Interview de Mme Corinne Lepage, présidente de Cap 21 et candidate à l'élection présidentielle, à France 2 le 15 novembre 2001, sur sa candidature à l'élection présidentielle, la création d'un aéroport dans la Somme, la prostitution des mineurs, la suppression des fonds spéciaux dans les ministères et la loi littoral en Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Corinne Lepage, présidente de Cap 21 et candidate à l'élection présidentielle, à France 2 le 15 novembre 2001, sur sa candidature à l'élection présidentielle, la création d'un aéroport dans la Somme, la prostitution des mineurs, la suppression des fonds spéciaux dans les ministères et la loi littoral en Corse.

Personnalité, fonction : LEPAGE Corinne.

FRANCE. Présidente de Cap 21;FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2002

ti : F. LabordeOn voit qu'en Afghanistan, la situation est allée beaucoup plus vite qu'on ne l'imaginait, que les forces de l'Alliance du Nord contrôlent pratiquement la majorité du territoire maintenant. Un commentaire ?

- "Il faut bien sûr une solution politique et que la paix puisse s'instaurer. Mais en tant que femme, je me réjouis, quand je vois ce qu'ont vécu nos congénères afghanes et la joie qu'elles ont aujourd'hui à pouvoir enlever ces foulards épouvantables et ces robes terribles qui les cachaient au monde. Et s'il y avait plus de femmes dans la politique internationale, on n'aurait jamais toléré une situation pareille pendant tant d'années."

Vous voulez dire qu'on a laissé les choses s'enliser...

- "C'est épouvantable. La communauté internationale a un peu protesté au moment des Bouddhas. Ces femmes sont privées d'éducation et de soins ; ce sont des petites morts en réalité, depuis des années. Et qu'avons-nous fait ? Je dirais que j'ai un peu honte."

Revenons à la campagne présidentielle. Vous publiez un livre qui s'appelle "Oser l'espérance", qui est un petit peu votre programme de campagne. Avez-vous les 500 signatures nécessaires à tout candidat ?

- "J'ai mes 500 promesses de signatures, puisqu'aujourd'hui, ce ne sont que des promesses. J'espère en avoir encore beaucoup d'autres. Et je pourrai donc être candidate aux élections présidentielles."

Vous avez dit récemment que vous préfériez être candidate de la société civile plutôt que candidate écologiste ou de l'environnement - vous avez été ministre de l'Environnement...

- "L'un n'exclut pas l'autre. Ma candidature vient aussi du fait que les Verts ne représentent pas du tout l'ensemble de ceux qui se préoccupent d'environnement. Ils en ont une approche très politicienne. Les questions de santé, d'environnement, de qualité de vie sont les questions de tout le monde, celles que nous nous posons pour nos enfants. Par conséquent, il ne faut pas en avoir cette approche. C'est aussi une des raisons de ma candidature. Mais au-delà, je suis une femme venue de la société civile, je ne suis pas une professionnelle de la politique et je crois que nous avons, nous venus de ce monde de l'entreprise, de la vie de tous les jours, beaucoup de choses à dire sur les grands sujets. Et c'est ce que je veux faire, je veux lancer un débat avec tous les Français."

Il y a un petit peu de travail, puisque dans un sondage à paraître ce week-end, outre le fait que J. Chirac passe devant L. Jospin, vous êtes dans le "peloton de queue", avec 0,5 % des intentions de vote, distancée largement par N. Mamère...

- "N. Mamère est beaucoup plus connu que moi, c'est un homme de médias. Je souhaite pour ma part, non pas faire une campagne uniquement pour lancer des petites phrases, mais bien pour dire aux gens combien les sujets qui les préoccupent doivent être ceux du débat : l'avenir de nos enfants, quelle sera la planète demain, quels seront nos rapports avec la justice..."

Est-ce que vous partagez le point de vue du procureur général, J.-F. Burgelin, sur la suppression des juges d'instruction ?

- "Nous devons revoir notre justice. Ceci dit, si c'est pour mettre l'éteignoir sur un certain nombre d'affaires, je ne suis pas d'accord. Nous sommes heureusement dans un pays où la justice commence à jouer réellement son rôle. C'est indispensable dans un Etat de droit, tous les Français le souhaitent. Que les droits de la défense soient respectés, c'est indispensable. Que nous nous conformions à la Convention européenne des droits de l'homme, c'est une nécessité. Mais encore une fois, il faut que tous, petits ou grands, soient soumis aux mêmes règles. Et c'est cela qu'il faut obtenir."

Un troisième aéroport, assez loin de Paris, puisque manifestement c'est Chaulnes dans la Somme qui sera retenu, était-ce nécessaire ?

- "C'est une très mauvaise idée, non pas pour les raisons qu'a dites N. Mamère - il faut décentraliser, mais les gens veulent aller à Paris. Je crois qu'il est urgent de soulager les Parisiens et les Franciliens de nuisances devenues insupportables. On peut le faire très vite en utilisant Vatry pour le fret. Je ne comprends pas qu'on s'engage dans des dépenses inconsidérées en pleine crise du trafic aérien, sans savoir si la solution de Vatry est une bonne solution. Vatry est en Champagne et cet aéroport existe déjà. Il pourrait donner des solutions immédiates. Il est urgent d'agir pour les malheureux qui souffrent des nuisances aériennes autour de Paris ; ce n'est plus tolérable. Ceci étant, à quoi servent vraiment les Verts au Gouvernement ? Ils sont prétendument contre un troisième aéroport. Mais on va quand même le faire..."

Autre question d'actualité : la prostitution des mineurs. Un certain nombre de dispositions sont prises pour protéger ces jeunes filles qui viennent souvent d'Afrique ou des pays de l'Est et qui se prostituent de plus en plus en France, aux portes de Paris notamment...

- "Nous sommes là aussi en face de l'expression du trafic international : trafic d'armes, trafic d'êtres humains, tout type de trafic. Il faut bien entendu lutter contre tout cela. C'est la raison pour laquelle, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, je me réjouis qu'on essaye de démanteler les réseaux d'argent sale. Mais je crois qu'il faut aller bien au-delà du terrorisme. C'est à la drogue, à la prostitution, à tous ces fléaux qu'il faut s'attaquer, et c'est un peu ce que je traite dans l'ouvrage dont vous avez bien voulu parler."

La suppression des fonds spéciaux dans les ministères, donc plus de transparence, qu'est-ce que vous en pensez ?

- "C'est absolument nécessaire."

Vous, en tant que ministre de l'Environnement, vous aviez accès aux enveloppes de Matignon ?

- "Oui, j'en ai eu comme tout le monde. Enfin, ce n'est pas moi qui y allais, c'est mon chef de cabinet, mais le résultat est le même. J'avais des sommes modestes, de l'ordre de 5.000 francs par mois en ce qui me concerne, car je répartissais tout avec mes collaborateurs. On interdit aux Français d'avoir de l'argent au noir, je ne vois pas pourquoi, parce qu'on est ministre ou membre d'un cabinet, on aurait le droit. Je suis pour l'égalité entre tous."

Donc, transparence totale sur les fonds spéciaux ?

- "Absolument, c'est nécessaire."

A propos de la Corse, vous avez dit récemment que vous redoutiez beaucoup l'extension de la loi littoral ?

- "L'article 12 de la loi littoral est un scandale, même édulcoré par le Sénat. Il y aurait ainsi un droit aux ghettos en Corse, qu'on ne reconnaîtrait pas ailleurs. C'est tout à fait anormal."

Vous ne faites pas confiance aux élus corses pour s'assurer justement que leurs rivages ne seront pas bétonnés ?

- "Je suis comme les associations de défense de l'environnement en Corse, qui ne souhaitent pas l'article 12 de la loi littoral. Là encore, je ne comprends pas que quelqu'un comme N. Mamère ait voté cette disposition. C'est vraiment anti-environnement, autant qu'on peut le penser. Par conséquent, que l'on décentralise, c'est nécessaire. Partir par la Corse, ce n'était peut-être pas le bon moyen, mais enfin, soit. Mais que ce soit l'occasion d'aller bétonner des sites magnifiques, certainement pas. Et puis, n'oublions pas tous les appétits financiers qui sont derrière."

Qu'est-ce que vous allez faire au deuxième tour ? Appeler vos électeurs à se reporter sur J. Chirac, donner une consigne de vote ?

- "Tout dépendra de l'évolution de la campagne. Je me bats pour des idées. Je veux, avec chaque Française et chaque Français lancer des débats sur ce que vont devenir leurs enfants. Ils sont en train de partir à l'école. Que va devenir l'éducation ? C'est une question que chacun d'entre nous se pose. C'est en fonction des réponses que les candidats qui resteront en lice au deuxième tour donneront sur l'éducation, la justice, l'environnement, la santé, l'avenir que je me prononcerai, étant entendu que personne n'est propriétaire des voix de ceux qui ont voté pour lui."

Mais vous vous présentez comme une femme de droite ?

- "Je me présente comme une femme qui défend les grandes valeurs d'évolution de la société et qui souhaite que plus que jamais, gouverner ce soit prévoir."

Donc, vous serez un peu la mouche du coche éventuellement, l'interpellatrice ?

- "Je le souhaite, c'est-à-dire que je sois là pour mettre les débats et que les gens qui votent pour moi sachent que je défendrai jusqu'au bout les idées qui sont les miennes et qui sont indispensables au développement d'une société durable."

(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 23 novembre 2001)

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