Interview de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, à France 2 le 12 octobre 2001, sur les enjeux de la Fête de la science, l'augmentation du budget de la recherche, l'intervention française en Afghanistan et la cohabitation. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, à France 2 le 12 octobre 2001, sur les enjeux de la Fête de la science, l'augmentation du budget de la recherche, l'intervention française en Afghanistan et la cohabitation.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de la recherche

ti : F. LabordeNous allons parler de la dixième édition de "La science en fête", qui prévoit une série de manifestation entre le 15 et le 21 octobre 2001. "La Science en fête", cela sert à quoi ? A célébrer les découvertes principales, à donner l'idée de faire d'autres découvertes ?

- "La Fête de la science est l'idée d'une science de proximité, conviviale, partagée par tous. La science n'est pas réservée simplement à des initiés, à des spécialistes, elles n'est pas dans une tour d'ivoire. L'idée est de faire descendre la science dans la rue, et de faire aller les chercheurs à la rencontre du public."

Est-ce qu'à cette occasion, vous faites un peu le bilan des découvertes les plus spectaculaires, faites-vous un classement ? Quelles sont les grandes découvertes : la DHEA, dont on a beaucoup parlé, l'hormone de rajeunissement ou est-ce au contraire l'écran à plasma liquide ?

- "C'est plutôt la recherche médicale qui progresse très rapidement, les thérapies géniques, ce qu'a fait A. Fischer à Paris, avec la guérison d'enfants-bulle, obligés de vivre dans un milieu stérile, parce qu'ils avaient un fort déficit de leurs défenses immunitaires. Ce sont les thérapies cellulaires, les greffes de cellules, qui permettent de traiter les infarctus du myocarde, bientôt des maladies neurodégénératives. C'est aussi l'environnement : on va lancer un grand satellite européen d'observation de l'environnement, qui s'appelle "Envisat", qui va inspecter la couche d'ozone, les émissions de gaz à effet de serre. Ce sont bientôt les voitures propres fonctionnant à l'hydrogène, avec des pré-séries, en 2004, 2005. C'est l'espace avec le prochain vol de C. Haigneré, qui partira le 21 octobre de Baïkonour, au Kazakhstan, pour aller vers la station spatiale internationale. Et il y aura un autre vol d'un astronaute français que j'ai obtenu du patron de la Nasa, pour P. Perrin, qui partira aussi vers la station internationale, en avril ou mai prochain."

Cette "Fête de la science" n'est pas l'occasion de récupérer des fonds, comme on le fait parfois pour des fêtes. Pour autant, depuis quelques temps, les chercheurs, au CNRS ou ailleurs, se plaignent en disant que les budgets de la recherche sont insuffisants. Le ministre arrive-t-il à persuader son confrère des Finances qu'il faudrait un peu plus d'argent parfois ?

- "Oui, je crois y être arrivé. Notamment, parce que le budget 2002 progresse de 2,2 % en crédits de paiement et de 3 % en autorisations de programmes. Cela veut dire qu'on va créer 500 emplois au budget 2002, ce qui est tout à fait considérable, et notamment pour le CNRS qui aura 140 emplois, ou l'Inra, qui fait de la recherche agronomique. Les choses vont donc assez bien à cet égard."

Cela veut dire que la recherche privée, faite par les entreprises, ne prend pas le pas sur la recherche publique ?

- "Non, elle ne prend pas le pas, mais il est normal que la recherche privée se développe aussi, de manière à porter l'effort général de recherche au niveau des Etats-Unis ou du Japon."

Aujourd'hui, dans le contexte international que l'on connaît, avec la crainte de guerre bactériologique - on a vu les soupçons d'anthrax aux Etats-Unis, l'affaire de Toulouse, cette explosion dont on ne connaît pas exactement les origines -, cela ne peut-il pas susciter dans l'opinion publique, au contraire, une sorte de méfiance vis-à-vis de ces découvertes, qui étaient peut-être déjà là d'ailleurs quand on voyait les mouvements anti-OGM ?

-"Je crois au contraire que ce qui se passe en matière de craintes sur un risque biologique, par rapport à l'anthrax ou à d'autres agents pathogènes, est plutôt une incitation à développer la recherche médicale, sur la prévention, sur les vaccins, sur les antidotes. Je crois que la science a une image un peu mixte actuellement. Dans le temps, c'était uniquement l'image du savant bienfaiteur, comme Pasteur, et on est passé à une image qui se superpose à celle-là, qui est la capacité des scientifiques à agir parfois sur la nature, la matière vivante ou la matière. Cela peut donc poser quelques problèmes. C'est pour cela qu'il faut que la science soit citoyenne et qu'on réponde directement aux interrogations des Français sur les applications de la génomique, les OGM, l'ESB, le devenir des déchets radioactifs, etc. C'est notamment l'objet de la Fête de la science."

On n'entend plus d'ailleurs tous les opposants, les amis de J. Bové, tous ces mouvements très antimanipulations génétiques, ils ne se manifestent plus...

- "Je ne suis pas du tout favorable aux manipulations génétiques, entendons-nous bien."

Vous n'êtes favorable non plus au fait qu'on aille dévaster les champs d'expérimentation.

- "Pas du tout, je pensais que vous parliez de la manipulation génétique sur l'être humain. Sur les OGM, simplement, la recherche publique n'agit ni comme l'avocat, ni comme le procureur des OGM. Elle est comme un juge d'instruction qui instruit à charge et à décharge, qui regarde très précisément quels sont les avantages et quels sont les risques potentiels. C'est comme cela qu'il faut procéder, de manière scientifique."

Vous êtes ministre de la Recherche, mais vous êtes aussi membre du Parti des radicaux de gauche, qui est une composante de la majorité plurielle. On a vu que cette majorité plurielle avait quelques dissensions vis-à-vis de la réponse américaine. Etes-vous, comme les Verts et les communistes, un peu sceptique sur les frappes américaines sur Kaboul ou franchement derrière L. Jospin ?

- "Non, nous sommes tout à fait sur la même ligne que L. Jospin, c'est-à-dire solidarité, lutte contre le terrorisme, et libre détermination de la France quant à la définition avec les alliés des objectifs et des modalités de participation. Mais il peut y avoir sur d'autres sujets, c'est vrai, entre le PRG et le PS, des différences d'appréciation."

Elles sont infimes, on ne les remarque pas beaucoup quand même...

- "Non, mais c'est un peu comme dans un couple : s'il fallait être d'accord à 100 % sur les tous les sujets pour rester ensemble, il n'y aurait que des divorces en France. Mais le droit à la différence dans la majorité, la diversité, c'est une grande valeur. Il ne faut pas que le PS croit pouvoir représenter la gauche à lui tout seul. Les Français préfèrent la diversité à l'uniformité. Donc, il ne faut pas une gauche monocolore, monocorde, qui passerait le rouleau compresseur de l'uniformité sur ses divers composants."

Souhaitez-vous, comme d'autres, un débat à l'Assemblée en cas d'engagement plus important de la France, et un débat avec vote ?

- "Mais il y a des débats à l'Assemblée de manière périodique. Il y en a eu un, mardi, à l'occasion des Questions auxquelles a répondu le Premier ministre ; mercredi, au Sénat. Donc, le Gouvernement informe, en temps tout à fait réel, l'Assemblée nationale et le Sénat."

Donc, il n'y a pas besoin de quelque chose de particulier, plus formel, avec un vote de l'Assemblée sur un engagement français ?

- "Pour l'instant, je ne pense pas. Et en tout cas les procédures constitutionnelles s'y prêteraient assez mal."

On voit que la cohabitation a tendance un peu à se tendre, entre le président de la République et le Premier ministre. D'abord, parce que l'échéance approche, et puis parce que la situation internationale donne parfois une prééminence au Président sur le Premier ministre - on l'a vu encore récemment au Sommet franco-espagnol de Perpignan. Ressentez-vous ces tensions entre les deux hommes parfois ?

- "Comme membre du Gouvernement, je ne le ressens pas. C'est vrai qu'il y a eu peut-être une certaine confusion à Perpignan, entre ce que doit être une rencontre diplomatique, franco-espagnole, et un rassemblement militant. Cela dit, nous approchons de la campagne présidentielle..."

C'est-à-dire que vous avez vous aussi été choqué de voir le président de la République aller serrer des mains ?

- "Je n'ai pas été choqué parce que je n'était pas là, donc je n'ai pas pu m'en rendre compte très directement. C'est vrai que nous allons vers une campagne. Ce que je souhaite pour cette campagne d'ailleurs, c'est que la gauche retrouve la campagne de simplicité et de proximité qui était celle de L. Jospin en 1997, qui contrastait avec le style technocratique d'A. Juppé. Je crois que la gauche, au-delà d'un discours, c'est une attitude, une manière d'être, un état d'esprit, la proximité, l'écoute d'autrui. Les ministres de gauche doivent donc être surtout des militants et non pas des technocrates."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 24 octobre 2001)


Rechercher