Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, et son dialogue aves les étudiants de l'Université de Moscou, sur les priorités de la politique de développement en Russie, les progrès et réformes réalisés par ce pays depuis dix ans, la présence française en Russie et la mondialisations, Moscou, le 2 juillet 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, et son dialogue aves les étudiants de l'Université de Moscou, sur les priorités de la politique de développement en Russie, les progrès et réformes réalisés par ce pays depuis dix ans, la présence française en Russie et la mondialisations, Moscou, le 2 juillet 2001.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Visite de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'Université de Moscou, le 2 juillet 2001

ti : Mesdames et messieurs
Chers collègues,

Nous sommes réunis aujourd'hui dans cette salle pour rencontrer le Président de la République française, M. Jacques CHIRAC. Monsieur le Président, nous vous remercions d'avoir trouvé du temps pour rencontrer les étudiants, les professeurs de l'Université de Moscou.

Le nom du Président CHIRAC est largement connu au-delà de la République française. Son travail public, son travail politique a été reconnu dans de nombreux pays du monde, notamment en Russie.

M. CHIRAC est un partisan du développement de relations mutuellement avantageuses et égales entre la Fédération de Russie et la République française.

Monsieur le Président, l'Université de Moscou entretient des liens scientifiques avec les universités et les centres scientifiques de la République française. Et nous sommes prêts à développer nos échanges culturels et scientifiques. Nous sommes persuadés que cette visite apportera une grande contribution au développement des relations franco-russes.

Et je dois dire qu'à mon sens, M. CHIRAC est largement connu à l'Université de Moscou. Il est connu non seulement grâce à son activité politique, à son activité d'homme d'Etat mais, aussi, il est connu grâce à son attitude particulière vis-à-vis de la culture russe, et tout particulièrement vis-à-vis du génie de la poésie russe, Alexandre POUCHKINE, dont nous avons largement célébré le bicentenaire dans cette salle.

A cette occasion, nous avons fait éditer un livre et nous avons frappé une médaille Pouchkine. On sait bien qu'Alexandre POUCHKINE est souvent venu à l'Université de Moscou et je suis sûr que, tout comme nous, il aurait beaucoup apprécié le fait que le Président de la République française soit très sensible à son oeuvre.

Maintenant, je voudrais passer la parole au Président de la République française, Jacques CHIRAC.

LE PRESIDENT -

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Mes Chers Amis,

Rencontrer les jeunes d'un pays, c'est entendre battre son coeur, c'est mesurer sa force, son élan, sa créativité, c'est ressentir sa générosité, son ouverture, c'est aussi anticiper son avenir. C'est pourquoi je suis profondément heureux de cet échange dans un lieu prestigieux, cette Université de Moscou qui a son identité et qui a aussi une grande, belle et forte histoire. Heureux. Heureux et passionné. Vous le savez, il existe entre la Russie et la France un lien singulier. J'entendais l'autre jour notre astronaute française, Claudie Haigneré, dire qu'à la Cité des Etoiles, elle se sentait en harmonie, en complicité, parce qu'elle était française, avec les cosmonautes russes. C'est bien cela. Il existe entre nous et vous une complicité, une compréhension immédiates, nées de compagnonnages passés, d'émotions spontanément partagées.

C'est donc un pays ami qui vient vers vous. C'est une jeunesse amie qui vous apporte, par ma voix, son salut chaleureux. C'est une nation amie qui suit avec attention les évolutions de votre grande nation.

Si la Russie, peut-être plus que tout autre pays, a connu des heures noires au cours d'un siècle qui fut, à bien des égards, tragique, le chemin qu'elle a parcouru depuis une dizaine d'années impressionne tous les Européens. C'est le chemin de la liberté, un chemin semé d'embûches, de doutes, d'inquiétudes, mais un chemin riche de tous les possibles. Votre pays s'est largement ouvert. Les contacts, notamment avec les autres pays européens, se sont multipliés. Des millions de vos compatriotes voyagent à travers le monde. Une nouvelle société civile russe s'affermit jour après jour. Les fondements d'une économie moderne se mettent peu à peu en place. Par-dessus tout, la démocratie devient votre respiration naturelle.

Bien sûr, la tâche est difficile. Elle n'est pas achevée, nous le savons tous. Mais elle est en bonne voie, pour peu que puissent s'exprimer votre volonté, votre enthousiasme, votre talent.

Vous appartenez à une génération nouvelle, libre de ses choix et responsable de son avenir. Sachez que vos aspirations et les défis auxquels vous êtes confrontés sont partagés par de nombreux autres jeunes Européens. Je voudrais vous en convaincre, avant d'en discuter plus librement avec vous, si vous le voulez bien.

La première priorité, c'est évidemment la consolidation de la démocratie. L'Etat doit être respecté et efficace et il doit faire appliquer la loi. Il est le garant des droits des citoyens et de leurs libertés essentielles, au premier rang desquelles la liberté de s'exprimer et d'être informé, ce qui passe, naturellement, par l'entière liberté de la presse. Vous le savez mieux que quiconque : l'expression libre est le terreau de l'échange, de l'imagination, de la vitalité d'une société. Mieux que quiconque, vous saurez, au cours des années à venir, j'en suis sûr, faire vivre ces libertés et les faire respecter.

Une société ouverte, riche de ses différences, est le meilleur fondement de la démocratie et de la prospérité. Diversité, liberté d'expression, créativité vont de pair. La présence au sein de la Fédération de Russie de peuples, de cultures, de religions différentes est une chance dans le monde d'aujourd'hui. Après avoir été longtemps étouffée, la société civile, une société multiculturelle, renaît, fait entendre sa voix, soutenue par les organisations non gouvernementales qui jouent un rôle croissant. Le déjeuner que j'ai eu tout à l'heure avec des représentants de cette nouvelle société civile m'a confirmé dans cette impression positive.

La deuxième priorité, c'est l'essor d'une économie moderne et maîtrisée. Ce qui est vrai dans le domaine sociétal et politique l'est tout autant dans le domaine économique. Nous savons bien que si l'initiative doit être encouragée, il n'y a pas de développement économique moderne sans un corps de règles communes, respectées par tous. L'économie de marché n'est pas le règne du désordre ni le règne des dérives de toutes sortes.

Votre pays dispose d'un espace immense, d'une population nombreuse, d'importantes ressources naturelles. Ce sont des atouts majeurs pour l'avenir. Mais ils ne sauraient suffire. Il s'agit maintenant de créer les conditions d'une croissance durable et équilibrée, en diversifiant le potentiel économique, par exemple dans les secteurs des services, des sciences et des technologies qui connaissent aujourd'hui des progrès fulgurants. C'est précisément dans ces nouvelles sphères de développement que la Russie valorisera la richesse impressionnante de son patrimoine intellectuel et de sa créativité contemporaine.

L'entrée de la Russie dans l'Organisation mondiale du commerce constituera une étape majeure pour sa pleine intégration dans l'économie mondiale. Elle favorisera la diversification des exportations russes tout autant que les investissements.

Mais le développement durable passe aussi par la création d'un tissu de petites et moyennes entreprises, sources de dynamisme, d'initiatives, porteuses d'emploi. Pour construire ce réseau, il faut que les pays de l'Union européenne poursuivent leur effort soutenu d'investissement en Russie. Il faut ensuite et surtout qu'une vraie formation, défi de ce nouveau siècle, soit donnée à tous les jeunes, parce que tout commence avec le savoir-faire, la qualification, la capacité d'adaptation. Dans ce domaine aussi, la France et les autres pays européens souhaitent partager leur expérience avec la Russie.

L'éducation, la formation, sont bien la troisième priorité. Une éducation ouverte et sans frontières. J'accorde pour ma part une grande attention aux échanges de jeunes. Nos Universités et nos établissements d'enseignement supérieur sont désireux de vous accueillir en nombre croissant. L'agence gouvernementale Edufrance, récemment créée, et dont le premier salon ici a laissé un très bon souvenir, a mis en place de nouveaux mécanismes pour faciliter l'entrée des étudiants étrangers dans nos universités. Même si l'effort doit être amplifié, ces Universités sont désormais prêtes à offrir à ces jeunes étrangers, quelle que soit d'ailleurs leur nationalité, ou quel que soit leur niveau de ressources, la formation qu'ils attendent.

Je sais qu'ici, à l'Université de Moscou, depuis quelque temps déjà, vous utilisez le fonds documentaire de l'Encyclopédie sonore, mise au point grâce à l'initiative conjointe de l'Université de Paris-Nanterre et de la Bibliothèque de littérature étrangère de Moscou.

C'est un instrument formidable et exemplaire à plus d'un titre, qui doit conforter notre capacité à travailler ensemble.

D'autres coopérations, nombreuses, existent en matière de formation, notamment dans des secteurs aussi variés que l'administration publique, la justice, la culture, la gestion des entreprises. Toutes ces disciplines vous sont ouvertes. Vous pourrez ainsi donner une nouvelle dimension à vos études, ouvrir d'autres voies à vos carrières professionnelles et contribuer au développement des échanges et de la coopération entre la Russie et la France.

Nos entreprises, qui sont maintenant à la pointe des progrès technologiques et de la conquête des marchés extérieurs, offrent également de multiples possibilités de stages qui permettront aux jeunes d'acquérir des compétences nouvelles et des expériences enrichissantes.

La quatrième priorité, c'est la sauvegarde de l'environnement et aussi le respect des ressources naturelles, parce qu'une économie moderne est aussi une économie qui intègre la dimension écologique. L'eau, l'air, la forêt, l'énergie ne sont pas inépuisables, nous le savons bien désormais. Les Français, et je m'en réjouis, sont de plus en plus attentifs à ces questions. Mais s'il est un domaine qui ne connaît pas de frontière, c'est bien celui-là. L'environnement est le patrimoine que tous les pays du monde ont en partage, de même que tous les pays du monde sont comptables de l'avenir de notre planète. La Russie doit, elle aussi, relever ce défi et assumer ses responsabilités de grande nation.
Enfin, l'Europe. L'Europe et la Russie, la Russie avec l'Europe. La France est l'un des pays fondateurs de la construction européenne. Elle en est l'un des artisans les plus actifs et les plus décidés, car l'Union européenne est un facteur de paix et de prospérité essentiel à la société internationale d'aujourd'hui, une composante majeure du monde multipolaire que nous appelons de nos voeux. J'ai la conviction que la Russie et l'Union européenne assureront ensemble le développement de notre continent au XXIe siècle, même si votre pays a des intérêts plus larges, c'est vrai. Sans la Russie, qui a souvent incarné la civilisation européenne dans ce qu'elle a de plus achevé, l'Europe serait un continent mutilé, amputé d'une partie de son identité.

Durant le dernier semestre de l'an 2000, la France a exercé la présidence de l'Union européenne. Pendant cette période, des progrès substantiels ont été accomplis dans notre relation de coopération. J'ai eu à cette occasion le plaisir d'accueillir le Président Vladimir POUTINE pour son premier déplacement à Paris en tant que chef de l'Etat russe.

Soyez-en persuadés : nous vivons la même époque charnière, nous partageons un espace commun, nous sommes confrontés aux mêmes enjeux, nous puisons au même héritage. Aucun pays ne peut plus vivre replié sur lui-même. C'est vrai aujourd'hui. Cela le sera encore plus demain. De cette ouverture, de cet élan vers les autres, vous serez à la fois les acteurs et les témoins. Ensemble, nous devons éviter la réapparition de nouvelles lignes de fracture sur notre continent. Ensemble, nous devons nourrir un flux toujours plus riche de coopérations et d'échanges, qui fera de notre partenariat un exemple pour le monde.

Les relations entre nous ne sauraient se résumer aux traditionnels contacts institutionnels entre Etats. Ou aux échanges commerciaux. Elles s'étendent désormais à tous les secteurs de la société, sans exclusive. C'est pourquoi le Président POUTINE et moi-même avons décidé de lancer un groupe de rencontre des société civiles, qui rassemblera des personnalités russes et françaises du monde économique, politique, des arts et des lettres, des sportifs, des scientifiques. Cet espace de rencontre sera source d'initiatives et créera de nouvelles passerelles entre nos deux peuples. Tourné en priorité vers la jeunesse, il suscitera, j'en suis sûr, des idées fécondes et originales pour renouveler, pour enrichir notre relation.

Cette proximité croissante, cette imbrication de nos sociétés entre elles, ne signifient pas, bien entendu, que les nations doivent renoncer à leurs identités ni à leurs traditions. Dans un monde de plus en plus globalisé, la diversité culturelle est de plus en plus essentielle. La France, vous le savez, en est l'avocate inlassable et déterminée. L'uniformité n'est jamais source de progrès. Elle toise l'imagination, elle gomme les différences sans réduire les inégalités. Elle mutile le génie d'une nation. Elle affadit les couleurs de la vie. Moderniser la Russie, ce n'est pas la réduire au plus petit dénominateur commun des peuples. Bien au contraire, votre pays doit apporter sa culture, sa sensibilité, son histoire au monde multipolaire qui émerge. La langue russe, les talents russes, dans tous les domaines, littérature, art, sciences, doivent rayonner. C'est ainsi que la Russie enrichira et l'Europe et le monde.

Vous tous, jeunes et étudiants, il vous revient d'inventer, de créer, de construire. Il vous revient de façonner la Russie, telle que vous l'espérez, telle que vous la rêvez.


Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, la Russie est sur la bonne voie. Je l'ai dit au Président Vladimir Vladimorovitch POUTINE, je vous le redis ici, à l'Université de Moscou : rien ne doit plus détourner la Russie des chemins de la liberté, de la démocratie et de la modernité économique.

La France est et sera à vos côtés pour réaliser cette grande ambition. Une ambition dont vous êtes et dont vous serez les principaux artisans.

A vous toutes et vous tous, Chers Amis, d'inventer dès aujourd'hui la Russie de demain !

Et maintenant, je serai heureux de répondre aux questions que vous voudriez me poser. La parole est à vous !

Vam slovo !


QUESTION - Monsieur le Président, la Russie a parcouru dix ans de transition. Quelle est votre impression personnelle sur le pays tel qu'il est aujourd'hui ?

LE PRESIDENT - Votre pays a connu une période noire. Cela arrive dans leur histoire à tous les pays. Aucune grande nation, dans son histoire, n'a été épargnée par des moments d'épreuves, souvent cruelles, voire sanguinaires. L'important c'est de savoir en sortir. Et pour cela, il faut avoir le génie d'un peuple fort et uni, fondé sur une culture qui donne une ambition.

Depuis dix ans, la Russie s'est engagée sur la voie de la transition. Ce n'était pas une voie facile. Nous sommes obligés de reconnaître que les progrès ont été importants. Avec le Président Boris Nikolaïevith ELTSINE, l'ouverture de la démocratie. La démocratie s'est ouverte, la voie de la démocratie s'est ouverte.

Avec le Président POUTINE, la voie de la réforme économique s'est à son tour ouverte. Alors, naturellement, il y a encore beaucoup d'efforts à faire, mais je me souviens de l'année 1998. J'étais ici, en Russie, et je voyais le pessimisme de beaucoup de jeunes russes, en particulier. C'était la crise. Un pessimisme partagé par les observateurs internationaux les plus compétents. Et, aujourd'hui, ce pessimisme a fait place à un optimisme, un optimisme résolu même s'il est conscient des difficultés.

La situation économique s'est redressée, les comptes sont redevenus en équilibre. Les échanges ont beaucoup progressé. La croissance a été très forte l'année dernière, de l'ordre de 7 %. Elle sera encore forte cette année, de l'ordre de 4 ou 5 %, ce qui fait un peu rêver les pays occidentaux de l'Europe. Et donc, il y a eu sans aucun doute un progrès. Ce progrès, on l'observe également quand on se promène dans les rues de Saint-Pétersbourg ou de Moscou, pour ne citer que ma courte expérience d'hier et d'aujourd'hui.

Il y a encore beaucoup de travail à faire pour progresser vers l'Etat de droit, vers l'approfondissement de la démocratie, vers le respect de toutes les libertés. Mais j'ai le sentiment que c'est, aujourd'hui, une volonté clairement affirmée chez les dirigeants de la Russie. Et je ne vois pas ce qui pourra les arrêter, parce qu'ils s'appuient sur une jeunesse et sur un peuple forts, je le rappelle, d'une culture millénaire et qui apporte des qualités exceptionnelles d'ouverture et de dynamisme au service d'une politique de progrès.

Je souhaite bon vent et bonne chance à la Russie et à la jeunesse russe.

QUESTION - Monsieur le Président, pourquoi est-ce que la présence économique française en Russie est inférieure à celle des autres pays occidentaux ?

LE PRESIDENT - Voilà une affirmation dont je me permets de vous dire, chers amis, qu'elle est un peu contestable. Car il n'est pas exact de dire que la présence économique française est inférieure à celle des autres pays occidentaux. Nous sommes probablement, je n'ai pas les statistiques présentes à l'esprit, derrière l'Allemagne en termes d'échanges et peut-être d'investissements. Nous sommes, j'imagine, à égalité avec l'Italie. Et nous sommes loin devant les autres. Cela, c'est une première réflexion.

La deuxième, c'est que nous sommes tout à fait déterminés à poursuivre et à amplifier à la fois nos investissements et notre commerce avec, et en Russie. Ceci est dans la nature des choses. Nous avons d'ailleurs pris récemment, le gouvernement a pris certaines mesures permettant de faciliter, notamment par les garanties d'assurance-crédit, les investissements français en Russie.

Nous avons, au cours de ces entretiens d'hier et d'aujourd'hui entre les ministres français et leurs homologues russes, conclu un certain nombre d'accords, en particulier dans le domaine de l'énergie, du gaz, et surtout un accord tout à fait essentiel pour un grand partenariat entre l'Europe et la Russie dans le domaine de l'aéronautique et du spatial, qui mettra au premier rang des responsabilités la Russie et la France. Et donc, je souhaite que continuent de se développer nos relations. Mais, en grâce, ne les présentez pas de façon pessimiste. Il y a tout lieu d'être optimiste.
QUESTION - Pourquoi est-il très difficile d'aller en France pour y faire des études ? Par exemple, pourquoi y a-t-il si peu de bourses alors que, pour les étudiants russes, le niveau de la vie en France est très élevé ? Et pourquoi tant d'obstacles avant d'avoir des visas ?

LE PRESIDENT - Là encore, la situation n'est pas aussi noire que vous le dites. Mais elle n'est pas aussi claire que je le souhaiterais. Il y a des efforts qui ont été faits de part et d'autre pour créer et augmenter le nombre des bourses. Il y a des dispositions qui ont été prises pour faciliter la venue des étudiants dans les Universités françaises. Il y a même la gratuité des visas qui a été décidée pour les étudiants venant en France. Néanmoins, ce n'est pas suffisant, je le reconnais bien volontiers, et je souhaite que des efforts supplémentaires soient faits. Je peux vous dire que des discussions sont actuellement en cours, dont l'objectif est précisément d'augmenter le nombre des diverses possibilités pour les étudiants russes dans les universités françaises et pour des étudiants français dans les universités russes. Je dirai, pour conclure sur ce point, qu'il y a là quelque chose de tout à fait essentiel.

On parle toujours de la mondialisation, de la globalisation et, naturellement, on évoque à la fois les avantages, les perspectives de progrès économiques que cette mondialisation permet, mais également les difficultés ou les dangers qu'elle comporte si l'on abuse des choses ou si l'on ne sait pas suffisamment maîtriser les effets de cette mondialisation. Et c'est tout le débat actuel, que l'on voit se dérouler, parfois hélas de façon violente, sur ce sujet de l'adaptation aux conditions modernes de la société.

Mais la mondialisation, ce n'est pas seulement la mondialisation des biens et des services, c'est aussi la mondialisation des esprits. Et, de ce point de vue, on en revient à bien des points de vue en arrière, quand il était légitime et naturel d'étudier, de se former, d'apprendre, d'enseigner dans tous les pays de la vieille Europe. Et, petit à petit, nous voyons bien que, si nous voulons diminuer les ferments de guerre, d'opposition, la méconnaissance des uns et des autres, il faut retrouver cet esprit qui, tout en gardant l'identité de chacun, tout en respectant la culture des uns et des autres, permet de mieux se comprendre, permet de parler, permet de s'apprendre. Et ceci passe notamment par une mobilité plus grande des étudiants et des jeunes en général.

Il serait tout à fait incroyable d'imaginer que notre société moderne aurait permis de faciliter totalement la libre circulation des capitaux, des biens, des services, et qu'elle ne saurait pas rendre possible la libre circulation des hommes, mais surtout des jeunes, pour qu'ensemble, ils apprennent en se comprenant à se parler, ce qui leur évitera demain de se battre.


LE PRESIDENT DE L'UNIVERSITE -

Monsieur le Président, je suis très heureux de vous annoncer que le conseil scientifique de l'Université de Moscou a pris la décision de vous accorder le titre de Docteur honoris causa de l'Université de Moscou.

Nous sommes ravis de constater que parmi les savants, hommes politiques, écrivains, poètes connus dans le monde entier et qui ont été faits Docteur honoris causa de l'Université de Moscou, tels que Goethe, Gogol, Gandhi, ainsi que vos compatriotes Louis Pasteur, le mathématicien Charles Hermite ou l'écrivain Romain Rolland, eh bien, votre nom va figurer aussi parmi ceux qui ont été promus Docteur honoris causa.

Je vous en félicite, je vous souhaite beaucoup de santé et plein de succès dans toutes vos activités.

Monsieur le Président, suivant la tradition de l'Université de Moscou, permettez-moi de vous poser deux questions devant cette assistance.

Etes-vous prêt à défendre toujours les idéaux de paix et de l'amitié entre nos deux peuples ?

Etes-vous prêt à être toujours au service de l'épanouissement de la science et de l'éducation ?

LE PRESIDENT - Oui

LE PRESIDENT DE L'UNIVERSITE - Alors, Monsieur le Président, permettez-moi de vous remettre le diplôme de Docteur honoris causa de l'Université de Moscou.

Le conseil scientifique de l'Université de Moscou, lors de sa réunion du 18 juin 2001, a décidé, pour sa grande contribution au développement des relations franco-russes et de la coopération dans le domaine de l'éducation, de la science et de la culture, d'accorder au Président Jacques CHIRAC le titre de Docteur honoris causa de l'Université de Moscou, qui lui assure les droits et privilèges prévus par la loi et la tradition.

Monsieur le Président, permettez-moi également de vous remettre la médaille Pouchkine. Il y en a eu juste quelques unes et j'aimerais bien aussi vous remettre un livre contenant les autographes de Pouchkine.

Permettez-moi, cher Monsieur Chirac, de vous remercier une fois de plus de votre allocution et de votre excellente réponse aux questions. Je pense que la rencontre d'aujourd'hui permettra de servir à l'approfondissement et à l'élargissement de nos relations.

Vous, les jeunes, l'avenir est à vous.

LE PRESIDENT - Je suis très sensible à ce geste de l'Université de Moscou. Je vous exprime toute ma reconnaissance, à vous, au conseil scientifique de l'Université, naturellement. L'Université de Moscou est l'une des plus prestigieuses universités du monde et c'est pour moi un grand honneur dont je m'efforcerai d'être digne, vous pouvez en être assurés.

Mes réponses, tout à l'heure, n'étaient pas de simple composition. Et je voudrais, surtout en m'adressant à tous les jeunes de l'Université de Moscou, ceux qui sont ici et tous ceux, beaucoup plus nombreux, qui n'y sont pas, leur dire l'amitié et le respect que j'ai pour la grande nation russe, leur grande patrie, toute ma certitude que la Russie est sur la bonne voie, que sa jeunesse peut être optimiste. Tous mes voeux pour l'épanouissement de ces jeunes qui entrent dans un nouveau siècle avec la volonté de servir leur pays et de servir la paix, d'être heureux et épanouis pour l'histoire et de rejeter les guerres meurtrières et inutiles. Qu'ils respectent les règles de la démocratie, qu'ils respectent les règles de l'écologie, qu'ils respectent les règles de l'économie, qu'ils apprennent à mieux se connaître et le monde de demain sera plus heureux que celui d'hier.

Tous mes voeux de bonheur et de réussite à tous les jeunes de l'Université de Moscou.

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