Déclaration de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, sur les missions assignées à l'éducation par le PS, le projet éducatif du parti et ses propositions relatives à la formation, Paris, le 13 octobre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, sur les missions assignées à l'éducation par le PS, le projet éducatif du parti et ses propositions relatives à la formation, Paris, le 13 octobre 2001.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. PS, premier secrétaire

Circonstances : Colloque Education et Formation, à Paris, le 13 octobre 2001

ti : Je voudrais d'abord remercier Jean-Pierre Sueur, Anne Hidalgo et tous les participants à ce colloque -qu'ils soient acteurs du système éducatif ou simples citoyens- d'avoir, par leurs interventions, par leurs contributions, par leurs réflexions, amélioré -si c'était possible, et je crois que ça l'était- le texte qui était soumis, à l'occasion de ce colloque, à tous les socialistes mais, au-delà, à tous ceux qui veulent voir paraître un projet éducatif global à l'occasion des élections de 2002.

Je voudrais insister sur le fait que l'éducation - c'est une banalité que de le dire ici - a toujours mobilisé les socialistes. Elle a toujours été l'élément constitutif de leur identité. Ce projet éducatif doit être encore, pour les échéances qui viennent, l'axe majeur de la campagne que nous mènerons devant les Français. Ce colloque est donc à la fois un point d'aboutissement de notre propre travail et un point de départ également, car ce projet sera amendé sur un certain nombre de points : les rythmes, le périscolaire, la place de l'enfant dans le système éducatif, la coopération entre les acteurs.

Mais, nous n'élaborons pas un projet sur un espoir ou sur une incantation. Nous fondons nos propositions sur l'action que nous avons menée depuis 1997 et que nous revendiquons. Elle a contribué à faire du budget de l'Éducation le premier budget du pays : plus de 400 milliards de francs, une augmentation de 20 % des crédits, une progression significative du nombre de postes ; tous ces éléments font que nous avons tenu, là encore, nos engagements en matière de moyens donnés à l'éducation. Insuffisamment, ont dit un certain nombre de participants à ce colloque. Cependant, au regard des contraintes qui étaient les nôtres, nous avons donné priorité à l'éducation.

Nous avons aussi engagé cette politique en fonction des réformes que nous voulions accomplir. Là aussi, en ce qui concerne les langues vivantes, les nouvelles technologies, les aides éducateurs, les travaux personnels, la place des enseignements artistiques, nous avons fait évoluer l'école, et ce, quels que soient les établissements ou l'âge de ceux qui y sont accueillis.

Ce qui aujourd'hui doit nous mobiliser, c'est de franchir une nouvelle étape, avec l'éducation tout au long de la vie. Néanmoins, nous devons porter ce thème en fonction des missions que nous assignons à l'éducation elle-même, qu'elle soit formation initiale ou formation permanente.

Ces missions, je les rappelle sans les détailler :


- La première, c'est la démocratisation. Nous avons relevé le défi de la massification. Nous avons observé des succès tout à fait significatifs dans la promotion sociale, grâce au système éducatif. Là encore, évitons d'engager cette complainte habituelle qui souligne les défauts, les imperfections, la reproduction des inégalités ; bien sûr qu'il y a tout cela, mais il y a aussi les formidables progrès que nous avons fait accomplir à la société, grâce à l'éducation. Il n'empêche qu'il y a une forme de fatalité de l'échec ; il y a des sorties trop précoces du système scolaire ; il y a des filières qui sont finalement " inscrites " socialement, il y a, dans la formation permanente, un prolongement des inégalités, à travers la concentration des stages toujours pour les mêmes, c'est-à-dire souvent des hommes, dans les grandes entreprises, déjà dotés de diplômes de l'enseignement supérieur. Nous savons cela. La mission de l'éducation, c'est toujours l'égalité et c'est l'enjeu social que nous devons porter.

- La deuxième mission de l'éducation, c'est d'assurer la société du plein emploi. À cet égard, tous les économistes nous l'ont également dit, le niveau de qualification et le niveau de formation font le niveau de croissance, donc, le niveau de l'emploi. A partir de là, tout ce qui permet l'incorporation des nouvelles technologies, la diffusion des savoirs, l'apprentissage de nouvelles façons de travailler, la mobilité professionnelle, fait partie de la panoplie qui doit nous conduire au plein emploi. C'est l'enjeu économique de l'éducation.

- La troisième mission, c'est l'intégration républicaine, à travers deux principes : tout d'abord, la préparation à la citoyenneté. La citoyenneté, ce n'est pas simplement l'apprentissage des savoirs -qui est essentiel- c'est également l'apprentissage des règles, c'est le refus de la violence, le civisme, le respect des autres, c'est la discipline, c'est-à-dire les droits et les devoirs, mais aussi le jugement autonome, l'esprit critique, l'exercice des responsabilités. Cela doit également faire partie du contenu de la mission que nous accordons à l'école. La deuxième force de l'intégration républicaine, c'est la laïcité. C'est une valeur fondamentale pour les socialistes qui nous permet d'assumer notre diversité, de nous protéger de la marchandisation et de fixer des règles dans le système éducatif, mais plus largement dans la société.

- La quatrième mission de l'éducation, c'est l'épanouissement de l'individu et l'émancipation sociale. L'épanouissement de l'individu se joue à tous les moments du système éducatif, et il se fait quand même pour le plus grand nombre, aussi bien en maternelle (même si l'on ne s'en souvient guère) qu'au collège ou au lycée et, a fortiori, à l'université. C'est l'apprentissage des langages fondamentaux, des langues vivantes, des nouvelles technologies, des formes essentielles de vie, d'expression, de communication et de culture globale, artistique, physique, qui doivent stimuler notre curiosité, notre goût de la découverte ; c'est l'enjeu culturel de l'éducation.


L'école de l'exigence : c'est le thème qui a été repris par Jean-Pierre Sueur et Anne Hidalgo dans le projet. Elle suppose des moyens humains et matériels. Le président de la FCPE a insisté sur la gratuité, mais cela suppose qu'en contrepartie de ces moyens, il y ait une évolution du système éducatif, c'est-à-dire que l'on puisse parler de coopération entre établissements, de continuité et non pas de rupture, que l'on puisse engager une déconcentration -ce qui n'a rien à voir avec la concurrence- que l'on puisse également évoquer un partenariat d'une autre nature entre acteurs du système éducatif. D'où la proposition que nous faisons d'un pacte éducatif entre la Nation et son école, école entendue non pas simplement au sens de la formation initiale, mais également de la formation pendant toute la vie.


Ce que nous proposons de profondément nouveau à travers ce projet, c'est d'accorder un droit universel à chacun, à l'éducation et à la formation tout au long de la vie. Ce n'est pas une figure de style. Ce n'est pas parce que, effectivement, dans tous les pays développés, et maintenant dans tous les partis, chacun s'accorde à dire que la formation tout au long de la vie est une nécessité économique - c'est une évidence -, ou un impératif social - c'est possible -, que, pour autant, ce slogan devrait être le nôtre, parce que cela recouvre des réalités tout à fait différentes.
Il y a un projet de droite de la formation tout au long de la vie : celui de valoriser au mieux le capital humain, de faire en sorte qu'il y ait un souci individuel ou d'entreprise pour une meilleure utilisation des salariés, dans les qualifications qui leur sont initialement données. La technique, c'est la capitalisation où chacun, aidé par son employeur, fait valoir ses droits en fonction de ses revenus, ou en fonction de l'effort d'épargne qu'il a pu engager pour s'assurer, en cas de difficultés, une nouvelle qualification.


Puis, il y a le projet de gauche que nous devons porter dans une perspective de réduction des inégalités, d'accès à la connaissance et à la citoyenneté tout au long de la vie. Il utilise des techniques de garantie collective et de solidarité.
C'est sans doute un projet pour dix ans ; peut-être le réaliserons-nous plus rapidement, tout dépendra d'ailleurs de ce que décideront les électeurs en 2002. Cependant, le premier volet devrait être engagé pour le prochain quinquennat.


Il aurait pour objectif de compenser d'abord l'échec scolaire, c'est-à-dire les parcours inachevés, de réduire profondément les inégalités dans la formation professionnelle, d'amortir les risques du chômage, quel que soit l'âge, de favoriser ce qu'on nomme la mobilité sociale, ce que nous, nous appelons le progrès, l'avancement, le fait que tout ne soit pas joué aux premiers âges de la vie. Donc, nous devons, pour la décennie à venir, fixer à la nation tout entière l'objectif d'un nouvel effort de même ampleur que celui que nous avons engagé au début des années 80 pour la formation initiale, mais en direction des jeunes et des adultes. Il s'agit d'en faire véritablement une garantie pour chacun. Chacun disposera (nous verrons par quelle formule précise) d'un compte ou d'un droit à l'éducation et à la formation qui sera, à l'issue de la scolarité obligatoire, inversement proportionnel à la durée de la formation dont il a bénéficié lors des premiers âges de la vie.


Il nous faudra mettre en place un service public de formation, car l'éducation est un service public. Ce qui suppose une mobilisation de tous les partenaires, mais aussi un réseau d'accueil, d'information et d'orientation, un mécanisme de validation des acquis professionnels et surtout une offre de formation de qualité qui emprunte à tous les acteurs publics, c'est-à-dire à tout le système éducatif, y compris formation professionnelle.


Enfin, l'éducation n'est plus simplement l'espace des acteurs qui s'y dévouent ; elle devient un lieu qui intéresse l'ensemble de la société, ce qui suppose d'associer les partenaires sociaux à ce nouvel enjeu qui concourt aussi à la démocratie sociale.


Le projet éducatif reste encore, en France, pour beaucoup, peut-être pas pour tous, j'en conviens et c'est un terrible enjeu pour nous, une espérance personnelle et familiale. Par-là se manifeste la volonté, par l'école, par la formation, par l'éducation, d'offrir à ses enfants un autre destin que celui qu'on a pu connaître en tant que parents ou grands-parents. Il s'agit de donner à chacun de nouveaux outils pour réussir. Je ne me plains pas de cet investissement (qui peut être parfois un surinvestissement) dans l'école de la République. De ce point de vue, cette confiance dans le service public de l'école est un atout qu'il faut valoriser.

Ensuite, le projet éducatif est un acte collectif de première importance, dont la responsabilité est nationale, ce qui suppose un effort financier à la hauteur de l'enjeu, mais également un effort de changement, de mouvement de la part de tous, et notamment de la part de ceux qui contribuent à l'activité éducative. Sans effort national, pas de mouvement. Mais, sans adaptation continue aux besoins des usagers, les efforts peuvent se révéler vains.
Enfin, le projet éducatif est un projet de société. Il intéresse donc toute la société, c'est pourquoi c'est l'affaire de tous. Dès lors, l'éducation reste encore un discriminant entre la Gauche et la Droite. La question majeure est encore la suivante : voulons-nous simplement valoriser un capital humain ou construire une République de citoyens ? C'est le choix que nous faisons, voilà pourquoi le projet éducatif doit continuer à se confondre avec le projet des socialistes.

(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 20 novembre 2001)

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