Interview de Mme Dominique Voynet, secrétaire nationale des Verts, à La Chaîne info le 6 novembre 2001, sur le traitement des déchets nucléaires, la politique économique du gouvernement, le processus de Matignon pour la Corse et sur la campagne présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Dominique Voynet, secrétaire nationale des Verts, à La Chaîne info le 6 novembre 2001, sur le traitement des déchets nucléaires, la politique économique du gouvernement, le processus de Matignon pour la Corse et sur la campagne présidentielle.

Personnalité, fonction : VOYNET Dominique, HAUSSER Anita.

FRANCE. Les Verts, secrétaire nationale

ti : A. HausserVous participez aujourd'hui à un colloque sur l'énergie nucléaire. Est-ce que l'abandon du nucléaire reste un préalable chez les Verts pour un accord avec le Parti socialiste ?

- "Je ne m'exprimerais pas comme cela, parce que je ne crois pas qu'un bon accord serait simplement un accord où on listerait les exigences ou les chantages de tel ou tel parti de la majorité plurielle. Un bon accord permettrait de fixer un objectif : diminuer de façon très forte la part du nucléaire dans notre production de l'électricité pour ouvrir les choix de l'avenir. La première étape me paraît être l'abandon du retraitement dont plusieurs rapports officiels ont montré qu'il était trop coûteux, qu'il ne permettait de recycler qu'une part tout à fait marginale du plutonium - un quart à peine des stocks français - et qu'il posait pour l'avenir des problèmes qui ne sont pas résolus, notamment en termes de devenir des déchets nucléaires qui restent."

Une autre partie d'un bon accord sur le plan économique ce serait quoi ? Vous reprochez actuellement au Gouvernement sa navigation à vue.

- "Il faut restituer effectivement cette critique dans son contexte. Je crois que pendant une première période, le Gouvernement a su faire partager aux Français sa priorité : il s'agissait de faire reculer le chômage et l'exclusion. De grandes lois ont été conçues pour permettre de le faire avec l'octroi de moyens correspondants - je pense bien sûr aux 35 heures, je pense aux emplois-jeunes, je pense à la loi contre l'exclusion. Dans un deuxième temps, on a eu l'impression effectivement de mesures moins ciblées - un plan de baisse d'impôts qui était plus favorable, il faut bien le dire, aux catégories sociales supérieures et moyennes, et puis des mesures de relance de l'activité sans finalement qu'on réponde à des questions qui sont importantes : quel avenir industriel pour la France ? Est-ce qu'on se contente de regarder dans le rétroviseur ou est-ce qu'on regarde les failles, les faiblesses et les contradictions parfois de notre appareil industriel ? L'affaire Moulinex par exemple montre bien ce qu'il en coûte de diriger à courte vue en laissant finalement se dégrader la situation dans des régions où la faible qualification des salariés, la faible valeur ajoutée des produits, la forte concurrence internationale sur ces secteurs exposent les territoires concernés à de grands malheurs et à beaucoup de fragilité."

D'autres remettent en cause la mondialisation. A propos de Moulinex - vous me tendez la perche - on assiste quand même aujourd'hui à une grande prise de conscience dans ce domaine.

- "Je trouve qu'elle est tardive. Pendant très longtemps, alors que le discours à l'intérieur des frontières était un discours national assez robuste, la réalité était que les décisions de mise en concurrence exacerbée de chacun avec tous les autres était prise au niveau international. On doit aujourd'hui déplorer la faiblesse des outils de régulation de ces marchés et la faible volonté politique qui préside d'ailleurs à cette régulation. Actuellement, les deux sujets nouveaux qui sont sur la table de l'OMC sont les sujets sociaux et l'environnement. Je constate que la Commission européenne, par la voie du commissaire spécialisé chargé de ces questions, P. Lamy, semble donner les indications d'une disponibilité à laisser tomber les questions d'environnement et les questions sociales pour aboutir finalement à un accord à Doha dans des conditions qui ne nous satisfont pas. Je me réjouis de la prise de conscience au niveau mondial. Je pense qu'elle doit se traduire par des positions courageuses de l'Union européenne et de la France. Je crois aussi qu'elle ne doit pas servir de prétexte à ce que les décisions nécessaires au niveau européen ne soient pas prises. Il y a beaucoup de choses qui pourraient être faites au niveau européen pour réguler le marché, pour organiser finalement la concurrence. Je pense par exemple à la fiscalité de l'énergie. Tout le monde se dit prêt à le faire. Je pense à la taxe Tobin. Tout le monde se dit prêt à le faire. Alors action ! On n'attend plus que le passage à l'acte."

Tout le monde se dit prêt à le faire mais on ne le fait pas. La Corse revient à l'ordre du jour avec le débat au Sénat. Elle a été à l'origine d'une grave crise chez les Verts, cet été. Le problème a rebondi avec l'annonce de la construction d'un centre de détention. Est-ce qu'il ne faudrait pas mieux mettre le processus entre parenthèses pendant la campagne ?

- "Le processus de Matignon est en espoir ténu pour la Corse et pour les Corses. Nous n'avons pas d'autres alternatives. Ou alors j'attends que ceux qui aujourd'hui disent que le processus de Matignon ne convient pas posent sur la table les conditions finalement d'un meilleur accord entre la société française et la société corse. Actuellement, les Verts soutiennent toujours le processus de Matignon. Ils ont bien l'intention de ne pas laisser les nationalistes hexagonaux saboter ce projet et les nationalistes corses faire de la surenchère."

Les nationalistes hexagonaux ?

- "On en trouve à droite et à gauche. Ils sont critiques sur un processus qui est certes imparfait mais qui a quand même le mérite de la transparence. Il est accompagné d'un plan global de développement de l'île. Ce qui m'intéresserait, c'est que ce ne soit pas les bénéficiaires habituels des plans de développement qui reçoivent l'essentiel de cette manne, mais les porteurs de projets au sein de la société corse. Je pense aussi bien aux prometteurs d'un tourisme doux qu'aux inventeurs et innovateurs économiques qui sont très nombreux et qui sont insuffisamment encouragés aujourd'hui."


La campagne présidentielle à laquelle vous participez sans être candidate : il y a un débat aujourd'hui autour de cette campagne. Des ministres disent qu'il faut qu'elle soit longue, que c'est une course de fond et non pas un sprint.

- "J'ai lu l'article de M. Schwartzenberg."

Et J. Lang dit qu'il vaut mieux éviter une longue campagne. Vous êtes favorable à une longue campagne ?

- "Nous avons choisi un candidat pour participer autant que possible à une campagne qui donne l'occasion d'un débat de fond avec les Français. Je ne crois pas qu'on pourra se contenter d'un sprint final entre les deux candidats dont tout le monde attend qu'ils se positionnent de façon plus claire. Le débat doit avoir lieu. Je crois que la situation n'est pas celle qu'on a connue en 1997 où, finalement, la gauche a gagné essentiellement par rejet de la politique menée par M. Juppé et son gouvernement. On doit faire le diagnostic de ce qui se passe au sein de la société française et puis répondre. Est-ce qu'il est normal que toutes les forces politiques, à l'exception notable des Verts, fassent de la surenchère en ce qui concerne la lutte contre l'insécurité ? Je crois qu'on n'a pas le droit de traiter de la même façon les petites dégradations, les petites incivilités du quotidien, les petits dérapages personnels de jeunes en perte de repères et la grande délinquance qui nécessite la mobilisation de moyens considérables. A cet égard, je crois qu'il est très grave que députés et sénateurs aient voté comme un seul homme, ou presque, un texte qui met gravement en péril les libertés individuelles et qui valide les dispositions qui avaient été rejetées par la gauche il y a quelques années."

La situation a changé.

- "Est-ce qu'on va vraiment faire croire que c'est en imposant une déclaration préalable aux rave parties ou l'ouverture des coffres de voiture qu'on mettra en péril le grand terrorisme international ? Cela me fait rire. Franchement."

J. Chirac va à Washington aujourd'hui. C'est vraiment le voyage de trop, comme le dit N. Mamère ?

- "C'est un voyage comme un autre du président de la République, dont le sens n'apparaît pas évident. Si J. Chirac va à Washington pour dire à G. Bush qu'il n'est pas raisonnable de poursuivre des bombardements aveugles sur des populations civiles écrasées par vingt ans de conflit sur leur territoire et menacées par l'approche de l'hiver, alors il fera bien. S'il y va pour donner des coups de menton et laisser à penser que la France pourrait s'associer à des initiatives militaires incontrôlées, il se tromperait."

(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 22 novembre 2001)

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