Extraits de la déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur le caractère prioritaire de l'action audiovisuelle extérieure pour la France et la contribution déterminante de M. Jean Stock, président de TV5 et de Canal France international, à son succès, Paris le 11 décembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Extraits de la déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur le caractère prioritaire de l'action audiovisuelle extérieure pour la France et la contribution déterminante de M. Jean Stock, président de TV5 et de Canal France international, à son succès, Paris le 11 décembre 2001.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Remise, par M. Hubert Védrine, des insignes de chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur à M. Jean Stock, président de TV5 et de Canal France International, au ministère des affaires étrangères le 11 décembre 2001 à Paris

ti : Je suis heureux d'accueillir aujourd'hui, au ministère des Affaires étrangères, une grande partie du monde audiovisuel français ainsi que de prestigieux professionnels étrangers pour honorer ensemble Jean Stock, un homme de médias, qui a su accomplir avec succès une mission de service public.

Permettez-moi, en exergue, d'insister sur l'importance que j'attache aux questions qui sont au c¿ur de vos métiers. L'action que conduit le ministère des affaires étrangères, dans des enceintes toujours plus nombreuses, comme tout récemment à Doha, est à la fois politique, économique, juridique et culturelle. En toutes circonstances, l'objectif est le même : défendre les intérêts de la France, promouvoir sa présence, contribuer à son rayonnement. Or, dans un monde globalisé, surmédiatisé, concurrentiel, la diffusion à l'étranger de nos images et plus généralement de nos médias est essentiel. C'est la raison pour laquelle j'insiste tout particulièrement depuis 1997 sur le caractère prioritaire de l'action audiovisuelle extérieure pour la France et que j'ai entrepris de mobiliser non seulement les opérateurs publics, mais aussi tous les acteurs, publics ou privés, qui peuvent renforcer notre présence à l'étranger.

Au Quai d'Orsay, depuis plus de quatre ans, je me suis en particulier efforcé d'établir des relations toujours plus étroites avec les professionnels des chaînes de télévision, avec les producteurs et les distributeurs de programmes audiovisuels regroupés dans TVFI, plus récemment avec les professionnels du disque regroupés dans le bureau export de la musique, demain avec les web producteurs. Notre intérêt commun est bien, en effet, d'accroître la part des ¿uvres françaises sur les marchés mondiaux. Cette politique a été conduite avec un souci permanent de dialogue et de concertation, autour de trois axes que j'avais proposés au gouvernement en 1998 : l'exportation des images, le renforcement de l'instrument TV5/CFI, le soutien au développement international des chaînes thématiques. Le ministère des Affaires étrangères a consenti un effort financier particulièrement important, pour augmenter de façon conséquente (plus de 90 MF) les crédits de l'audiovisuel extérieur, alors que son budget global était loin d'augmenter au même rythme. Je suis donc particulièrement heureux de constater aujourd'hui que cette politique a déjà porté ses premiers fruits, comme par exemple l'augmentation de 87 à 132 millions en trois ans du nombre de foyers pouvant recevoir TV5, ou encore l'augmentation de nos exportations d'images, qui dépassent 800 MF par an.

Jean Stock, vous avez été un artisan déterminant de ce succès en exerçant la présidence commune de TV5 et de Canal France international.

(¿)

Vous débutez votre carrière, comme beaucoup ici, dans les radios pirates. Mais en diffusant des corrigés de devoirs dans votre établissement scolaire, ce qui est moins fréquent. Vous êtes sur les barricades de mai 68, non pas en militant de la rénovation sociale, mais en professionnel en herbe, soucieux de saisir l'événement et surtout d'en rendre compte. Vous vendez un reportage à CBS, (déjà les Américains !) et ce fait d'armes vous ouvre la porte prestigieuse de RTL, sous les auspices de Jean Ferran.

Vous voilà, à RTL, chef des informations pour l'Est de la France. Vous êtes talentueux mais, comme le rappellent Machiavel et Talleyrand, le talent ne suffit pas: il faut de la chance.

Cette chance, ce sera de passer en voiture à côté de Colombey les deux Eglises, le jour de l'annonce de la mort du Général de Gaulle. Vous vous y rendez immédiatement, vous prenez possession de l'école de la commune et de son téléphone et vous faites raconter le Général aux enfants qui, tous, l'avaient croisé. Pendant un mois, vous tenez l'antenne à Colombey.

Votre carrière s'accélère, vous passez à RTL Télévision dont vous présentez le journal. Toujours l'actualité, toujours l'information, mais pas seulement : RTL vous demande de réfléchir sur la diffusion satellitaire, ce qui vous sera bien utile pour la suite. L'actualité vous poursuit : vous passez des vacances en Grèce au moment de la crise de Chypre, vous annoncez le premier la chute des colonels, ce qui vous vaudra un passage en prison.

La technologie avance, l'internationalisation aussi.

En 1989, la CLT vous demande de plancher sur sa programmation pour toute l'Europe, puis vous envoie en 1995 aux Etats-Unis, pour y acheter des programmes. Vous revenez ensuite à Paris au siège d'Havas pour mettre en ¿uvre son développement.

C'est à ce moment que je viens vous proposer de réaliser l'une de vos ambitions, parfois contrecarrée jusque là : vous consacrer à l'exportation audiovisuelle française et francophone. Vous allez enfin pouvoir rééquilibrer le Cosby Show et la Petite Maison dans la prairie que vous aviez acheté pour la CLT.

C'est un moment décisif pour TV5. Le Gouvernement vient d'approuver les orientations que je lui proposais pour TV5 et CFI: l'entreprise a des qualités, mais elle doit se moderniser.

Votre action est précise et rapide. C'est un plan stratégique qui, pour une fois, est effectivement mis en ¿uvre, avec un accompagnement résolu du ministère des Affaires étrangères. Il s'illustre par la régionalisation par continents des signaux, des rendez-vous réguliers d'information, un habillage qui améliore l'image de la chaîne, une présence plus forte dans les pays où TV5 est reçue grâce aux opérations "24 heures". Parallèlement vous réussissez la reprise de Portinvest - le bouquet africain - qui constitue une nouvelle activité de CFI en Afrique.

Dans cette action, vous avez su susciter l'adhésion des équipes de TV5, CFI et Portinvest. Je souhaite saluer ici le travail et l'énergie de celle qui a accompagné vos efforts, Jean, et qui seconde désormais Serge Adda en tant que vice-présidente de TV5 Monde, Marie-Christine Saragosse.

Vous avez établi des relations confiantes avec les chaînes publiques françaises qui sont indispensables à l'approvisionnement en programmes de TV5, ainsi qu'avec les chaînes francophones, en Suisse, en Belgique, au Canada et au Québec. Cette confiance a largement contribué à permettre les décisions mises en oeuvre cet été de confier au pôle parisien de TV5 la gestion de l'ensemble des signaux diffusés dans le monde.

Mais alors qu'il reste tant à faire, l'UER vous sollicite. Vous acceptez à ma demande de rester jusqu'à fin octobre, le temps de réussir la naissance de TV5 Monde, et de permettre de préparer au mieux votre succession.

Serge Adda, grand professionnel de l'audiovisuel extérieur, est maintenant au travail depuis six semaines. Il a déjà présenté, au Canada, aux ministres francophones, les premiers jalons d'une politique novatrice, particulièrement ouverte aux pays du Sud et où l'information aurait une place plus importante.

L'audiovisuel extérieur reste, dans un monde où technologies et positions concurrentielles évoluent sans cesse, un domaine en perpétuel mouvement. Il faut redoubler d'efforts : gagner la bataille des programmes pour TV5; utiliser pleinement le potentiel de CFI; rationaliser l'utilisation de nos moyens grâce à une meilleure synergie entre les opérateurs, à la fois nationaux et à vocation internationale, de radio et télévision - à commencer par France Télévision, Arte, Radio France, RFI ; mettre à profit les possibilités nouvelles des chaînes numériques, par exemple la future chaîne d'information de France Télévision; réfléchir d'urgence à une télévision à destination du public arabophone ; à ce sujet je viens de lancer une mission d'étude pour mieux définir les cibles, et identifier des partenaires, publics et privés.

C'est un défi passionnant, déterminant pour l'influence française, qui doit mobiliser tous les acteurs - pouvoirs publics, diffuseurs, producteurs, ayants droits - pour faire exister dans le monde les images françaises, francophones et bien sûr européennes, sans oublier celles venues du Sud. Je veux ce soir appeler chacun à contribuer à cette mobilisation de toutes les énergies.

Cher Jean, il me reste à vous souhaiter plein succès dans vos nouvelles fonctions, entouré de centaines d'écrans de télévision où apparaissent les images venues de tous les partenaires de l'UER.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 décembre 2001)

Rechercher