Interview de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à France 2 le 20 décembre 2001, sur l'allongement des vacances de la Toussaint, sur la campagne pour l'inscription sur les listes électorales et sur "l'exception culturelle". | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à France 2 le 20 décembre 2001, sur l'allongement des vacances de la Toussaint, sur la campagne pour l'inscription sur les listes électorales et sur "l'exception culturelle".

Personnalité, fonction : LANG Jack, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : F. LabordeC'est la fin du premier trimestre et vous vous êtes parfois un peu étonné de sa longueur. C'est vrai que les parents trouvent que ce premier trimestre est vraiment très fatigant. Allez-vous corriger quelque chose, allez-vous revoir les rythmes scolaires, par exemple ?

- "Franchement, à la fin de ce trimestre, je persiste et je signe : c'est un trimestre beaucoup trop long et déséquilibré et, en fin de course, c'est fatiguant et pour les parents, et pour les jeunes, et pour les professeurs qui font un travail difficile. Je vais donc demander que l'année prochaine - ce sera une première étape -, les vacances de la Toussaint passent d'une semaine à 10 jours. Ainsi, l'an prochain, les deux périodes d'avant la Toussaint et après la Toussaint seront égales : deux périodes de travail de 7 semaines séparées par 10 jours de repos. C'est un commencement, parce que nous devons absolument reprendre le débat sur la répartition dans l'année du temps de travail pour les enfants et les professeurs, et du temps de repos. Notre pays n'est pas le meilleur exemple d'un bon équilibre entre le temps de travail et le temps de repos."

C'est-à-dire que les vacances d'été sont trop longues et des semaines trop chargées ? Vous allez remettre tout cela à plat ?

- "Aujourd'hui, il faut donner un premier signe, c'est un premier geste. J'ai réfléchi, j'ai rencontré les uns et les autres, et l'année prochaine, nous porterons de sept à dix jours les vacances de la Toussaint, après avoir obtenu l'assentiment des uns et des autres. Mais je souhaite que l'on puisse, dans les prochaines semaines, réouvrir le débat et envisager, je le répète, une meilleure organisation, dans l'année, du temps scolaire et du temps de repos. C'est une bonne chose pour les enfants, les professeurs et les familles."

Voilà une bonne nouvelle ! Vous présentez aussi ce matin le bilan des caravanes civiques, sorte de campagne de mobilisation, de sensibilisation auprès des jeunes pour qu'ils s'inscrivent. Cela a bien marché ?

- "C'est un très grand succès. Pourquoi ces caravanes civiques ? C'est parce qu'à chaque scrutin, des jeunes s'aperçoivent trop tard qu'ils ont raté le coche, qu'ils ne se sont pas inscrits à temps, avant le 31 décembre, et qu'il est trop tard. Des jeunes sont venus nous voir et nous ont dit de les aider à organiser des caravanes civiques. Ils sont allés à la rencontre d'autres jeunes à travers la France entière, pour leur dire de ne pas rater ce rendez-vous du 31 décembre, de s'inscrire, que c'est une formalité facile et de ne surtout pas laisser les autres décider à leur place aux élections importantes - la présidentielle et les législatives."

Les jeunes et les moins jeunes, parce que beaucoup de gens ont été radiés après les municipales...

- "C'est vrai. Notre système, disons-le, mériterait un jour d'être revu pour faciliter l'inscription. Il est ce qu'il est. Deux échéances importantes nous attendent, elles auront des conséquences importantes pour l'avenir de la jeunesse - c'est leur avenir qui est en jeu. Ces jeunes des caravanes civiques que je reçois ce matin, vont faire le bilan. Ils ont rencontré, je crois, un million de jeunes ; ils sont allés dans toutes les villes de 50.000 habitants ; ils ont rencontrés 50.000 délégués de classe. Je dois d'ailleurs remercier les médias qui, le plus souvent, ont bien répercuté. Cela dit, il y a encore 10 jours devant nous : France 2, aidez-nous à faire savoir qu'il y a encore possibilité de s'inscrire avant le 31 décembre !"

On le fait, on est aussi là pour ça ! Puisqu'on parle des élections, savez-vous où vous vous présenterez pour les élections législatives ?

- "Mon sort est entre les mains du Parti socialiste. Pour l'heure, ma préoccupation unique, exclusive, c'est l'Education nationale, à laquelle je consacre pleinement mon temps."

On a senti L. Méxandeau un peu fâché de ne pas avoir obtenu l'investiture du PS...

- "Je ne veux pas me mêler de l'organisation interne et des débats au PS, chacun a sa mission. Je suis ministre à part entière, c'est ma mission exclusive. Peut-être serais-je candidat ; c'est une question qui sera réglée par mon parti le moment venu."

F. Hollande dit qu'on ne peut pas se passer d'un candidat tel que vous dans un scrutin comme les législatives.

- "Merci beaucoup de son intention et j'allais dire, on ne peut pas non plus se passer d'un premier secrétaire tel que lui."

Vous menez campagne dans les écoles pour le respect. On s'était rendu compte ces dernières années, que le climat s'était beaucoup dégradé ; il y a eu cette campagne. Est-ce qu'elle a un impact, de l'effet, est-ce que ça marche ?

- "Disons que cette campagne n'aurait pas d'effet si, par ailleurs, tout une série de mesures n'étaient pas prises pour renforcer les équipes pédagogiques, nommer de bons capitaines à la tête des établissements scolaires, transformer la pédagogie pour remotiver les enfants et les jeunes. Mais cette campagne a permis, sur un mode positif, constructif, de dire à chacun que le respect, cela change la vie ; que le respect, cela change l'école et au contraire, que la violence pourrit les rapports humains. Donc, c'est une campagne de non-violence qui, bien sûr, concerne l'école mais s'adresse à l'ensemble de la société. Halte à la violence ! Halte au non-respect ! C'est tellement facile le matin de se dire bonjour, comme le dit D. Pennac, c'est tellement facile de respecter chacun ! Chacun se sentira mieux dans sa peau si chacun se respecte."

Vous avez été l'inventeur, dans les années 80, d'une formule célèbre : "l'exception culturelle", qui a été un peu malmenée ces derniers jours. J.-M. Messier, le patron de Vivendi, dit que c'est une sorte d' "anachronisme à la française". Ce matin, dans Libération, il dit qu'on l'a mal compris, qu'on lui fait un faux procès. Comment regardez-vous tout cela, vous qui êtes quand même au plus près de la culture dans tous ses états, si je puis dire ?

- "Il faut revenir à l'origine. Je crois, en effet, avoir été l'inventeur de cette expression qui n'est peut-être pas la plus harmonieuse qui soit, mais que voulait-elle dire dans les années 81 ? Que la culture, l'éducation, la recherche, le savoir, l'intelligence, l'imagination sont des biens précieux qui font la force et la puissance d'un pays. En même temps, ils sont fragiles et méritent protection, aides, règles spéciales ; c'est ça, l'exception culturelle. Ce sont des politiques publiques, puissantes et je l'espère personnellement, de plus en plus puissantes, pour la culture, l'éducation, la recherche pour la télévision et la radio publiques. Canal + en est un exemple : c'est une exception française."

Canal +, d'ailleurs, finance un quart du cinéma français...

- "Bien sûr, mais Canal + est une exception en soi et le groupe de M. Messier n'existerait donc pas s'il n'avait pas pris appui sur une exception française. Par conséquent, évitons les faux débats. Au-delà des mots, plus que jamais, un pays comme la France doit construire une société de la création, de l'intelligence et de l'imagination ; c'est notre puissance économique, c'est notre identité culturelle."

Que répondez-vous à J.-M. Messier ? Vous lui dites que ce n'est pas à lui de décider ce qui doit être au coeur de la culture française ou qu'il risque de déraper vers un libéralisme excessif ?

- "Il dit que c'est une maladresse ; prenons sa remarque pour telle. Il a en effet, peut-être involontairement, blessé beaucoup de créateurs, d'éducateurs, de chercheurs français engagés dans le combat pour la création, pour la culture. La France ne serait pas la France s'il n'y avait pas cette volonté profonde de placer l'exigence culturelle au premier rang. Ce qui réclame, je le répète des moyens budgétaires, à mon avis, de plus en plus importants, des postes, des crédits mais aussi une volonté publique forte."

Je voulais juste que vous me disiez un mot sur Abu Jamal, ce militant noir dont la peine de mort a finalement été retardée.

- "D'un mot : personnellement, je suis heureux de cette décision, je me bats contre la peine de mort, notamment aux Etats-Unis. Je donne rendez-vous, le 2 mars prochain, à tous ceux qui en France se battent contre la peine de mort. Nous célébrerons, tristement mais de façon déterminée, l'exécution des O. Barnes, qui a été injustement condamné à mort et exécuté par M. Bush."

(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 20 décembre 2001)

Rechercher