Interview de M. Jean-Marc Ayrault, président du Groupe socialiste à l'Assemblée nationale, à "LCI" le 26 octobre 2001, sur la position du PCF face au projet de loi de financement de la Sécurité sociale, la revendication du PS pour les chômeurs en fin de droit, la sécurité et la délinquance. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, président du Groupe socialiste à l'Assemblée nationale, à "LCI" le 26 octobre 2001, sur la position du PCF face au projet de loi de financement de la Sécurité sociale, la revendication du PS pour les chômeurs en fin de droit, la sécurité et la délinquance.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, HAUSSER Anita.

FRANCE. PS, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale

ti : A. HausserVous serez, demain à Paris, pour le colloque du PS sur la sécurité. Je voudrais d'abord qu'on parle de l'actualité immédiate, c'est-à-dire les difficultés que le Gouvernement rencontre dans le débat sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Les communistes menacent de ne pas voter "si des modifications substantielles - ce sont les paroles de R. Hue - ne sont pas apportées à ce projet de loi." Il réclame 3 milliards par an pour l'hôpital. Hier, E. Guigou a annoncé un certain nombre de mesures. Le secrétaire national du PC les juge insuffisantes. Dans vos propres rangs, il y a de la grogne à propos de la préretraite pour les personnes ayant travaillé 40 ans et qui n'ont pas encore 60 ans, qui sont aujourd'hui au chômage. Envisagez-vous, aujourd'hui, l'éventualité d'un échec ?

- "Cela fait presque cinq ans que nous votons, chaque année, la loi de Finances et la loi de financement de la Sécurité sociale. Cela donne toujours lieu à un débat parfois vif. En tout cas, les parlementaires, les différents groupes de la majorité, font leur travail, et essaient d'améliorer les textes du Gouvernement. C'est ce qui vient de se produire pour ce qui concerne la loi sur la Sécurité sociale. Il y a eu une sorte de partie de bras de fer entre les députés socialistes et le Gouvernement qui a permis, en effet, de faire aboutir une revendication, même partiellement. Bientôt, les chômeurs qui sont en fin de droits, qui ont des ressources très faibles, qui ont cotisé 40 ans, qui n'ont pas encore l'âge de la retraite, qui n'ont pas encore 60 ans, vont pouvoir percevoir une sorte de préretraite d'au moins 5.000 francs par mois. Nous débloquons des situations qui concernent, quand même, 100.000 personnes. C'est une avancée sociale."

Les députés disent que c'était dans le projet et que cela n'a pas été appliqué...

- "Oui et c'est pour cela que nous commençons à répondre à cette question, de façon prioritaire pour les chômeurs, ceux qui sont les plus concernés. Et il y a tout le débat sur l'avenir des retraites dans lequel cette question, bien entendu, devra être traitée. Pour ce qui concerne l'hôpital, nous sommes bien conscients qu'il faut faire un effort très important. Et le geste que vient de faire E. Guigou n'est pas quelque chose de modeste, ce n'est pas un redéploiement. J'ai entendu R. Hue, parler hier, "de redéploiement de crédits". "Redéploiement" veut dire que l'on baisse un crédit quelque part et qu'on le reporte sur une autre dépense. Non. Ce sont bien 3 milliards de plus qui ont déjà été débloqués pour l'hôpital, en plus de l'effort pour financer les 45.000 emplois pour les 35 heures. C'est donc un geste qu'il faut prendre en considération. Mais le dialogue continue et j'ai bon espoir que ce texte sera voté."

Est-ce que vous vous dites que vous verrez après le congrès du PCF ?

- "Non, je ne parle pas du congrès du PC, je vous dis que nous sommes dans un débat parlementaire. Il y a d'abord eu la première partie de la loi de Finances. Vous savez qu'on a décidé le doublement de la prime pour l'emploi, c'était une proposition, à la fois, du Gouvernement, mais avec une demande supplémentaire de la part des députés, notamment des députés communistes, qui a été satisfaite. C'est une avancée importante. Et puis il y a eu aussi des efforts : meilleur remboursement pour les lunettes, la dentition, et puis le congé paternité qui vient d'être voté, hier, par l'Assemblée nationale. Il y a un effort supplémentaire qui est en cours d'analyse pour l'hôpital. Je pense que nous devrions aboutir à quelque chose de satisfaisant et ce sera encore, je crois, une bonne loi de Sécurité sociale pour 2002."

A propos de la Sécurité, vous allez prendre la parole à ce colloque, dont l'intitulé est "Mieux prévenir et mieux punir". J. Dray, qui est le secrétaire national à la Sécurité du PS, défend une politique de gauche de la sécurité face, je cite "aux approches démagogiques et incohérentes de la droite". Quand J. Chirac déclare qu'il ne faut pas qu'il y ait de "faute sans sanction", adhérez-vous à ce discours ?

- "Pas de faute sans sanction, bien sûr, je peux partager cela. Je crois qu'une société ne peut fonctionner que s'il y a un rappel permanent, à la fois des droits et des devoirs. Donc, c'est aussi un travail d'éducation, de civisme, et la sanction doit être là pour rappeler les règles. Je crois beaucoup d'ailleurs à l'exemplarité des sanctions. Mais je crois aussi à l'exemplarité des comportements, depuis le plus haut responsable de l'Etat jusqu'au plus modeste citoyen. Les Français attendent des gestes forts et clairs sur la sécurité. Ils savent que c'est un sujet difficile. Ils sont conscients que ce n'est pas une affaire droite-gauche, mais que c'est aussi une attente républicaine. La sécurité n'est pas une concession que l'on fait, c'est un droit républicain."

Il y a une polémique droite-gauche sur le rôle des maires. La droite revendique plus de pouvoirs pour les maires. Hier, le Premier ministre a déjeuné avec des maires socialistes. Pensez-vous qu'il est en train d'évoluer dans ce domaine ?

- "La droite a une position extrêmement ambiguë. D'un côté, elle demande que l'Etat soit plus fort, et d'un autre côté, elle demande que l'on démantèle en quelque sorte le pouvoir de la police. Tous les syndicats de policiers, grâce à leur expérience, savent qu'il ne faut pas aller dans le sens de ce que propose la droite. Et donner le pouvoir et la direction de la police aux maires serait une faute. Il faut que l'Etat se concentre sur ses devoirs et sur ses responsabilités régaliennes, en particulier pour ce qui concerne la sécurité et la Justice. La justice et la police fonctionnent donc bien. Par contre, les maires qui sont sur le terrain doivent être associés encore davantage qu'ils ne le sont à travers les contrats locaux de sécurité. C'est-à-dire qu'ils doivent être des interlocuteurs permanents des procureurs et des préfets et des chefs de la police nationale. C'est extrêmement important. Les maires ne peuvent pas être mis à l'écart, ils doivent jouer leur rôle au milieu du dispositif."

Est-ce que vous considérez que vous êtes assez "dans le coup" comme on dit, en matière de sécurité dans votre ville ?

- "Je me suis beaucoup engagé depuis que je suis maire sur ces questions de sécurité, qui sont des questions essentielles, et qui demandent une mobilisation générale de tous les acteurs - éducation, prévention, répression. Et chacun doit y apporter sa contribution. Je me sens donc associé, je suis prêt à l'être davantage à travers le contrat local de sécurité. C'est aussi une question de volonté et de qualité des rapports que l'on est capable de mettre en oeuvre. J'ai une facilité de contact avec le directeur de la police, quotidiennement, avec le préfet, les responsables du parquet. Je me félicite de cette manière de travailler. Je souhaite simplement que ça puisse être généralisé là où ça n'existe pas encore."

On dit que la délinquance a atteint un niveau insupportable dans certains quartiers, certaines villes, et les méchantes langues disent que cette délinquance a augmenté quand J.-P. Chevènement était au ministère de l'Intérieur. Vous adhérez à cette analyse ?

- "C'est un peu polémiste. Simplement, il y a une chose qui est vraie, c'est qu'il y a déjà longtemps que la petite délinquance augmente et pas seulement depuis 1997, et que c'est un combat qui doit être mené avec la plus grande détermination par tous. Le besoin de sécurité est réelle, pour tous et pour tout. Vous le voyez avec la catastrophe que nous venons de vivre à Toulouse, dans le tunnel du Saint-Gothard, les catastrophes sociales. La société doit être capable de protéger, la société doit aussi être capable de responsabiliser. Elle doit aussi être capable de sanctionner, lorsque cela est nécessaire. Je crois que c'est une conception républicaine qui demande aussi, quand il le faut, de réorganiser les services. La police de proximité par exemple, c'est une réforme. Mais c'est une réforme qui est de longue haleine, qui va demander de la formation, de la réorganisation et aussi des moyens sur de longues années. Parfois, nous avons à rattraper un retard. Et les postes de policiers ne viennent pas tous comme cela, d'un seul coup, il faut former les gens. Et pendant plusieurs années, les budgets de l'Intérieur n'ont pas permis d'envisager ces recrutements de policiers."

Et maintenant, vont-ils le permettre ?

- "C'est les choix que nous avons fait depuis 1997. Il a fallu rattraper beaucoup de retard."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 26 octobre 2001)

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