Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le rôle des maires de la nouvelle "génération terrain", les efforts de la ville de Saint-Denis et de La Réunion pour aider les jeunes et l'aide de l'Etat pour faire face à la situation sociale difficile, Saint-Denis, La Réunion, le 17 mai 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le rôle des maires de la nouvelle "génération terrain", les efforts de la ville de Saint-Denis et de La Réunion pour aider les jeunes et l'aide de l'Etat pour faire face à la situation sociale difficile, Saint-Denis, La Réunion, le 17 mai 2001.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Déplacement de M. Jacques Chirac, Président de la République, à Saint-Denis, La Réunion, le 17 mai 2001

ti : Monsieur le maire,
Monsieur le ministre,
Mesdames et messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Président de l'association des maires,
Messieurs les parlementaires,
Messieurs les présidents du Conseil régional et du Conseil général,
Mesdames et messieurs les élus,
Mes chers amis,

Laissez-moi vous dire tout d'abord l'immense plaisir que j'éprouve aujourd'hui à être ici à Saint-Denis, ville chef-lieu de votre département, première ville française d'outre-mer et naturellement première étape de mon déplacement à La Réunion.

J'ai été, cher René-Paul VICTORIA, profondément sensible à vos paroles amicales, à votre accueil chaleureux et ma joie est grande d'adresser à toutes les Dionysiennes et à tous les Dionysiens un message d'estime, de soutien, mais permettez-moi de le dire, surtout d'affection.

Vous avez, cher Ami, évoqué notre première rencontre, il y a, c'est vrai, vingt-trois ans. Un moment dont je me souviens moi aussi avec une certaine émotion mais également avec une grande fierté à votre égard, quand je mesure le chemin que vous avez parcouru depuis.

Je suis heureux aujourd'hui de vous féliciter pour la confiance que vos concitoyens vous ont manifestée. Ils vous ont désigné pour servir l'intérêt général. Ils vous ont distingué car vous avez su vous montrer proche de leurs préoccupations, parce que vous avez toutes les qualités d'écoute, que je connais, mais aussi de dialogue et de disponibilité, les qualités de cette nouvelle génération qui partout en France arrive, cette "génération terrain" qui fait vivre notre démocratie, une démocratie de service, de proximité, une démocratie du concret. J'ai la conviction que vous saurez garder ces précieuses qualités, que vous les ferez vivre, que vous ne laisserez jamais se creuser un fossé entre la parole, les intentions et la réalité.

Je dis souvent qu'être maire, ce n'est pas une récompense, c'est un service. Je sais que c'est aussi la conception que vous vous faîtes de votre mandat. Vous avez, Monsieur le Maire, l'ambition de faire mieux vivre vos concitoyens dans un cadre remodelé qui réponde mieux, autant que possible, à leurs légitimes attentes. Pour atteindre cet objectif, vous avez la détermination, vous avez le coeur, vous avez une longue expérience de l'engagement associatif, un esprit responsable et ardent. Je vous adresse mes voeux les plus chaleureux de réussite dans l'action que vous allez mener au service de tous sans exception.

Vous commencez votre mandat à la tête d'une ville dynamique, vivante, attachante s'il en est, mais aussi exigeante. Une ville qui a d'incontestables atouts pour jouer un rôle éminent dans le sud de l'océan Indien, en particulier une population talentueuse, unie et solidaire dans sa grande diversité ethnique et culturelle. Une ville qui connaît aussi des problèmes, comme toutes les grandes villes, problèmes accentués sans doute par des handicaps particuliers spécifiques.

Saint-Denis a toujours occupé la position charnière et stratégique qui lui a valu le nom de "clef du beau pays". Fondée en 1669 par le premier Commandant de la Compagnie des Indes, elle deviendra rapidement une ville prospère, théâtre des principaux événements de l'histoire réunionnaise. Offrant l'une des meilleures bases de développement de l'île, mais adossée à une montagne infranchissable à l'ouest, votre ville connaît de fortes contraintes liées à ce contexte géographique et aussi, vous l'avez dit, à une croissance démographique telle que la population s'est multipliée par quatre depuis la départementalisation de 1946. Elle représente aujourd'hui plus de 18 % de la population réunionnaise.

Comme vous l'avez très justement souligné, le plus grand défi à relever est sans aucun doute de répondre à l'impatience naturelle et aux exigences compréhensibles d'une jeunesse nombreuse qui est une force et une chance pour votre ville mais aussi une immense responsabilité et une préoccupation permanente.

Permettez-moi de vous féliciter - et de les saluer- pour la présence du conseil municipal des jeunes, nombreux à l'évidence, qui incarnent, par définition, l'avenir et qui pourront, je n'en doute pas, apporter ce plus de réalisme, de réalité, d'affectivité, qui parfois peut manquer aux responsables pris par les problèmes techniques d'une autre importance. Ce conseil municipal de jeunes, je tiens à lui dire toute ma confiance et toute mon affection.

Pour répondre efficacement à cette population jeune qui réclame légitimement l'égalité des chances et que nous ne devons pas décevoir, il faut mobiliser toutes les énergies et toutes les volontés, notamment dans le cadre de la politique de la ville, pour que Saint-Denis puisse lutter efficacement contre un certain nombre de maux : l'exclusion, le chômage, l'insécurité en surmontant les problèmes du quotidien liés à l'éducation, à la formation, à la culture et au logement.

Donner de l'espérance à cette jeunesse, l'aider à former des projets qui ne soient pas seulement porteurs de rêves mais qui lui donnent l'envie d'aller de l'avant. Aucune piste ne doit être négligée pour l'aider ici à acquérir des formations offrant de réelles possibilités d'emplois, mais aussi, vous l'avez souligné à juste titre, pour l'encourager à la mobilité vers la métropole comme vers les pays de la région, vers ailleurs.

La Réunion a su se doter de remarquables outils de formation. La création récente d'une université, qui accueille plus de 10.000 étudiants, permet désormais aux jeunes Réunionnais, qui le souhaitent, de suivre des cursus variés, sans être contraints de quitter leur île.

Pour que chacun trouve sa voie et bénéficie de la formation la plus appropriée, je sais que des efforts et des expériences originales sont menés grâce à des enseignants de grande qualité qui ont compris qu'il fallait prendre à "bras-le-corps" la lutte contre l'échec scolaire, contre la violence à l'école, qui constituent, hélas souvent, les premières marches vers la marginalisation, la délinquance ou la drogue.
Je pense en particulier à ce premier salon des collèges de la vocation qui s'ouvrira demain, et qui est une belle initiative soutenue par le Conseil général et à laquelle vous avez participé activement, Monsieur le Maire, je le sais, activement. J'ai souhaité avoir cet après-midi une rencontre avec les acteurs de cette manifestation et en premier lieu les collégiens, car il faut agir très tôt pour éveiller les vocations, pour motiver les jeunes autour d'un projet et pour les aider à bâtir leur avenir.

La jeunesse réunionnaise a une originalité qui fait, à la fois, sa force et sa richesse : c'est son appartenance à la France, à l'Europe et à l'Océan Indien, ainsi que sa diversité qui permet à chacun de rester fidèle à ses racines africaine, indienne, arabe, chinoise, européenne, mais en même temps de se sentir pleinement Réunionnais et pleinement Français. Ce sont des atouts réels pour développer les relations dans tous les domaines avec les pays de la région ou rétablir un lien économique avec la terre ancestrale, dans le cadre d'une coopération intelligente et motivante.

Il faut donc encourager les jeunes Réunionnais à la mobilité, vous l'avez dit, Monsieur le Maire, mobilité qui est devenue une nécessité dans un monde en mouvement où chacun doit pouvoir s'adapter, et aussi dans un contexte insulaire où le marché de l'emploi demeure encore limité.

J'approuve sans réserve vos propos sur la formation des jeunes, qui doit s'appuyer sur une politique forte de mobilité à visage humain. Car il est essentiel d'accompagner cette mobilité en réussissant notamment l'insertion de ces jeunes qui viennent en métropole. Je tiens à saluer à cet égard l'action remarquable menée par le Comité National d'Accueil et d'Actions pour les Réunionnais en Mobilité, le CNARM. J'ai eu l'occasion, il y a quelques semaines, d'avoir un échange très utile à Paris avec les responsables de cette association efficace qui avait été fondée par Michel DEBRÉ dont vous l'avez à l'instant rappelé l'épouse vient de nous quitter et je m'associe bien sûr à l'hommage respectueux et affectueux que vous avez bien voulu exprimer au nom, je n'en doute pas, des Réunionnais, pour Michel DEBRÉ et son épouse qui ont tant donné pour votre île. Il est nécessaire en effet de pouvoir offrir en métropole toutes les conditions de succès aux Réunionnais en formation ou à la recherche d'un emploi, en particulier par un accès facilité au logement et au transport.

Il est clair que l'incitation à la mobilité exige parallèlement une amélioration des transports aériens qui permettent à Saint-Denis de conforter son rôle de plate-forme aéroportuaire de dimension régionale et internationale, tout en développant les liaisons avec la métropole et en réduisant leur coût.

Dans ce domaine, les difficultés rencontrées aujourd'hui par AOM, compagnie aérienne née à la Réunion et qui dessert l'ensemble de l'outre-mer, les contraintes imposées à Air Austral pour développer ses dessertes, l'incapacité dans laquelle se trouve Air France de répondre à la demande de la population, tout cela impose une remise à plat rapide des transports aériens à la Réunion et dans l'outre-mer en général.

C'est en effet le devoir de l'Etat de garantir efficacement une circulation libre, facile et adaptée des personnes mais aussi des biens.

Bien évidemment, l'État doit être également à vos côtés dans une relation de partenariat complémentaire de la générosité et de la solidarité, pour dynamiser votre économie, redonner espoir à votre jeunesse, pour aider votre ville à panser ses souffrances sociales. Pour accompagner aussi vos projets visant à lui donner un visage toujours plus accueillant dans un environnement urbain réaménagé et la loi qui a été votée, les décrets qui vont, sans aucun doute je le souhaite, dans ce sens, vous l'avez dit, Monsieur le Maire.

Car Saint-Denis ne doit pas sacrifier la qualité de vie de ses habitants et la préservation de son environnement à son dynamisme économique. Avec un chômage de 25 %, il est vrai inférieur de près de 10 points à la moyenne départementale, votre ville est le lieu, chaque jour, d'une migration alternante d'environ 12 000 personnes entraînant de nombreux embarras de circulation. En matière d'habitat, le coût du foncier est un facteur limitant pour la construction de logements sociaux au centre de la ville. L'exiguïté de l'espace entre mer et montagne contraint la ville à reporter sur le secteur de la montagne ses projets d'extension urbaine. Mais la politique de la ville doit porter en priorité sur les quartiers défavorisés, vous l'avez évoqué, les quartiers aux prises avec l'insécurité, qui n'offrent pas à la jeunesse un cadre dans lequel elle peut s'exprimer et n'offrent pas aux familles la possibilité de s'épanouir. Ici plus qu'ailleurs, la commune et l'État doivent intensifier leur effort dans une politique concertée pour améliorer les conditions de logement, le logement étant un élément indispensable de l'insertion.

Toutes ces difficultés pourront être plus facilement surmontées, je pense, si la Communauté d'Agglomération du Nord, qui regroupe Saint-Denis, Sainte-Marie et Sainte-Suzanne, fonctionne efficacement pour permettre de définir des orientations d'aménagement du territoire et de développement intégré. Je sais, Monsieur le Maire, que vous y êtes attaché.

Je sais aussi que toutes les Dionysiennes et tous les Dionysiens ont l'énergie et la volonté pour réussir, pour faire gagner leur ville et je veux leur redire mon estime et ma confiance.

Par la beauté de ses nombreux bâtiments classés monuments historiques, de ses demeures créoles bien restaurées, par la qualité de ses nombreux équipements publics, qu'il s'agisse d'hôpitaux, de l'université, de lycées classiques et techniques, des équipements sportifs, du conservatoire national de région, de musées, bibliothèques, médiathèque, salles de théâtre et de spectacles, Saint-Denis peut et doit rayonner dans la zone sud de l'océan Indien et y occuper une place tout à fait prépondérante.

Je vous fais confiance, Monsieur le Maire, ainsi qu'à toute votre équipe municipale, pour donner aussi à Saint-Denis sa dimension européenne dans cette région du monde en pleine mutation. Soyez persuadé que j'aurai à coeur de soutenir vos efforts pour y parvenir.


Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

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