Interview de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, au "Nouvel Observateur" le 6 décembre 2001, sur les répercussions des attentats du 11 septembre 2001et l'intervention américaine contre le réseau Al Qaïda en Afghanistan. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, au "Nouvel Observateur" le 6 décembre 2001, sur les répercussions des attentats du 11 septembre 2001et l'intervention américaine contre le réseau Al Qaïda en Afghanistan.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : Q - Le monde est-il différent depuis le 11 septembre ?

R - Le 11 septembre est un choc énorme mais cela ne change pas tout. Le choc émotionnel est intense en ce qu'il révèle une haine totale, presque impensable, de la part de cette organisation terroriste, et une très grande capacité d'organisation. Et en même temps une stupéfiante vulnérabilité du pays qui se croyait, et que nous croyions, invulnérable. Ce choc aura des effets profonds et durables à terme sur la psychologie américaine, ce qui ne veut pas dire que ce pays sera moins puissant, ni moins unilatéraliste. Il a déjà des conséquences importantes militaires et entraîne une redistribution des cartes géopolitiques, rapproche des pays antagonistes qui se découvrent, face au terrorisme, des intérêts communs. Le président Poutine a remarquablement compris et saisi cet "effet d'aubaine". Pour d'autres, tels le Pakistan, Israël, les Palestiniens, c'est à double tranchant et pour l'Arabie Saoudite plus compliqué encore. L'ampleur des conséquences à terme pour le monde dépend de l'issue du conflit, de l'évolution des choses au Proche-Orient et il est trop tôt pour les cerner.

Mais n'attribuons pas au 11 septembre toutes les réalités difficiles que ces événements révèlent et qui existaient avant. Dès avant le 11 septembre, d'autres événements avaient démontré avec rudesse que l'idée du monde que nous nous étions faite dans nos pays, notamment en Europe, depuis la chute du Mur de Berlin et la fin de l'URSS, était contestée dans d'autres parties du monde de façon radicale. Je veux parler de cette croyance, ou de cette espérance, qu'une "communauté internationale" s'était enfin instaurée, que le monde entier partageait de façon consensuelle les valeurs de l'économie libérale de marché et de la démocratie occidentale. Tout en brocardant le supposé simplisme de Fukuyama et de sa "fin de l'histoire", nombreux étaient ceux qui en fait y souscrivaient. Le monde en voie de globalisation était censé n'être contesté qu'à la marge par ceux que les Etats-Unis appelaient les "Etats voyous" : la Yougoslavie de Milosevic, l'Iraq de Saddam Hussein, la Corée du Nord, une poignée de pays dont on viendrait à bout rapidement.

Pourtant dès avant le 11 septembre, il y avait eu, de Seattle à Gênes, la vague de la contestation anti-mondialisation. Puis, plus gravement, à Durban, en plus des expressions inacceptables sur Israël dans le forum des ONG, la démonstration dans la conférence elle-même de l'absence d'accord véritable. Il n'y a pas eu de conclusions acceptées ni sur la lecture de l'histoire, ni sur de nombreux conflits - à commencer bien sûr par celui du Proche-Orient qui s'aggrave sans cesse - ni sur la "gouvernance" du monde, sur la façon dont les institutions internationales sont composées, sur les conditionnalités politiques et économiques qu'elles imposent, sur l'immigration, sur beaucoup d'autres sujets encore¿ Désaccord, entre les riches et les pauvres, mais le plus souvent, en réalité, entre les Occidentaux et les autres. Ce qu'a révélé le 11 septembre s'ajoute donc à ce constat décevant mais irréfutable : la communauté internationale reste à bâtir et il ne suffira pas, pour y parvenir, de terrasser Al Qaïda.

Q - Quel lien établissez-vous entre ces problèmes et le terrorisme ?

R - Les liens de causalité entre les situations de malheur ou d'injustice et le terrorisme ne sont jamais simples, ni univoques. Je ne crois pas, par exemple, que la création d'Al Qaïda ait été provoquée par la situation pathétique du peuple palestinien. Il suffit de lire les proclamations de ses dirigeants pour constater leur haine de l'Amérique, leur contestation de l'engagement de l'Arabie Saoudite dans la guerre du Golfe et plus encore le refus de la présence de troupes américaines sur le sol saoudien. La cause palestinienne, les enfants iraquiens viennent par raccroc . Cependant, ces drames, que nous n'avons pas découverts avec le 11 septembre, facilitent la propagande des terroristes et le recrutement de nouveaux fanatiques. Sans ces drames, ces frustrations, il y aurait quand même des fanatiques mais ils prêcheraient dans le désert !

S'agissant des terroristes qui se réclament de façon dévoyée de l'Islam - amalgame que nous avons tout de suite récusé - ils ne sont d'ailleurs pas uniquement anti-occidentaux : depuis une dizaine d'années, le terrorisme islamiste a fait davantage de victimes dans le monde arabo-islamique que dans le monde occidental. En réalité, le monde occidental est d'une certaine façon un bouc émissaire : il s'agit plutôt d'une convulsion face à la modernité, d'un affrontement interne au monde arabo-islamique, entre modernistes et archaïques, où les modernistes, j'en suis sûr, finiront par triompher de ces forces réactionnaires mais pas par la seule répression. Ils ne feront pas l'économie d'une forme de laïcité et devront enraciner la démocratie dans le monde arabo-musulman. Nous pouvons espérer, encourager ce mouvement, y contribuer ; nous y avons intérêt ; pour toutes sortes de raisons nous ne pourrons pas l'imposer de l'extérieur.

Q - Mais les dérives sectaires dont vous parlez peuvent aussi être combattues et contenues de l'extérieur du monde arabo-musulman. C'est même ce qui se passe aujourd'hui¿

R - Dans l'urgence et face au danger, oui. C'est pourquoi le Conseil de sécurité a reconnu dès le 12 septembre, par sa résolution 1368, le droit à la légitime défense pour les Etats-Unis et admis par avance la légitimité de leur riposte contre Al Qaïda. Il faudra au-delà continuer à détruire les réseaux et les financements du terrorisme et maintenir pour l'éradiquer une politique intelligente et une coopération internationale durable et déterminée sous l'égide de l'ONU et dans les organismes spécialisés.

Q - La constitution de la coalition a-t-elle été précédée de négociations ? Des conditions ont-elles posées, par exemple sur la forme de la riposte américaine ou sur sa possible extension à d'autres pays que l'Afghanistan ?

R - Il n'y a pas eu de négociations à proprement parler, parce que cela s'est fait très vite : dès le 12 septembre à travers la première résolution du Conseil de sécurité à ce sujet. C'est ainsi, et par la décision simultanée de très nombreux pays, que s'est constituée de facto une coalition politique pour lutter contre le terrorisme. Sur le plan militaire, en revanche, il n'y a pas eu de coalition à proprement parler parce que les Etats-Unis, certes reconnaissants des gestes de solidarité, mais endeuillés, meurtris et humiliés, ont décidé d'agir seuls en faisant appel ponctuellement à des contributions limitées de quelques autres pays. D'autant que les militaires américains ne voulaient refaire ni la guerre du Golfe, ni le Kosovo ; le Pentagone voulait conduire les opérations seul.

Q - Dans quelles conditions alors, les Etats-Unis pourraient ils étendre leurs opérations militaires à d'autres pays ?

R - Si, après l'Afghanistan, les Américains estimaient devoir mener ailleurs d'autres actions contre le réseau d'Al Qaïda, il faudrait, comme l'ont dit les Britanniques, qu'ils présentent des preuves convaincantes, voire, selon la nature de leurs plans, qu'il y ait une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. L'Iraq est un cas encore différent ; une action contre ce pays n'aurait pas notre approbation. D'autant que nous venons, au sein du Conseil de sécurité, de nous mettre d'accord sur une réforme du régime des sanctions contre ce pays.

Q - La destruction du système taliban était-elle indispensable à la destruction d'Al Qaïda ?

R - Oui. Mettre hors d'état de nuire l'organisation Al Qaïda était impossible sans la destruction du système taleban qui avait passé avec elle un pacte criminel, qui la nourrissait et l'abritait. Cela permettait en outre de redonner une chance et un avenir au peuple afghan. Vous noterez qu'avec son plan du 1er octobre pour l'Afghanistan, avant même le début des frappes américaines, la France a été le premier pays à poser la question afghane en termes politiques, à dire qu'il fallait éviter le retour à la guerre civile de 1992 et bâtir un gouvernement multi-ethnique représentatif pour repartir du bon pied. Ce sont les mêmes principes sur la base desquels Lakhdar Brahimi a travaillé à New York puis à Petersberg et que nous avons inscrits dans la résolution 1373 du Conseil de sécurité...

Q - Comment l'Europe s'est elle insérée dans la coalition ?

R - Immédiatement par sa solidarité et son engagement résolu, sous plusieurs formes, contre le terrorisme, comme par son effort humanitaire. Sur le plan politique, l'Europe a réagi vite et juste (oui à une riposte ciblée, pas d'amalgame Islam/terrorisme) et les contributions militaires de plusieurs pays européens ont été utiles pour l'action contre Al Qaïda.

Je suis donc très étonné lorsque j'entends ou je lis ces jours-ci que l'Europe n'aurait pas été à la hauteur dans cette crise. Voulait-on qu'elle projette un corps expéditionnaire dans l'Hindou Kouch ? Cela n'a jamais été son objectif, elle n'a pas à se sentir désavouée de ne pas l'avoir fait. Cela ne l'empêchera pas de mettre sur pied, ses capacités opérationnelles de sécurité et de défense. Et elle a su également intensifier immédiatement la coopération policière et judiciaire et la lutte, en Europe et ailleurs, contre le financement du terrorisme. Elle a bien réagi.

Par ailleurs, l'Europe poursuit son avancée. Elle a de grands défis à relever : réussir son nouveau rendez-vous institutionnel en 2004, le président de la République et le Premier ministre ayant chacun présenté sa vision de son avenir. Et réussir son nouvel élargissement : 13 pays sont candidats, d'autres le seront. N'oublions pas que, dès le printemps prochain, la convention sur l'avenir de l'Europe se réunira à 28, et que nous serons déjà psychologiquement et politiquement, si ce n'est juridiquement, dans l'Europe élargie. Notre ambition européenne doit prendre appui sur cette réalité imminente.

Q - Pour revenir à l'actualité, il reste que le détachement militaire français destiné à Mazar-i-Charif est quand même resté bloqué longtemps en Ouzbékistan¿

R - Aujourd'hui nos soldats sont à l'aéroport de Mazar-i-Charif et y accomplissent leur mission. Il est vrai que comme les Britanniques, une vingtaine d'autres pays qui avaient aussi fait des offres de sécurisation, l'ONU et même les Américains, les Français se sont heurtés à des réticences de pays voisins, comme l'Ouzbékistan, de chefs locaux ou d'autorités de fait. Ces difficultés devraient être totalement surmontée dès que les Afghans auront trouvé un accord politique et préciseront leurs attentes quant à la sécurité de leur pays. Je note que quand Tony Blair a annoncé la fin de la mise en alerte de 6 000 soldats qui devaient être envoyés cela n'a pas déclenché en Grande-Bretagne une vague de commentaires sur l'effacement britannique ! Quant à l'émotion manifestée par certains dans notre pays parce qu'une conférence de l'ONU avait lieu à Bonn, ce qui était très bien, on croit rêver ! D'autant plus que l'Allemagne accueille la plus grande communauté afghane de toute l'Europe avec 50 000 personnes. La France a montré dans cette crise de la générosité humanitaire, une disponibilité militaire réelle et fait preuve en liaison avec ses partenaires d'inventivité politique. Mais ce qui compte c'est l'avenir des Afghanes et des Afghans.

Q - Peut-on parler de la destruction d'Al Qaïda comme d'une chose acquise ?

R - En Afghanistan, c'est quasiment acquis même s'il devait demeurer un certain temps des zones résiduelles de guérilla.

Q - Le Pakistan risque-t-il d'être déstabilisé ?

R - Tout dépend des discussions inter-afghanes. Si les Afghans n'arrivaient pas à se mettre d'accord entre eux et qu'il y ait à Kaboul un gouvernement dominé par l'Alliance du Nord, donc contesté par les Pachtounes, cela pourrait être dangereux pour le Pakistan, surtout si une jonction s'établissait, de part et d'autre de la frontière, entre Pachtounes afghans en rébellion et Pachtounes pakistanais. Si, en revanche, il y a à Kaboul un gouvernement dans lequel toutes les ethnies afghanes, y compris les Pachtounes, sont équitablement représentées, ce sera positif pour le Pakistan. Ne pas voir siéger à Kaboul un gouvernement hostile est une revendication pakistanaise légitime. J'étais allé le dire au général Moucharraf. Notre objectif est de stabiliser l'Afghanistan et le Pakistan.

Q - Une tension existe aujourd'hui entre les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite. Pensez vous qu'elle puisse conduire à une crise entre Washington et Riyad ?

R - Une crise, je ne pense pas. Mais une tension oui, sur les problèmes de financement de l'islamisme et donc, dans certains cas, des réseaux terroristes. Quand l'Arabie Saoudite est montrée du doigt par le monde occidental, elle rétorque ironiquement : "Je suis prête à coopérer... J'irai aussi loin que les banques de la City". Dans ce qui reste un mariage de raison, l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis ont toujours autant besoin l'un de l'autre et ne peuvent se payer le luxe d'un véritable affrontement.

Q - Une des conséquences du 11 septembre n'a-t-elle pas été, d'une manière assez inattendue, un rapprochement des Etats-Unis et de l'Iran ?

R - C'est un exemple de cette redistribution des cartes où chacun se rapproche de ceux dont il a besoin. Via les Tadjiks, l'Iran exerce une influence certaine sur la situation afghane qui doit être prise en compte ; ce pays, par ailleurs, veut voir légitimée sa propre action anti-terroriste, contre les "Moudjahidines du peuple" et devrait avoir intérêt en principe à un Afghanistan stable car il supporte depuis longtemps sur son sol plus de 2,5 millions de réfugiés afghans. Du point de vue américain, plus il y a de pays arabes ou musulmans dans la coalition, mieux c'est. Cela fait avancer - un peu - le rapprochement entre les deux pays. C'est la clef de cette "coalition" contre le terrorisme.

Q - Peut on dire que l'Alliance du Nord, forte d'une situation prédominante sur le terrain, pèse exagérément sur les négociations qui se déroulent en ce moment à Bonn ?

R - Certes, l'Alliance du Nord, qui a pu rentrer dans Kaboul quand les Taliban l'ont abandonnée, utilise cet avantage. Mais en fait, il y a eu à Petersberg une dynamique au sein de l'Alliance du Nord, portée par le "triumvirat" Qanooni, Abdullah, Fahim qui incarne la relève. C'est grâce à l'excellent travail de Lakhdar Brahimi que la conférence inter-afghane de Petersberg s'est bien engagée. Evidemment dans la négociation sur les dosages au sein du futur gouvernement, chaque délégation défend ses intérêts, chaque ethnie veille à sa représentation. On discute, par exemple, pour savoir quel pourcentage de la population représentent les Pachtounes. Mais l'accord est possible, il est même proche. Nous avons exhorté tous les délégués à faire prévaloir l'intérêt général de leur pays sur les considérations particulières aujourd'hui, à Petersberg et demain, à Kaboul. Nous entendront-ils ? C'est possible car à la différence de 1992 le monde entier est prêt à les aider. A les aider sans réserve sur le plan humanitaire, pourvu qu'ils le veuillent, et très largement pour la reconstruction de leur pays, ou plutôt pour la construction d'un Afghanistan nouveau sur tous les plans, y compris la place des femmes dans cette société. D'autant plus que ce pays a connu des époques plus ouvertes, plus modernes. La Constitution de 1963 à la rédaction de laquelle avait participé le juriste français Louis Fougère était libérale ! Ce pays n'a cessé ensuite de régresser depuis l'invasion soviétique. Nous ne sommes donc pas prêts à aider un retour au règne des seigneurs de la guerre et les délégués afghans à Petersberg le savaient dès le début. Nous avons consacré une journée au ministère des Affaires étrangères, le 4 décembre, à inventorier toutes les contributions possibles de la France à cet Afghanistan nouveau. Mais tout dépend d'un accord politique réel et durable entre Pachtounes, Tadjiks, Ouzbeks, Hazaras, etc...

Q - Etes-vous favorable à une présence multinationale qui sécuriserait le pays et veillerait à l'application des accords conclus?

R - Les Américains ne veulent rien qui gêne la poursuite de leurs opérations militaires jusqu'à leur terme et jugent donc toute force de ce type prématurée. Il est néanmoins nécessaire de penser dès maintenant à la pacification et à la sécurité de l'Afghanistan et de voir comment nous pouvons aider les Afghans dans cette tâche. A Petersberg, il a été envisagé que les Afghans demandent aux Nations unies le déploiement d'une force destinée en priorité à sécuriser Kaboul, pour commencer, en attendant que les Afghans eux-mêmes soient en mesure de le faire. C'est une bonne approche, nous la soutiendrons.

Q - Vous disiez au début de cet entretien que la communauté internationale reste à bâtir. Comme s'y prendre alors que les réalités semblent brutalement démentir cette ambition ? Ou au contraire le choc du 11 septembre peut-il y aider ?

R - C'est à nous de faire en sorte que le choc du 11 septembre y aide, que, comme l'a dit Lionel Jospin, une coalition pour un monde équitable prolonge la coalition contre le terrorisme. Qu'est-ce que cela veut dire ? Combattre le terrorisme mais aussi continuer à ¿uvrer, avec tous les moyens d'influence et de persuasion dont nous disposons, pour la paix au Proche-Orient, c'est-à-dire pour un Etat palestinien viable, respectueux de la sécurité d'Israël, pour une solution juste des autres conflits ou situations tragiques - Iraq, Caucase, Afrique des Grands lacs, et bien d'autres conflits oubliés... - ; pour européaniser les Balkans ; pour humaniser la mondialisation et vaincre ainsi les obstacles et les résistances à la régulation ; pour faire reculer l'impunité ; pour prévenir enfin tout risque de clash des civilisations.

Car nous n'accepterons pas que la globalisation nous ramène à une jungle sur les plans économique et social, nivelle les cultures et les langues. Nous voulons un monde, osons le mot, plus fraternel. Cela veut dire aussi des institutions internationales plus représentatives et plus efficaces, donc réformées - ce gouvernement a fait plusieurs propositions à cet égard -, sinon nous ne comblerons pas les fossés entre riches et pauvres, ni entre les Occidentaux et les autres. Une Europe plus forte à la fois pour répondre mieux aux attentes des Européens et être utile au monde : cela suppose que nous réussissions, je le répète, la réforme institutionnelle de 2004 et le nouvel élargissement. Cela fait beaucoup ? Sans doute, mais c'est notre ambition, au quotidien, comme dans la durée.

Depuis le 11 septembre, nous avons réussi à élargir les compétences du GAFI (Groupe d'action financière internationale), de la lutte contre le blanchiment de l'argent sale à la lutte contre le salissement de l'argent propre. Nous avons conclus à Doha un accord sur de nouvelles négociations commerciales incluant, pour la première fois, des critères de respect de l'environnement. A Marrakech, un accord a été trouvé pour la mise en oeuvre de l'accord de Bonn concernant le Protocole de Kyoto sur le climat, même si nous regrettons toujours le refus américain. Et concernant le Proche-Orient - où la situation vient de s'aggraver tragiquement -, la référence à un "Etat de Palestine" par le président Bush fournit une base à une action commune euro-américaine. Ce sont là, s'agissant de l'avenir du monde, quelques jalons encourageants.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 décembre 2001)

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