Tribune de M. Noël Mamère, candidat de Verts à l'élection présidentielle de 2002, dans "Libération" du 28 décembre 2001, sur sa réaction aux déclarations de Jean-Marie Messier contre le principe de l'exception culturelle protégeant le cinéma français et européen, intitulé "La culture n'est pas une marchandise". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Noël Mamère, candidat de Verts à l'élection présidentielle de 2002, dans "Libération" du 28 décembre 2001, sur sa réaction aux déclarations de Jean-Marie Messier contre le principe de l'exception culturelle protégeant le cinéma français et européen, intitulé "La culture n'est pas une marchandise".

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel.

FRANCE. Les Verts;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : Après les déclarations de Jean-Marie Messier, deux voix en faveur de l'exception culturelle.

Ce nouveau magnat d'Hollywood rêve d'un monde où il n'y aurait plus qu'une idée, qu'une seule émission de télé, qu'un seul CD, qu'un seul film...

Jean-Marie Messier a du culot. Mais il en a les moyens. Après avoir bénéficié durant des années des privilèges attribués à Canal Plus en échange de son apport au cinéma français, voilà qu'il lance un appel depuis New York contre l'exception culturelle et le soi-disant archaïsme de la protection du cinéma européen et français. Ces propos, qui ont scandalisé à juste titre le monde de la culture et de l'audiovisuel, ne sont pas étonnants venant d'un homme qui, au cabinet de Balladur, a organisé la privatisation puis a transformé son groupe en un conglomérat audiovisuel hollywoodien. Ces déclarations sont le produit direct de la fusion Vivendi-Seagram et de l'absorption de Canal Plus par ce nouveau géant mondial. Les risques d'une dérive américaine de cette multinationale étaient perceptibles dès le début de cette aventure. Cette déclaration montre clairement que la politique historique de Canal Plus en faveur du cinéma, politique appuyée sur une réglementation, est aujourd'hui en péril. Cette réglementation est toujours en vigueur et elle est encore du ressort du législateur, dont le pouvoir politique en est le garant. Nous souhaitons que Catherine Tasca la fasse respecter. Ce principe de précaution appliqué au cinéma français passe en premier lieu par la remise en cause de la concession de Canal Plus par le CSA si les déclarations du patron de Vivendi devaient se traduire dans les faits.

Rien n'est recevable dans le message de Jean-Marie Messier. Ce nouveau magnat des studios d'Hollywood rêve d'un monde où il n'y aurait plus qu'une idée, qu'une seule émission de télé, qu'un seul CD, qu'un seul film... sous le label Vivendi. Il a déjà le monopole de l'eau (avec la Lyonnaise); il veut le monopole des esprits et de l'imaginaire collectif. Ne le laissons pas faire. Comme le dit fort justement la Société des réalisateurs français, "le message de Messier n'est plus que celui de la haine pour la création diverse".

La campagne présidentielle sera l'occasion de débattre de nos objectifs en matière de culture et de droit à la communication. Le service public de l'audiovisuel pourrait être un utile rempart contre cette industrialisation de la culture. Celle-ci menace le lien social en mettant en avant les valeurs propres à la société de marché: individualisme, concurrence, chacun pour soi. Commençons par supprimer la publicité dans l'audiovisuel public et alimentons les finances de France Télévision par une taxe sur la publicité des télévisions commerciales; prenons des mesures anticoncentration pour le secteur privé; soutenons la constitution d'un tiers-secteur des médias audiovisuels - ce que nous avons fait voter par l'Assemblée nationale - où les télévisions libres et associatives pourraient recevoir un financement pérenne.

Notre objectif en matière de culture est de nous opposer à l'uniformisation, à la marchandisation, à la standardisation de la culture, de nous battre pour le droit à une vraie diversité culturelle. Pour les Verts, la culture doit faire humanité. Elle est un facteur de liberté et de cohésion sociale. Non, monsieur Messier (dit J6M.com), nous ne capitulerons pas en rase campagne face aux bétonneurs et aux délinquants en col blanc de l'audiovisuel.

Nous devons organiser d'urgence la résistance des créateurs, des producteurs, des acteurs, des salariés de l'audiovisuel et des citoyens, pour la défense de l'exception culturelle. Enfin, et ce n'est pas le moindre des enseignements de cette histoire, cela prouve que la mobilisation des mouvements sociaux contre la mondialisation néo-libérale est plus que jamais décisive. Non, monsieur Messier, le monde n'est pas une marchandise. Un autre monde est possible et nécessaire. Nous voulons choisir notre vie librement sans être obligés de consommer vos produits McDo Hollywood. Et nous allons vous le faire savoir.

(source http://www.noelmamere.eu.org, le 11 février 2002)

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