Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le recrutement et la rénovation de la formation des enseignants, Paris le 18 octobre 2001 | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le recrutement et la rénovation de la formation des enseignants, Paris le 18 octobre 2001

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Conférence de presse sur la recrutement et la rénovation de la formation des enseignants à Paris le 18 octobre 2001

ti : Le 27 février dernier, j'annonçais un vaste plan de rénovation de la formation des enseignants. Par la suite, je me suis engagé à donner très tôt aux étudiants des informations sur le nombre de postes mis au concours.
Dans chaque domaine, je m'attache à tenir les engagements que j'ai pris. Dans celui-ci comme dans d'autres, il est légitime que je puisse vous dire où nous en sommes et de quelle manière les décisions prises deviennent réalité.
En ce qui concerne les enseignants, je voudrais tout d'abord rappeler que, en matière de formation et de recrutement, la France est le seul pays à préparer l'avenir, par une double action de formation des maîtres et de programmation des recrutements.


I - La rénovation de la formation des maîtres en marche

Je vous propose de faire le point sur l'avancée des réformes envisagées.

Professeurs des écoles

- Définition du programme national des concours de professeurs des écoles
J'avais décidé qu'il y aurait désormais un programme au concours des professeurs des écoles, et qu'il serait national. Une commission animée par M. Cornu a travaillé et a élaboré une proposition précise décrivant les différentes épreuves et indiquant leur programme : celle-ci sera discutée à partir de la fin de ce mois par les différents partenaires, en particulier les directeurs d'IUFM ; elle donnera lieu à un texte réglementaire avant la fin décembre.

- Rénovation de la 2ème année d'IUFM
La deuxième année d'IUFM des professeurs des écoles sera organisée en fonction :

d'un cahier des charges explicitant les objectifs et les méthodes. Monsieur Meirieu achève ce mois-ci son travail (qui concernera également la formation des professeurs des lycées et collèges) ;
d'un cadrage national concernant les programmes de formation (donnant plus de place aux apprentissages de base et incluant un stage en entreprise pour les futurs professeurs de lycées professionnels) et concernant les volumes horaires correspondant. La rédaction de celui-ci s'achève.
Ces deux documents seront proposés à la concertation des partenaires dès la fin de ce mois et donneront lieu à des textes réglementaires d'ici décembre.
Dès janvier les IUFM pourront ainsi préparer leur plan de formation pour la rentrée 2002.
Ainsi, cette deuxième année permettra tout à la fois de prendre en compte la réalité de l'enseignement en classe, de mieux l'articuler avec la formation reçue à l'IUFM, de préparer les futurs enseignants à leurs premiers pas dans le métier, et de leur donner des bases solides pour leur future carrière.


Professeurs des lycées et collèges

- Evolution des CAPES
J'ai indiqué en février que les concours du second degré, les CAPES en particulier devaient répondre à deux exigences fondamentales.
Õ Un haut niveau de formation disciplinaire, atteint par l'approfondissement de certaines questions, notions et domaines.
Õ Une culture générale dans la discipline et un certain recul par rapport à celle-ci permettant aux jeunes professeurs de collège ou de lycée de ne pas être démunis au moment où ils ont à enseigner des programmes très divers dans leur classe.
Ceci demande une réflexion approfondie et non précipitée concernant chaque concours.
J'ai souhaité que l'on aborde en premier lieu une réforme du CAPES d'histoire et géographie. Je suis très heureux du résultat obtenu et voudrais remercier tous ceux - universitaires - membres du jurys - qui y ont contribué.
Désormais le CAPES d'histoire et géographie comportera à l'écrit l'étude de 4 questions approfondies, correspondant au programme d'agrégation : 2 de géographie, 2 en histoire.
Je tiens à ce que les 4 périodes de l'histoire (ancienne, médiévale, moderne, contemporaine) soient traitées sur un pied d'égalité. Que serait un professeur d'histoire qui limiterait son horizon au seul temps présent, qui ne saurait rien des époques antiques, médiévales ou modernes ?
Par définition le professeur d'histoire a besoin de ces connaissances qui lui apportent le recul, le sens du relatif et le sens des évolutions qui caractérisent l'historien.
Il a besoin, plus concrètement d'une culture approfondie sur toutes ces périodes qui figurent au programme des collèges.
C'est pourquoi un principe d'alternance permettra que les 4 périodes de l'histoire soient systématiquement représentées à l'écrit des concours sur deux ans, et présentes à l'oral.
Cet oral du CAPES d'histoire et géographie comportera quant à lui des questions de culture générale concernant de vastes domaines.
Ce nouveau programme du concours, sera publié au cours du mois de novembre et s'appliquera dès la rentrée 2002 pour la session de 2003.

- Un stage obligatoire
Je rappelle qu'un stage sera demandé dès l'année prochaine à tous les futurs candidats au Capes : un échange sur ce stage constituera un élément de l'épreuve préprofessionnelle figurant à l'oral de tous les concours.
Cette épreuve professionnelle sera codifiée de façon claire. Le texte est en cours d'écriture.
J'ai déjà évoqué la prochaine parution du cahier des charges de 2è année, qui vaudra aussi pour les professeurs du second degré.


Les formateurs

J'avais indiqué qu'il était essentiel qu'autour d'un noyau indispensable de permanents, les formateurs de l'IUFM soient des formateurs en service partagé entre l'école, le collège ou le lycée d'une part et l'IUFM d'autre part. Dès ce premier trimestre, les demandes de publication de postes concerneront pour un tiers au maximum des professeurs à temps plein et au minimum pour les deux tiers, des professeurs à temps partagé. La circulaire qui définit précisément les conditions de recrutement des enseignants en service partagé et en double affectation est prête : elle est soumise cette semaine à la concertation des partenaires.
Par ailleurs, seront associés, à égale dignité dans les formations à l'IUFM, (et de façon plus déterminée qu'auparavant) les professeurs des écoles et instituteurs maîtres formateurs.


Le haut comité de suivi des concours

J'ai souhaité la création d'un haut comité de suivi des concours : il s'agit d'un comité des sages, représentant les formateurs (présidents d'université et directeurs d'IUFM), les employeurs, les responsables des programmes de l'enseignement scolaire.
Ce comité des sages aura pour mission d'observer de manière continue le fonctionnement des concours, de s'assurer qu'ils permettent de recruter les enseignants compétents dont nous avons besoin, et de faire évoluer les concours chaque fois que cela sera utile. Il désignera à cet effet des commissions de travail pluralistes qui lui feront des propositions.
Il pourra être saisi naturellement par le Ministre, mais aussi, par les présidents de jury, par les organisations constituées (syndicats, associations reconnues, etc).
Je souhaite que ce haut comité fasse participer l'ensemble de la communauté éducative à la réflexion, donne à ses travaux toute la transparence nécessaire, et puisse dépassionner les débats.
Les avis qu'il rendra au Ministre seront ainsi fondés sur des bases qui devront être solides et incontestables.
J'ai demandé à M. Marc Fort, inspecteur général de mathématiques, d'en assurer la présidence et de prendre ainsi la succession de M. Boissinot appelé à d'autres fonctions.


Le comité de suivi de la rénovation de la formation des enseignants

J'ai également souhaité qu'un comité de suivi sur la rénovation de la formation des enseignants soit créé. Il s'agit d'une instance où sont représentés en particulier les formateurs (universités et IUFM), les syndicats, les corps d'inspection. Elle aura pour fonction de suivre de près l'application de toutes les mesures prises, et de me signaler toutes les difficultés rencontrées dans leur mise en ¿uvre.
J'ai demandé au Recteur Joseph Losfeld, ancien chef de MAFPEN et ancien directeur d'IUFM de bien vouloir assurer la présidence de ce comité. Il sera assisté d'un vice-président, Monsieur Meyer, président de l'université de Reims. La première réunion de ce comité de suivi se tiendra le 22 octobre.


La mise en ¿uvre de la réforme dès cette année

a) Les universités ont été mobilisées sur le front de la formation des enseignants.
Elles ont été invitées à développer, au cours de l'année universitaire qui s'ouvre, leurs efforts dans le domaine de la professionnalisation des étudiants se destinant à devenir enseignants.

Les axes de développement concernent :

le renforcement des conventions avec les IUFM pour accroître l'efficacité des préparations aux concours de l'enseignement ;
la revitalisation des modules de préprofessionnalisation offrant aux étudiants une première sensibilisation au métier d'enseignant ;
l'organisation dès l'année de licence d'un court stage en établissement scolaire pour tous les étudiants souhaitant préparer un concours de l'enseignement ;
le renforcement de la culture générale, dans la discipline concernée, des étudiants en licence se destinant au métier d'enseignant ;
le développement des licences bi et pluridisciplinaires adaptées aux compétences générales nécessaires aux futurs enseignants ;
la montée en charge des dispositifs permettant la délivrance du certificat de langues de l'enseignement supérieur niveau 2 certifiant l'acquisition préalable d'une compétence en langues par les étudiants se présentant aux concours de professeur des écoles, (la collaboration avec les IUFM sera indispensable) ;
la mise en place de dispositifs diversifiés d'aide à la réussite favorisant l'orientation et la réorientation en cas d'échec aux concours ;
Les instituts universitaires de formation des maîtres se sont engagés à la rentrée dans un processus de refonte de leurs dispositifs de formation afin d'intégrer les premiers éléments du plan de rénovation.
Les IUFM ont travaillé, dès cette année, et je les en remercie, à :


l'introduction d'une formation à une dominante pour les professeurs des écoles (arts, langues vivantes, EPS) ;un renforcement des formations dans le domaine des langues vivantes et des langues régionales ;
un renforcement de la formation à la maîtrise de la langue maternelle ;
une plus grande insistance sur la formation pratique (analyse de pratiques) ;

Un dispositif novateur : un accompagnement au moment de l'entrée dans le métier

J'ai tenu à ce que les enseignants en première année d'exercice puissent être accompagnés au moment où ils éprouvent des difficultés.
Le renouvellement historique de près de la moitié du corps enseignant au cours des dix prochaines années et l'importance de l'entrée dans le métier comme période décisive pour l'exercice d'une profession m'ont conduit à prendre cette mesure.
En effet, accueillir, accompagner et former les jeunes enseignants dont les compétences pèseront fortement et durablement sur l'avenir du système éducatif, c'est mieux répondre à leurs besoins et préparer l'école de demain.
C'est pourquoi :


Un cahier des charges national de l'accompagnement de l'entrée dans le métier des enseignants a été rédigé.
L'accompagnement sera en partie individualisé: dans chaque école ou établissement un enseignant accompagnateur devra venir en aide en cas de besoin à un jeune collègue.
Un accompagnement collectif sera mis au point grâce à des regroupements dans le cadre d'une école ou d'un établissement, d'un bassin de formation, d'un département. La décision a été prise de garantir à terme à tous les débutants une formation minimale de trois semaines au cours de leur première année d'exercice et de deux semaines au cours de la deuxième année.

Dès cette année, un dispositif expérimental a été mis en place dans plusieurs académies, notamment celles d'Amiens, de Créteil, de Lille et de Versailles. Vous trouverez dans le dossier l'exposé des dispositifs adoptés ainsi que des témoignages très intéressants.


II - La forte augmentation des recrutements des maîtres

L'augmentation des recrutements

Une politique volontariste de créations
Depuis deux ans, j'ai souhaité engager une dynamique nouvelle par l'accroissement du nombre de postes mis au concours.
J'ai souhaité mettre fin à deux détestables habitudes :

tout d'abord l'annonce anormalement tardive des postes mis au concours qui faisait que les étudiants n'étaient informés que dans les semaines voire les jours qui précédaient le concours. De telles pratiques ne sont pas de nature à encourager la vocation et la préparation des étudiants aux épreuves. J'avais donc pris l'engagement de faire connaître, dès le début de l'année le nombre de postes mis au concours : cet engagement est tenu : aujourd'hui même les étudiants seront informés sur ce nombre.
l'autre pratique très regrettable, c'était la sous-estimation constante des besoins. Je soupçonne certains d'avoir voulu laisser des postes vacants pour mieux les supprimer.
S'agissant des professeurs des écoles, la conséquence de cette politique d'impunité ou parfois de cynisme, c'est la pratique dite des "listes complémentaires" par laquelle nous recrutons, pour combler les besoins, des étudiants non reçus au concours et figurant sur les listes complémentaires afin qu'ils accomplissent des tâches d'enseignement en étant placés sur des postes non pourvus.
J'entends mettre un terme à cette politique irresponsable et, dans le cadre du plan pluriannuel, j'ai décidé d'augmenter chaque année progressivement le nombre de postes mis au concours, à la fois pour compenser les départs en retraite et pour pourvoir les postes créés.

Des chiffres en nette augmentation

Pour les professeurs des écoles, nous en étions à 8500 places au concours en 1997. Nous avons porté ce chiffre à un peu plus de 10000 l'année dernière, à 11000 en 2001. Nous poursuivrons l'effort en proposant 12000 postes en 2002. Ce qui correspond à une augmentation de près de 20% sur les deux dernières années et de plus de 40% depuis 1997.
L'augmentation régulière du nombre des postes offerts sur liste principale devrait ainsi ramener le recours aux listes complémentaires à un niveau raisonnable de 15% du total des recrutements dès 2003 et de 10% en 2004.
Pour les postes du second degré, l'augmentation est également forte, de 1997 à 2000 le nombre de postes était descendu autour de 13.000. Il est passé de 13590 en 2000 à 15000 en 2001. Cette année nous portons ce nombre à 18000, ce qui correspond à une augmentation de 20% par rapport à l'an dernier et à plus de 30% sur deux ans.
Deux idées reçues mais fausses:

Je voudrais maintenant tordre le cou à deux prétendues informations: la prétendue crise de recrutement; le prétendu manque d'attractivité du métier d'enseignant.


Il n'y a pas crise de recrutement

Je voudrais tordre le cou à deux prétendues informations diffusées ici ou là : non il n'y a pas de crise de recrutement. Actuellement l'ensemble des postes mis au concours est pourvu. Nous sommes bien loin de l'époque où il y avait parfois plus de candidats que de postes.
Pour les professeurs des écoles le nombre des inscrits aux concours s'établit à un niveau suffisant : plus de cinq candidats par postes - vous constaterez, en lisant le dossier de presse, que cette situation est contrastée selon les académies.
Pour les professeurs du second degré, le nombre des candidats s'est maintenu à un niveau suffisant au cours des cinq dernières années : 99 % des postes ont été pourvus (contre 90 % en 1997).
Les taux de réussite aux concours externes voisinent depuis cinq ans les 10 % ce qui montre que ces concours sont très sélectifs.
Le nombre de candidats par poste est très important depuis cinq ans : il est de presque 10 candidats par poste en moyenne :

- entre 9 et 10 candidats pour le CAPES
- entre 9 et 10 candidats pour le CAPET
- 7 candidats pour le CAPEPS (éducation physique)
- 9 candidats pour les concours de professeurs de lycées professionnels.

Ce nombre de candidats par poste est à un niveau aujourd'hui suffisant. Et les prévisions permettent d'évaluer un nombre de candidats par poste qui devrait se maintenir à 5 ou 6 candidats par poste, pourcentage tout à fait satisfaisant.

Une réelle attractivité du métier d'enseignant

La deuxième idée reçue à laquelle je voudrais également faire un sort est celle d'une faible attractivité du métier d'enseignant. Sur ce point vous trouverez dans le dossier de presse les premiers résultats d' études qualitatives menées par la direction de la programmation et du développement auprès d' échantillons représentatifs de jeunes enseignants nouvellement recrutés du premier et du second degré. Ces résultats me paraissent devoir être soulignés car ils témoignent à la fois de l' existence d' une réelle vocation vers le métier d' enseignant et de grandes capacités d' enthousiasme face à leur nouveau métier.
Pour la très grande majorité des professeurs des écoles et des enseignants du second degré interrogés, le choix du métier d' enseignant est un choix positif et en aucun cas un choix par défaut. Ce choix du métier est souvent intervenu de manière précoce, sous l' influence d'enseignants dont ils ont conservé une image forte, sous l'influence aussi de leur entourage. Ils ont également relativement peu hésité entre premier et second degré. Les motivations de leur choix sont avant tout le désir d'enseigner et celui de s'occuper d'enfants et d'adolescents.
L'attachement à une discipline est plus développé chez les enseignants du second degré ; la polyvalence du métier et le contact avec les jeunes enfants sont logiquement privilégiés chez les professeurs des écoles débutants.
Chez ces deux catégories d'enseignants, l'exercice du métier est vécu, pour la majorité d'entre eux, comme assez ou très satisfaisant même s' ils invoquent en même temps des difficultés liées aux questions de discipline, à l' hétérogénéité des élèves. Ils éprouvent également une certaine appréhension face à la première affectation qui justifie amplement la politique menée par le ministère d'amélioration des conditions de cette première affectation Les réponses des enseignants font par ailleurs apparaître une amélioration de la perception des conditions d' exercice de leur métier entre la première et la seconde année d'exercice. Les enseignants souhaitent enfin une plus grande professionnalisation de leur formation, ce qui va tout à fait dans le sens de la réforme des IUFM.
Au bout du compte les jeunes professeurs des écoles considèrent que leur métier garde un certain prestige; 80% des enseignants du second degré nouvellement nommés considèrent que la situation correspond bien à l' idée initiale de leur métier .

Voici donc les points d'actualité sur lesquels je souhaitais attirer votre attention. Vous le voyez les progrès en matière de recrutement et d'information sur le recrutement sont considérables. La réforme de la formation des maîtres est en marche. C'est ainsi qu'est préparé l'avenir.


(source http://www.education.gouv.fr, le 22 octobre 2001)

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