Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur l'assurance que le gouvernement n'abandonnera pas le nucléaire et développera par ailleurs la gestion des déchets radioactifs, à l'Assemblée nationale, le 6 novembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur l'assurance que le gouvernement n'abandonnera pas le nucléaire et développera par ailleurs la gestion des déchets radioactifs, à l'Assemblée nationale, le 6 novembre 2001.

Personnalité, fonction : PIERRET Christian.

FRANCE. SE à l'industrie

Circonstances : Colloque "Sortie ou relance du nucléaire, aspects internationaux" à l'Assemblée nationale, le 6 novembre 2001

ti : Je tiens tout d'abord à remercier vivement le député Christian BATAILLE pour avoir pris l'initiative d'organiser ce colloque sur un sujet représentant un enjeu aussi majeur pour la France.

En effet, après plusieurs années consacrées à gérer les grands choix intervenus au cours des années 70 et 80, de nouvelles échéances doivent intervenir dans un avenir assez proche. Pour que cette étape débouche sur des positions responsables et dépassionnées, il faut s'assurer qu'un certain nombre de débats puissent les précéder ; des débats menés avec sérieux, objectivité et réalisme.

Par ailleurs, les prochaines décisions de politique énergétique ne seront certainement pas prises selon des considérations uniquement nationales. Les réalités énergétiques sont désormais intimement liées à des problématiques internationales, telles que nos capacités d'approvisionnement sur le long terme, notre liberté stratégique, notre influence diplomatique dans le monde et le rayonnement scientifique et technologique français. Il importe donc d'envisager ces grands choix dans une perspective très globale.

Pour introduire les débats, essayons tout d'abord de répondre à la première question suivante : si nous sortions du nucléaire, quelles en seraient les conséquences ?

Pour mener à bien cet exercice un peu théorique, raisonnons, par exemple, sur les études menées par le Commissariat général au plan et concernant les besoins énergétiques de la France à l'horizon 2020.

Nous devons tout d'abord prendre en compte une progression certaine de la demande en électricité. En effet, même si une politique soutenue est menée en matière d'économies d'énergie, l'augmentation de la demande en électricité d'ici à 2020 représentera environ 20%.

Parallèlement, si la décision de sortir du nucléaire était prise, on peut estimer que la diminution du parc de production électronucléaire liée au non-renouvellement des centrales en fin de vie serait alors égale à environ la moitié de la puissance installée.

En conséquence, de nouvelles capacités non électronucléaires devraient être construites, de façon à faire face non seulement à une augmentation de 20% des besoins en électricité mais aussi à une disparition de la moitié des capacités de production d'origine électronucléaire !

Pour gérer un tel bouleversement de notre bilan énergétique, seul un recours massif aux énergies d'origine fossiles serait envisageable. L'apport des énergies renouvelables étant malheureusement insuffisant même dans les scénarios les plus volontaristes.

En effet, l'énergie hydraulique ne pourra pas faire l'objet de développements majeurs et seuls l'éolien et le biomasse devraient faire l'objet d'un développement plus soutenu. Pour la France, une directive -que j'ai fait adoptée sous présidence française- prévoit qu'à l'horizon 2010, 21% de la consommation nationale d'électricité proviendra des énergies renouvelables. Le taux de couverture assuré par les ENR, autre que la grande hydroélectricité, devrait donc passer de 2,2% actuellement à 8,9% en 2010.

En conséquence, une " sortie du nucléaire " entraînerait inévitablement une utilisation accrue d'électricité d'origine fossile et nous nous retrouverions alors dans la situation déjà connue par la France, trente ans auparavant -quel recul !-, c'est-à-dire confrontés à la problématique de notre indépendance énergétique. Ce n'est pas le choix de ce gouvernement !

Enfin, un arrêt progressif du nucléaire, conduirait à de grandes difficultés, voire à une impossibilité, de respecter les engagements pris par la France en réponse au problème du réchauffement climatique.

Sur ce point, nous ne disposons que de très peu de marges concernant la mise en oeuvre de nos engagements de Kyoto.

Nous devons ramener le niveau des émissions de gaz à effet de serre en 2010 à leur niveau de 1990. Sachant que l'énergie sous toutes ses formes représente 80% de ces émissions, nous sommes sur le " trait " avec une légère augmentation de 3,3% de nos émissions de carbone.

Il serait donc tout à fait irrationnel de se passer d'un moyen de production qui, en fonctionnement, ne rejette ni gaz à effet de serre, ni polluant acide, ni poussières. Rappelons à cet effet que le parc nucléaire dont dispose l'Europe lui permet d'éviter une quantité d'émissions de gaz carbonique comparable à celle de la moitié de son parc automobile...

Le message que je veux délivrer est donc un message de dépassement des oppositions stériles afin de conduire une politique d'équilibre, aux engagements clairs et précis : le nucléaire demeurera la composante majeure de la production d'électricité en France au sein d'un mix résolument rééquilibré dans lequel les énergies nouvelles renouvelables trouveront toute leur place.

Quel avenir envisager pour l'énergie nucléaire, dans la mesure où cette option apparaît incontournable ?

Pour préparer l'avenir, le nucléaire doit progresser et fournir un effort particulier d'exemplarité par rapport à d'autres filières, qui n'ont pas eu la nécessité de se justifier et ceci dans deux directions : l'information et la mise en place de solutions pour la gestion des déchets.

La réforme actuellement menée par le Gouvernement dans les domaines de la sûreté nucléaire et de la radioprotection va dans le sens d'une clarification des rôles des différents intervenants du secteur nucléaire ainsi qu'une transparence et une information accrues pour le citoyen.

En effet, la société civile entend à juste titre jouer un rôle dans la détermination des grandes décisions énergétiques. Les convictions des experts, les arguments scientifiques et techniques ne suffisent pas toujours. Il s'agit donc d'instaurer un climat de confiance et de développer un dialogue constructif sur l'énergie nucléaire entre l'industrie, les pouvoirs publics et la société civile. C'est l'objectif du projet de loi sur la transparence déposé devant le Parlement début juillet par le Gouvernement.


La pérennité de l'option nucléaire est par ailleurs étroitement liée à la problématique de gestion des déchets radioactifs.

Rappelons quelques ordres de grandeur pour mieux appréhender le problème des déchets nucléaires. Nous ne produisons que 650 m3 de déchets de haute activité ou de moyenne activité à vie longue par an, grâce à une politique constante de retraitement - recyclage qui permet leur conditionnement de façon sûre et compatible avec leur élimination à long terme. Le risque associé est maîtrisé, localisé et décroît avec le temps.

Bien entendu, il ne faut pas tomber dans l'excès inverse et banaliser le problème posé par les déchets radioactifs. C'est d'ailleurs tout le contraire de la politique choisie par la France comme le démontre le vote de la très importante loi du 30 décembre 1991. Le Premier ministre a ainsi rappelé qu'il n'y avait pas de temps à perdre pour réaliser l'achèvement du cycle du combustible nucléaire. Il convient donc de poursuivre les recherches engagées dans ce cadre avec vigueur et de débattre des choix du Gouvernement et des nombreux résultats concrets engrangés.

En conclusion,

La préparation de l'avenir énergétique mondial et, en particulier, la lutte contre le changement climatique passent par une politique globale fondée sur l'utilisation rationnelle de l'énergie, le nucléaire, les énergies renouvelables et l'utilisation de technologies propres pour la combustion des énergies fossiles.

Le constat pour l'énergie nucléaire est clair. Forte de ses avantages économiques et environnementaux, l'énergie nucléaire reste une composante incontournable du bilan énergétique mondial, européen et français. Indispensable au progrès de l'humanité, il convient de traiter avec sérieux et pragmatisme son développement.

La France, deuxième pays " nucléaire " au monde après les États-Unis, assume ses choix concernant cette énergie. Elle les consolidera d'autant mieux qu'elle poursuivra la voie d'un nucléaire responsable. L'annonce faite par les Etats-Unis d'une relance du nucléaire m'amène à dire qu'il n'y a plus de temps à perdre ; trop souvent, la France a été victime de l'adage : " Nul n'est prophète en son pays " alors refusons ce qu'une minorité voudrait faire passer comme une fatalité... et continuons résolument à développer l'excellence française en la matière !

Je vous remercie de votre attention.

(Source http://www.industrie.gouv.fr, le 21 novembre 2001)

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