Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les formations d'ingénieurs, notamment l'ouverture sociale et internationale des école d'ingénieurs, Paris le 11 octobre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les formations d'ingénieurs, notamment l'ouverture sociale et internationale des école d'ingénieurs, Paris le 11 octobre 2001.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Conférence des directeurs d'écoles d'ingénieurs (CDEFI) à Paris le 11 octobre 2001

ti : Je commencerai par vous dire tout le plaisir qui est le mien d'être parmi vous cet après-midi, le jour de votre assemblée générale.

Je tiens d'abord à saluer en vous les représentants d'institutions qui contribuent à former les futurs cadres de notre pays, les acteurs essentiels de notre développement économique.

C'est là une responsabilité considérable et je sais que vous l'assumez avec conscience.

Je connais votre compétence, votre efficacité, votre investissement au service de vos institutions, de vos élèves, de la collectivité nationale tout entière ; autonomes ou composantes d'une université, vos écoles ont en commun la même culture entrepreneuriale, la même tradition d'exigence pédagogique, le même souci de préserver le diplôme d'ingénieur.


I - LE DYNAMISME DES FORMATIONS D'INGENIEURS

1) La croissance de vos effectifs est forte particulièrement dans les écoles de l'éducation nationale. Depuis le milieu des années 1980, les effectifs des écoles d'ingénieurs ont doublé en passant entre 1985 et 2000 de 45 000 à 84 000 étudiants. Pour les formations de l'éducation nationale, l'augmentation est encore plus marquée (de 25 000 à près de 50 000 étudiants). L'éducation nationale forme toujours la plus grande part - soit 60 % - des ingénieurs diplômés.

2) Le renouvellement des formations d'ingénieurs est constant. En respectant des règles de qualité , les écoles proposent de nouvelles filières en fonction des besoins de la société et des branches industrielles. Elles sont sans cesse irriguées par une logique d'adaptation ou de transformation. Elles abordent de nouveaux horizons pour le titre d'ingénieur. Ainsi, les écoles de l'éducation nationale ont été les premières à répondre à la demande du Gouvernement concernant les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Dès 1999, plusieurs filières NTIC ont été habilitées à Lyon, Grenoble, Bordeaux, Toulouse. Tout en restant l'outil du dynamisme industriel, elles proposent aussi des projets novateurs à la confluence des formations classiques, modernisant la conception traditionnelle de l'ingénieur par des approches culturelles, artistiques, architecturales, paysagistes ou environnementales.

3) Les liens des écoles avec les universités et la recherche sont désormais substantiels. En France, c'est le vieux contraste hérité notamment de l'histoire industrielle entre écoles et universités qui a perdu ses aspérités. La construction de l'Europe de l'enseignement supérieur accélère ainsi les mutations en cours. Ainsi, les grandes écoles fonctionnent souvent comme des universités. Ainsi, les universités développent des écoles en leur sein et ont fait de la professionnalisation un impératif. Ainsi, dans le domaine de la recherche, les mêmes laboratoires servent d'appui aux écoles d'ingénieurs comme aux universités. Ce développement de la recherche dans les écoles constitue un élément très positif de leur développement : il doit se poursuivre.

4) La visibilité internationale. Les formations d'ingénieur poursuivrent leur effort de visibilité tant sur le plan national qu'international. Le regroupement des filières notamment au sein des écoles polytechniques universitaires est un puissant moyen pour renforcer le potentiel technologique des universités et pour renouveler l'offre de formation technologique au sein d'ensembles plus vastes. Les contrats d'établissement accompagnent ces évolutions. Après Nantes et Aix-Marseille des projets sont sur le point d'aboutir à Orléans, à Lille, à Valenciennes. D'autres se profilent à Nice et encore à Marseille. Il est souhaitable aussi d'intensifier les réseaux d'écoles, mais à condition que ces réseaux ne soient pas seulement formels mais que ces liens activent le dialogue pédagogique et la mobilité.

II - LES PERSPECTIVES

1) La démocratisation du recrutement et l'ouverture sociale

Globalement une moitié des étudiants intégrant les écoles d'ingénieurs est issue des classes préparatoires (48%), une autre moitié (52%) est issue de filières universitaires (DUT, DEUG, licence ou prépa. intégrées). L'ouverture constante des écoles à un recrutement de type universitaire est un facteur de démocratisation de ces filières sélectives. Je sais que certaines écoles organisent désormais l'accueil d'étudiants issus de baccalauréats technologiques. Cette démocratisation est indispensable : elle implique détermination et imagination. Je sais que vous mettez cet objectif au premier plan de vos préoccupations et je m'en félicite. Je souhaite que l'ouverture sociale soit beaucoup plus grande encore dans les écoles d'ingénieurs et que votre réflexion vous amène à prendre des décisions énergiques et de grande portée.

2) La définition des missions des enseignants dans l'enseignement supérieur technologique

J'ai demandé à M. Espéret une réflexion sur la nouvelle définition des tâches des enseignants chercheurs.
L'enseignement technologique a ses spécificités. C'est pourquoi j'ai demandé à M. Gautherin, ancien Directeur de l'ENSAM de réfléchir de son côté aux missions spécifiques des enseignants du secteur technologique.
M. Gautherin fait une série de propositions que l'on qualifiera de catégorielles. Elles sont en cours d'examen.
Mais il suggère aussi des réformes de fond - j'en citerai trois que j'entends retenir :

Une formation des enseignants par une immersion totale en milieu industriel
pendant une période suffisamment longue : un semestre serait nécessaire : cela peut se faire pour les enseignants du second degré, par des stages prolongés effectués lors de la 2è année d'IUFM, et pour tous par le biais de congés thématiques dont la réglementation, à ma demande, va s'assouplir : des enseignants et enseignants-chercheurs nouvellement nommés pourront avoir le droit d'obtenir un congé thématique.
La modulation des services prenant en compte les activités de relations industrielles.
Vous savez que cela sera possible grâce à la mesure que j'ai obtenue - après 10 ou 15 ans de difficultés - de globalisation des crédits correspondant aux primes et des crédits correspondant aux heures complémentaires.
La possibilité de recruter des personnels contractuels de haut niveau sur postes vacants.
Un texte est en préparation à ce sujet et doit être soumis à nos partenaires.

Ces trois prises de décisions doivent faire progresser considérablement le fonctionnement de nos écoles.

3) Ouverture internationale : crédits et mastaire

a) L'enseignement supérieur est devenu un enjeu européen et mondial. A San Francisco, Sydney, Buenos-Aires, Tokyo, qui peut comprendre les subtilités françaises ? Un seul modèle est universellement reconnu : le modèle universitaire ; mais une université qui réconcilie le fondamental et l'appliqué, le "général" et le "professionnel", les sciences de la compréhension et celles de l'action, la formation et la recherche¿ les "arts libéraux" et les "arts mécaniques".

C'est pourquoi, depuis 1997, l'accent a été porté par le gouvernement sur un axe central : adapter notre enseignement supérieur dans toutes ses composantes à l'espace européen et mondial.

Cette action peut se résumer en trois points essentiels :

l'adoption au niveau européen d'une architecture commune -que l'on a appelé parfois le "3-5-8"- fondée sur les trois grades de licence, mastaire et doctorat ;
le développement à une très large échelle de la mobilité des étudiants et des professeurs avec l'adoption du plan d'action pour la mobilité par le sommet de Nice en décembre 2000 ;
la généralisation de l'organisation des formations supérieures selon le système des crédits européens.

C'est le processus Sorbonne - Bologne - Prague qui s'est révélé un immense succès. Quand l'Europe entière en trois ans réussit à se mettre d'accord, cela prouve aux éventuels sceptiques qu'il y a une certaine urgence¿

Le grand mérite de ce processus, c'est qu'il ne vise pas une harmonisation qui serait une uniformisation. Au contraire, il se nourrit de la diversité mais il propose de grandes références communes, élargit les marges de souplesse et l'initiative des acteurs.

b) Ces objectifs, je sais que vous les faites vôtres. Vous l'avez très clairement affirmé le 23 avril dernier lorsque j'ai présenté mes orientations en CNESER. Je n'ai donc pas besoin de chercher à vous convaincre.

Je n'insisterai ici que sur deux points :

Je vous demande en premier lieu d'intensifier vos efforts pour organiser vos formations en crédits européens. Les écoles de l'éducation nationale doivent en la matière montrer l'exemple.

Cela vous permettra d'accroître l'attractivité des écoles pour les étudiants étrangers et de favoriser la mobilité internationale de vos étudiants. En outre, le système des crédits favorise le développement de la formation continue et de la validation des acquis de l'expérience ; il permet, en liaison avec les savoirs techniques, l'apprentissage des langues vivantes étrangères et des sciences humaines ; il est enfin parfaitement adapté à l'intégration des technologies de l'information et de la communication appliquées à l'enseignement et au développement de notre offre de formation supérieure "en ligne" et à distance.

J'ai indiqué à plusieurs reprises et je vous le répète aujourd'hui : si le système des crédits offre une plus grande souplesse dans l'organisation des parcours de formation, c'est dans le respect de la cohérence des cursus et des objectifs de formation. Je fais mienne la formule de votre Conférence : "un tas de briques ne fait pas un mur de briques". Mais vous savez aussi que l'architecte comme l'ingénieur savent inventer des ensembles modulables, adaptés à la diversité des besoins.

C'est pourquoi je compte sur votre Conférence pour qu'elle mène en la matière une action volontaire et déterminée. En aucun cas ceci ne doit remettre en cause le caractère national du titre d'ingénieur que vous décernez ou des diplômes que vous êtes amenés ou serez amenés à délivrer. Je vous rappelle qu'à Prague j'ai fait adopter le principe de la responsabilité publique des états dans le domaine de l'enseignement supérieur. C'est bien dans le cadre du service public de l'Education nationale que vous vous situez.

En second lieu, je connais vos préoccupations concernant le foisonnement - comment dire ? - "non contrôlé" des cursus prenant le nom de mastaire, avec des orthographes et des intitulés les plus divers.

Vous avez souhaité depuis de nombreux mois qu'une régulation fondée sur une évaluation de la qualité soit instaurée. Je crois utile de m'attarder quelque peu sur cette question.

Je suis d'accord avec vous quand vous estimez qu'une régulation est nécessaire et qu'on ne peut accepter que la plus grande confusion règne, qu'on mélange au meilleur le pire, qu'on trompe les étudiants sur la qualité et le niveau de reconnaissance des titres ainsi délivrés.
Je tiens à l'affirmer avec force : dans notre système d'enseignement supérieur toute reconnaissance de la valeur nationale des titres et diplômes suppose un engagement de l'Etat qui apporte sa garantie. L'Etat doit prendre ses responsabilités et il les prendra.
Je sais que la CDEFI envisage de mettre en ¿uvre son propre système d'évaluation et de labellisation. Je comprends ce qui a conduit à cette initiative mais je ne peux pas ne pas vous signaler deux obstacles majeurs :

d'une part, la CDEFI ne couvre qu'une partie du champ des grandes écoles ;
d'autre part, un label CDEFI ne peut, en raison des principes fondateurs que j'indiquais il y a quelques instants et qui sont ceux définis par la loi, permettre la collation du grade de mastaire.

C'est pourquoi, je vous propose une autre voie.

Dans le grand débat que j'ai ouvert au printemps dernier, j'ai proposé que de nouveaux cursus intégrés de 120 crédits soient mis en place dans notre enseignement supérieur. Ces cursus conduiraient à un nouveau diplôme national permettant l'obtention du grade de mastaire.

Ce nouveau diplôme, je vous propose qu'il puisse répondre à vos objectifs, qu'il puisse en particulier vous permettre de développer l'attractivité de vos écoles en proposant en particulier aux étudiants étrangers un cursus validé nationalement. La création d'un mastaire de sciences de l'ingénieur me paraîtrait tout à fait positive à cet égard. Votre bureau rencontre mon directeur de cabinet lundi : il pourra en votre nom à tous approfondir cette question et construire des solutions.


(source http://www.education.gouv.fr, le 19 octobre 2001)

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