Interview de Mme Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT à France 2 le 19 octobre 2001, sur la restructuration face aux plans sociaux de Moulinex, la situation de crise économique dans le cadre européen. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT à France 2 le 19 octobre 2001, sur la restructuration face aux plans sociaux de Moulinex, la situation de crise économique dans le cadre européen.

Personnalité, fonction : NOTAT Nicole, LABORDE Françoise.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti : F. LabordeIl y a aujourd'hui à la CFDT une réunion avec 200 délégués, où vous allez parler de restructuration. Est-ce que face aux différents plans - Moulinex ou ailleurs -, vous avez une stratégie ?

- "Bien sûr ! Et je dirais même : heureusement que les syndicats ont une stratégie ! Car par rapport à un effet de médiatisation normale, au moment de l'annonce d'un certain nombre de problèmes concernant les entreprises, la médiatisation est sélective, elle ne rend compte de problèmes qui ne concernent que quelques entreprises qui ont pignon sur rue. Elle est réductrice au sens où elle ne rend pas compte de la totalité de se qui se déroule ou de ce que tous les salariés ont à assumer par rapport à cela. Un syndicat est là avant les choix, les décisions d'entreprise, il est là pour faire reculer au maximum toutes mauvaises décisions - et Dieu sait si dans certain cas il y en a, on pourrait parler de Moulinex, il n'y a pas si longtemps. Un syndicat est aussi là quand les réductions d'effectif sont inévitables : faire alors accéder les entreprises à une responsabilité beaucoup plus importante dans le reclassement des salariés, dans la formation, dans le retour à l'emploi et pas seulement dans le respect des procédures - ce qu'il faut faire - ou le respect du versement des indemnités - ce qu'il faut bien évidemment faire aussi. Nous disons que lorsqu'une entreprise est conduite à de telles décisions, nous avons pour objectif zéro chômeur."

C'est votre nouveau slogan ?

- "Zéro chômeur dans une entreprise qui restructure. L'entreprise a la responsabilité, quand des suppressions d'emplois sont inévitables, de tout faire d'abord pour qu'il y en ait le moins possible, voire pas du tout. Mais à partir du moment où il y en a : obligation sociale et territoriale de l'emploi."

Vous citez Moulinex où, manifestement, il n'y aura pas zéro chômeur, le tribunal n'a pas pu statuer hier...

- "J'ai cité Moulinex - c'est aussi le cas dans d'autres entreprises -, car on a baladé ces salariés dans des solutions qui étaient de mauvaises solutions ! Et aujourd'hui, ce sont eux les dindons de la farce, ce sont eux qui subiront les dégâts. Je comprends aujourd'hui que ces salariés disent : "Par pitié, maintenant, ça suffit ! On voudrait bien savoir à quelle sauce on va être mangé et qu'on nous assure un avenir !" Même si aujourd'hui, je comprends qu'il ne soit pas..."

C'est une succession de mauvais plans sociaux : il y a eu à l'origine une reprise de l'entreprise par les salariés qui s'est mal passée, de mauvaises gestions. En revanche, peut-on considérer que les plans que Danone présente, sont, de votre point de vue, acceptables ?

- "C'est paradoxal pour un syndicaliste de parler comme cela. Ce sont par moment les syndicalistes - et la CFDT a fait preuve de cette responsabilité à Moulinex - qui sont capables d'attirer l'attention des directions pour leur dire : "Attention, vous allez nous emmener dans une impasse." Quand une entreprise prévient - même si prévenir ne veut pas dire prendre n'importe quelle décision inutile -, quand les bons choix sont fait à temps, ce sont des problèmes en moins et parfois moins douloureux pour les salariés. Nous avons aujourd'hui envie de dire qu'en tant que syndicat, nous voulons aussi mettre notre nez - c'est le but de notre journée d'aujourd'hui, car les choses sont très sérieuses sur les décisions industrielles et économiques des entreprises ; elles sont même parfois trop sérieuses pour ne les laisser qu'aux seuls dirigeants -, non pas décider à la place des entreprises. C'est leur boulot et leur job que de dire : "Nous prenons telle décision". Mais nous voulons pouvoir avoir accès à l'information, contester, discuter les choix et ensuite, assurer la défense pleine et entière des salariés."

Estimez-vous que les mesures prises par le Gouvernement français pour faire face à une éventuelle crise économique ou à celle qui était déjà là sont suffisantes ?

- "Honnêtement, je crois que le Gouvernement a fait le maximum de ce qu'il pouvait faire dans un contexte national aujourd'hui. La question est plutôt sans doute : Et l'Europe dans tout cela ? Car on voit bien aujourd'hui qu'au niveau des problèmes que l'on connaît, la question du soutien de l'activité, d'utilisation de tous les leviers de l'action face au ralentissement et aux problèmes qui sont devant nous, c'est au niveau européen qu'il faut pouvoir les engager. Evidemment, nous n'avons pas beaucoup de marges budgétaires au niveau européen, c'est d'ailleurs une question qui montre..."

Est-ce qu'on est absolument obligé de respecter les critères, puisqu'on est manifestement dans une crise ? C'était envisagé par les accords de Maastricht.

- "Vous mettez le doigt sur la vraie question : nous sommes dans un pacte de stabilité et de croissance, mais celui-ci offre des marges de manoeuvre, il conseille d'aller jusqu'à 3 % - au maximum - de réduction des déficits publics et nous sommes en dessous aujourd'hui. Nous sommes donc complètement dans les clous ! Donc, ne faisons pas d'intégrisme dans l'application du plan de stabilité et de croissance, il y a des marges de manoeuvre, utilisons-les ! Utilisons aussi l'action monétaire : faire que le loyer de l'argent soit un peu moins cher, ce serait bien."

On a vu en début de semaine un mouvement d'action à l'appel de plusieurs syndicats - mais pas de la CFDT - pour demander des avantages salariaux. Il y a eu des grèves dans les transports. Est-ce que les syndicats ne se discréditent pas, au moment où on dit aux Français de ne pas se laisser aller à la morosité ? Et puis, on voit des entreprises publiques faire grève, ce qui pose des problèmes, surtout quand il s'agit de la SNCF, et d'autres syndicats demander des revendications salariales. N'y a-t-il pas quelque chose qui n'est pas en phase avec le monde réel ?

- "Je partage l'idée qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de raisons d'agir. Les syndicats, les salariés ne se mettent pas entre parenthèse, au contraire, il faut simplement qu'ils agissent dans des conditions adaptées à la situation. Je ne me réjouis pas d'une action syndicale, surtout quand elle rassemble plusieurs confédérations, qu'elle n'ait pas tout à fait répondu aux espérances de leurs initiateurs. L'une des raisons pour lesquelles nous n'avons pas participé à cette journée - ce n'est pas parce qu'il n'y avait pas de raison de pousser un certain nombre de revendications -, c'est lorsque les journées sont trop globalisées, avec des plates-formes trop fourre-tout. Les salariés ne se reconnaissent pas. Aujourd'hui, les salariés ne supportent pas trop tout ce qui vient d'en haut ; ils aiment se retrouver dans les revendications qu'on porte. Ce n'est pas une mauvaise chose : ils ont envie de participer. C'est donc le mode d'action syndicale qu'il nous faut pouvoir déployer encore plus fortement demain."

Vous allez quitter la CFDT dans huit mois. Irez-vous à Bruxelles ?

- "Je viens d'annoncer un changement de fonction et d'investissement à la CFDT. J'ai envie de prendre un peu de temps, non pas pour aller planter des choux, mais pour réfléchir à ce que je ferai demain. Je ferai quelque chose demain, mais je ne vais pas d'entrée de jeu m'inscrire dans des rails prédéterminés. C'est mon état d'esprit aujourd'hui."

Vous pourriez vous intéressez à quelque chose qui serait à la marge entre l'économie et le social. Je pense à l'épargne salariale et à ce qu'a pu faire au Canada un syndicat, en créant le fond de gestion de l'épargne salariale. Est-ce que cela vous tenterait ?

- "C'est un projet intéressant, mais je crois qu'il n'est pas transposable en France. Ceci dit, sur l'épargne salariale et la nécessité pour les syndicats, aujourd'hui, d'entrer de plain-pied dans tout ce qui concerne les salariés, donc la gestion de leur épargne, la CFDT, en tout cas, et moi au moins encore pendant huit mois, nous allons nous en occuper sérieusement."


(Source://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 19 octobre 2001)


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