Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les grandes orientations du plan de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique pour 2001-2010, Paris le 24 octobre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les grandes orientations du plan de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique pour 2001-2010, Paris le 24 octobre 2001.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

ti : Le plan décennal (2001-2010) de gestion prévisionnelle et pluriannuelle de l'emploi scientifique

La responsabilité d'un gouvernement, ce n'est pas de gérer au jour le jour. C'est, au contraire, de prévoir et de préparer l'avenir.

"Gouverner, c'est prévoir", dit-on souvent. Pierre Mendès France ajoutait : " Gouverner, c'est choisir ". Notre volonté, c'est de fixer les grands choix stratégiques pour la recherche sur les dix ans à venir. C'est de définir une stratégie scientifique pour toute la décennie 2001-2010.

Avec le soutien du premier ministre, Lionel Jospin, j'ai défini un Plan décennal (2001-2010) de gestion prévisionnelle et pluriannuelle de l'emploi scientifique. J'ai présenté ce Plan ce matin au Conseil des ministres.
Dès ma première conférence de presse, le 4 mai 2000, présentant les orientations prioritaires du ministère de la Recherche, j'avais déclaré : "Il est indispensable de définir avec volontarisme une véritable politique de l'emploi scientifique, fondée sur une gestion prévisionnelle et pluriannuelle".


Le premier plan décennal dans la fonction publique

Le ministère de la Recherche est le premier ministère à mettre en place un tel plan décennal (2001-2010).

Ce plan englobe la totalité des personnels de recherche des EPST (Etablissements publics à caractère scientifique et technologique), soit en 2002 : 44772 personnes, dont
17620 chercheurs et 27512 ITA.

De plus, ce plan décennal (2001-2010) du ministère de la recherche s'articule avec le plan triennal (2001-2003) du ministère de l'Education nationale relatif à l'enseignement supérieur : il repose sur une vision prospective d'ensemble des deux secteurs et vise à créer une vraie complémentarité entre la recherche et l'enseignement supérieur.

Les Cinq objectifs du plan

Ce plan décennal poursuit cinq objectifs principaux :
- anticiper dès à présent les départs à la retraite massifs des années 2005-2010 ;
- rajeunir l'appareil de recherche publique ;
- réorienter cet appareil en augmentant les effectifs dans les champs disciplinaires prioritaires ;
- renforcer la recherche publique ;
- favoriser la mobilité des personnels de recherche.

1. Anticiper les départs à la retraite

Ce Plan décennal vise, d'abord, à anticiper dès à présent les départs à la retraite massifs des années 2005-2010. Il vise à lisser le renouvellement des personnels pour maintenir la qualité des recrutements.

Sans ce "lissage", l'appareil de recherche se trouverait confronté à des à-coups dans les recrutements, à des recrutements en "coups d'accordéon" - tels qu'on les a connus naguère -, avec des recrutements habituels en 2001-2005, puis des recrutements massifs en 2005-2010.

Or, en 2005-2010, l'on risque de se trouver confronté à une certaine pénurie de chercheurs de qualité, avec la stagnation de la démographie étudiante, avec actuellement une désaffection pour certaines études scientifiques, avec, du fait de la reprise économique, une concurrence croissante de l'industrie et des services qui recrutent à nouveau, ce qui risque d'inciter les jeunes à arrêter leurs études à l'issue de la maîtrise ou du DEA, sans aller jusqu'à la soutenance d'une thèse de doctorat. Si, du moins, on ne leur ouvre pas dès maintenant des perspectives claires et visibles de recrutement dans la recherche publique. Ce qui est le deuxième objectif de ce Plan.

2. Rajeunir l'appareil de recherche

En effet, compte tenu de la longueur des études pour devenir chercheur, c'est dès maintenant qu'il faut se préoccuper des recrutements pour les années à venir.
Ce Plan contribue à inciter les jeunes à entreprendre ou à poursuivre des études scientifiques en leur offrant des perspectives claires et lisibles en termes de recrutement, en leur donnant une bonne visibilité des postes disponibles sur cette décennie 2001-2010.
L'augmentation du nombre des allocations de recherche, ainsi que de leur montant au projet de budget 2002, vise à contribuer à ce même objectif.

Par ailleurs, ce Plan vise à rajeunir dès maintenant notre appareil de recherche publique, en lançant une opération de jouvence. Il vise à rendre justice aux jeunes docteurs, souvent de grande qualité, qui ne parviennent pas à s'insérer rapidement dans la recherche publique faute de postes en nombre suffisant et qui sont contraints de rester durablement sur des emplois contractuels de post-docs, voire de s'expatrier.

Il faut tirer profit de la chance que constitue pour la recherche française le potentiel de doctorants et de jeunes docteurs actuellement disponible, qui constitue un vivier de grande qualité.
J'entends donc donner dès maintenant un "coup de jeune" et donc un "coup de fouet" à la recherche française. En offrant aux jeunes docteurs - actuellement expatriés ou recrutés comme contractuels - davantage de possibilités de recrutement et de débouchés dans notre appareil de recherche.

Dès ma première conférence de presse, le 4 mai 2000, j'avais mis l'accent sur le nécessaire rajeunissement de notre appareil de recherche, en déclarant :
"Il faut rajeunir la recherche pour la renouveler, pour lui donner un nouveau dynamisme. J'entends donc soutenir les jeunes chercheurs et leur donner des perspectives."

Il faut sortir, en effet, d'un double phénomène que nous constatons aujourd'hui. D'une part, le vieillissement de la recherche française : l'âge moyen des chercheurs et des enseignants-chercheurs est de 46 ans et demi. D'autre part, un phénomène de " file d'attente ", avec la difficulté des jeunes chercheurs à s'insérer rapidement dans notre appareil de recherche et des recrutements qui deviennent de plus en plus tardifs, ce qui provoque la multiplication des post-docs, voire un exil forcé des cerveaux.

Cela représente une perte de substance et presque un gâchis de matière grise. L'Etat consacre des sommes importantes à la formation de docteurs, souvent de grande qualité, dont un certain nombre s'expatrie, faute de pouvoir trouver un emploi en France.

La France n'a pas vocation à servir d'institut de formation de jeunes docteurs pour le compte d'autres pays qui recueillent ensuite, gratuitement, les fruits des formations d'enseignement supérieur dispensés par notre pays à ses étudiants.

Il serait tout de même paradoxal et peu légitime que les Etats-Unis, par exemple, qui consacrent relativement peu de crédits publics à l'enseignement supérieur, attirent vers eux et retiennent chez eux les meilleurs de nos jeunes docteurs en les accueillant au stade final de leur formation, dispensée et financée par la France.

La France n'a pas vocation à exercer une fonction de mécénat au profit de grands pays étrangers, qui, de surcroît, sont nos concurrents dans la compétition scientifique, technologique et économique internationale.

Dès le budget 2001, la création de 265 emplois nouveaux dans les EPST a permis aux organismes de recherche de lancer d'importantes campagnes de recrutement, notamment en direction des post-docs français présents à l'étranger. Déjà le "brain drain" fait place à un certain "back drain".

Comme vous le savez, le budget 2002 poursuit ces créations d'emplois. Et il en sera ainsi sur toute la période 2001-2004, grâce à ce plan de gestion pluriannuelle.

3. Réorienter notre appareil de recherche vers les champs disciplinaires prioritaires

Le troisième objectif de ce plan, c'est de réorienter notre appareil de recherche vers les champs disciplinaires prioritaires, qui ont besoin de postes nouveaux.

Il importe, à un moment où la recherche évolue très rapidement, de ne pas choisir la solution de facilité que serait une reproduction à l'identique de la répartition des personnels de recherche dans les différents domaines scientifiques.

L'importance des départs à la retraite constitue à cet égard une opportunité historique pour la recherche française, en permettant de procéder au-delà des créations d'emplois, à des redéploiements significatifs entre disciplines et de renforcer notre potentiel scientifique dans des champs disciplinaires prioritaires, qui sont stratégiques et dans lesquels notre pays avait pris un certain retard.

D'ici à 2004, ces champs disciplinaires sont au nombre de trois : les sciences du vivant, les sciences et technologies de l'information et de la communication (STIC), deux champs de recherche retenus par les derniers CIRST (Conseils interministériels de la recherche scientifique et technologique) auxquels j'ai personnellement ajouté l'environnement.

J'insiste sur la notion de " champ disciplinaire " plus judicieuse que celle de " discipline ". En effet, plusieurs disciplines peuvent contribuer au développement d'un champ disciplinaire. Par exemple, le renforcement du champ disciplinaire des sciences du vivant passe aussi par une contribution accrue des sciences chimiques ou de l'informatique à ce champ disciplinaire.

Il serait donc d'ailleurs encore plus exact de parler de "champ pluridisciplinaire".

Les sciences du vivant doivent pouvoir continuer à renforcer leurs effectifs.
Elles constituent une évidente priorité. A la fois par leur capacité à répondre aux besoins humains fondamentaux (santé, qualité de l'alimentation et sécurité alimentaire, etc.) et par leur impact économique (avec les biotechnologies).

De cela, deux exemples.
- D'abord, la génomique. L'achèvement du séquençage du génome humain permet de passer à "l'après-séquençage" ou à "la post-génomique", pour tirer des nouvelles connaissances sur le génome humain des applications pratiques (nouveaux diagnostics, vaccins ou médicaments), mettant en ¿uvre une médecine plus personnalisée, mieux adaptée à chacun.
La génomique végétale doit, elle aussi, continuer de se développer.

-Second exemple : les infections à prions, avec l'épizootie d'ESB et l'apparition du nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Comme vous le savez, j'ai obtenu en novembre 2000 du premier ministre le triplement des crédits consacrés aux recherches sur les prions, qui sont passés de 70 MF en 2000 à 210 MF en 2001 et même à 260 MF grâce à des redéploiements de crédits auxquels j'ai procédé.

Les sciences et technologies de l'information et de la communication (STIC) constituent, elles aussi, une priorité pour réussir le passage à "la société de l'information".

Leurs effectifs continueront d'être augmentés. Avec, en particulier, l'application du contrat quadriennal que j'ai signé en juillet 2000 avec l'INRIA (Institut national de la recherche en informatique et automatique) et le développement du Département des Sciences de l'information et de la communication du CNRS, qui a été créé en septembre 2000 conformément à ma demande.

· Enfin, j'ai également décidé de faire des recherches sur l'environnement une priorité, en entendant par là les recherches consacrées à la fois à l'environnement, aux énergies et au développement durable, qui représentent déjà au projet de budget 2002 16 % des moyens alloués à la recherche publique.

Ce champ pluridisciplinaire, d'intérêt majeur pour l'avenir de nos sociétés, englobe en particulier les recherches sur le changement climatique, la biodiversité, la gestion des ressources naturelles. Il mobilise de nombreuses disciplines - sciences naturelles, sciences physiques et chimiques, étude des pollutions et des risques industriels, étude des systèmes écologiques, etc. - qui doivent encore renforcer leur mise en cohérence.

Après 2004, il y aura naturellement réexamen et peut être redéfinition des choix des champs disciplinaires. Il importe, en effet, de soutenir également les disciplines et thématiques émergentes en dégageant une capacité de réaction accrue aux évolutions ultérieures de la science.
Dans un monde qui évolue très vite, ces thématiques nouvelles peuvent être portées par l'apparition de problème de société auxquels la recherche devra apporter sa part de réponse. Par exemple, le plan prions, adopté en novembre 2000 par le gouvernement, correspond à un tel besoin.
Ces thématiques émergentes, peuvent aussi résulter de l'évolution des recherche elles-mêmes, évolution qui, à moyen terme, est souvent imprévisible. Bien des découvertes apparaissent, en effet, là où on ne les attendait pas nécessairement, des champs nouveaux du savoir émergent aux frontières des disciplines traditionnelles, sans qu'on puisse le prévoir aujourd'hui.


4. Renforcer la recherche publique

D'une manière générale, ce Plan vise à renforcer la recherche publique en augmentant ses effectifs.
Certes, les statistiques de l'OCDE pour 1999 montrent que notre pays est assez bien placé quant au nombre de chercheurs par rapport à la population active : 6,1 chercheurs pour 1000 actifs, contre 9,7 pour 1000 au Japon et 8,1 pour 1000 aux Etats-Unis.
En revanche, d'après les statistiques de la Commission européenne, l'évolution de l'emploi scientifique de 1995 à 1999 est préoccupant : dans cette période, l'évolution annuelle moyenne du nombre total de chercheurs est seulement de 1,22% en France contre 2,66% au Royaume-Uni, 4,66% en Suède, 4,71% aux Pays-Bas et 6,21% aux Etats-Unis.

Le nombre de chercheurs en France a baissé de 16726 à 16703 de 1995 à 1997. Ce nombre a ensuite progressé à partir du budget 1998, et surtout à partir du budget 2001 et du projet de budget 2002 dans lequel il atteint 17 620.
En effet, dès mon arrivée au ministère, j'ai fait de la progression de l'emploi scientifique (chercheurs et ITA) une priorité essentielle de mon action, qui s'est traduite très concrètement au budget 2001 et au projet de budget 2002.

S'agissant de ITA, leur nombre avait baissé de 26795 à 26027 de 1995 à 1997. Il s'élève à 27152 au projet de budget 2002.
Ce plan décennal garantit la poursuite de cet effort de renforcement de la recherche publique et des effectifs de chercheurs et d'ITA.

S'agissant des ingénieurs et des techniciens, le renforcement du potentiel de recherche aura pour objectif d'accentuer l'accompagnement en ITA des champs disciplinaires prioritaires, mais aussi de réduire les écarts d'encadrement entre les organismes pour les disciplines analogues et de redistribuer certaines fonctions communes vers les laboratoires notamment dans le domaine de la gestion.

5. Favoriser la mobilité des personnels de recherche

Enfin, ce plan vise aussi à favoriser la mobilité des personnels de recherche.

La mobilité offre aux personnels de recherche l'opportunité de diversifier leurs activités et d'enrichir leurs compétences.
Elle permet aux établissements d'enseignement supérieur et de recherche de diversifier leurs sources de recrutement et de mettre en ¿uvre une meilleure gestion des ressources humaines, grâce à une articulation plus harmonieuse des carrières des chercheurs et des enseignants-chercheurs.

Enfin, la mobilité favorise l'interdisciplinarité en renforçant l'échange et le transfert des connaissances.

Le contenu du Plan

Le Plan décennal (2001-2010) de gestion prévisionnelle et pluriannuelle de l'emploi scientifique du ministère de la Recherche a été bâti sur une vraie complémentarité entre la recherche et l'enseignement supérieur et en particulier avec le plan triennal (2001-2003) pour l'enseignement supérieur du ministère de l'Education nationale, afin de mettre en ¿uvre une stratégie scientifique globale.

La complémentarité Recherche - Enseignement supérieur
Cette complémentarité prend en compte plusieurs facteurs.

- la répartition des différentes disciplines entre les universités et les organismes de recherche. Les universités sont, en effet, plus présentes que les organismes de recherche dans les sciences humaines et sociales, les mathématiques ou encore la physique et la chimie. Elles sont, à l'inverse, moins présentes dans les sciences du vivant ou les sciences de l'univers (y compris l'environnement). Cette répartition des différentes disciplines entre universités et organismes, qui résulte le plus souvent de l'histoire, ne présente certes pas de caractère absolu et un rééquilibrage est ici ou là non seulement envisageable, mais même nécessaire. Il reste qu'il importe de tenir compte de la force respective des différentes institutions dans la répartition des emplois entre les différentes disciplines.

- la dynamique interne des deux institutions. A la différence des organismes de recherche, les universités ont une double mission de formation et de recherche. Cette double vocation induit plusieurs conséquences quant à l'accroissement de leur potentiel de recherche.

La création de postes d'enseignants-chercheurs doit répondre, dès lors qu'elle atteint des niveaux significatifs, à une nécessité et à une demande en matière de formation et pas seulement en matière de recherche : il est ainsi difficile de renforcer de façon massive dans les universités des disciplines scientifiques où la demande étudiante ne progresse pas, comme les sciences du vivant.

- l'autonomie des universités. Aujourd'hui, les stratégies de recrutement disciplinaire des enseignants-chercheurs dépendent davantage des universités que de l'administration centrale de l'Education nationale. Il est donc nécessaire de renforcer la démarche de contractualisation afin de décliner les orientations nationales dans la politique menée par chaque établissement et de mieux utiliser le potentiel des disciplines où les universités sont très présentes (physique, chimie, sciences humaines et sociales¿) au service de projets pédagogiques ou scientifiques pour lesquels leur apport est précieux.

Le plan de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique du ministère de la Recherche articule donc les créations d'emplois de chercheurs prévues avec une répartition indicative des créations d'emplois d'enseignants-chercheurs - telle qu'elle peut être déduite des évolutions actuelles - en jouant sur la complémentarité des deux institutions.

A titre d'exemple, la dynamique des créations d'emplois d'enseignants-chercheurs de sciences humaines et sociales dans les universités milite davantage pour l'ouverture de postes d'accueil dans les établissements de recherche que pour la création d'emplois de chercheurs. A l'inverse, le renforcement des sciences du vivant rend nécessaire des créations importantes d'emplois de chercheurs, compte tenu des limites à la création de postes d'enseignants-chercheurs dans ce champ disciplinaire.

Le plan décennal du ministère de la Recherche comporte principalement les mesures suivantes.

1000 créations nettes d'emplois dans les organismes de recherche de 2001 à 2004

D'abord, 1000 créations nettes d'emplois dans les organismes de recherche de 2001 à 2004 à la fois pour pouvoir anticiper les départs à la retraite et renforcer la recherche publique.

Soit 500 créations d'emplois de chercheurs et aussi 500 créations d'emplois d'ingénieurs et de techniciens, pour remédier aux nombreuses suppressions d'emplois d'ITA décidées de 1993 à 1997, qui ont amputé le potentiel du personnel d'accompagnement de la recherche.

Ces 1000 créations d'emplois n'intègrent naturellement pas les créations d'emplois destinés à titulariser les agents précaires, qui interviendront en sus.

Le mouvement de création d'emplois que j'ai engagé au budget 2001 et que je poursuis au projet de budget 2002 sera ainsi poursuivi en 2003 et 2004 par d'autres créations nettes d'emplois de chercheurs, d'ingénieurs et de techniciens. A cet égard, l'engagement du gouvernement est de procéder à 500 créations d'emplois environ sur la période 2003-2004.
Ces 1000 créations nettes d'emplois de chercheurs, d'ingénieurs et de techniciens dans les organismes publics de recherche s'ajouteront aux créations d'emplois d'enseignants-chercheurs prévues dans les établissements d'enseignement supérieur par le plan du ministère de l'Education nationale.
Elles assureront l'anticipation des départs à la retraite et le "lissage" des recrutements au sein des organismes de recherche publique de 2001 à 2005, en permettant un taux de renouvellement largement supérieur à 4%.

Au-delà de 2005, l'importance des départs à la retraite permettra de rendre une partie des emplois créés, sans mettre en péril le potentiel de recherche ni le renouvellement nécessaire des différentes disciplines. Ces suppressions d'emplois seront de 200 au sein des organismes de recherche, ce qui permettra là encore de conserver un taux de renouvellement supérieur à 4%.

Il s'agit donc pas d'un simple exercice de "lissage", qui aurait consisté à rendre la totalité des emplois créés.

Une faible partie seulement des emplois créés sera rendue dans la seconde partie de la décennie (2006-2010), lorsque les taux de départ naturels seront plus élevés.

Ces suppressions d'emplois ne concerneront que 200 postes sur les 1000 créés, soit seulement 1/5ème des emplois créés.

Au total, le plan aboutira à un renforcement définitif du potentiel de recherche des organismes publics de 800 emplois nets d'ici à 2010.

En effet, il s'agit d'aller très au-delà du simple "lissage" des recrutements et de renforcer significativement et durablement le potentiel de la recherche publique, qui conservera donc définitivement 800 emplois nets supplémentaires au terme du plan décennal.


Des redéploiements d'emplois égaux à 20% des départs à la retraite et mis au service d'une stratégie scientifique

Ces créations d'emplois s'accompagneront de redéploiements, placés eux aussi au service d'une stratégie scientifique.

En effet, à ces 500 créations d'emplois de chercheurs de 2001 à 2004, s'ajouteront des redéploiements interdisciplinaires égaux à 20 % des départs à la retraite. Cela représente plus de 200 postes de chercheurs de 2001 à 2004, s'ajoutant donc aux 500 créations d'emplois de chercheurs pour les champs disciplinaires prioritaires :

- les sciences du vivant : plus de 400 postes de chercheurs supplémentaires seront attribués à ce secteur. Compte tenu des créations d'emplois qui seront probablement effectuées par les établissements d'enseignement supérieur, le potentiel de recherche dans les sciences du vivant devrait s'accroître d'ici à 2004 de plus de 5 % des effectifs.

- les sciences et technologies de l'information et de la communication : 275 postes de chercheurs supplémentaires leur seront consacrés ce qui, compte tenu des créations d'emplois attendues dans l'enseignement supérieur, devrait porter le renforcement de leurs effectifs à près de 10 %.

- l'environnement : 100 postes supplémentaires de chercheurs y seront consacrés, essentiellement au travers d'un fléchage de postes au sein des différentes disciplines.

Au-delà de 2004, il conviendra de procéder au réexamen, voire à la redéfinition des choix des disciplines prioritaires.
En effet, au-delà de ces champs disciplinaires prioritaires, il est indispensable que la recherche publique ait les moyens de soutenir aussi de 2001 à 2010 les thématiques émergentes qui apparaîtront et qui constitueront peut-être les champs disciplinaires prioritaires de demain.
Grâce aux créations d'emplois et aux redéploiements intradisciplinaires, intervenant au sein même des différents secteurs disciplinaires, des postes seront affectés aux thématiques émergentes.

L'objectif, c'est de doter la recherche publique d'une plus forte réactivité, d'une capacité de réaction accrue face aux évolutions de la science.


Un potentiel de recherche maintenu, voire augmenté, pour les autres disciplines

Le plan de gestion prévisionnelle de l'emploi scientifique permet donc, grâce à une véritable complémentarité entre l'enseignement supérieur et la recherche, de renforcer le potentiel de recherche dans les champs disciplinaires prioritaires et pour les thématiques émergentes. Il permet aussi, de par la complémentarité entre l'effort de la Recherche et celui de l'Education nationale, de maintenir, voire d'augmenter le potentiel de recherche des autres disciplines.

En effet, si les créations d'emplois et les redéploiements sont dans les organismes de recherche ciblées sur les sciences du vivant et les sciences et technologies de l'information et de la communication, les créations d'emplois dans l'enseignement supérieur devraient concerner davantage, d'après les tendances observées, les sciences humaines et sociales, le droit, l'économie ou les sciences pour l'ingénieur.

Globalement, pour l'ensemble du système d'enseignement supérieur et de recherche, et quelles que soient les projections réalisées, non seulement aucune discipline ne perdra d'emplois d'ici à 2004,mais toutes bénéficieront de taux de renouvellement compris entre 4 % et 5 %.

Il en ira de même de 2006 à 2010, même si les projections devront être affinées en fonction des évolutions de la science.

Le renforcement de la mobilité des personnels de recherche

Ce Plan décennal met aussi en ¿uvre une politique ambitieuse de mobilité des personnels de recherche.

Cette mobilité est toujours profitable à ses bénéficiaires, car elle leur donne l'opportunité de diversifier leurs activités et donc d'enrichir leurs compétences au cours de leur carrière.

La mobilité est aussi profitable aux établissements, qu'ils soient des établissements de recherche ou des établissements d'enseignement supérieur. Elle leur permet de mieux gérer le renouvellement des compétences, en diversifiant les sources de recrutement. Elle leur fournit un cadre pour une meilleure gestion des ressources humaines, au travers d'une meilleure articulation des carrières des chercheurs et d'enseignants-chercheurs, notamment au sein des Unités mixtes de recherche.

Enfin, la mobilité permet à l'Etat de mieux atteindre certains objectifs de sa politique de recherche, en développant l'interdisciplinarité et en accélérant le transfert des connaissances. Elle constitue pour lui, comme pour les établissements, un outil de gestion dynamique des pyramides des âges, en permettant un renouvellement régulier d'une partie du personnel.

Parallèlement à l'augmentation de la capacité d'accueil des chercheurs dans les universités, ce Plan décennal comporte le doublement, d'ici à 2004, du nombre de postes réservés à l'accueil des enseignants-chercheurs dans les organismes de recherche. Cela représente une importante accélération d'un mouvement amorcé depuis quelques années.

La consultation de la communauté scientifique

Par ce Plan, nous fixons le cadre d'une grande ambition nationale pour la recherche.

Sa réussite nécessitera de continuer l'analyse encore plus en profondeur, pour affiner et enrichir cet exercice. En impliquant la communauté scientifique par une large consultation.

En particulier, la répartition des redéploiements interdisciplinaires dans le respect du volume global fixé et la définition de priorités encore plus précises au sein des grandes disciplines afin de soutenir les thématiques émergentes devront être déclinées au sein de chaque établissement de recherche (notamment avec les conseils scientifiques des établissements) et s'appuieront sur une consultation de la communauté scientifique à travers ses diverses instances représentatives.

La déclinaison du plan au niveau de l'enseignement supérieur devra notamment associer étroitement la Conférence des présidents d'université. De même, le Conseil supérieur de la recherche et de la technologie (CSRT) participera à l'examen et au suivi de ce plan décennal pour la recherche. Le Conseil national de la science sera également consulté.

A partir de ce sujet très concret - les recrutements et les redéploiements dans la recherche publique-, la consultation sur ce plan permettra d'ouvrir dans la communauté scientifique un grand débat sur les priorités de recherche pour les dix ans à venir.

Notre volonté, c'est de définir une stratégie scientifique pour toute la décennie 2001-2010 et de doter la recherche publique de moyens accrus, pour lui donner un nouvel élan.


(source http://www.recherche.gouv.fr, le 25 octobre 2001)

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