Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle, à Europe 1 le 17 décembre 2001, sur la désignation de V. Giscard d'Estaing comme président de la convention préparatoire à la réforme des institutions communautaires, la sécurité, le vingt-cinquième anniversaire du RPR et la préparation de l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle, à Europe 1 le 17 décembre 2001, sur la désignation de V. Giscard d'Estaing comme président de la convention préparatoire à la réforme des institutions communautaires, la sécurité, le vingt-cinquième anniversaire du RPR et la préparation de l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, CHABOT Arlette.

FRANCE. RPF, président

ti : A. ChabotV. Giscard d'Estaing a été désigné ce week-end pour diriger la Convention chargée d'élaborer la future réforme de l'Union, avant l'élargissement, pour faire fonctionner l'Europe. Tout le monde se réjouit. Et vous ?

- "Je n'ai pas de raison particulière ni de me réjouir ni de le regretter."

Est-ce un bon choix ?

- "C'est un Français, il connaît bien les problèmes. Lorsque j'entends dire qu'il est chargé de réorganiser l'Europe, cela me fait sourire. Il est chargé de conduire les travaux d'une convention qui va réfléchir à ce que devrait être l'organisation future de l'Europe. Quand on parle de cela, il ne faut jamais oublier qu'il s'agit de l'élargissement. L'élargissement conduira forcément à une Europe moins fédérale. La perspective de voir monsieur Giscard d'Estaing conduire cette action me réjouit, de ce point de vue."

On a vu que les Français se sont arraché les petits kits euro vendredi dernier. Les Allemands vont le faire aujourd'hui. L'euro est populaire, contrairement à ce que vous pensez ?

- "Populaire, on verra bien. Moi, je ne crois pas qu'on faille parler de popularité."

Vous en avez acheté vous-même ?

- "Non."

Vous ne vous êtes pas précipité du tout ?

- "Non, je ne me suis pas précipité !"

C'est le paquet de Noël dans la famille Pasqua ?

- "Non, pas du tout. C'est un succès de curiosité. Ceux qui ont vu les pièces disent que cela ressemble plutôt à ce qu'on trouve dans les foires, dans les stands de farces et attrapes."

Cela veut dire quand même, plus sérieusement, que c'est populaire auprès des Français, qu'ils sont totalement habitués au changement de monnaie et à la disparition du franc ?

- "Cela, nous le verrons bien. Les choses étant ce qu'elles sont, on aurait pu faire l'économie d'un certain nombre de difficultés qui vont survenir au moment de l'introduction de l'euro dans la pratique, pour un certain nombre de gens. D'autre part, économiquement, ce n'était pas nécessaire. Ni nécessaire ni indispensable. Par conséquent, c'est une erreur."


Cela veut dire que vous continuerez dans votre campagne à déplorer l'arrivée de l'euro ?

- "Oui, tout à fait. Je considère qu'à la limite, on pourrait très bien avoir une monnaie commune et conserver les monnaies nationales. Mais même si l'on voulait une monnaie commune ou une monnaie unique, il ne fallait pas mettre la charrue avant les boeufs. Donc, il fallait avoir une harmonisation des politiques économiques, fiscales, sociales si on voulait que l'euro ait une chance de réussir. Pour le moment, on ne peut pas dire que le rôle qui lui avait été assigné comme monnaie de réserve soit atteint."

Au coeur de la campagne, il y aura évidemment la sécurité. Certains parmi vos amis même disent qu'il faut que policiers et gendarmes soient regroupés sous le même commandement, voire le même que le ministère. Est-ce que vous êtes d'accord ou non avec cette proposition ?

- "Je suis totalement en désaccord, c'est une très mauvaise idée. D'abord parce que la police est une force civile, la gendarmerie est une force militaire et que d'autre part, depuis le début de la République, on n'a jamais mis sous la même autorité gendarmes et policiers, pas plus qu'on a mis sous une autorité unique les services de renseignement. Donc, je crois que c'est une erreur. Le problème n'est pas là. Il est de donner à la police et à la gendarmerie les moyens dont elles ont besoin, moyens moraux - c'est-à-dire qu'il faut le soutien de la population. Pour cela, il faut être capable de rappeler aux Françaises et aux Français que sans police et sans gendarmerie, c'est l'anarchie. Et ensuite, il faut donner les moyens matériels."

D. Vaillant dit aujourd'hui que la sécurité n'est ni de droite ni de gauche ?

- "C'est ce que l'on dit quand on ne sait pas quoi dire. Parce que jusqu'à présent - mais je ne vais pas faire à Vaillant un procès, parce que ce serait injuste ; il est là depuis peu de temps, il ne fait jamais qu'appliquer les instructions de Jospin, comme Chevènement avant lui d'ailleurs -, on ne peut dire que sur le plan de la sécurité, les socialistes aient pris la moindre mesure positive."

Il y a eu un sérieux virage quand même chez les socialistes.

- "L'approche des élections rend les hommes politiques et les gouvernants sensibles au suffrage universel et aux réactions des citoyens. Heureusement, les citoyens ne sont pas dupes."

Le RPR a célébré ses 25 ans hier. Vous avez été fondateur du RPR. En avez-vous gardé un bon souvenir ?

- "Ah oui, j'en ai gardé un souvenir fabuleux, d'abord parce que j'avais la responsabilité d'organiser cette grand-messe avec Y. Guena, et je me rappelle à la fois de la manifestation du matin et surtout celle de l'après-midi où on a créé un nouveau mouvement qui était le prolongement des mouvements gaullistes sous toutes leurs appellations. Il sortait un peu de la chrysalide. L'idée était d'ailleurs d'élargir les assises du mouvement gaulliste et surtout de porter à sa tête celui qui paraissait le plus apte à incarner le renouveau du mouvement qui était J. Chirac. Et de ce point de vue ..."

Vous n'avez pas de regrets, là ?

- "Non, de ce point de vue, je ne regrette rien. Je regrette simplement les virages successifs de J. Chirac. Mais cela, c'est une autre histoire."

25 ans après, l'heure est-il à la disparition du RPR ou se fondre au sein d'un autre mouvement ? L'Union en mouvement que veut aujourd'hui J. Chirac, c'est une erreur pour lui, comme le dit votre ami P. Séguin ?

- "Je crois que cela va faire un mouvement de plus. Cela ne va pas regrouper quoi que ce soit. Les partis politiques n'ont aucune envie de disparaître. D'autre part, si on peut parfaitement imaginer l'intérêt que peut présenter pour le président de la République, quel qu'il soit, le fait d'avoir un grand mouvement qui se réclame de lui, cela ne peut se faire qu'après les élections. Cela se fait rarement avant. Cela se fait au lendemain de la victoire. Cela ne se fait pas dans la perspective de la bataille - enfin je ne crois pas. Aujourd'hui, le problème de J. Chirac, ce n'est pas tellement d'avoir dans un même mouvement toutes les forces politiques qui sont susceptibles de le soutenir. C'est que chacune de ces forces politiques ait la base la plus large possible. Voilà la réalité."

Dans cette perspective, à votre avis, les scores éventuels de F. Bayrou et A. Madelin sont inquiétants pour J. Chirac ?

- "A mon avis, oui, certainement. Mais c'est un peu inévitable, dans la mesure où Bayrou et Madelin, quelles que soient leurs qualités personnelles, n'ont pas de projet propre par rapport à J. Chirac."

C'est "blanc bonnet et bonnet blanc" ?

- "Mais oui, un peu."

Qui est le plus gaulliste aujourd'hui ? Vous, J. Chirac ou J.-P. Chevènement ?

- "Je ne crois pas qu'il faille raisonner comme cela. On n'est pas là pour se délivrer des brevets. Le problème n'est pas de dire qui est le plus gaulliste. Le problème est de savoir si on est sincère, si on est fidèle aux grandes orientations que le Général de Gaulle avait définies, tout en se souvenant que le Général de Gaulle était pragmatique. Il n'arrêtait pas les positions une fois pour toutes. En tous les cas, il y a une chose sur laquelle il n'aurait jamais transigé, c'était la souveraineté nationale, et de ce point de vue, je crois, que si l'on compare les uns et les autres, je suis le seul à ne jamais avoir changé."

J. -P. Chevènement n'a pas changé non plus...

- "Si, si, il a changé lui aussi. Il a été dans tous les gouvernements socialistes, et à ma connaissance, lors du Traité d'Amsterdam, il a été pour la ratification du Traité d'Amsterdam."

On a compris : J. Chirac n'est plus gaulliste ?

- "Je dis que J. Chirac a changé, c'est indiscutable. Il en a le droit d'ailleurs et c'est son droit."

J.-P. Chevènement, champion d'automne de la campagne présidentielle, est en train de vous manger la laine sur le dos. Vos amis l'ont rejoint, de vieux gaullistes le rejoignent. Le phénomène Chevènement va-t-il durer et est-ce que vous vous dites : "mince, il m'a pris ma place ?"

- "Non, pas du tout. Moi, pour le moment, je ne suis pas en campagne. Je serai candidat au mois de janvier. J'ai considéré que c'était inutile de se presser."

Quand ?

- "Aux environs du 15 janvier, peut-être un peu avant ou un peu après, on verra bien. Et, à partir du moment où je serai en campagne, je dirai ce que j'ai à proposer aux gens, je dirai également ce que je pense des autres."

Cela veut-il dire que ceux de droite qui ont rejoint J.-P. Chevènement vont revenir vers vous ?

- "Ah, non, mais cela m'est complètement égal. Les élections présidentielles, ce n'est pas une addition des personnages. C'est un candidat qui se présente devant le peuple, et au peuple de voir s'il a la densité et les qualités voulues pour éventuellement assumer l'essentiel."

Au deuxième tour, vous direz "J. Chirac", bien sûr ?

- "Au deuxième tour, je ne dirai rien du tout, parce que personne n'est propriétaire de ses voix. Les électeurs ne sont pas du bétail."

(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 17 décembre 2001)

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