Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, devant la Commission des Archives diplomatiques, sur le calendrier et l'état d'avancement du projet de construction du nouveau centre d'archives diplomatiques qui sera installé à la Courneuve, et la modernisation de la Direction des archives du ministère, Paris le 30 octobre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, devant la Commission des Archives diplomatiques, sur le calendrier et l'état d'avancement du projet de construction du nouveau centre d'archives diplomatiques qui sera installé à la Courneuve, et la modernisation de la Direction des archives du ministère, Paris le 30 octobre 2001.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Réunion de la Commission des archives diplomatiques le 30 octobre 2001

ti : Madame,

Messieurs les membres de l'Institut,

Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Professeurs,

Mesdames, Messieurs,

Je me réjouis d'autant plus de participer ce soir à vos travaux que la Commission des Archives diplomatiques n'a que très rarement siégé en présence du ministre des Affaires étrangères, qui en est pourtant le président ex officio depuis sa fondation en 1874. Seuls, en effet, deux de mes prédécesseurs sont venus en personne exercer ces fonctions - à chaque fois, il est vrai, dans des circonstances exceptionnelles, puisqu'en 1946, M. Georges Bidault avait tenu à rétablir lui-même cette institution qui ne s'était pas réunie depuis 1939, pour des raisons évidentes, et qu'en novembre 1993, M. Alain Juppé avait eu la courtoisie, Madame, de venir lui-même installer la première femme appelée à en assurer la vice-présidence.

Ce sont aussi des raisons exceptionnelles qui m'ont conduit, outre l'intérêt que je porte personnellement à la recherche historique et le plaisir que j'éprouve à me trouver en votre compagnie, à venir vous rencontrer dans une période d'intense activité diplomatique. Dès mon arrivée à la tête de ce ministère, j'ai décidé qu'il devait, comme d'ailleurs l'ensemble des administrations de l'Etat, engager un réel effort d'évaluation de ses résultats, d'analyse de ses moyens et de réforme de ses méthodes de travail. Ce vaste chantier, déjà achevé ou largement en cours dans la plupart des directions, pouvait d'autant moins ignorer les Archives que leur gestion quotidienne faisait apparaître un certain nombre de difficultés, que votre commission n'avait d'ailleurs pas manqué de souligner. La principale tenait à son implantation, au sein même des services, décidée par l'un de mes lointains prédécesseurs au milieu du 19ème siècle, pour des raisons certes estimables, mais qui, le temps passant, se sont révélées de plus en plus obsolètes. La masse des documents produits par cette administration n'a cessé de croître, nous contraignant à disperser, dans des conditions évidemment peu satisfaisantes, une partie de nos fonds.

Par ailleurs, le progrès technique nous a permis de perfectionner les méthodes de conservation des documents anciens en équipant des ateliers de haute technicité qui nécessitent de l'espace et des conditions d'exploitation spécifique. Parallèlement, l'évolution du support archivistique auquel nous avons dû nous adapter, l'informatisation de nos centres d'archives et de documentation, de nos inventaires, du chiffre et d'une partie de plus en plus importante de notre courrier, la numérisation de nos fonds iconographiques ont rendu les locaux actuels exigus et inadaptés. J'ajouterai que le libre accès aux sources, qu'attendent à juste titre chercheurs et historiens, nous imposaient d'ouvrir le plus largement possible, et dans les conditions les plus satisfaisantes qui soient, l'accès à nos salles de lecture.

Il m'est vite apparu, et vous en étiez vous-même convaincus, que seule l'installation de la Direction des Archives dans des locaux différents, plus vastes et mieux adaptés permettrait d'améliorer les conditions de travail des conservateurs et des lecteurs. Ce n'est pas, bien sûr, que les projets de délocalisations aient manqué. On pourrait même, en un certain sens, regretter qu'ils aient été aussi nombreux et aussi peu suivis d'effet, à l'exception notable, il est vrai, du Centre des Archives diplomatiques de Nantes qui nous permet désormais de rapatrier et de traiter dans de bonnes conditions les archives de nos postes à l'étranger. Multiples ont été les solutions explorées tour à tour au cours de ces vingt dernières années, depuis le Centre de conférences du Quai Branly à la bibliothèque de l'Arsenal, en passant par le CIRAD de Vincennes, l'Institut géographique national, etc. Peut-être avait-on pêché par excès d'ambition, en cherchant à concilier une localisation en centre ville, un bâtiment prestigieux, un aménagement fonctionnel et un coût raisonnable... Mais le temps passant, il est devenu évident qu'à trop attendre, nous prenions le risque de nous trouver dans l'impossibilité d'assurer la conservation, le traitement et la communication des milliers de documents recueillis chaque année dans l'ensemble de nos centres d'archives et de documentation. Cette situation était d'autant plus préoccupante que le Comité de décentralisation paraissait de plus en plus enclin à nous orienter vers une relocalisation en province ou en lointaine banlieue, ce qui aurait eu pour effet de couper la Direction des Archives des autres services du ministère et d'en compliquer l'accès pour les chercheurs étrangers qui représentent déjà à Paris, aujourd'hui, 40 % de la fréquentation de notre salle de lecture.

Aussi, ai-je pris la décision, le 19 juillet 2000, lors d'un comité de management entièrement consacré à cette question, de procéder à l'acquisition d'un terrain situé en proche banlieue, à La Courneuve, et d'engager les procédures de lancement d'un concours d'architecture pour la réalisation d'un centre d'archives moderne, fonctionnel et j'espère, beau. L'emplacement retenu bénéficiait d'une bonne desserte, tant par la route, juste à une sortie de la A86, que par le RER, à une vingtaine de minutes de la station "Châtelet". Les autorités locales, notamment la Mairie de La Courneuve, se sont montrées très favorables à ce projet, qui s'inscrit parfaitement dans les plans de développement de la ceinture Nord de Paris. Nous avons aussi bénéficié de l'appui du Réseau ferré de France, précédent propriétaire du terrain, et de son administration de tutelle, le ministère de l'Equipement, des Transport et du Logement. Le Comité de décentralisation, la préfecture de région, la Direction départementale des Impôts ont donné, chacun en ce qui le concerne, leur aval à ce projet.

La Direction des Archives a préparé, dans les tout premiers mois de cette année, grâce à une très large concertation interne, un pré-programme correspondant à l'évaluation de ses besoins et aux enseignements qu'elle a pu tirer des réalisations comparables en France et à l'étranger. Elle a ensuite élaboré, avec l'aide d'un cabinet spécialisé, APSI Consultants, un programme détaillé qui a été remis début mai, aux quatre équipes d'architectes qu'avait retenues, sur près d'une centaine de candidatures, le jury composé à cet effet sous la présidence du Secrétaire général. Ces quatre architectes sont :

- Gérard Buffière, qui a aménagé le Centre des Archives de l'Essonne au Château de Chamarande,

- Henri Gaudin, qui a réalisé le bâtiment des Archives de la Seine à la Porte des Lilas, et qui avait été sélectionné pour le projet d'Archives contemporaines de Reims,

- Corinne Vezzoni, qui a signé les nouvelles Archives départementales de Marseille,

- Thierry Van de Wyngaert, l'architecte du Centre des Archives diplomatiques de Nantes.

Ils viennent de déposer leur dossier et leur maquette, et le jury se réunira à nouveau le 21 novembre pour me proposer le projet qui pourrait être finalement retenu. Si tout se déroule conformément à nos prévisions, le marché devrait être notifié à la fin de l'année, et les travaux commencer à la fin de l'année 2002 ou au tout début de 2003, pour une mise en service du Centre dans les derniers mois de 2004.

Je n'entrerai pas dans le détail du projet puisque vous avez en mains le document de synthèse remis aux architectes, qui contient l'essentiel des caractéristiques du futur centre de La Courneuve. Il regroupera, sur plus de 20.000 mètres carré, la majeure partie des Archives et le service de la Valise. Grâce au développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication, il restera en liaison permanente avec les services de l'Administration centrale. Je me bornerai à préciser que nous avons poursuivi en priorité trois objectifs :

- développer une capacité d'archivage qui mettra cette Administration en mesure de traiter et de conserver les archives des 30 à 50 années à venir : d'où un espace total de stockage de 150 kilomètres linéaires (soit le triplement de ce dont nous disposons actuellement à Paris),

- nous doter des laboratoires et des ateliers de traitement et de numérisation suffisants pour pouvoir nous adapter à toute évolution du support du document d'archives au cours de cette période,

- adjoindre aux dépôts et aux locaux administratifs un espace d'accueil et d'animation, avec une salle de lecture de 350 places, une salle de conférence, un hall d'exposition et des locaux de rencontre et de restauration qui occuperont le cinquième de la superficie totale du nouveau bâtiment.

Telles sont les grandes lignes de ce projet, pour lequel nous avons prévu une enveloppe budgétaire de 35 millions d'euros et qui devrait doter ce ministère d'un centre d'archives moderne, fonctionnel, convivial, à l'exemple de ceux dont disposent nos principaux partenaires. Il n'épuise pas, à lui seul, le chantier de modernisation ouvert aux Archives, mais il en est à la fois la condition et le point de référence. C'est en fonction de ses échéances que s'échelonnera le programme d'informatisation et de numérisation de la Direction et que s'opéreront les modifications de méthode et de structure indispensables à une meilleure ouverture au public scientifique et universitaire ; c'est également grâce à lui que nous pourrons donner à la Commission de publication des documents diplomatiques français les moyens de combler le retard pris par notre pays en matière de publication d'archives diplomatiques et de développer un véritable projet éditorial à définir.

Dois-je préciser, Madame, Mesdames et Messieurs, que votre appui et vos conseils nous seront particulièrement précieux, à l'occasion de ce changement très important, pour élaborer une politique scientifique qui permette d'utiliser pleinement le patrimoine historique que nous avons le devoir, non seulement de conserver, mais encore de faire fructifier et de partager. Je sais que je peux compter sur vous pour cette haute mission, qui contribuera au rayonnement de notre diplomatie, de notre recherche historique et de notre culture, de notre langue et je vous en remercie par avance.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 05 Novembre 2001)

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