Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle, dans "Le Courrier Picard" du 1er décembre 2001, sur l'éventualité d'une contestation de sa candidature à l'élection présidentielle au sein de l'UDF et sur le projet de constitution européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle, dans "Le Courrier Picard" du 1er décembre 2001, sur l'éventualité d'une contestation de sa candidature à l'élection présidentielle au sein de l'UDF et sur le projet de constitution européenne.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : Vous avez annoncé votre candidature il y a trois jours dans le Béarn, pourquoi avez-vous besoin de rassembler 4 000 militants à Amiens ? Est-ce simplement pour entériner cette candidature ou craignez-vous des contestations ?

Il y a toujours des contestations possibles, on va voir si elles s'expriment. C'est parce que nous avons une habitude démocratique très simple : annonce de candidature et puis investiture. Le candidat dit : " j'y vais ", et le mouvement dit : " on vous soutient " et donc l'étape d'Amiens, qui pour moi est très importante, est celle de l'investiture.
Et puis c'est en même temps quelque chose de chaleureux, c'est un moment où, si tout se passe bien et après les débats qui sont forcément ouverts, une famille politique se regroupe autour de celui qui va la représenter.

Alors pourquoi Amiens ?

Et bien parce que je suis non pas seulement ami mais admiratif de ce que Gilles de Robien fait à Amiens. C'est un des maires de notre famille politique dont je suis le plus fier parce que, dans une ville dont chacun sait qu'elle n'est pas facile ou que certains quartiers sont difficiles, son travail est très généreux et en même temps très réfléchi. Il est un des modèles, un des exemples de cette génération politique nouvelle que je voudrais amener à s'engager en politique et à occuper des responsabilités.

Une volonté de rupture

Le public se souvient de vous comme " quadra " de la droite puis comme ministre de l'Education nationale mais maintenant, vous semblez un peu lisse. Quelle est la marque François Bayrou ?

Qu'est ce qui vous distingue ?

Ma marque c'est une volonté de rupture avec la manière dont on gouverne la France depuis vingt ans. Les uns et les autres se succédant, en réalité c'est la technocratie qui gouverne la France. C'est toujours les mêmes méthodes et presque les mêmes mots. Si vous avez jeté un coup d'¿il à mon livre, vous aurez vu que je développe cette idée. Même méthode et mêmes mots. Deuxièmement cette technocratie-là est parisienne. C'est-à-dire que le pouvoir est enfermé dans les ministères parisiens qui croient que c'est toute la France et ils décident à Paris. Vous venez de le voir avec le troisième aéroport, où on a décidé souverainement sans se poser jamais la question de ce que les gens de la base pensent ou ont à dire. Il faut changer cela ! C'est une révolution à conduire. Demandez aux médecins si on les associe à la politique de santé. Demandez aux policiers et aux gendarmes s'ils ont leur mot à dire.
Il n'y a pas là du tout de citoyenneté. Donc ma marque de fabrique, peut-être parce que je suis un provincial, est de sortir de cela et d'inventer une démocratie nouvelle dans laquelle les citoyens aient leur mot à dire.

Alors, cela a des conséquences. Les syndicats, par exemple, ont été enfermés uniquement dans un rôle revendicatif, d'affrontement. Chez aucun de nos voisins ce n'est le cas. Dans les pays qui nous entourent jamais les 35 heures n'auraient été décidées à Paris par un ministre tout seul dans son bureau.

On ne voit pas à quel point la France souffre de cela. On ne le voit qu'au travers d'événements comme ceux que vous venez de vivre avec les inondations, que je suis venu visiter, vous vous en souvenez. Il faut conduire une révolution que les sortants ne conduiront pas, parce que ça fait vingt ans qu'ils sont responsables de cette organisation de la France. Voilà. Ma marque de fabrique, ma différence, j'appelle ça : " Mettre de la responsabilité partout ".

Candidat " quoi qu'il en soit

Dans votre livre tout récent, vous affirmez " Le plus grand risque serait de ne rien changer ". Mais vous, responsable d'une formation de la droite classique, avez-vous les moyens de changer le cours des événements ?

Eh bien oui, et c'est même pour ça que je me présente. Si les électeurs choisissent, lors de l'élection présidentielle, de mettre leur influence dans la balance, les choses seront changées immédiatement. Nous sommes à l'UDF, le centre de la politique française, et bien devant les électeurs, il faut qu'on assume notre position et notre choix.


Vous dites que cette convention nationale de l'UDF est un grand moment de rassemblement, pourtant entre ceux qui seront là et ceux qui ne seront pas là ou qui partiront afin la fin, il y a quand même quelques failles. Même en Picardie, Renaud Dutreil a carrément joué la carte Chirac ?

S'il y a des gens qui veulent jouer la carte Chirac qu'ils viennent le défendre. J'imagine qu'ils auront le courage de monter à la tribune et de dire " voilà mon choix ".
Pour moi la question est simple, je n'ai pas de querelles avec Jacques Chirac. La question est : est-ce que les sortants vont avoir les moyens et la volonté de changer le système qu'ils ont fabriqué ? Evidemment, j'en doute et même je crois que non.


Vous étiez considéré il y a quelques mois comme le troisième homme et puis vous vous êtes fait souffler la place par Jean-Pierre Chevènement. Et même par Alain Madelin, si on en croit les derniers sondages. Vous ne considérez pas qu'à droite la dispersion des candidatures brouille un peu le jeu politique ?

J'aurais préféré une simplification du jeu, mais que chacun défende ses idées, fasse valoir ses projets et après les Français décideront.


Les critiques faites dans votre propre camp, sur votre candidature risquent-elles de vous faire renoncer si les sondages confirment votre possible faible score au premier tour ?

Une élection c'est un combat. Nous sommes au départ de la course. Quiconque aurait peur des sondages a, en réalité, peur de la course. Je n'ai pas peur de la course, je vais la courir.


Quoi qu'il en soit ?

Quoi qu'il en soit !


Votre engagement européen est bien connu. Que pensez-vous du projet de constitution européen et de la possible présidence de Valéry Giscard d'Estaing dans une nouvelle entité européenne ?

D'abord la Constitution européenne, j'en suis le premier défenseur. C'est moi qui l'ait proposée aux Français. Deuxièmement, la perspective de voir Valéry Giscard d'Estaing présider l'organe qui s'appelle la Convention, c'est-à-dire le lieu de réflexion où on va penser à l'Europe, me réjouirait beaucoup. J'ai soutenu cette idée dès le début à l'époque où peu de gens la soutenaient ou la croyaient crédible, je serais très heureux que ça se réalise. C'est un grand service à rendre à l'Europe que de penser son avenir.

Revenons au troisième aéroport. Il y a évidemment un fort mouvement contre, et un mouvement pour qui est plus souterrain. Les contre vont rassembler des gens différents : Noël Mamère, Corine Lepage, Antoine Waechter et on dit que peut-être vous iriez faire un tour. Vous qui incarnez une certaine modernité, ne trouvez-vous pas qu'un aéroport s'inscrit dans cette modernité ?

Je ne connais pas assez le dossier pour m'exprimer comme ça. Apparemment, c'est une idée qui se préparait depuis très longtemps. La gare TGV à propos de laquelle tout le monde se demandait depuis longtemps pourquoi elle était là, prouve qu'à Paris, il y a des centres de décisions qui depuis longtemps préparaient ce choix. Je trouve qu'il n'est pas normal que les citoyens ne soient pas avertis, qu'ils n'aient pas leur mot à dire sur toutes ces affaires, qu'en réalité technocratiquement, et non pas politiquement, technocratiquement, on mette sur les rails une décision ou une prise de position. Cela me choque. Voilà.

Gandhi son modèle

Vous avez fait une très belle biographie d'Henri IV. Dans un courant plus contemporain à quel personnage seriez-vous plus sensible ?

Parmi les personnalités qui ont marqué le XXè siècle, c'est Gandhi que je choisirais. C'est un homme qui a changé le destin de son pays.


Donc, vous opposez la non violence des propos de certains de vos amis ?

Disons que je ne tends pas forcément l'autre joue non plus.

(source http://www.udf.org, le 4 décembre 2001)

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