Déclaration de Mme Michelle Demessine, secrétaire d'Etat au tourisme, sur les conséquences des événements internationaux sur les professions du tourisme, sur la place du tourisme dans l'économie française, et la politique sociale du tourisme, Paris, le 17 octobre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Michelle Demessine, secrétaire d'Etat au tourisme, sur les conséquences des événements internationaux sur les professions du tourisme, sur la place du tourisme dans l'économie française, et la politique sociale du tourisme, Paris, le 17 octobre 2001.

Personnalité, fonction : DEMESSINE Michelle.

FRANCE. SE au tourisme

Circonstances : "Assises nationales du tourisme", à Paris le 17 octobre 2001

ti : Allocution de Madame Michelle DEMESSINE
Secrétaire d'Etat au Tourisme

Paris, Mercredi 17 octobre 2001

"Assises nationales du tourisme"

Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,


C'est avec beaucoup de plaisir et d'émotion que j'interviens maintenant au coeur de ces Assises nationales du Tourisme.

Permettez-moi, tout d'abord de vous remercier de votre présence si nombreuse et de remercier plus particulièrement, en notre nom à tous, Monsieur le Premier Ministre d'être aujourd'hui parmi nous.

C'est, je crois, un signe fort de la reconnaissance par le gouvernement de l'importance du tourisme dans notre pays ; un signe fort aussi de son engagement, depuis maintenant quatre ans et demi, aux côtés de l'ensemble des acteurs touristiques.

Nous le sentons et le mesurons bien, notre réunion d'aujourd'hui est un moment très important pour l'ensemble de ce qu'il est coutume d'appeler "la grande famille du tourisme".

Il est d'autant plus que notre assemblée se déroule dans un contexte international marqué par les terribles attentats du 11 septembre et leurs suites tragiques pour l'équilibre mondial.

Ces événements ont bouleversé les populations du monde entier. Nous avons aujourd'hui la responsabilité de combattre résolument le terrorisme, en se gardant à tout prix des amalgames. En cette période si lourde de dangers, il nous appartient aussi de réaffirmer les valeurs de paix et de dialogue qui, seules, contribueront à construire une sécurité globale et durable.

Cette situation sans précédent n'est évidemment pas sans conséquences sur les économies nationales. Cela vaut en particulier pour le secteur du tourisme.

Dès les premiers instants, le ministère s'est attaché à établir un contact permanent avec les professionnels, afin d'évaluer les répercussions sur leur activité. Ainsi, j'ai immédiatement mis en place une cellule de veille et j'ai confié à l'Inspection Générale du Tourisme une mission d'évaluation.

Par ailleurs, une étude sur les conséquences des événements internationaux sur le tourisme en Europe a été confiée à la Commission Européenne à la demande des 15 pays de l'Union. Ses résultats seront connus le 26 novembre.

Dans notre pays, la situation du tourisme est à la fois préoccupante et contrastée.

En effet, si l'activité touristique d'accueil dans les régions françaises semble avoir bien résisté, certaines filières et leurs acteurs sont plus durement touchés que d'autres. Je pense en particulier au tourisme dit de luxe et au tourisme d'affaires.

De même, le monde des tour-opérateurs et de la distribution connaît de sérieuses difficultés, en raison des annulations ou reports d'une clientèle encore sous le choc de l'événement.

A l'inverse, certaines destinations ne sont pas ou peu affectée, voire, pour certaines, bénéficient d'un intérêt accentué.

S'il ne faut pas sous-estimer l'importance des difficultés rencontrées, je suis convaincue que la réactivité de la profession et la diversité de notre offre nationale devraient nous permettre de traverser cette période incertaine.

Dans ce contexte singulier, je veux plus que jamais, souligner la pertinence et l'importance de notre réunion d'aujourd'hui.

Je le disais tout à l'heure, elle est à mes yeux comme une réunion de famille.

Une famille dont les liens sont étroits ; une famille où les réflexions et les pratiques se confrontent sans cesse et s'enrichissent mutuellement ; une famille enfin où chacun partage le même engouement, la même détermination autour d'un objectif commun : que le tourisme avance dans toutes ses potentialités.

Qu'il s'agisse des hôteliers, des restaurateurs ou des agents de voyage qui participent tellement à l'image de convivialité de notre pays.

Qu'il s'agisse encore de ce formidable réseau des offices de tourisme - une originalité française et une organisation touristique enviée - qui contribue, partout, avec les comités régionaux et départementaux du tourisme et aux côtés des élus, à la richesse de notre tourisme.

Qu'il s'agisse, enfin, des associations qui apportent à ce secteur les valeurs d'échanges, de gestion désintéressée et de militantisme qui irriguent notre société.

Je veux remercier ici le Conseil National du Tourisme de nous donner l'occasion de nous réunir tous afin d'évaluer le chemin parcouru et tracer ensemble les chemins de l'avenir.

Un Conseil National du Tourisme lui-même bien à l'image de la diversité de notre secteur.

Parce qu'il rassemble grandes entreprises, acteurs du tourisme social et associatif, élus, institutionnels et organisations professionnelles, la richesse de ses travaux permet de mieux nous connaître, mais surtout, de mieux nous faire connaître.

De cette diversité nous avons fait une richesse, celle de la démocratie, celle de citoyens engagés dans le développement touristique de notre pays, pour son plus grand succès.

Car oui, je veux le redire ici, le succès touristique de la France, sa place de première destination mondiale, vous en êtes tous les acteurs.

Ensemble, nous avons fait du tourisme une activité à part entière, désormais pleinement reconnue pour ce qu'elle est : un secteur majeur et dynamique de notre économie, facteur de progrès pour tous, porteur de sens et de valeurs.

Cette reconnaissance n'était pas acquise, il a fallu la conquérir.

C'est, vous le savez, le premier chantier auquel je me suis consacrée. Il s'agissait de repositionner le tourisme en repensant le rôle que l'État doit jouer dans ce domaine par nature transversal, à la croisée de l'économique, du social et de l'environnemental.

Cette prise en compte nouvelle de l'importance et du rôle joué par l'industrie touristique s'est concrétisée par des investissements budgétaires inédits, destinés à inscrire la volonté du gouvernement dans la durée.

Ainsi le budget du Secrétariat d'Etat au Tourisme a-t-il été pratiquement doublé depuis 1997 et les crédits accordés au tourisme dans les contrats de plan ont été multipliés par quatre.

Dans le même temps, l'administration du tourisme a engagé un profond mouvement d'adaptation qui lui permet désormais d'aborder de plain-pied les nouveaux défis.

A cet instant, permettez-moi de saluer tout particulièrement l'engagement de l'ensemble des agents de mon ministère et de ses organismes associés.

Durant ces quatre années et demie, nous avons également contribué à montrer que le tourisme est une activité en phase avec les enjeux de notre temps et à même de répondre à ceux du 21ème siècle.

Face aux perspectives de croissance annoncées pour le tourisme dans le monde, nous nous sommes ainsi attachés à travailler autour de deux axes essentiels :

Il convenait, tout d'abord, de mieux équilibrer notre offre touristique sur l'ensemble de nos régions. Dans le même temps, il nous fallait diversifier et requalifier cette offre.

C'est ce qui a été fait, notamment grâce aux moyens nouveaux que j'évoquais à l'instant, ou au travers des grandes décisions de la politique d'aménagement du territoire qui ont souvent confirmé le rôle important du tourisme dans le développement et le rayonnement des territoires.

C'est pourquoi aussi, je me suis attachée à conforter et développer le tourisme dans toutes ses dimensions, tel le tourisme fluvial, culturel, urbain, thermal ou bien encore le tourisme d'affaires.

L'effort entrepris pour enrichir l'offre touristique en bord de mer, les nouvelles orientations données au Conseil national de la montagne, l'installation d'une Conférence permanente du tourisme en espace rural, ont été autant d'illustrations de cette politique.

Tout comme l'ont été les dispositifs incitatifs à la réhabilitation de l'hébergement touristique, appelé VRT, ou le crédit d'impôt dont le but est de favoriser l'investissement locatif des résidences de tourisme.

Cette volonté s'est illustrée aussi par la campagne de communication destinée à valoriser l'image des régions françaises à travers le concept de "Tourisme de Pays".

La diversification de l'offre touristique, la détermination à ancrer les démarches visant à mieux répondre aux exigences d'aujourd'hui, est aussi l'oeuvre des 200 000 entreprises du secteur, du million de salariés du tourisme qui en constituent l'épine dorsale.

En disant cela, je pense en particulier aux démarches de labellisation que nous avons engagées avec les restaurateurs, à la réforme du classement hôtelier, et au travail sur la sécurisation des séjours et l'éthique mené avec les agences de voyages et les tour-opérateurs. Je pense également à l'important mouvement de modernisation de l'hôtellerie de plein air.

Toutes ces démarches portent aujourd'hui leurs fruits. Elles ne sont pas étrangères, loin s'en faut, à la croissance de notre fréquentation touristique.

Chacun le sait bien, la richesse de notre tourisme, ce sont ses paysages, sa culture, son patrimoine, mais ce sont aussi les hommes et les femmes qui le font vivre.

C'est pourquoi il m'a semblé nécessaire d'agir pour améliorer la qualité des emplois.

Mon action en ce domaine a donc cherché à conjuguer efficacité économique et progrès social. Elles s'est, vous le savez, traduite par un effort soutenu et durable en faveur de la formation, de l'amélioration des conditions de vie et de travail des salariés du tourisme.

Avec le dispositif "emplois-jeunes", nous avons accueilli 6500 jeunes salariés dans le tourisme. Partout où ils se sont investis, par leur dynamisme, leur compétence, ils ont apporté un souffle nouveau.

Un effort considérable a aussi été réalisé pour l'amélioration de la situation sociale et professionnelle des travailleurs saisonniers du tourisme.

Lors de la présentation au conseil des ministres du plan d'action en 15 mesures en faveur des saisonniers le 9 février 2000, j'affirmais que la précarité ce n'est pas une vie, ce n'est pas un avenir. Ce n'est pas non plus une fatalité.

Ces mesures marquent la volonté de dépasser l'image de précarité trop souvent associée aux emplois du tourisme.

Destinées aussi à favoriser le développement d'une économie touristique plurisaisonnière, ces mesures ont commencé à trouver nombre de traductions concrètes dans plusieurs de nos régions et ce, grâce à la volonté et la mobilisation de tous les acteurs concernés.

A ce jour, quatre Maisons des saisonniers ont déjà ouvert leurs portes. Elles sont, aux quatre coins de la France, autant de points d'information pour ces salariés sur leurs possibilités d'emplois, de logement, de formation et d'information sur leurs droits sociaux.

Ce mouvement trouve partout des échos similaires. Il est, pour moi, significatif des ambitions et des pratiques - en un mot du sens nouveau - que nous avons donné au développement du tourisme en France.

Ce sens nouveau trouve, bien sûr, d'autres expressions.

Une des plus belles et des plus généreuses réside, sans doute, dans les efforts accomplis pour l'égal accès de tous aux vacances et aux loisirs.

On ne saurait, en effet, se réjouir de notre place de première destination touristique au monde et accueillir des millions de visiteurs dans notre pays, si tous nos concitoyens ne pouvaient accéder eux-mêmes aux vacances.

C'est dans ce esprit que le gouvernement a eu à coeur d'impulser et de faire vivre une véritable politique sociale du tourisme. L'une de mes priorités a été d'affirmer et d'élargir le droit aux vacances pour tous.

Nous pouvons tout d'abord, je crois, nous enorgueillir que ce droit ait été inscrit dans la Loi de lutte contre les exclusions. Il y figure ainsi comme un droit fondamental au même titre que le droit à l'emploi, au logement, à la santé ou la culture...

Dans notre pays, où près de 40 % de la population ne part jamais ou peu en vacances, le plus souvent pour des raisons financières, ce rappel du droit au départ comme facteur de justice et de cohésion sociale n'est pas anodin.

Il s'appuie sur une conception neuve du tourisme : en contribuant à l'enrichissement et à l'épanouissement de la personnalité, au resserrement des liens familiaux et sociaux, l'accès aux vacances participe d'une meilleure intégration de tous dans la société, d'une plus grande citoyenneté.

C'est sur cette base que d'importantes mesures ont pu voir le jour.

Je pense tout d'abord à l'élargissement de l'accès au chèque vacances aux salariés des petites et moyennes entreprises qu'a permis la loi du 12 juillet 1999. Cette mesure d'équité sociale concerne plusieurs millions de salariés qui s'ajouteront aux quatre millions et demi de bénéficiaires actuels.

Soutenir le droit aux vacances c'est aussi aider celles et ceux qui agissent pour le faire vivre et notamment les associations du tourisme social et les comités d'entreprises. C'est pourquoi nous avons tenu à valoriser et soutenir ce secteur qui trouve son originalité dans son histoire, sa mission sociale, éducative, culturelle envers les familles.

Je pense surtout à la création, pour les familles en difficulté sociale, de la Bourse Solidarité Vacances. Elle donne tout son sens au beau mot de solidarité, dans un seul objectif : faire partager des moments de bonheur.

Je pense enfin aux mesures que nous avons initiées en faveur de l'accès aux vacances des personnes handicapées. Nous avons là enclenché une réelle dynamique pour l'intégration des personnes handicapées sur les lieux de vacances.

L'élan de dialogue et de concertation qui s'est établi entre l'ensemble des professionnels du tourisme et les associations de personnes handicapées s'est concrétisé par la création du label Tourisme et Handicap. Cette belle cité des sciences et de l'industrie est d'ailleurs le premier équipement à afficher ce label.

Je dirais pour finir que le sens nouveau que nous avons donné au tourisme peut se lire au travers de l'exigence d'éthique dont il aujourd'hui porteur.

La mondialisation contribue grandement aux échanges, elle est même devenue une donnée incontournable dans la réflexion pour le développement du tourisme. Va-t-elle entraîner un tourisme destructeur ou, au contraire, un tourisme respectueux des populations et de l'environnement ? La réponse nous appartient.

Mais vous en conviendrez avec moi, le tourisme est par excellence l'activité économique qui génère et se nourrit des échanges, des rencontres, de la découverte de l'autre. Elle est un véritable vecteur de connaissance et de respect, de solidarité et de paix.

Forte de cette conviction, j'ai ainsi veillé à donner un élan nouveau à la coopération internationale.

J'ai voulu que les accords en matière touristique se fondent sur un intérêt mutuel. Car quel que soit le partenaire, nous avons toujours beaucoup à apprendre l'un de l'autre.

Cette coopération internationale m'a permis de découvrir combien du point de vue touristique notre pays est apprécié et respecté hors de nos frontières.

Partout, le savoir-faire, la compétence, l'expertise même et les valeurs qui font l'image du tourisme français ont force d'exemple et ont souvent fait ma fierté. Cette fierté je voulais aujourd'hui la partager avec vous.


Mesdames, messieurs,
Monsieur le Premier Ministre,

Plus qu'un bilan, ces Assises du Tourisme sont pour nous tous l'occasion de faire un rapport d'étape. Chacun est mieux à même de mesurer l'ampleur du travail accompli et ce qu'il reste à faire.

De nombreux et importants chantiers ont été ouverts qui ne demandent qu'à aboutir. Outre tous ceux que je viens d'évoquer, je pense, par exemple, à la réduction du temps de travail, à l'élaboration du Code du tourisme ou la réforme des stations classées...

Sur tous ces chantiers le ministère travaille et continuera à travailler comme je l'ai fait moi-même, à vos côtés, pendant ces quatre années et demie.

Vous le savez, dans quelques jours, je devrai renoncer à mes fonctions ministérielles pour me consacrer au nouveau mandat de sénatrice que m'ont confié les grands électeurs du Nord.

En le faisant, je retrouve une institution que je connais bien et où je n'aurai de cesse de faire vivre les valeurs de justice et de solidarité qui m'animent.

En le faisant je quitte aussi une fonction et une équipe qui m'auront considérablement apporté.

Bien plus que cela, je le disais en commençant ce propos, je quitte une véritable famille. Cette grande famille du tourisme que j'ai découverte et appréciée et avec qui j'ai traversé tellement de grands moments, des plus difficiles aux plus exaltants.

Je le fais avec beaucoup d'émotion, beaucoup de nostalgie mais également avec beaucoup d'espoir et de confiance.

Par dessus tout, je veux garder en mémoire l'esprit de respect, d'écoute et d'échange, l'esprit de confiance avec lequel nous avons, pendant ces quelques années, contribué à faire grandir ce tourisme du 21ème siècle dont notre pays et le monde ont, plus que jamais, envie et besoin.

En terminant ce propos, il ne reste plus qu'à vous dire au revoir et, du fond du coeur, merci.

Je vous remercie.



(source http://www.tourisme.gouv.fr, le 22 octobre 2001)

Rechercher