Interview de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, à LCI le 12 novembre 2001, sur le projet de budget 2002 pour la police et sur les relations entre la police et Justice. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, à LCI le 12 novembre 2001, sur le projet de budget 2002 pour la police et sur les relations entre la police et Justice.

Personnalité, fonction : VAILLANT Daniel, HAUSSER Anita.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : A. Hausser.- Je vous reçois en ce jour de discussion budgétaire à l'Assemblée nationale et au moment de la parution de votre livre "C'est ça ma gauche", chez Plon, un livre de souvenirs qui est préfacé par L. Jospin - il faut le préciser -, où vous racontez vos souvenirs personnels et de compagnonnage qui vous unissent au Premier ministre. C'est un livre qui s'inscrit un peu dans la campagne de lancement de la campagne ?

- "Vous savez comment cela passe. Cela fait deux ans et demi que j'ai répondu à l'invitation qui m'était faite d'écrire cet ouvrage. Quand Plon, au départ, m'a proposé d'écrire, ils l'ont fait en me disant : "Vous êtes quand même atypique : vous êtes sorti du rang, vous étiez technicien-biologiste boulevard Barbès, vous avez milité, vous avez été aux côtés de F. Mitterrand et de L. Jospin. Vous êtes membre du Gouvernement c'est un peu un parcours exceptionnel...""

Et on ne vous connaît pas.

- ""Et on vous connaît peu, ce serait bien de restituer ce parcours". Je me suis donc mis à écrire. Entre temps, j'ai été nommé ministre de l'Intérieur et vous comprendrez que cela prend beaucoup de temps. C'est presque 20 heures par jour de travail. J'ai réussi à le finir au mois de juillet. C'est pour cela que la partie "ministère de l'Intérieur" est très restreinte."

La partie qui nous préoccupe...

- "On va y venir. C'est un hasard qu'il intervienne tout de suite. Cela aurait été plus tard, cela aurait été encore plus proche des échéances. Il est sorti dès que l'imprimeur a pu. Il y a d'autres livres. Je ne suis pas le seul. C'est le hasard."

Cela ne va pas bien dans la police : il y a eu une manifestation. On ne sait pas s'ils étaient 3.000 ou 6.000 à défiler samedi dernier. Ils en ont marre de se faire "tirer comme des lapins" - c'est un slogan qui revient souvent. Les revendications arrivent en vrac, mais il y a une qui ressort : les gilets pare-balles. Police ne veut pas dire "peau trouée." 21.000 gilets pare-balles pour 120.000 fonctionnaires, est-ce un problème ?

- "J'ai parfaitement conscience de tout ce que vous venez de rappeler. Mais comme ministre de l'Intérieur, depuis un an, ma vocation est de réussir et réussir, c'est donner les moyens à la police nationale pour faire correctement son travail. Un travail difficile : c'est un métier à risques d'être policier. Je refuse la fatalité de policiers qui subissent des violences ou se font même tuer. Ce qui arrive tous les ans hélas. Ce n'est pas que de cette année particulièrement. Mais c'est trop, c'est insupportable. Cela me révolte. Vous vous rappelez mon expression forte à propos des deux morts du Plessis-Trévise par rapport à quelqu'un qui avait libéré par les magistrats. J'essaye d'avoir de bons budgets. Je peux vraiment soutenir la comparaison avec mes prédécesseurs. Le budget 2001 était un bon budget - en notoire augmentation par rapport au précédent - et le budget 2002 que je vais aller défendre à l'Assemblée nationale, après cette émission, est, je crois, un budget exceptionnel pour la police nationale car il donne des moyens."

4,5 % : c'est exceptionnel ?

- "C'est vraiment exceptionnel. Il y a des moyens supplémentaires notamment pour reconnaître le travail des policiers et leur permettre d'avoir une reconnaissance dans la société et aussi des améliorations en matière de revenus ou de primes. Sur cette affaire des gilets pare-balles, bien évidemment, j'ai été surpris de voir, en arrivant Place Beauveau, que les policiers ne disposaient pas suffisamment de gilets pare-balles. Cela fait partie des mesures que je veux faire acter par le Gouvernement. Cela sera fait."

Vous allez faire une programmation d'achats ?

- "Il y a le budget 2002, dont je vous ai parlé, il y a la loi de finances rectificative qui n'est pas encore définitivement arrêtée. Mais je peux déjà vous dire qu'il y aura des éléments comme celui que je viens d'évoquer, des gilets pare-balles, des éléments très importants dans cette loi de finances rectificative qui vient s'ajouter au bon budget pour 2002. Par ailleurs, j'ai travaillé à une démarche stratégique pour la police nationale sur cinq ans."

C'est un des reproches que vous font les policiers. Ils disent : "on fait des plans et ils ne vont jamais à terme".

- "Justement. Je ne veux pas faire comme ça. Il y a eu la loi d'orientation de M. Pasqua. Mais lettre morte ! Je trouve que ce n'est pas convenable de faire comme ça. Moi je préfère une démarche stratégique avec application immédiate dès 2002. C'est pour cela que j'ai proposé au Premier ministre un plan d'action renforcé dont je donnerai les éléments, les têtes de chapitres."

Qu'est-ce qu'il y a dans ce plan ?

- "Présence policière renforcée, donc avec des moyens nécessaire ; c'est une compensation pour les policiers des charges de travail - c'est indispensable de les aider car c'est difficile et pénible. Nous avons le plan Vigipirate renforcé, il y a le plan Vigieuro. Il faut aussi des éléments de réponse par rapport à tout ça. C'est aussi un renforcement de leur protection, de leur sécurité y compris sur le plan juridique. Par ailleurs, à discuter avec d'autres collègues - je pense à M. Lebranchu - je pense qu'il faut un renforcement des mesures contre la délinquance. Voilà quatre têtes de chapitre qui feront, je l'espère, partie de ce plan d'action renforcée et d'application immédiate."

Un des slogans que l'on a aussi entendu c'est "Police sans moyens, injustice pour demain". On sait bien que l'un des grands reproches qui est fait ce sont ces arrestations sans poursuite.

- "Il n'y a jamais suffisamment de moyens pour la police. Il y en a beaucoup plus avec Vaillant qu'avec les autres, cela il faut quand même le reconnaître, et les policiers que je rencontre sur le terrain - j'étais toute la journée de vendredi avec des policiers sur le terrain - se rendent bien compte de ma bonne volonté, de ma bonne foi et du fait que je suis à leur côté. Mais c'est vrai aussi - et les policiers le disent aussi - qu'il faut une réponse judiciaire. De ce point de vue, il faut que M. Lebranchu, comme elle l'a déjà fait, augmente les moyens des magistrats. Cela prend du temps bien sûr. On part de trop bas. Mais il faut que la justice puisse sanctionner, car c'est décourageant pour des policiers que de voir libérer trop facilement sans sanction des gens qu'ils ont arrêtés la veille."

Qu'est-ce qu'on fait avec des gens qui ont quatre ou cinq identités, qui sont inexpulsables parce qu'on ne sait pas d'où ils viennent ?

- "C'est une vraie difficulté par ailleurs. Vous l'avez souligné : ce sont des gens qui ont plusieurs "alias" comme on dit. Vous voyez que nous reconduisons à la frontière et chez eux des gens qui sont interdits de territoire. On l'a fait encore récemment pour quelqu'un qu'on soupçonne - et plus que ça - d'avoir eu des activités notamment de financement de réseaux terroristes. Il faut le faire car je pense que nous sommes dans un Etat de droit et qu'il faut respecter le droit. On a besoin de règles. Il faut qu'elles soient respectées. De ce point de vue, les policiers sont des hommes du droit et de la liberté. Il n'y a pas de liberté sans sécurité. Il faut combattre ce sentiment de peur. Il y a des difficultés par rapport à ceux notamment dont on n'arrive pas à retrouver les pays d'origine. C'est plus compliqué, c'est vrai. Mais il faut trouver les moyens. J'ai demandé à ce que l'Ofpra dispose d'avantages de moyens pour notamment régler le problème du droit d'asile qui est abusivement détourné."

Je voudrais qu'on dise un mot de la Corse qui reste un dossier sensible. Le projet de loi sensiblement modifié a été adopté par le Sénat. Hier, J. Rossi qui était l'invité du "Grand-Jury" disait que J.-P. Chevènement se sert de la Corse à des fins électorales.

- "Je pense qu'il y a trop de gens effectivement qui sur le continent se servent de la Corse."

Il en fait partie ?

- "Je pense que J.-P. Chevènement, de ce point de vue, va trop loin dans ses critiques. Lui-même avait proposé un plan pour la Corse qui honnêtement n'était pas si distant. Il y avait des points sur lesquels il était distant mais il acceptait un certain nombre d'évolutions. Il faut arrêter effectivement d'être dans cette logique. J'ai regardé M. Rossi au Grand jury RTL-Le Monde. C'est un adversaire politique, qui est membre de Démocratie libérale. Je dois dire que ses propos ont été sur la Corse mesurés, sérieux et il ne s'est pas éloigné de ce qu'il m'a dit, y compris lorsque j'étais en Corse notamment à propos de cette fameuse polémique. Il m'a d'ailleurs rendu acte de ce que j'avais dit et pas dit. Par ailleurs, le Sénat - c'est important - n'est pas resté en dehors du processus. Je l'ai dit aux sénateurs : "Vous n'avez pas voté la motion d'irrecevabilité présentée par J.-Y. Autexier au nom de J.-P. Chevènement, car vous vous rendez bien compte qu'il faut quand même travailler sur ce dossier. Il y aura un président de la République en mai 2002, il y aura un gouvernement en juin 2002. Ne traitons pas la Corse comme si cela n'était pas un problème". Il faut que la Corse soit enracinée dans la République. Mais pour cela, il faut lui tendre la main, responsabiliser les élus. C'est le sens du projet de loi. Il va revenir à l'Assemblée. Je veux qu'on ne s'écarte pas du relevé de conclusions. Il faut qu'il reste équilibré. Le Sénat l'a déséquilibré et les parlementaires de l'Assemblée vont revenir à l'équilibre."

(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 22 novembre 2001)

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