Interview de M. Lionel Jospin, Premier ministre, dans "Le Nouvel hebdo" du 21 décembre 2001, sur l'action du gouvernement en faveur d'Internet. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Lionel Jospin, Premier ministre, dans "Le Nouvel hebdo" du 21 décembre 2001, sur l'action du gouvernement en faveur d'Internet.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel, CHENAILLE Gilles.

FRANCE. Premier ministre

ti : Le Nouvel Hebdo : En tant que Premier ministre, quelle est votre vision d'internet comme phénomène de société ?

Lionel Jospin.- Internet est un remarquable outil de communication, d'information et d'échange, ouvert sur le monde. Les Français sont désormais des millions à s'en servir régulièrement, sur leur lieu de travail ou à domicile. Internet transforme le fonctionnement des entreprises et des administrations. Et on compte déjà près de quatre millions de sites internet personnels en France. C'est donc un véritable phénomène de société et je souhaite que tout le monde puisse y prendre part.


Dans l'action du gouvernement en faveur d'internet, quels sont à votre avis les principaux points forts et ceux qui demandent encore un effort ?

Je crois que nous sommes à mi-parcours. En 1997, notre pays était largement à l'écart du mouvement déjà engagé chez nos voisins, en particulier à cause de l'inertie des pouvoirs publics d'alors. La situation était d'autant plus inacceptable que la France est une nation d'excellence technologique. La mobilisation entraînée depuis par le Programme d'action gouvernemental pour la société de l'information a donné des résultats tangibles. Dans les domaines de l'éducation - où internet progresse rapidement - et de l'Administration - où le portail Service-public.fr, qui comporte déjà plus de 110 téléprocédures, a su convaincre les usagers -, nos réalisations sont maintenant citées en exemple à l'étranger.

Le plan Haut débit pour tous en 2005 a donné une nouvelle impulsion décisive. Le gouvernement a défini une stratégie nationale pour accélérer le déploiement d'infrastructures sur l'ensemble du territoire, soutenant ainsi la mobilisation des collectivités locales. La création des bons de part de créateurs d'entreprises et de fonds publics de capital-risque ou, tout récemment, la forte réduction du coût des licences UMTS, ont également permis d'épauler les acteurs de l'innovation.

Tous les résultats obtenus ne sont, à mes yeux, qu'un premier acte. Il faut aller plus loin encore. À l'école, par exemple, il faut renforcer la formation des enseignants à internet et développer l'équipement. Les actions visant à réduire le fossé numérique, notamment dans sa dimension territoriale, doivent être renforcées. La deuxième étape de l'administration électronique, que nous venons d'engager, apportera de nombreux outils pour améliorer le service rendu au public. Aujourd'hui, j'ai l'ambition que notre pays devienne l'économie numérique la plus dynamique d'Europe. Je suis convaincu que nous pouvons y arriver.

En politique, quelles sont - ou pourraient être - l'influence et l'utilité de ce nouveau média ?

Grâce à internet, la vie publique a déjà connu de vraies évolutions. Ainsi, les diverses consultations en ligne menées par le gouvernement ont souligné que le réseau peut favoriser une meilleure participation des citoyens au processus de décision. La diffusion gratuite des données publiques sur internet permet également une plus grande transparence. Mais la vie politique, c'est aussi le dynamisme des acteurs sociaux qui s'approprient de mieux en mieux le réseau. Le courrier électronique, par exemple, est un outil précieux d'alerte et de mobilisation citoyenne. Dans de nombreux pays, le réseau est une fenêtre sur le monde pour les militants des libertés confrontés à des régimes répressifs et à des médias censurés.

Quels obstacles psychologiques pourraient freiner le développement d'internet en France ?

De nombreux Français ont le sentiment que se connecter coûte cher, alors que nos tarifs sont maintenant parmi les plus bas d'Europe comme l'indique une récente étude de la Commission européenne. La lenteur d'utilisation peut aussi être décourageante. Voilà pourquoi l'essor de l'accès forfaitaire et du haut débit constitue à mes yeux une priorité. Il faut donc aller plus vite et plus loin dans ce sens, avec l'aide de l'Autorité de régulation des télécommunications, dont la récente décision permettra déjà des baisses significatives dans les mois qui viennent.

Mais les freins sont surtout culturels, sociaux, voire générationnels. C'est pourquoi nous avons fait de la réduction du fossé numérique notre première priorité. D'abord à l'école. Savez-vous que, à la fin de cette année, tous les élèves de troisième passeront le " B2I ", le Brevet informatique et internet ? Nous mettons aussi en oeuvre un plan de création de 7 000 lieux publics d'accès et de formation au multimédia. 2 500 sont déjà en place, animés par 5 000 formateurs bénéficiant d'emplois-jeunes. En visitant l'un de ces espaces, j'ai été frappé de voir le mélange des publics : enfants, demandeurs d'emploi, personnes âgées...

Enfin, pour ce qui est du commerce électronique, les Français sont souvent inquiets à l'idée de divulguer leurs coordonnées bancaires en ligne. Nous avons voulu leur inspirer confiance en sécurisant davantage l'utilisation de la carte bancaire sur internet. La loi sur la sécurité quotidienne prévoit ainsi que la responsabilité de l'utilisateur ne peut être engagée en cas de paiement frauduleux à distance sans utilisation physique de la carte.

Avez-vous un peu de temps pour " surfer " vous-même sur internet et vous arrive-t-il parfois de correspondre par courrier électronique ?

Si je vous disais que je réponds moi-même aux 800 méls envoyés chaque mois sur mon site, le croiriez-vous ? Mais j'en lis certains. Quant à surfer, le temps me manque, mais ma femme Sylviane et les enfants me signalent régulièrement des sites intéressants.

Propos recueillis par Gilles Chenaille

Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 26 décembre 2001)

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