Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, à France 2 le 10 décembre 2001, sur le règlement du conflit de la gendarmerie et sur ses propositions pour désarmer les banlieues. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, à France 2 le 10 décembre 2001, sur le règlement du conflit de la gendarmerie et sur ses propositions pour désarmer les banlieues.

Personnalité, fonction : VILLIERS Philippe de, SICARD Roland.

FRANCE. Mouvement pour la France, président

ti : R. SicardVous êtes le président du Mouvement pour la France. Vous nous direz tout à l'heure si vous êtes candidat ou pas à l'élection présidentielle. Mais tout d'abord parlons de l'actualité. Le Gouvernement a réussi à calmer la grogne des gendarmes et on s'aperçoit qu'aujourd'hui ce sont les policiers qui veulent remonter au créneau. On a un petit peu l'impression que le mécontentement est général, comment expliquez-vous cela ?

- "D'abord, à chaque fois qu'il y a un problème, on a Papa Noël Jospin qui dégaine le chéquier - cela a été le cas avec les gendarmes. Il fait des chèques sans provisions, on ne sait pas comment ces chèques seront payés, mais en tout cas on sait que c'est nous, les Français, qui les paieront. Alors, pour les gendarmes, on peut quand même dire que leurs revendications sont anciennes, tout à fait légitimes, mais il y a quelque chose, moi, qui me frappe beaucoup, qui est très caractéristique, c'est qu'on leur offre des pare-balles. C'est-à-dire que plutôt que de désarmer les malfrats, les agresseurs, on propose aux agressés de les protéger."

Mais il fallait bien faire quelque chose...

- "Augmenter les gendarmes, c'est nécessaire, c'est bien et ça, on aurait du le faire depuis longtemps, mais cela ne leur sauvera pas la vie face aux malfrats qui les agressent tous les jours. Cela permettra seulement - si vous me passez l'expression -, à leurs veuves de leur acheter de plus beaux cercueils. Ce n'est pas ce que veulent les femmes de gendarmes, ce n'est pas ce que veulent les gendarmes. Les gendarmes veulent, comme les policiers d'ailleurs, à juste titre, non seulement de la considération et du respect, mais être protégés par rapport à ceux qui ont pris le dessus sur la société et qui font la loi dans la rue, dans les villes, dans les campagnes, c'est-à-dire les malfrats, les bandits, les voyous, tous ceux que protège la loi Guigou."

Cela dit, les gendarmes sont sortis plutôt contents de leur réunion avec A. Richard. Ils sont plus contents que vous visiblement ?

- "Les gendarmes sont contents d'avoir obtenu des indemnités supplémentaires et des gilets pare-balles - il faut se mettre à leur place. Mais ils savent bien, les gendarmes, que ce matin, la vie recommence et que ce matin, la délinquance, les multirécidivistes sont encore dans la rue. La loi Guigou, je suis un des seuls à ne pas l'avoir voté, un des seuls. M. Forni a dit ici même que tout le monde a voté la loi Guigou. C'est une loi qui protège la délinquance, qui protège aussi les hommes politiques contre la détention provisoire. A la place de la loi Guigou, je propose une loi qui cogne les multirécidivistes, c'est-à-dire que le multirécidiviste - comme le "Chinois" ou comme le gars qui a été relâché avec de l'héroïne, il y a quelques jours - restent en prison."

La présomption d'innocence, c'est quand même important de la respecter, vous êtes d'accord là-dessus ?

- "Oui, bien sûr. Mais aujourd'hui il faut donner plus de pouvoirs à la justice et des pouvoirs pour qu'elle soit ferme, lui donner même une injonction. Ce qu'on attend d'un juge aujourd'hui, c'est qu'il vienne au secours du policier. Cela ne sert à rien que les policiers, les gendarmes arrêtent les gens dans la rue, s'ils sont immédiatement relâchés ensuite. Il faut que la peur change de camp. Aujourd'hui, la peur est du côté des victimes et de ceux qui les protègent, cest-à-dire les gendarmes et les policiers. Il faut que demain, la peur soit du côté des malfrats."

Quand même, on a globalement l'impression que tous les gouvernements qui se sont succédés n'ont pas vraiment réussi à maîtriser l'insécurité. Qu'est-ce que vous proposez ?

- "Parce qu'ils ne sont pas partis d'un principe qui est un principe de fermeté et d'ordre. Il n'y a plus d'autorité de l'Etat. Alors, ce que je propose, c'est d'abord de rétablir les frontières. Au contraire, on les a ouvertes de manière absurde à l'échelle de l'Europe et on voit bien qu'aujourd'hui que le terrorisme islamique a ses bases arrières chez nous. Rétablir les frontières, désarmer les banlieues¿"

Comment faites-vous pour désarmer les banlieues, personne n'y arrive !

- "Je crois qu'il faut utiliser une loi de la IVème République qui s'appelle "l'état d'urgence" et qui permet, dans certaines circonstances et pour une période limitée, de donner aux policiers, aux gendarmes et aux préfets des pouvoirs dérogatoires, par exemple perquisition, pour aller chercher les armes lourdes, puisqu'il faut savoir qu'aujourd'hui en France il y a des arsenaux clandestins. Donc, une loi sur les multirécidivistes pour en finir avec les délinquants qui continuent à nous narguer."

L'état d'urgence en France, vous y allez quand même un peu fort, ce n'est pas la guerre.

- "Ce n'est pas la guerre, mais aujourd'hui, les gens ont peur parce qu'ils se sentent dans une situation où ils ne se sentent pas protégés. Aujourd'hui ce n'est pas la guerre, mais il y a quand même des gens qui ont des kalachnikov dans leurs caves, des armes antichars - on ne sait pas d'ailleurs comment ces armes sont arrivées chez nous. Et nos banlieues sont des arsenaux clandestins. Il faut dire les choses, il faut arrêter de faire de la politique politicienne et de la langue de bois. Ce n'est pas la guerre, mais enfin en Corse aujourd'hui, ce sont quand même les terroristes, les séparatistes qui gagnent. On les appelle d'ailleurs à tort des nationalistes, il n'y a pas de nation corse. Ce n'est pas la guerre, mais cela pourrait le devenir. Aujourd'hui, il y a une situation d'insécurité, d'immigration - il faut utiliser le mot, il y a un problème d'immigration aujourd'hui en France -, il y a un problème aussi d'islamisme et de terrorisme. Regardez ce qui se passe dans le monde entier, on sait où ils ont été formés les terroristes, où ils ont été formés : ils sont formés à Londres, à Berlin et dans les banlieues de notre pays. Donc, on a un vrai problème pour l'avenir par rapport à la paix civile."

Vous ne craignez pas quand même que votre discours apparaisse comme un peu excessif ?

- "Non, mon discours est le discours du bon sens et si aujourd'hui la campagne présidentielle n'arrive pas à prendre auprès des Français, c'est parce qu'on est sur des faux débats, on fait de la langue de bois sur des choses qui sont secondaires. Alors, il y a des choses qui sont très importantes : il y a la liberté des Français, les 35 heures qui sont une erreur fondamentale, il y a l'honnêteté qui n'est pas dans le débat non plus - rétablir de l'honnêteté au sommet de l'Etat. Il y a la sécurité, il y a la souveraineté de la France. Un peuple - le peuple français en l'occurrence - qui a perdu le pouvoir de contrôler ses frontières, de battre monnaie, on va le voir dans quelques jours¿"

C'est un peu un programme ?

- "¿ Et de faire sa loi, c'est un peuple qui perd sa liberté. Oui, c'est un programme."

Vous êtes donc en train de m'annoncer que vous êtes candidat à la présidentielle ?

- "Je suis en train de vous dire ce qu'il faudrait faire pour rétablir l'autorité de l'Etat, la sécurité des Français, la souveraineté de la France. Les campagnes, vous le savez bien, vous êtes un expert, sont très courtes aujourd'hui. C'est à partir de février - à la mi-février - que la campagne présidentielle commencera. Pour l'instant, elle n'intéresse pas les Français, elle n'intéresse que les petits candidats. "

Mais vous serez candidat ou pas ?

- "On verra. Je prendrai ma décision le plus tard possible, quand j'aurai les éléments d'appréciation. On verra ce que donne la grande joie de l'euro, on verra ce que sera le paysage politique à ce moment-là. Vous savez, cela va très vite, le paysage politique ne sera peut-être plus du tout celui d'aujourd'hui. "

Pourquoi ne déclarez-vous pas tout de suite votre candidature ? Vous n'avez pas les signatures, vous craignez de ne pas faire un score suffisant ?

- "Regardez tous ceux qui ont déclaré leur candidature depuis six mois : ils dépensent de l'argent, ils font un tour de chauffe pour rien et aucun n'a émergé. En dehors de J.-P. Chevènement d'un côté, Le Pen de l'autre, aucun n'a émergé. "

Si vous n'êtes pas candidat, vous voterez Chevènement ?

- "Si je ne suis pas candidat ? Ca, je ne me suis pas posé la question de savoir si j'allais être candidat. "

(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 12 décembre 2001)

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