Entretiens de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, avec le quotidien "Le Parisien" et "RFI", le 26 octobre 2001, sur ses voyages en Libye et au Soudan, les relations et la coopération entre la France et ces deux pays, le terrorisme international et les droits de l'Homme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretiens de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, avec le quotidien "Le Parisien" et "RFI", le 26 octobre 2001, sur ses voyages en Libye et au Soudan, les relations et la coopération entre la France et ces deux pays, le terrorisme international et les droits de l'Homme.

Personnalité, fonction : JOSSELIN Charles.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération et à la francophonie

Circonstances : Voyages de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, en Libye et au Soudan, du 22 au 25 octobre 2001

ti : Entretien avec "Le Parisien"


Q - Vous rentrez de deux pays "sensibles" : la Libye de Kadhafi et le Soudan, qui accueillit Ben Laden de 1990 à 1996¿

R - Tous deux ont néanmoins fermement réagi aux attentats du 11 septembre : Kadhafi a condamné cette forme de terrorisme. Le Soudan s'est déclaré prêt à participer à la lutte internationale contre ce fléau. Mes interlocuteurs ont insisté sur le refus de tout amalgame entre islam et terrorisme. Ce risque les concerne, car les réactions des populations libyenne et soudanaise, qui veulent défendre l'islam, favorisent cet amalgame. Pour autant, Khartoum et Tripoli ne veulent pas automatiquement apparaître comme des amis de l'Amérique dès lors qu'ils sont ennemis du terrorisme de Ben Laden.

Q - Alors que faire ?

R - Le colonel Kadhafi souhaite une conférence internationale pour définir ce qu'est le terrorisme. A juste titre, il rappelle que la France a qualifié de terroristes, lors de la décolonisation, des gens qui ont été plus tard amenés à diriger un pays. Le mot terroriste est donc parfois utilisé pour désigner des mouvements de libération nationale. Ce n'est évidemment pas le cas d'un Ben Laden.

Q - La France appuiera-t-elle cette démarche ?

R - J'en doute. Définir un concept qui légitimerait une forme de violence serait politiquement risqué. Mais Kadhafi peut comptert sur le soutien de certains Etats africains.

Q - Vous étiez porteur d'un message de Chirac à Kadhafi ?

R - Le chef de l'Etat partage notre volonté de renouer la coopération avec la Libye. Le temps est venu pour cela. L'affaire du DC-10 a été jugée, nous pouvons répondre aux demandes de Tripoli. Il y a bien sûr les intérêts pétroliers, mais aussi des enjeux en matière de téléphonie.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 octobre 2001)

Entretien avec "RFI"


Q - Monsieur Josselin, vous venez d'effectuer deux visites remarquées en Libye puis au Soudan, pays qui ont longtemps été mis au banc de la communauté internationale pour soutien au terrorisme. Aujourd'hui, il est vrai qu'ils sortent peu à peu, l'un et l'autre, de leur isolement, les sanctions de l'ONU ont été suspendues contre Tripoli et levées pour ce qui est de Khartoum. Libyens et Soudanais ont également condamné clairement les attentats du 11 septembre dernier. Est-ce que ce voyage, c'est parce qu'il faut maintenant tourner la page ?

R - Ce voyage aurait eu lieu même s'il n'y avait pas eu le 11 septembre. S'agissant de la Libye, c'était programmé déjà depuis plusieurs mois et si ce n'était le prolongement judiciaire autour de l'affaire de l'UTA, mon voyage en Libye serait probablement intervenu plus tôt. Quant au Soudan, voilà déjà plusieurs mois, je me proposais d'y revenir pour mesurer le chemin parcouru entre mon premier voyage en 1998 et maintenant. Alors, il est vrai que le 11 septembre est venu éclairer particulièrement ce voyage d'autant que vous l'avez rappelé, que la relation de la Libye comme du Soudan avec ce concept mis parfois à toutes les sauces du terrorisme, faisait en quelque sorte obligation d'en faire un des sujets de ces deux visites, ce qui a été le cas.

Q - Vous dîtes "terrorisme mis parfois à toutes les sauces", cela veut dire que vous comprenez que la Libye en stigmatise l'usage occidental et que le colonel Kadhafi affirme que les Etats-Unis eux-mêmes font régner une forme de terreur jusqu'au sein du Conseil de sécurité de l'ONU ?

R - J'ai, une fois de plus, mesuré l'extrême sensibilité que le mot peut avoir dans la discussion, d'où la demande réitérée par le colonel Kadhafi d'une définition du terrorisme international, convaincu qu'il est que l'on a parfois utilisé ce terme pour désigner ce qu'il appelle lui, des actions de libération. On peut comprendre le besoin de clarifier, j'entends comme vous le colonel Kadhafi continuer d'avoir vis-à-vis du gouvernement des Etats-Unis des jugements encore sévères. Le colonel Kadhafi dit : "Moi, je suis contre le terrorisme, cela ne veut pas dire forcément que je suis d'accord avec les Etats-Unis". Vous conviendrez avec moi que c'est son droit. Il y en a d'autres qui sont dans cette situation et s'il est vrai que la France est solidaire du peuple américain dans l'épreuve qu'il a connue et dans la lutte qu'il s'agit de mener ensemble, parce que nous sommes tous des victimes potentielles, peut aussi partager avec certains pays du Sud l'analyse selon laquelle il faut qu'il y ait davantage de mobilisation contre les inégalités, l'injustice, tout ce qui fabrique de la haine, parce que de la frustration, parce que de l'humiliation.

Q - Après vos entretiens à Tripoli, est-ce que vous estimez que la normalisation est possible aujourd'hui entre la France et la Libye ?

R - Je pense que la normalisation de notre coopération au plan culturel, scientifique, technique, économique bien sûr, est non seulement possible mais souhaitable, mais nous avons surtout fait le choix d'engager désormais un dialogue politique avec les responsables libyens. Un dialogue politique que nos responsabilités respectives en Europe pour nous, et vis-à-vis de l'Afrique pour eux, rend d'autant plus utile, sans parler de la Méditerranée.

Q - Si, à Khartoum, le dialogue est indéniablement plus avancé, vous y étiez certes beaucoup plus récemment il y a trois ans, mais est-ce que ce voyage vous a conforté dans l'idée qu'aujourd'hui le Soudan doit réintégrer pleinement la communauté internationale ?

R - La France a fait le choix, en effet, et je suis heureux d'y avoir contribué, de dialoguer avec le Soudan et contrairement à d'autres, de ne pas le tenir à distance. Au terme de cette seconde visite, je crois que nous avons eu raison et j'observe d'ailleurs que beaucoup ont trouvé le chemin de Khartoum. Il y a 3 ans, nous y étions seuls. Aujourd'hui, les Etats-Unis eux-mêmes, les Britanniques, tous ont fait le choix de parler avec les autorités à Khartoum.

Q - Lorsque vous dites que vous avez eu raison, c'est-à-dire que vous constatez ici une évolution politique, ou bien pour les négociations de paix qui soient favorables ?

R - Je crois que le dialogue que nous entretenons avec les autorités de Khartoum a contribué à mettre en mouvement la démocratie, les Droits de l'Homme et probablement l'espoir de paix. Est-ce à dire que la démocratie y fonctionne à la satisfaction de tous, voire à la nôtre ? Pas encore. Est-ce à dire que les Droits de l'Homme y seraient respectés comme nous voudrions qu'ils le soient ? Certainement pas ; mais il y a des signes positifs et je crois très sincèrement que la volonté de paix est quand même aujourd'hui le sentiment dominant. J'espère qu'il est suffisamment partagé pour qu'un cessez-le-feu puisse intervenir très rapidement. J'aurais eu l'occasion de rencontrer à peu près toutes les sensibilités politiques.

Q - A l'exception des Tourabis, pourquoi ?

R - Encore que je pourrais vous dire que j'ai eu un échange bref avec le fils de M. Tourabi qui doit me remettre un mémo que j'aurai l'occasion de consulter dans l'avion du retour.

Q - Vous avez ouvertement souhaité, la reprise de la coopération financière européenne. Elle vous paraît compatible avec ces nécessaires évolutions politiques en matière des Droits de l'Homme et dans l'attente de la paix ?

R - je souhaite en tout cas que nous en discutions entre Européens

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 octobre 2001)


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