Article de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle, dans "Le Figaro" du 22 décembre 2001, sur la politique du gouvernement en matière de sécurité, intitulé "L'accablant bilan socialiste". | vie-publique.fr | Discours publics

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Article de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle, dans "Le Figaro" du 22 décembre 2001, sur la politique du gouvernement en matière de sécurité, intitulé "L'accablant bilan socialiste".

Personnalité, fonction : PASQUA Charles.

FRANCE. RPF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : Le 23 décembre 1994, MM. Vaillant, Chevènement, Fabius, Emmanuelli, Sarre, Glavany et d'autres parlementaires de gauche saisirent le Conseil constitutionnel pour demander l'invalidation de la loi d'orientation et de programmation relative à la sécurité publique que j'avais fait voter à l'Assemblée nationale. Ma loi prévoyait que les préfets pourraient, après en avoir informé le procureur de la République, ordonner des contrôles de véhicules par les forces de l'ordre si l'on suspectait qu'elles transportaient des armes. Pour MM. Vaillant, Chevènement et consorts, c'était, paraît-il, attentatoire aux libertés individuelles !


Sous la pression de la gauche, le Conseil constitutionnel décida que ces contrôles ne pourraient avoir lieu qu'après une " autorisation " des magistrats. Ainsi, une brigade de police interpellant un véhicule à trois heures du matin ne pourrait pas en ouvrir le coffre sans avoir obtenu auparavant la commission rogatoire d'un juge d'instruction ! On l'a compris, cette décision ubuesque revenait à interdire toute fouille de véhicule suspect.


Ce fut une grande victoire pour les socialistes. Pensez donc ! Ils étaient parvenus à torpiller ma loi, en se drapant dans la vertu outragée de défenseurs de la " liberté d'aller et venir " et du " respect de la vie privée ". Je fus couvert d'opprobre, avec ce culot inimitable de la gauche française qui impose comme dogme qu'elle seule détient le monopole de l'humanisme et du respect des libertés.


Sept ans après, où en est-on ? M. Vaillant, devenu entre-temps ministre de l'intérieur après M. Chevènement, vient de reconnaître, je le cite, que circulent en France des " armes de guerre qui, sur fond de recyclage international, arrivent à passer nos frontières." Il est en effet presque banal, désormais, que la police découvre des stocks clandestins de lance-roquettes, comme ce fut le cas voici quelques mois dans un garage de Nanterre, et quelques jours plus tard en Seine-Saint-Denis.


Des délinquants, parfois multirécidivistes laissés en liberté, assassinent à l'arme blanche en plein Paris, tirent à la mitraillette à Guingamp, au bazooka à Béziers, tandis que l'anarchie se répand dans des dizaines de quartiers en périphérie des grandes villes et que les vols et agressions de toutes sortes connaissent une explosion sans précédent.


L'ampleur des dégâts et du mécontentement a obligé MM. Jospin et Vaillant à réagir. Aux abois, ils ont fait voter en catastrophe une loi qui les aurait fait hurler au scandale si j'en avais été l'auteur. Car ce texte prévoit non seulement les fouilles dans les véhicules par les forces de l'ordre, comme je voulais le faire il y a sept ans, mais précise aussi que ces fouilles pourront être réalisées par des vigiles de sociétés privées ! Comble de l'impudence : les socialistes ont envoyé de discrets émissaires auprès des parlementaires de droite pour les supplier de ne pas déférer cette loi au Conseil constitutionnel afin d'éviter qu'elle ne soit censurée à son tour, en vertu de la jurisprudence qu'ils ont eux-mêmes fait établir contre les lois Pasqua !


Voilà ce qu'est la gauche : des Tartuffe et des irresponsables. Mais des Tartuffe qui ont dirigé la France pendant quinze des vingt dernières années, et cela change tout. Car, à la différence de la droite qui n'a été au pouvoir que pendant de brèves périodes, les socialistes ont eu la durée pour infléchir le cours des événements. Leur responsabilité sur l'évolution de l'insécurité en France depuis 1981 est donc écrasante.


Leur responsabilité est d'autant plus écrasante qu'ils sont très largement les inspirateurs de la pensée dominante depuis 1968. Lionel Jospin et la plupart des responsables socialistes actuels ont été bercés dans leur jeunesse par des slogans soixante-huitards de type " Il est interdit d'interdire ". Même s'ils ont évolué, les socialistes ne peuvent, au fond, se défaire d'une tournure d'esprit qui consiste à trouver invariablement des circonstances atténuantes aux délinquants, présentés comme étant " eux-mêmes des victimes de la société ", et à faire preuve de réticence dans l'exercice de la répression.


Ils ne peuvent pas non plus s'empêcher de trouver vaguement ridicules ou franchement suspectes les idées de discipline, de respect des lois et de l'autorité. D'ailleurs, le Syndicat de la magistrature, si proche des socialistes et des Verts à bien des égards, ne vient-il pas de faire paraître un ouvrage dont la couverture représente un policier à tête de porc et dont le contenu vise à donner aux délinquants toutes les astuces juridiques possibles pour esquiver les contrôles de police ?


La seule police que les socialistes et leur relais d'opinion affectionnent vraiment, c'est celle de la langue. Ils exigent que les contraventions et les délits soient rebaptisés " incivilités ", que les voyous soient appelés " jeunes " et que les mineurs délinquants soient qualifiés de " sauvageons " comme s'il ne s'agissait que de sympathiques chahuteurs.


Certains socialistes n'hésitent pas, enfin, à nier la gravité de la situation, en prétendant que l'insécurité n'est qu'une lubie de la droite. Lors de l'université du PS le 1er septembre dernier, Mme Guigou, ministre de l'Emploi et ancienne garde des Sceaux, a ainsi osé dire : " il faut traquer la droite qui joue sur les angoisses et les peurs ! "


Voilà pourquoi les socialistes ont conduit depuis 1981, par idéologie, une politique tendant à donner systématiquement plus de garanties procédurières aux truands, et systématiquement moins de protection aux honnêtes gens.


C'est ainsi que le système pénal et pénitentiaire a été démantelé : plus de peine de mort, plus de loi Sécurité et Liberté, plus de loi anti-casseurs, plus de contrôle d'identité, plus de Cour de sûreté de l'Etat, plus de Quartiers de Haute Sécurité, plus de fouilles des véhicules.


Mais en revanche des remises de peine, des Travaux d'Intérêt Général remplaçant les courtes peines de prison, de très généreuses permissions de sortie, des " juges des libertés " interprétant avec la plus grande indulgence la volonté du législateur, et une loi sur la " présomption d'innocence " ayant eu pour effet concret de compliquer encore davantage le travail des forces de l'ordre.


Dans plusieurs cas récents ayant défrayé la chronique, on a aussi pu voir des magistrats remettre en liberté, sous des prétextes futiles, des gros trafiquants de drogue ou des agresseurs de personnes âgées pris en flagrant délit, et même des délinquants multirécidivistes. Aussitôt relâchés, voyous et truands plastronnent et reviennent narguer ceux qui les ont arrêtés, quand ils ne commettent pas de nouveaux assassinats, comme en furent hélas victimes récemment deux policiers au Plessis-Trévise.


Le bilan de cette politique est accablant. Sait-on que le nombre des coups et blessures volontaires contre les personnes a été multiplié par deux en France depuis que j'ai quitté mes fonctions de ministre de l'intérieur ? Sait-on qu'entre 2000 et 2001, il y a eu 11% de personnes en moins dans les prisons et 10% de délinquance en plus ?


Mais si les socialistes sont extrêmement attentifs à offrir le maximum de protections juridiques aux délinquants, ils témoignent en revanche d'un dédain princier pour le sort des policiers et des gendarmes. Ils ne s'en préoccupent que lorsqu'ils sont parvenus, par leur aveuglement et leur surdité, à les jeter dans la rue ! Certes, il est inacceptable que des gendarmes manifestent et participent ainsi à la remise en cause de l'autorité de l'Etat. Mais comment ne pas comprendre l'exaspération des forces de l'ordre, laissées dans une pénurie de moyens matériels et humains, peu soutenues moralement et toujours suspectées de la moindre " bavure "?


Si, comme le veut le dicton, gouverner c'est prévoir, alors la preuve est faite que les socialistes, qui n'ont rien vu venir et rien prévu, ne sont pas aptes à gouverner.


Ils pensent maintenant pouvoir régler le profond malaise des forces de sécurité par l'octroi de moyens matériels supplémentaires ou par des recrutements. Tout cela à crédit et payable à terme, probablement par d'autres ! Or il n'y a pas de politique de sécurité efficace si les forces de l'ordre ne bénéficient pas d'abord de la compréhension et de l'appui de l'opinion publique. Où est la politique de communication tendant à réhabiliter dans l'opinion l'image et le rôle de la police et de la gendarmerie sans lesquelles il ne peut y avoir d'Etat de droit ? Où sont les paroles venues du c¿ur disant à ceux qui risquent leur vie que leur rôle est irremplaçable et que la nation le sait et les soutient ?


De son côté, la justice est laissée sans moyens et sans instructions. Le budget du ministère de la Justice stagne depuis 1996 autour de 1,6% du budget de l'Etat. Du coup, les effectifs des magistrats et substituts restent dramatiquement insuffisants par rapport à l'envolée du nombre de crimes et délits. Les prisons sont surpeuplées et les constructions de nouvelles prisons semblent le cadet des soucis du gouvernement. Enfin, les magistrats sont laissés en roue libre, le gouvernement socialiste se refusant à donner aux procureurs de la République les orientations de la politique pénale plus ferme que réclame la très grande majorité de nos compatriotes.


Face à une telle débandade de l'Etat, la lutte contre l'insécurité exige une véritable volonté politique et budgétaire. Il faut notamment procéder à des recrutements massifs de vrais policiers, de gendarmes et de nombreux magistrats, prévoir une augmentation considérable du budget de la justice, donner des instructions de très grande fermeté aux procureurs, créer des centres de rééducation pour les mineurs délinquants récidivistes et recouvrer notre souveraineté en matière de surveillance des frontières, de police et de justice.


Ces remèdes indispensables pour casser l'engrenage de l'impunité et de la récidive supposent que la France se dégage des contraintes européennes fixées par la passoire des Accords de Schengen, le Pacte budgétaire de stabilité et le Traité d'Amsterdam dont on a soigneusement caché à nos compatriotes qu'il prévoit le transfert progressif à Bruxelles de nos compétences en matière de sécurité et de justice. Ces contraintes constituent l'un des verrous essentiels à faire sauter pour engager enfin l'action énergique que la situation exige.


Quinze années de socialisme ont démoli l'autorité de l'Etat et conduit la France dans une situation de violence qui révolte nos concitoyens et stupéfie la presse internationale. Une telle dérive n'aurait pas été possible si la France n'avait pas subi en outre, depuis bientôt cinq ans, ce funeste système de cohabitation qui conduit les deux têtes de l'exécutif à se neutraliser au lieu de se préoccuper de l'intérêt national. Il est grand temps que les Français changent tout cela. Dès les prochaines échéances électorales.


Charles PASQUA

(source http://www.pasqua-2002.org, le 13 février 2002)

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