Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Info-flash" du 16 septembre 2001, sur la croissance des effectifs dans l'enseignement professionnel à la rentrée 2001 et la revalorisation de l'enseignement professionnel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Info-flash" du 16 septembre 2001, sur la croissance des effectifs dans l'enseignement professionnel à la rentrée 2001 et la revalorisation de l'enseignement professionnel.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

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Alors que la tendance des inscriptions était plutôt à la baisse ces dernières années dans les lycées professionnels, Jean-Luc Mélenchon a annoncé 10 000 nouveaux inscrits pour cette rentrée. C'est pour lui le signe d'une prise en compte par la société du poids acquis par les " sciences pratiques ". Un an et demi après son arrivée, le ministre délégué à l'enseignement professionnel situe son action au sein de l'Éducation nationale.


Inffo Flash - Comment analysez-vous la progression des inscription en lycée professionnel ?

Jean-Luc Mélenchon - Ce résultat a plusieurs origines. Nous avons pesé sur certaines causes, mais nous avons aussi travaillé sur des détails : reculer la date d'affectation, par exemple. Les jeunes ont su dès juin où ils iraient à la rentrée. C'est primordial. L'autre évolution fondamentale relève de la conviction et de l'argumentaire.

La place de la professionnalisation dans le champ intellectuel de notre temps a changé. La quasi totalité des métiers a intégré des savoirs scientifiques et techniques, qui deviennent transversaux à tous les secteurs. Aujourd'hui, l'orientation vers l'enseignement professionnel n'est pas une condamnation du jeune.

La mentalité collective s'est transformée également. Après une reprise de l'emploi, malgré, aujourd'hui des à-coups, la tension va persister en raison des départs en retraite. 2 750 000 personnes supplémentaires devront intégrer le marché du travail dans les dix ans, c'est-à-dire 275 000 par an en moyenne. C'est un défi à la fois quantitatif et qualitatif. Les gens formés devront être aptes à occuper les postes de travail disponibles. C'est donc le contraire d'une formation spécialisée qu'il faut proposer. Celle-ci devra reposer sur des bases larges. Il faudra aussi développer fortement et rationaliser la formation continue. On ne peut avoir deux millions de personnes au chômage quand on a besoin de bras et de têtes.
Utilisons l'appareil qui existe et les GRETA, qui devront renforcer leur action !

Inffo Flash - Quelles relations entretenez-vous avec l'apprentissage sous contrat de travail quand on vous oppose, par exemple, l'obsolescence des moyens de l'Éducation nationale ?

Jean-Luc Mélenchon - L'enseignement professionnel, sous statut scolaire, c'est un ordinateur pour cinq élèves, l'utilisation gratuite des plus grands logiciels comme Katia pour l'industrie ou Lectra pour le textile. La mise en sécurité des installations est passée de 60 % à 80 %. Les régions ont également fait un effort énorme d'investissement ces dernières années.

Je 'oppose pas l'enseignement sous statut scolaire ou sous contrat de travail. L'apprentissage est une voie à part entière à condition de n'entretenir ni illusions ni hypocrisie. L'apprentissage a beaucoup fait recette chez les élites, notamment dans la période du chômage de masse. Je suis pour le développement de l'apprentissage public, qui représente actuellement 6,1 % du total. Sur 370 000 apprentis, nous en formons 20 000. Dans certaines régions, l'offre publique n'existe pratiquement pas. Les conseils régionaux le déplorent quelle que soit leur couleur politique.
Je pense que l'apprentissage est mieux adapté à l'enseignement supérieur qu'à l'enseignement secondaire. Les étudiants qui ont un bon niveau de formation peuvent aussi gagner progressivement leur autonomie financière, même s'il leur faut travailler deux fois plus. En revanche, les apprentis plus jeunes ont souvent du mal à mener de front travail et formation.

Je souhaite d'ailleurs relancer l'inspection de l'apprentissage. L'absentéisme en formation n'est pas acceptable. Je sais aussi qu'il existe encore de la maltraitance. Le sujet est difficile, car les maître d'apprentissage font un énorme travail et de nombreux patrons s'y donnent aussi à fond.

Inffo Flash - Vous venez d'inaugurer à Bordeaux et à Rennes les premiers lycées des métiers. Qu'est ce qui les distingue des autres lycées d'enseignement professionnel ?

Jean-Luc Mélenchon - Les lycées des métiers sont novateurs à plusieurs égards. D'abord, ils se créent à partir de prototypes qui ont émergé du terrain et qui marchent. Ensuite, ils proposent dans un même lieu une continuité de parcours, du secondaire au supérieur, du professionnel et du technique. Le débouché naturel est la classe préparatoire vers " le " ou " les " BTS ". Cette " classe prépa " aidera les jeunes venant du bac professionnel. Aujourd'hui, 7 000 élèves par an entrent en BTS en venant du bac pro, mais seulement 40 % réussissent. Il faut favoriser cet ajustement.

Au bout de la filière, le lycée des métiers, propose les licences professionnelles qui seront pilotées par l'université. Déjà, quelques formations sont intégrées aux lycées professionnels.

Inffo Flash - Si les licences professionnelles fournissent une occasion de rapprocher formations initiale et continue, la validation des acquis de l'expérience n'est elle pas également un moyen de rapprocher la formation initiale de la valeur travail ?

Jean-Luc Mélenchon - Il faut mettre à sa place la validation des acquis de l'expérience. La VAE est d'abord un acte de dignité sociale : la reconnaissance des qualifications acquises par les gens. Ensuite, c'est une aide considérable à l'optimisation des résultats de la formation continue. Troisième point, évidemment, la démarche nous confronte une nouvelle fois au fait qu'il existe une distinction opérationnelle entre formation continue et formation initiale, mais elle ne doit pas devenir une différenciation conceptuelle. Les deux doivent se rejoindre. La même tutelle politique devrait couvrir la formation continue et la formation initiale professionnelle, mais également les enseignements professionnels de l'Agriculture, de la Jeunesse et des Sports, etc. Tous ces enseignements ont des spécificités pédagogiques qu'il ne s'agit pas de nier, mais qui font largement appel à des savoirs communs. Je trouve que nous sommes devant un immense gâchis intellectuel et de synergies. Je plaide pour cette réunification et je la mettrai en pratique dans nos lycées des métiers en accélérant la part de la formation continue et la mixité des publics.

Inffo Flash - Le répertoire national des qualifications prévu dans la le projet de loi de modernisation sociale n'a t-il pas pour objectif d'éviter les doublons et d'assainir l'offre de formation ?

Jean-Luc Mélenchon - Assainir les pratiques, c'est le but recherché. Je n'ai rien contre les efforts qu'ont fait certains, mais il faut des formations ayant du contenu à forte pérennité. Les métiers de notre époque sont des sciences pratiques.

Un haut niveau de technologie, des savoirs fondamentaux sont nécessaires pour tous les postes de travail. On a vu ce que donnaient les petits certificats à qualité réduite en Grande-Bretagne. Ne prenons pas non plus le risque d'ouvrir la voie à la marchandisation des diplômes. Si n'importe qui peut proposer un diplôme, présenter trois promotions de gens qui ont payé, et qu'il ne faut pas frustrer, je ne peux pas être d'accord. L'offre de formation privée qui se multiplie introduit une illisibilité croissante pour un résultat économique que je n'arrive pas à mesurer. Chaque fois qu'il y a un diplôme à construire, à compléter ou à rénover, ma porte est ouverte. Une seule chose, que l'on nous prévienne un an avant, cela nous aidera...


(Source http://www.enseignement-professionnel.gouv.fr, le 5 novembre 2001)

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