Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, en réponse à des questions sur la situation en Afghanistan et sur l'engagement de la France dans la lutte contre le terrorisme sous l'égide de l'ONU, à l'Assemblée nationale le 21 novembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, en réponse à des questions sur la situation en Afghanistan et sur l'engagement de la France dans la lutte contre le terrorisme sous l'égide de l'ONU, à l'Assemblée nationale le 21 novembre 2001.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

ti : Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les députés,

Je répondrai à la fois sur la forme et sur le fond, puisqu'on les a distingués. En ce qui concerne le premier, je me réjouis qu'il y ait peu de divergences sur l'essentiel : la cohésion nationale en est renforcée en ce temps d'épreuve et cela prouve que, depuis le 11 septembre, nous avons la politique qui convient. En ce qui concerne la forme, je considère, Monsieur Douste-Blazy, que ce débat ne vient ni trop tôt ni trop tard, mais au bon moment : quand la situation militaire vient de connaître un tournant majeur, sonnant l'heure de nouvelles formes d'engagement. Je ne sais d'ailleurs quel aurait été le bon moment...

J'ai été surpris, je l'avoue, par le propos de M. Juppé : je ne m'attendais pas, en effet, à ce qu'on m'adresse, à moi, des remarques sur la nature et le degré d'information à fournir au Parlement. Mais je vous rassure, Monsieur le Premier ministre : dire tout au Parlement ne me serait pas un problème. Et c'est en prenant en compte les préoccupations comme les prérogatives du Président de la République que j'ai décidé de la forme de mes interventions ici. Comment ne l'aviez-vous pas deviné, vous qui étiez bien placé pour ce faire ? D'autre part, pour comparer notre situation à celle de certains de nos voisins européens comme vous l'avez fait, souhaiteriez-vous réformer les institutions de la Ve République ? Si tel est le cas, dites-le nous et prévenez-en le Président !

Comme je l'avais annoncé dès le début, j'ai veillé à donner au Parlement des informations sûres et précises, non seulement sur les décisions militaires de principe mais aussi sur les possibilités de leur mise en ¿uvre. A cet égard, j'ai respecté mon devoir de responsabilité sans jamais céder à la tentation des effets d'annonce. Vous avez donc été informés en temps réel de la réalité de notre engagement et de nos difficultés - qui ne nous sont d'ailleurs pas propres. N'oublions pas que nous sommes entrés dans ce conflit, non parce que l'Afghanistan comme tel nous posait problème, mais parce que le c¿ur des Etats-Unis avait fait l'objet d'une attaque violente et scandaleuse. Nous ne nous sommes pas mis en mouvement en raison d'une crise locale, mais parce que nous avons pris conscience que le terrorisme international devenait une menace mondiale. Cela étant, il sera difficile de parvenir, à Berlin, à une solution politique sur laquelle s'accordent tous les Afghans. Nous ne voulons pas mettre le nouveau régime sous tutelle, mais nous ne voulons pas non plus laisser les chefs de guerre se partager ce pays, en violant les droits élémentaires et en prélevant leur dîme sur l'aide humanitaire. Il nous faut donc trouver la juste attitude, qui favorise l'opposition d'un consensus sans rien renier de nos responsabilités. De ce point de vue, l'Union européenne a eu raison de distinguer entre l'aide d'urgence, qui doit être accordée sans conditions ni délais, et l'aide à la reconstruction qui doit reposer sur une conditionnalité positive. Ce sera pour les responsables afghans une incitation à ne pas céder aux vieux démons, à ne pas revenir en arrière. D'où la difficulté de la tâche, aussi. Mais, je le répète, n'oublions pas, pendant tout ce temps, que ce qui nous a mis en mouvement, c'est la menace terroriste. Pour autant, je souhaite que l'Afghanistan devienne un pays moderne, où tous se seront réconciliés, et le fait que le problème que ce pays posait ne soit déjà plus qu'un problème régional ou local est un premier résultat dont nous pouvons nous féliciter.

Monsieur Chevènement, notre action politique, les conditions mêmes de notre engagement militaire éventuel, ne sont pas à concevoir dans un autre cadre que celui des Nations unies. La diplomatie française a d'ailleurs joué un rôle moteur dans le vote des trois résolutions qui encadrent l'action internationale et la dernière, la résolution 1378, reprend les principes du plan français pour une solution politique présenté le 1er octobre par Hubert Védrine. Quant à la mission de sécurisation que nous espérons mener d'ici quelques jours à Mazar-e-Charif, l'intervention de notre détachement a un objectif défensif et local. Nous en suivons de très près le déroulement et nous déciderons de sa poursuite en fonction de la solution politique qui se dégagera sous l'égide de l'ONU. J'ai moi-même indiqué que nous refuserions tout engrenage ; nous veillerons donc à empêcher toute dérive de cette mission. Par ailleurs, nous avons veillé dès avant le 11 septembre et depuis lors avec une vigilance accrue, à la sécurité de notre territoire et j'ai été sensible au fait que vous ayez souligné la montée en puissance des réserves que nous prévoyons. Nous continuerons donc à mener une lutte à la fois globale et diversifiée contre le terrorisme. Même si une victoire est remportée en Afghanistan dans les semaines qui viennent, d'autres fractions d'Al-Qaïda, d'autres réseaux terroristes peuvent frapper. Nous ne relâcherons donc pas l'effort sur le plan judiciaire, policier, du renseignement, et en ce qui concerne le contrôle des banques et des paradis fiscaux. Nous le ferons aussi sur le plan militaire, si on nous le demande, et selon les conditions qui nous conviennent.

Nous aiderons l'Afghanistan, Monsieur Douste-Blazy, sur le plan humanitaire, et nous l'aiderons à se reconstruire. Nous veillerons aussi à ce que ce conflit n'ait pas d'impact négatif dans notre pays. Le large consensus qui s'est dégagé ici est un bon signe, mais il doit exister aussi dans toute la société. Au lendemain des attentats, nous avons réaffirmé notre respect pour la religion musulmane et prévenu que nous ne tolérerions aucun acte raciste, aucune attaque contre cette catégorie de nos concitoyens. J'indique également, puisque certaines inquiétudes m'ont été signalées, que nous ne tolérerons pas non plus les actes antisémites. (¿) Les auteurs de telles violences seront systématiquement recherchés et traduits devant la justice. Cependant les actes racistes et antisémites ont plutôt diminué par rapport à la période de septembre à novembre derniers. Le Gouvernement rend d'ailleurs hommage à tous les responsables communautaires, qui ont adopté une attitude calme et raisonnée face à la situation créée par les attentats. Le Gouvernement continuera à affirmer notre solidarité dans la lutte contre le terrorisme. Aux côtés du Président de la République, il fera entendre la voix de la France et contribuera à une expression forte et cohérente de l'Europe. Bien entendu, Monsieur Bocquet, nous restons des promoteurs inlassables du droit international. S'agissant du jugement des grands criminels, la France a agi pour la mise en place d'une cour pénale internationale. Il reste bien sûr à l'installer concrètement. Depuis le 11 septembre, le Gouvernement et moi-même avons consacré à la lutte contre le terrorisme un temps que nous aurions souhaité utiliser à des tâches plus pacifiques. Mais nous sommes restés et nous restons concentrés sur la recherche de solutions aux problèmes que connaissent les Français : c'est notre mission et ce qu'ils attendent de nous

(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 23 novembre 2001)

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