Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle, à La Chaîne info le 15 novembre 2001, sur sa candidature à l'élection présidentielle et sur le malaise dans la police et dans la gendarmerie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle, à La Chaîne info le 15 novembre 2001, sur sa candidature à l'élection présidentielle et sur le malaise dans la police et dans la gendarmerie.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, HAUSSER Anita.

FRANCE. RPF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : A. HausserVous êtes en direct du Parlement européen à Strasbourg et actuellement candidat non officiellement déclaré à la présidence de la République. C'est toujours pour le mois de janvier ?

- "Oui, j'ai déjà dit il y a longtemps que je n'avais pas l'intention de faire quoi que ce soit avant le mois de janvier. La campagne sera longue, elle sera difficile. Ce n'est pas la peine de s'y prendre trop tôt."

Que répondez-vous à ceux qui ont été élus sur votre liste aux élections européennes et qui vous demandent aujourd'hui de ne pas vous présenter - je pense aux trois députés qui rejoignent J.-P. Chevènement ?

- "Ils ont le droit de rejoindre J.-P. Chevènement, cela les regarde. J'ai déjà eu l'occasion de dire ce que je pensais. Quand on est élu sur une liste et qu'on décide de faire autre chose, la moindre des règles à respecter est de remettre le mandat que l'on a obtenu des électeurs, dans un certain contexte, à la disposition de celui qui conduisait la liste."

Manifestement, ils n'entendent pas le faire.

- "Cela les regarde, c'est leur problème, ce n'est pas le mien."

En revanche, C. Poncelet, lui, souhaiterait que vous y alliez un peu plus rapidement.

- "On n'est pas candidat aux élections présidentielles pour faire plaisir aux uns et aux autres ou pour procéder à leurs injonctions."

Mais c'est un peu dans votre intérêt, puisqu'il dit que vos électeurs risquent d'être séduits par J.-P. Chevènement ?

- "On est encore loin des élections. D'ici le mois de janvier, je continuerai à faire ce que je fais, c'est-à-dire un tour de France paisible. Je rencontre les étudiants dans les Instituts d'étude politique. J'étais hier à Strasbourg, la veille, j'étais à Lyon. Je continuerai cela tranquillement, en même temps que la présentation de mon livre, et puis, le moment venu, je ferai connaître aux Français les raisons pour lesquelles je suis candidat et ce que j'ai à dire, et les Français se détermineront. Les élections présidentielles ne sont pas le résultat de combines ou d'association entre telles personnalités et tels soutiens. Cela n'a rien strictement rien à voir. C'est le contact direct entre un homme et le peuple."

Est-ce que vous ferez une campagne un peu particulière ou est-ce que vous ferez une campagne traditionnelle, avec des meetings, des rencontres ?

- "Vous verrez bien. J'essayerai de faire une campagne un peu innovante. J'essayerai de faire en sorte que ce ne soit pas trop rasoir. Il faut bien se rendre compte d'une chose, c'est qu'une campagne présidentielle, c'est sérieux, cela ne veut pas dire pour autant qu'il ne faille pas essayer de trouver le moyen d'intéresser les Français aux vrais problèmes et aux problèmes de fond, mais de le faire d'une manière un peu attractive."

Manifestement, c'est ce que voulait dire C. Poncelet, à savoir qu'il fallait que quelqu'un d'autre parle de république et de nation ?

- "J'aime bien C. Poncelet, c'est un ami, il n'y a aucun problème."

Lui aussi, il vous aime bien, il l'a dit.

- "Oui, je le sais, mais je n'ai attendu personne pour parler de la république et de la nation. Je l'ai fait, je continuerai à le faire, je le ferai à ma manière, je dirai le moment venu ce que je pense des uns et des autres aussi. Parce qu'une campagne présidentielle, c'est d'abord la présentation de ses propres idées, puis on sera amené à dire ce que l'on pense des autres candidats."

Avant de parler des autres candidats, puisque vous n'êtes toujours pas déclaré, il y a un thème qui vous est cher : c'est celui de l'insécurité. Vous avez parlé de propagande, à propos des annonces du ministre de l'Intérieur qui a parlé d'un plan d'action pour la police. Hier, il a donné des chiffres : 700 millions de francs. Vous l'accusez toujours de faire de la propagande ?

- "Je n'ai pas l'intention d'engager une polémique avec le titulaire actuel du ministère de l'Intérieur. Je sais ce que c'est que ce ministère, je connais les difficultés auxquelles on est confronté. Mais il est bien évident que les policiers et les gendarmes, à l'heure actuelle, ont le sentiment de n'être ni compris par leur hiérarchie et par leur ministre, ni soutenus, ni défendus. Et d'autre part, de ne pas avoir les moyens en hommes et en matériels nécessaires."

Vous les aviez toujours, vous ?

- "Je les ai eus lorsqu'il a fallu obtenir des arbitrages. Je dois dire que j'avais été soutenu par les premiers ministres avec lesquels je travaillais, qu'il se soit agi de J. Chirac ou d'E. Balladur. Ce que je constate, c'est que la loi que j'avais fait voter en 1995, qui prévoyait un certain nombre de moyens et notamment le recrutement de personnels administratifs destinés à remplacer les policiers actifs - qui, dans les commissariats, font des travaux de bureaucrates -, ces mesures que j'avais fait adopter, n'ont pas été suivies dès lors que je suis parti. Voilà. Il s'agissait de pouvoir disposer rapidement de 5.000 policiers expérimentés. C'est la raison pour laquelle je dis que les mesures proposées par monsieur Vaillant sont un emplâtre sur une jambe de bois. On sait très bien que pour recruter des policiers et les former, il faut deux ans. Vous vous rendez compte des moyens que l'on doit rassembler dès lors que l'on sait que 20.000 policiers vont partir à la retraite dans les deux ou trois ans qui viennent !"

Je voudrais vous poser une question concernant la justice. Hier, R. Hue a été relaxé. Il a déclaré que pendant cinq ans, il a subi le poids écrasant de la suspicion, que le tribunal vient de démontrer comme injustifiée et inacceptable. Et, hier, le procureur général de la Cour de cassation a estimé qu'il fallait supprimer les juges d'instruction et adopter une procédure à l'américaine, en regroupant le parquet et l'instruction. Etes-vous d'accord avec lui ?

- "Je suis d'accord avec cette démarche et, de ma part, ce n'est pas une attitude de circonstance. Nous avons déjà eu l'occasion de réfléchir à tous ces problèmes, il y a plusieurs années, et nous avions fait des propositions en ce sens au Sénat. Je crois que les moyens de la justice sont insuffisants d'une part ; deuxièmement, je crois que la procédure qui, théoriquement, doit être conduite par les juges d'instruction, à savoir une procédure à charge et à décharge, que cette règle n'est plus respectée depuis longtemps, que d'autre part, le secret de l'instruction est devenu un secret de polichinelle. Je crois que si l'on veut une justice sereine et efficace, une procédure comme elle existe notamment aux Etats-Unis, c'est-à-dire où il y a d'une part le parquet qui conduit l'accusation, et d'autre part la défense qui dispose de moyens nécessaires pour présenter ses arguments, est de loin meilleure."

(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 23 novembre 2001)

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