ce " traitement de cheval ". La périphérie urbaine est trop souvent devenue un entrelacs de voies routières. Ce n'est plus la campagne, ce n'est pas non plus la ville.

Après les ingénieurs, les urbanistes, qui ont concentré leur traitement sur le bâti. Ils sont partis de l'idée simple, et qui a une certaine valeur à mes yeux, que le centre-ville doit proposer une offre foncière d'habitat de qualité, avec des prestations modernes, des équipements de confort en même temps qu'une apparence flatteuse.

C'est la grande période des réhabilitations des centres anciens avec des réussites magistrales, parfois des interventions intempestives. Loin de moi l'idée que cela est inutile.

Certains coeurs de ville ont besoin de cette rénovation. Mon département ministériel les soutient, notamment avec le FISAC qui atteindra 440 millions de francs en 2002, contre 300 millions en 1997.

Mais nous savons tous qu'un crépis neuf et un nouveau pavage devant la mairie ne suffisent pas à faire redémarrer un centre-ville.

On en arrive à la période contemporaine, les centres anciens ont été réhabilités, les logements offerts sont souvent de qualité, les moyens de transport ont été modernisés. Mais il y a toujours une certaine langueur. Les flux restent faibles.

Et là, on découvre que le commerce est le c¿ur et le poumon de la ville, que le théâtre et la piscine ne suffisent pas à animer un centre urbain. A quoi sert un tramway au milieu d'une rue non éclairée aux rideaux de fer baissés ?

Comment faire pour que les boutiques ouvrent (et si possible pas uniquement des loueurs de cassettes vidéo) ? Comment faire surtout pour que les enseignes ne ferment pas aussi vite qu'elles ont ouvert ?

Le Gouvernement a entrepris de répondre à cette attente, il a mis en place les moyens d'une renaissance durable des centres villes avec la loi sur l'intercommunalité, la loi SRU, l'EPARECA, le FISAC.

Il a agit également sur la fiscalité des entreprises en baissant la taxe professionnelle qui devenait parfois un " impôt de délocalisation ".

De nouveaux dispositifs entrent en vigueur comme l'aide financière pour les commerces situés en zone sensible ou l'exonération de la taxe sur les grandes surfaces pour les supermarchés implantés en milieu urbain difficile.

Il n'y a pas une réponse unique aux détournements de flux commerciaux. Certains bourgs ont changé la donne simplement en réimplantant un marché.

Je crois nécessaire d'inciter les premiers acteurs : les commerçants, à générer des flux de clientèle. En instaurant une date unique des soldes pour l'hiver le Gouvernement a favorisé un flux commercial dense dont l'impact se mesure directement sur le résultat des entreprises : + 8 % de chiffre d'affaires au premier trimestre 2001 par rapport à l'année passée.

Aux commerçants de créer des événements qui attirent la clientèle, j'espère que l'euro sera une fête dans tous les magasins. Si vous voulez éviter " l'euro-morosité ", mieux vaut proposer des affaires à la clientèle que faire valser les étiquettes.

Je connais votre capacité à attirer la clientèle. Je suis prêt à réfléchir avec vous à des évolutions sur les horaires d'ouverture en semaine et en fin de semaine.

Je ferais cela dans un esprit de concertation, je ne vais pas administrer une potion, comme certains m'y invitent parfois. Là aussi je suis partisan d'évolutions douces, respectueuses des habitudes des consommateurs.

Conclusion

J'espère ne pas avoir trop déçu vos attentes en éludant la question " parking, or not parking ? ".

J'ai bien mon avis, mais votre expertise est sans commune mesure avec la mienne sur ce sujet. Je préfère observer les choix faits par les uns et les autres en la matière.

Les débats d'aujourd'hui viennent à un bon moment dans notre réflexion urbaine et commerciale.

Il y a trente ans la ville s'étalait. Dans un mouvement centrifuge, on assistait à une " extensification " de la ville. C'est désormais le mouvement inverse qui prédomine.

Voilà qui complique singulièrement la tâche des acteurs de la ville. Le commerce doit tirer le meilleur parti de ce mouvement.

Je souhaite apporter au commerce de centre-ville tout l'appui nécessaire, avec la même volonté que celle qui m'anime dans le développement économique de nos campagnes.


(source http://www.minefi.gouv.fr, le 25 septembre 2001)


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