Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le lancement du Programme incitatif de recherches sur l'éducation et la formation (PIREF) et la réorganisation de l'Institut national de la recherche pédagogique (INRP) sur son nouveau site à Lyon, Paris le 13 novembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le lancement du Programme incitatif de recherches sur l'éducation et la formation (PIREF) et la réorganisation de l'Institut national de la recherche pédagogique (INRP) sur son nouveau site à Lyon, Paris le 13 novembre 2001.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : Le programme stratégique de recherche en éducation


Je veux évoquer ce matin le rapport issu des réunions du groupe de travail animé par le Professeur Antoine Prost que nous avions chargé de mission, Roger-Gérard Schwarzenberg, ministre de la recherche et moi-même, en avril dernier, sur la question stratégique des recherches en l'éducation. A la suite de la remise de ce rapport, un certain nombre de décisions devaient être prises. J'ai donc souhaité cette rencontre pour présenter ces décisions, qui doivent contribuer à relancer une dynamique dans le domaine des recherche sur l'éducation, en s'assurant d'un développement coordonné et bien inséré dans le contexte européen et international.

Je tiens à remercier Philippe Casella, directeur scientifique adjoint pour les sciences de l'homme et de la société à la mission scientifique universitaire ainsi que François Weil et, son prédécesseur au cabinet du ministre de la recherche, Madame Christine Mengin, Madame Perrin Naffakh, direction de l'INRP, pour leurs contributions à l'avancement de ce dossier important.

Les données du rapport du groupe de travail présidé par Antoine Prost qui ont particulièrement retenu notre attention

Un rapport commandé conjointement avec le ministre de la recherche au moment de la présentation de la réforme de la formation des maîtres

Dans le cadre de la rénovation de notre système éducatif et à l'occasion de la présentation, en février dernier, des orientations sur la rénovation de la formation des maîtres et, en accord avec mon collègue de la recherche, j'avais indiqué que nous allions confier à Antoine Prost, historien, professeur des universités et grand connaisseur des institutions et problématiques éducatives, la mission d'élaborer un projet de développement scientifique cohérent de la recherche en et sur l'éducation en France. Nous lui avions demandé d'animer un groupe de travail pour proposer, en s'appuyant sur toutes les enquêtes et données existantes, des mesures qui amènent notamment à mieux répondre à la fois aux besoins de l'institution et aux attentes des acteurs.

Vous avez, Monsieur le Professeur, animé fermement et rapidement les travaux de ce groupe et je vous en remercie. Je tiens aussi à remercier très vivement tous les participants pour leurs contributions qui vous ont permis d'élaborer ce rapport - auquel votre nom restera sans doute attaché et qui sera prochainement publié par la Documentation Française-. J'éviterai d'en déflorer totalement le contenu puisque vous allez le présenter en détail dans quelques minutes avec tout le brio et la séduction que l'on vous connaît.

Je voudrais donc, avant votre intervention souligner les points qui ont attiré plus particulièrement mon attention et pour lesquels j'ai décidé avec mon collègue de la recherche de prendre des mesures ou d'entreprendre immédiatement des actions pour changer le cours des choses.

Constat et diagnostic
Le rapport que vous nous avez remis s'organise en trois chapitres. Le diagnostic s'appuie sur les résultats des enquêtes disponibles et notamment sur l'enquête du défunt CNCRE (comité national de coordination de la recherche en éducation). Il vous permet de dresser un état des lieux sans complaisance, c'est le moins que l'on puisse dire ! Il existe de nombreuses recherches en éducation, aussi bien dans les universités que dans les IUFM, à l'INRP et, parfois, au CNRS ou encore sous l'égide des directions du ministère de l'éducation nationale. Cette activité importante implique une communauté scientifique de près de 2000 personnes. Le renouvellement des approches et la prise en compte de nouveaux enjeux sont régulièrement encouragés par des programmes de recherche ou des appels d'offre dont la part est limitée mais essentielle en qualité. On peut ainsi citer pour les plus récents l'action " Ecole et sciences cognitives " du programme Cognitique, lancée par le ministère de la recherche. Il faut cependant ajouter le constat que ces recherches sont très dispersées et donc faiblement cumulatives et qu'elles sont caractérisées par une faible présence des organismes de recherche sauf en psychologie et sociologie. Un effort d'internationalisation, encore trop limité, commence à favoriser les recherches comparatives.

Les recherches sur l'éducation en France demeurent trop peu coordonnées, trop rarement évaluées, trop mal utilisées et occupent une place trop modeste au regard des enjeux de l'éducation. Une situation dont vous dites qu'elle appelle de nouvelles formes d'encouragement et de pilotage de la recherche ainsi qu'une articulation entre la recherche et ses domaines d'application.

Des efforts nécessaires
La seconde partie identifie quatre questions essentielles pour le système éducatif
- apprentissages dans le premier degré
- pratiques enseignantes et gestion des établissements
- effets des politiques de décentralisation et de discrimination positive
- métiers enseignants et pratiques de formation
et auxquelles la recherche ne peut pas répondre dans son état actuel d'inorganisation. Elle tend à montrer que si l'on veut traiter sérieusement des questions aussi complexes, il faut lancer un " programme stratégique " de recherche, c'est à dire une action de longue durée, avec une mobilisation des chercheurs et des usagers sur quelques questions dont l'importance est reconnue.

Un tel programme stratégique et incitatif implique une exigence de stabilité, de durée et d'indépendance ; il exige en outre à la fois une instance de pilotage forte, et une instance d'évaluation scientifique également forte chargée d'évaluer les programmes et les recherches, et d'évaluer les équipes et les publications qui le demanderaient et leur apporter éventuellement des financements complémentaires, comme le font les commissions du CNRS.

Pour conclure, le rapport s'inquiète de l'insuffisante ouverture internationale de la recherche française en éducation. Il propose un effort spécifique pour développer les échanges de jeunes chercheurs et les contacts avec les centres de recherche étrangers, anglo-saxons notamment.


La bonne articulation nécessaire entre la recherche et le système éducatif
La troisième partie évoque la question fondamentale de cette articulation; en d'autres termes comment faire pour que les recherches soient utiles et qu'elles servent davantage aux enseignants, aux élèves, aux décideurs, ¿ ? On sait combien la mise en relation de l'univers de la recherche et celui de la pratique passe par des mécanismes complexes et multiples, assurant une connaissance réciproque. Le rapport évoque la question de la formation des jeunes chercheurs et souligne l'importance de la contribution de l'Université dans la mise en place d'un dispositif de formation efficace et ouvert vers les équipes étrangères. N'hésitons pas à dire qu'un effort résolu d'internationalisation est nécessaire dans le champ des recherches sur l'éducation.

L'institut national de la recherche pédagogique (INRP), longtemps le principal, sinon le seul, organisme de recherche sur l'éducation , est aujourd'hui un institut composite, dont la place dans le dispositif de recherche est mal définie. Il donne l'impression d'un réseau aux ramifications multiples entraînant une grande confusion des activités :
- activités d'accompagnement des pratiques, qui ne constituent pas à proprement parler des recherches, et, d'autre part,
- des recherches prenant en compte les contextes, notamment celui de la classe, dans lesquelles l'INRP joue à la fois le rôle de coordination et de pilotage, ce qui n'est pas bon.

Le rapport suggère que L'INRP recentre son activité sur quelques axes forts. Il indique, par ailleurs, que les IUFM doivent occuper une place importante dans la valorisation de la recherche sur l'éducation et dans l'animation d'un débat public sur les questions qui traversent l'école. Il montre la nécessité de multiplier les lieux intermédiaires où se rencontrent chercheurs et praticiens. Le rapport aborde enfin la question des publications en regrettant que les résultats de la recherche soient si peu accessibles.


Les décisions prises

Les trois volets d'une politique de recherche en et sur l'éducation
Cet excellent travail, qui pose un diagnostic et trace des pistes de réflexion, me permet de prendre des mesures concrètes en matière de recherche sur l'éducation.
Le 27 février dernier j'avais déjà rappelé que nous ne rénoverions pas fondamentalement la formation des maîtres sans développer sensiblement la recherche sur l'éducation et mieux assurer sa diffusion de ses résultats. Il faut effectivement nourrir la formation par la recherche et la recherche par la formation.
Aujourd'hui, j'ai décidé d'aider à structurer le milieu de la recherche sur l'éducation et à mieux former les nouveaux chercheurs, à coordonner les recherches existantes, à permettre aux équipes existantes de répondre à des besoins particuliers, à diffuser les résultats auprès d'une large public.

La politique d'étude et de recherche sur l'éducation que je lance en accord avec le ministre de la recherche comprend trois volets :
Conforter ce qui est bon et utile : Les études institutionnelles conduites par les directions du ministère de l'éducation , notamment la DPD et la DESCO, seront développées et valorisées

Innover en lançant pour la première fois un programme incitatif de recherches coordonnées sur l'éducation et la formation, doté d'un financement propre et étalé dans le temps et dont la direction sera confiée à Madame Marie Duru-Bellat et à Monsieur Denis Meuret qui sera son adjoint. Tous deux sont professeurs à l'université de Bourgogne et membres de l'Institut de Recherche en Economie de l'Education (IREDU), une des unités de recherche universitaire associée au CNRS dans ce domaine.

Dans le contexte de l'implantation en cours ,et définitive, de l'institut national de la recherche pédagogique à Lyon, la décision, attendue depuis plus de vingt ans, de le refonder est prise et se met en oeuvre.

Sur le premier volet je ne veux insister que sur la décision prise avec mon collègue de la recherche de réunir régulièrement l'ensemble des directions concernées de nos ministères pour que la coordination de l'action soit rigoureuse et l'articulation entre les besoins et les programmes d'études et de recherches parfaitement ajustée.

Je souhaite être plus précis sur les deux autres volets : le programme incitatif d'abord, l'Institut national de la recherche pédagogique ensuite.

Un programme incitatif pour la recherche sur l'éducation et la formation
Enjeu important pour le développement du service public auquel je suis tant attaché, les recherches sur l'éducation construisent des savoirs et valident des connaissances indispensables pour
améliorer l'efficacité des pratiques pédagogiques
comprendre les problèmes des établissements scolaires
éclairer l'administration
vivifier et renouveler la formation des personnels

Nous savons que, pour rendre la recherche cumulative et donc productive, il faut se doter d'un programme inscrit dans une durée de plus de dix ans. Nous allons commencer par définir un programme stratégique de quatre ans

Le choix d'une structure souple
Plutôt qu'une agence qui aurait, en terme de structure administrative, pu prendre soit la forme d'un établissement public (à l'instar de l'ANVAR, Agence nationale de valorisation de la recherche, ou de l'ADEME, Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) ou celle d'un Groupement d'intérêt public, (à l'instar de l'ANRS, agence nationale de recherche sur le SIDA dont l'objectif est de coordonner la recherche en ce domaine et de faire émerger de nouveaux thèmes et de nouvelles équipes) trop longs et trop complexes à mettre en ¿uvre et en ordre de marche, nous avons préféré, avec Roger Gérard Schwarzenberg, ministre de la recherche, la création d'un programme coordonné, une formule pratiquée de longue date au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) mais aussi, par exemple, dans le secteur des transports avec le programme national de recherche et d'innovation dans les transports terrestres (PREDIT), à l'initiative des ministères chargés de la recherche, des transports, de l'environnement et de l'industrie, de l'ADEME et de l'ANVAR.

Nous avons donc décidé de créer un programme incitatif de recherches sur l'éducation et la formation (PIREF) qui associe les deux ministères. Ce programme stratégique et incitatif, qui concerne l'ensemble des partenaires : universités, grands établissements (notamment les ENS, CNAM, EHESS, ¿), CNRS et EPST, IUFM, INRP, mais aussi des instances extérieures , sera rattaché à la Mission scientifique universitaire (MSU), mission qui est placée sous la double tutelle des ministères de l'éducation nationale et de la recherche.

Le PIREF a pour objectif de développer et de renouveler les perspectives de recherche interdisciplinaires sur l'éducation et la formation en s'appuyant sur :
- l'analyse des politiques éducatives et des pratiques pédagogiques,
- les avancées scientifiques porteuses du renouveau de la recherche,
- la veille sur les recherches et l'évolution des politiques et des pratiques éducatives à l'étranger.

Il doit être focalisé sur des questions majeures dont l'importance sociale est évidente et dont l'enjeu est fort pour l'enseignement et son efficacité. Il doit mobiliser l'intérêt des chercheurs " fondamentaux " et reposer sur l'analyse des besoins et des demandes des acteurs de la communauté éducative : enseignants, administrateurs et politiques.

Il doit faire avancer la science dite fondamentale dans la diversité de ses méthodes et de ses champs disciplinaires en même temps qu'il doit répondre à des besoins pratiques et donc se situer à l'articulation des besoins pratiques et de la conjoncture scientifique dans des échanges qui confortent la fécondité des différentes communautés et la rigueur scientifique

les missions du PIREF
- Le PIREF a une mission première de traduction des enjeux sociaux et pédagogiques : il contribuera à traduire les enjeux stratégiques en questions de recherche adressées aux différentes disciplines traitant des questions d'éducation, de formation et d'apprentissage et en dégageant des axes de travail programmés sur la durée. Il encouragera les formes d'intervention publiques adaptées et contribuera à faire de ce domaine un lieu de débat scientifique et public, ouvert aux échanges internationaux.

- Il a ensuite une mission de coordination des recherches publiques sur l'éducation : il favorisera la coordination des efforts de recherche en développant des relations de partenariat avec les services de l'Etat et les établissements publics, et en s'informant sur les actions incitatives engagées par les administrations publiques françaises et européennes. Il sera consulté sur la définition des appels à projets concernant l'éducation et la formation.- Le PIREF a de plus une mission d'aide au renouvellement et à la structuration de la recherche sur l'éducation :

- Il contribuera à structurer le milieu de la recherche sur l'éducation et à faire naître de nouveaux laboratoires et des équipes à l'intérieur de laboratoires ; la problématique de l'éducation peut et doit en effet entrer dans nombre de laboratoires qui ne sont pas des laboratoires en sciences de l'éducation. La recherche contextualisée comme l'intitule Antoine Prost doit trouver sa place.
- Le PIREF :
- aidera les établissements (Universités, Grands établissements, Ecoles, IUFM, INRP) à structurer des axes thématiques,
- favorisera le développement des équipes de recherche et réseaux de recherche thématique,
- encouragera l'insertion de la recherche française dans son environnement international notamment par des programmes d'échanges et de mission à l'étranger.
- s'attachera à renouveler et soutenir la formation des jeunes chercheurs .Il s'attachera ainsi à intéresser de jeunes chercheurs disciplinaires aux problématiques du système éducatif dans toutes ses dimensions. Il aura à c¿ur d'aider au développement des échanges de jeunes chercheurs et des contacts avec les centres de recherche étrangers, anglo-saxons notamment.
Enfin, une mission d'identification et de valorisation des ressources scientifiques le conduira notamment ,
- avec l'appui du CNRS, à identifier les équipes de recherche selon les thématiques et les disciplines,
- avec l'appui de l'INRP, à favoriser l'information scientifique des chercheurs et des responsables du système éducatif en se préoccupant aussi de la diffusion des résultats de la recherche auprès d'un large public.

L'organisation et les ressources du PIREF
Le PIREF est dirigé par un directeur de programme placé auprès du chef de la Mission scientifique universitaire et nommé pour une période de quatre ans. Ce directeur assure la présidence du Conseil scientifique qui est formé, outre lui-même, de 14 membres nommés dans les mêmes conditions sur sa proposition. Je suis en effet convaincu que pour bien fonctionner, ce programme incitatif doit s'appuyer sur un Conseil scientifique fort dont le rôle est essentiellement un rôle d'évaluation :
Evaluation de la pertinence des appels d'offres,
Evaluation de la pertinence des actions mises en oeuvre et de leurs modalités,
Evaluation, de la qualité des résultats.
Le directeur du PIREF reçoit une lettre de mission pour la durée de son mandat qui fait l'objet annuellement d'une actualisation notamment de son budget. Chaque année après consultation du Conseil scientifique, le directeur du PIREF établit le programme de travail.

Est-il utile de dire que le directeur du programme procède à des échanges réguliers et concertés avec les directions concernées et avec le CNRS, la CPU et les directeurs d'IUFM.

Je suis parfaitement conscient qu'un an ou plus va être nécessaire pour définir précisément les contours de l'action à mener, mettre en place l'organisation, définir les problématiques, définir les modalités et les types d'action, les thèmes éventuels d'appels d'offre, définir les règles de publication et de diffusion des résultats organiser un réseau, convaincre le CNRS d'aider à intervenir plus substantiellement sur le champ des recherches sur l'éducation,¿. C'est pour cela qu'il est urgent de démarrer.

Je tiens à insister sur le fait que le programme n'a évidemment pas vocation à englober toutes les recherches sur l'éducation et la formation. Bien au contraire, l'existence de recherches en, dehors du programme stratégique est une nécessité et le respect de la liberté universitaire une garantie indispensable. Ainsi, par exemple, le volet Ecole de l'action concertée incitative " Cognitique " se poursuivra conformément au calendrier prévu.

Le PIREF sera doté d'un budget de 40 MF sur quatre ans, 10 MF seront dégagés sur le budget 2002, ce qui traduit clairement la volonté que nous avons de contribuer à renforcer le champ des recherches sur l'éducation, de structurer le milieu, d'identifier des jeunes chercheurs brillants auxquels nous voulons pouvoir donner la possibilité d'exprimer pleinement leur potentialité dans le contexte d'une recherche reconnue internationalement et répondant à des enjeux stratégiques du système éducatif.


Un nouvel INRP

Réorganisation, refondation et contractualisation de l'INRP à Lyon
La mutation de l'Institut national de la recherche pédagogique (INRP), liée à son implantation à Lyon, s'inscrit dans le cadre de ce renforcement de la recherche sur l'éducation que je souhaite fermement. Je sais que l'INRP est confronté à une étape décisive de son histoire et mène une réflexion sur son avenir. J'ai déjà dit combien cet organisme a longtemps porté seul un pan entier de la recherche en éducation, mais cette ancienneté a son revers et, dans un paysage profondément bouleversé, l'INRP a du mal aujourd'hui à trouver sa juste place dans le dispositif de recherche. Sollicité pour accompagner les politiques éducatives, il est jugé sur ses résultats de recherche, et, appelé à participer à la formation des chercheurs, il est tenu en marge de l'université.

L'INRP trouvera à Lyon - Gerland qu'il rejoindra définitivement à la rentrée 2004, un nouveau cadre qui lui permettra de se redéployer, d'opérer une véritable mutation qui l'installera durablement dans le paysage de la recherche. Il trouvera sa place dans un quartier de grandes écoles et d'universités. Il disposera d'une bibliothèque enfin conforme à la qualité de son patrimoine. Le mouvement s'engage dès maintenant et sera conduit de façon planifiée dès janvier 2002. L'INRP doit être une des pièces maîtresses de l'effort de redéploiement de la recherche sur l'éducation et la formation. A mes yeux, il doit être une référence et un point d'appui pour la réforme engagée.

Sa réorganisation ou sa refondation à Lyon passe par la clarification des ses perspectives stratégiques. Ses missions doivent être repensées en tirant les conséquences de sa double inscription dans l'univers de la recherche et dans le monde éducatif. En relevant le défi, il tiendra une place éminente dans la nécessaire poursuite de l'évolution du système éducatif français dans toutes ses dimensions et contribuera à placer la recherche française sur l'éducation au rang des meilleures recherches mondiales dans ce domaine.
- Institut à caractère national, l'INRP doit être l'un des points forts des réseaux d'échange et de coopération scientifique. Doté de laboratoires de recherche cohérents, étroitement liés ou adossés à la recherche universitaire, il doit acquérir une légitimité par la qualité de ses travaux.
- Institut en charge d'un développement de la recherche concernant l'éducation, l'INRP doit
- préserver et développer les liens qu'il a su établir avec les acteurs du système éducatif,
- jouer un rôle de relais d'information, d'appui scientifique et technique,
- assurer une fonction de coordinateur ou de pilote en privilégiant résolument une démarche partenariale.
Je suis particulièrement attaché au fait que l'INRP participe lui aussi à l'ouverture internationale de la recherche. Cet esprit d'ouverture doit :
- orienter les perspectives de recherche de l'institut, l'enrichissement de ses fonds bibliographiques et documentaires,
- nourrir sa politique de publication et d'édition,
- inspirer son activité d'animation scientifique.
Cette volonté d'ouverture internationale se traduira par l'accueil de chercheurs étrangers, par l'organisation de séminaires, conférences et colloques, par la participation à des recherches comparatives ou des réseaux de recherche européens et jouera un rôle pour l'ensemble de la recherche française.

Le principe d'un contrat d'objectif déterminant ses missions, sa structure et ses ressources pour la période 2002-2006 a été décidé. Pour établir ce contrat, nous avons fixé, Roger-Gérard Schwartzenberg et moi même, un cadrage précis qui réaffirme les missions de l'institut et définit les conditions de son développement. Ce contrat va lui permettre d'élaborer un projet qui privilégie les partenariats avec les établissements d'enseignement supérieur lyonnais, alors que simultanément le site parisien entrera dans une phase d'extinction. Il précisera ses missions en matière de production scientifique et de transfert des résultats de la recherche en s'inspirant des orientations qui ont été proposées dans la note de cadrage qui vient de lui être communiquée. Par cet engagement clair, l'Etat donne à l'Institut l'autonomie qui lui est nécessaire pour qu'il puisse travailler sereinement et en pleine responsabilité de son action.

Le premier contrat de développement de l'Institut national de la recherche pédagogique sera donc celui de sa mutation.

Les missions de l'INRP
L'INRP a une mission de recherche concernant tous les niveaux des enseignements scolaire et supérieur en formation initiale et continue et doit à ce titre assurer :
1) Une mission de recherche fondamentale soumise aux critères communs de l'évaluation scientifique.

2) Une mission de recherche finalisée, contextualisée, en synergie étroite avec la recherche fondamentale répondant à une double exigence d'utilité sociale et de renouvellement des énoncés théoriques.

Pour accomplir cette mission, l'INRP doit veiller à établir une coopération plus équilibrée avec les IUFM, en établissant par exemple des conventions de coopération favorable à l'établissement de partenariats productifs et durables.

3) Une mission de veille scientifique en relation étroite avec les milieux de recherche en France et à l'étranger.

4) Une mission scientifique et technique comportant une dimension patrimoniale, une dimension de publication et de diffusion de l'information scientifique et une dimension de système d'information partagé qui permette aux chercheurs, aux étudiants et aux professionnels de l'éducation de disposer d'une ressource documentaire riche et actualisée.

5) Une mission de formation continue en coopération étroite avec les UFM, les universités et les écoles normales supérieures

Définir un contrat d'établissement, impose des choix qui permettent d'échapper à la dispersion des efforts. Nous avons demandé à l'INRP de développer ses travaux dans trois directions qui fédèrent plusieurs approches disciplinaires et répondent à des difficultés identifiée auxquelles est confrontée l'école :
- La première orientation pourrait s'intituler : comment apprenons-nous ?, il s'agit de mieux comprendre les processus d'apprentissage en reprenant et consolidant les acquis des sciences cognitives et de la linguistique, et en organisant leur confrontations avec les travaux de sciences sociales. Cette perspective doit notamment permettre de traduire et de questionner les résultats de laboratoire par le développement de recherches " contextualisées " selon l'expression du rapport Prost
- La seconde perspective doit contribuer à une meilleure connaissance et donc à une gestion plus efficace des systèmes éducatifs en développant les recherches comparatives et les travaux sur l'évaluation des politiques éducatives
- la troisième perspective vise à dépasser les segmentations disciplinaires et à concevoir le système éducatif comme un ensemble engagé tout à la fois dans la production et le partage des savoirs. Cet axe doit nourrir la réflexion sur la professionnalisation des enseignants et sur les transformation structurelles que les TICE introduisent dans le processus scolaire.
Il est impossible de concevoir aujourd'hui un renouveau de l'INRP sans lui donner les moyens d'une recherche accomplie et diversifiée sur les Technologies de l'Information et de la Communication Educative (TICE). L'implantation en région Rhône Alpes qui accueille la Villa Médicis de l'éducation permet d'attendre des coopérations riches et productives.

La nouvelle organisation de l'INRP: unités mixtes de recherches, équipes de recherches technologiques, services
Pour conduire à bien ce programme il nous faut imaginer une nouvelle organisation plus simple , plus ouverte, dont les composantes pourront bénéficier d'une véritable évaluation
Au cours du contrat 2002-2006, l'institut adoptera peu à peu une structure plus lisible.

A) Il sera tout d'abord composé de départements de recherche qui associeront autour d'une thématique précise
- des unités mixtes de recherche (UMR) associant l'INRP à un établissement d'enseignement supérieur ou au CNRS. Reconnue par une évaluation externe, ces unités apportent la garantie que l'INRP répond bien au critère commun de la recherche scientifique.
- des équipes de recherche technologique " éducation ". Ces unités de recherche inspirées des Equipes de recherche technologique existantes seront développées à l'INRP comme elles pourront l'être dans tous les établissements d'enseignement supérieur pour résoudre des problèmes liés à l'éducation. Elles se justifient par une demande de praticiens et de responsables du système éducatif confrontés à une question concrète ou un problème bien défini qui peut nécessiter une démarche de recherche fondamentale spécifique. Leur création suppose :
- que soient mis en place de réels partenariats avec des établissements scolaires ou universitaires, des collectivités ou des entreprises,
- que l'appui scientifique soit organisé et de qualité.
Les " ERT éducation " ou ERTé sont une des réponses possibles au souci de s'appuyer sur la recherche pour trouver des solutions pertinentes et fondées. Elles doivent donner l'exemple de ce qu'il est possible de faire en mobilisant de bonnes équipes sur de réels enjeux.

Les équipes de recherches de l'institut pourront et devront accueillir des doctorants. L'INRP n'a pas vocation à constituer sa propre école doctorale mais, par l'accueil de doctorants dans ses unités de recherche, il contribuera à la formation doctorale de plusieurs établissements d'enseignement supérieur.

B) L'INRP enrichira les services qu'il met à disposition des différentes composantes des milieux éducatif et des chercheurs. Je pense aux services en charge de la constitution, du signalement et de la valorisation des ressources documentaires (bibliothèque, système d'information et bases de données), mais aussi aux tâches de diffusion et de publication, et à la conservation muséographique. L'INRP doit à la fois préserver son patrimoine et aller à la rencontre des enjeux techniques, sociaux et éducatifs posés par la société de l'information.

Qu'il s'agisse de la mise en place d'UMR ou d'ERTé, les deux ministères de tutelle faciliteront l'engagement de collaborations organisées entre l'institut et ses différents partenaires universitaires. Ce lien avec les universités offre un cadre pour l'implication de l'INRP dans les formations doctorales. Enfin des conventions pluriannuelles de coopération devraient être établies entre l'INRP et les IUFM ; elles contribueront à faciliter la mise en place d'équipes de recherche technologique.

Pour préciser ce projet et l'inscrire dans l'espace universitaire Lyonnais, j'ai demandé à Monsieur Georges Solaux, professeur des universités de prendre en charge la mission d'accompagner l'implantation scientifique de l'institut à Lyon. Il viendra en appui de la directrice de l'institut Madame le professeur Anne-Marie Perrin-Naffakh, dont je tiens à saluer l'engagement sans faille et l'exceptionnelle qualité de l'action pendant cette période transitoire au cours de laquelle les difficultés ne manquent pas , loin de là !

La mutation de l'institut national de la recherche pédagogique est un processus qui suppose une réalisation progressive des objectifs et une évolution graduelle de ses modes d'organisation. Le chargé de mission aura, en liaison avec le directeur et les instances de l'institut à conduire la réflexion sur le développement de la recherche sur le site de Lyon et devra contribuer à mobiliser le potentiel de l'institut pour assurer son développement et faire évoluer son organisation dans l'esprit que nous avons développé plus haut.


Conclusions

Les décisions que nous venons de présenter permettent d'initier un travail de longue haleine. Je dirais pour conclure que, si le chemin est à l'évidence long, c'est avec enthousiasme et détermination que nous y engageons nos pas.

Le programme que nous lançons aujourd'hui s'appuie sur la refondation de l'Institut national de la recherche pédagogique dans le contexte universitaire lyonnais autour d'un contrat d'objectif à cinq ans et sur la mise en place du programme incitatif de recherche sur l'éducation et la formation inscrit sur une durée de quatre ans - et dont, dès à présent, le renouvellement doit être envisagé -, sont les premiers pas d'une démarche qui reste à affiner mais , qui a la volonté de s'inscrire dans la durée pour :
- mieux structurer un milieu de recherches sur l'éducation en l'inscrivant au mieux dans le contexte international, et notamment européen, et en contribuant à la formation d'une nouvelle génération de jeunes chercheurs
- établir un meilleur dialogue et des échanges fructueux entre le milieu de la recherche et le terrain, avec ses besoins et, d'une manière générale, tous les acteurs du système éducatif, avec leurs besoins.

(Source http://www.education.gouv.fr, le 14 novembre 2001)

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