Tribune de M. Jean-Pierre Chevènement, candidat du MDC à l'élection présidentielle 2002, dans "Paris-Match" le 1er novembre 2001, sur le gel de l'application de la loi Guigou sur la présomption d'innocence et sur la nécessité de réformer l'ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Jean-Pierre Chevènement, candidat du MDC à l'élection présidentielle 2002, dans "Paris-Match" le 1er novembre 2001, sur le gel de l'application de la loi Guigou sur la présomption d'innocence et sur la nécessité de réformer l'ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs.

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre.

FRANCE. Mouvement des citoyens, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : Lorsqu'un policier ou un gendarme est assassiné, la colère et la révolte me saisissent. De jeunes hommes, qui avaient choisi de protéger leurs concitoyens, de faire respecter la loi, sont tués de sang froid par des malfaiteurs sans scrupule. Les règles de base de toute société civilisée sont foulées au pied : le meurtre d'un " gardien de la paix " - selon l'appellation traditionnelle - est encore plus inacceptable parce qu'au crime individuel s'ajoute la volonté de défier l'ordre public, garant des libertés.

Comment réconforter une famille, une jeune femme qui se retrouve seule, souvent avec des enfants, parce qu'un tueur a résolu de s'affranchir de toute humanité, et, en tirant sur un homme en uniforme, a voulu défier la société ? C'est l'une de mes expériences les plus rudes, dans mes fonctions de ministre de la défense assurant la tutelle de la gendarmerie, puis de l'intérieur, que d'avoir rencontré le regard brisé et l'interrogation sans réponse de ces familles touchées par un assassinat aussi lâche.

Nos textes législatifs, nos moyens, l'attitude des pouvoirs publics sont-ils à la hauteur de ces provocations ? Non.

La police et la justice, au lieu de se comporter comme les deux bras d'un même corps, ne cessent de s'opposer l'une à l'autre. On le voit dans la lamentable décision de remettre en liberté un braqueur à main armée récidiviste, qui allait devenir l'assassin des policiers de Plessis-Trévise, sous le prétexte que deux années d'instruction constituaient un délai excessif ! On le voit encore avec la loi Guigou, rendant abusivement complexes malgré mes mises en garde les procédures de garde à vue. Le résultat est accablant : le nombre des gardes à vue a chuté d'au moins 10 % parce que magistrats et policiers sont découragés par les obstacles mis à leur action. Et cela, au moment où les Français attendent une mobilisation énergique contre le crime et la délinquance.

Il est temps de se ressaisir : je demande le gel immédiat de l'application des dispositions de la loi Guigou sur les gardes à vue.

Il faut aller plus loin : la chaîne justice - police doit être améliorée, et le service du citoyen, la garantie de son droit à la sécurité, doivent être la seule boussole. J'ai engagé cette tâche, comme ministre de l'Intérieur, en créant la police de proximité, en affectant les unités mobiles à nos villes et nos banlieues. J'avais proposé des mesures nouvelles, concernant par exemple la délinquance des mineurs, à la fin de 1998. Que n'ai-je pas entendu alors ! Le choeur des bien-pensants obtint du Premier Ministre l'enterrement de mes propositions. On voit le résultat.

Aujourd'hui la réforme de l'ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs s'impose à l'évidence. Le manque criant de centres de retenue aboutit à ce que des mineurs délinquants multirécidivistes reviennent le jour même sur les lieux de leur forfait narguer leurs victimes. Les corporatismes de toute nature, le cloisonnement abusif des responsabilités, un certain angélisme judiciaire, doivent céder le pas à l'exigence légitime de sécurité.

Les moyens de la police et de la justice ont besoin d'une remise à niveau. Il n'y a aujourd'hui guère plus de policiers qu'en 1950, et guère plus de magistrats qu'en 1880. Pourtant l'ampleur de la délinquance a explosé ! Il est nécessaire d'élaborer une loi de programmation pour la justice et la police.

J'ajoute que, à mes yeux, tout commence à l'Ecole. La plupart des dérives criminelles de certains individus trouvent leur origine dès l'enfance. Il est temps de sortir de l'idéologie soixante-huitarde selon laquelle " il est interdit d'interdire ". L'instruction civique doit inscrire au coeur de chaque enfant le respect de soi, le respect des autres, le respect de la loi, l'amour de la France. Ensuite, une politique résolue favorisant l'accès à la citoyenneté de tous doit soutenir l'immense majorité des jeunes qui cherchent à réussir leurs études, à trouver leur place dans la société.

La France connaît une crise sérieuse, parce que beaucoup de ses enfants ne se reconnaissent pas en elle. Mais qui leur a parlé de la France ? Qui la leur a fait aimer ? De campagnes de repentance abusives en apologie de la honte de soi, beaucoup de nos élites ont décrété que la France était " moisie ". Rien d'étonnant à ce que certains se croient autorisés à la bafouer. Il s'agit maintenant de sortir de ces impasses. Notre pays a connu des heures sombres mais aussi des périodes admirables. Et la République porte les valeurs de la citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs, ignorant toute discrimination, fondé sur l'égalité, digne d'être défendu.

Les policiers et les gendarmes sont en première ligne, pour faire valoir l'intérêt général contre le mépris de la loi ou la violence. Ils ont droit au respect de tous les citoyens. Bien souvent, quand toutes les digues ont cédé, quand des bandes d'énergumènes dépourvus de repères comme de scrupules veulent imposer leur loi ou leur trafic, ils sont seuls à faire face ; la nuit, quand tous les services sociaux ont fermé leurs portes, seul le commissariat de police reste ouvert. La mission des policiers et des gendarmes est difficile ; ils ont le sentiment qu'au lieu de les soutenir, beaucoup de bonnes âmes les tiennent en suspicion.

C'est pourquoi toute atteinte portée contre eux doit être sévèrement sanctionnée et doit rencontrer la réprobation forte et unanime des citoyens.


(source http://www.chevenement2002.net, le 26 octobre 2001)

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