Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, au colloque intitulé "Quel avenir pour l'espace", sur le rôle de la France et notamment du Centre national d'études spatiales dans la conquête de l'espace et l'enjeu de la coopération spatiale, Paris le 18 décembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, au colloque intitulé "Quel avenir pour l'espace", sur le rôle de la France et notamment du Centre national d'études spatiales dans la conquête de l'espace et l'enjeu de la coopération spatiale, Paris le 18 décembre 2001.

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FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Intervention de M. Védrine au colloque pour le 40ème anniversaire du Centre national d'études spatiales (CNES), le 18 décembre 2001

ti : "QUEL AVENIR POUR L'ESPACE"

COLLOQUE ORGANISE A L'OCCASION
DU 40EME ANNIVERSAIRE
DU CENTRE NATIONAL D'ETUDES SPATIALES

DISCOURS DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. HUBERT VEDRINE,

(Paris, 18 décembre 2001)

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Je me réjouis tout particulièrement d'être avec vous ce matin pour célébrer le quarantième anniversaire du CNES.

La conquête spatiale - comme l'on disait alors, le terme de "conquête" marque bien le défi - était au début des années soixante une compétition entre les deux superpuissances, dont le moment culminant sera le premier pas sur la lune en 1969.

Aujourd'hui, le contexte de l'aventure spatiale a profondément évolué : la coopération l'emporte désormais largement sur la compétition ; de nouvelles puissances spatiales ont émergé.

La France a joué un rôle actif dans cette évolution. Les questions spatiales sont pour elle un enjeu stratégique, pour défendre ses intérêts dans le domaine de l'observation, des télécommunications, de la télédiffusion, de l'expérimentation scientifique et de bien d'autres encore.

Très tôt, elle a compris l'importance de l'accès à l'espace et y a consacré d'importants moyens budgétaires. Nous avons ainsi pu acquérir progressivement une autonomie réelle, nous donnant les moyens d'assurer notre indépendance et d'exercer une influence internationale. L'espace constitue aujourd'hui le "point haut" ultime, permettant de voir, de communiquer, de guider, comme jadis on contrôlait son territoire à partir du point le plus élevé.

L'affirmation de la France comme grande nation spatiale a donc été un élément de consolidation de son influence dans le monde.

Cette réussite est aussi européenne : la France a fait rapidement le choix de développer des coopérations en Europe et contribué ainsi de manière décisive à l'Europe spatiale qui est l'une des grands succès de la construction européenne.

L'agence spatiale européenne (ESA) était créée en 1975 par la Convention de Paris et, dès 1979, Ariane dotait les pays membres d'un engin de propulsion fiable et autonome.

Hors d'Europe, elle a également soutenu le développement de coopérations internationales dans l'usage de l'espace.

Le CNES a su tisser avec la Russie des liens étroits et anciens de coopération scientifique.

Par ailleurs, nous souhaitons que le grand projet international de ce début de siècle, la station spatiale internationale, soit ouverte plus largement à d'autres coopérations, nommément avec la Chine et l'Inde.

Enfin, les programmes de coopération se sont multipliés avec de très nombreux pays. La France poursuit ainsi un important effort de formation de spécialistes et de techniciens du secteur spatial, avec le soutien financier du ministère des Affaires étrangères, qui associe nos ambassades et le CNES.

Pour autant, la coopération dans ce domaine ne s'impose pas spontanément dans le domaine spatial. Ainsi, dans les télécommunications civiles, la constitution de la première organisation internationale de télécommunications par satellite - Intelsat - avait été précédée de rudes négociations entre les Etats-Unis et l'Europe.

L'espace fait partie de ce que l'on appelle aujourd'hui les biens publics mondiaux au même titre que l'air, les espaces marins hors zones de souveraineté, la connaissance scientifique... biens dont les nations disposent en commun mais dont elles n'ont pas toutes l'usage de manière égale.

La France est particulièrement attachée à ce que l'usage de l'espace extra-atmosphérique soit soumis à des règles internationales équitables, qui le préserve des usages militaires et en fasse un domaine ouvert pour le développement économique et culturel de l'ensemble des pays.

Nous avons ainsi contribué activement à mettre en place une discipline internationale au sein du "Comité pour une utilisation pacifique de l'espace extra-atmosphérique" des Nations unies où est traitée la question des débris spatiaux, dont la multiplication présente désormais des risques pour l'usage même de l'espace. Cette urgence, il faut bien le reconnaître, n'est pas partagée par tous nos partenaires internationaux.

De même, la France s'est prononcée depuis longtemps en faveur d'une prénotification de tous les lancements spatiaux et souhaite l'interdiction du déploiement d'armes dans l'Espace. Nous militons pour le rétablissement, dans le cadre de la "Conférence du désarmement", d'un comité spécial sur la militarisation de l'espace extra-atmosphérique.

Les progrès dans la détermination des règles applicables à l'espace nécessitent une volonté déterminée des Européens. L'espace est un enjeu où la compétition avec les Etats-Unis nécessite une Europe unie, a fortiori à l'heure où la quasi-totalité des lanceurs russes sont passés sous le contrôle des firmes américaines.

La réussite d'Eutelsat, qui a son siège à Paris, et qui dote l'Europe d'une capacité de télédiffusion de première importance, est à cet égard un exemple.

La réussite des programmes Galileo et GMES aura, quant à elle, valeur de test à cet égard.

Galileo devrait permettre à l'Europe d'accéder à l'autonomie dans le domaine du positionnement satellitaire qui est aujourd'hui réservé aux Etats-Unis avec le GPS et à la Russie avec Glonass. Le Conseil européen de Laeken a réaffirmé qu'il attachait une importance stratégique à ce projet et a souhaité qu'une décision sur le financement de la phase de développement puisse intervenir d'ici mars 2002.

GMES, (Global Monitoring for Environment and Security), qui en est à ses premiers pas, permettra à l'Europe de surveiller, par ses propres moyens, les situations écologiques. Ce sera un outil au service de la planète, permettant à l'Europe d'agir plus rapidement et plus efficacement dans les crises humanitaires liées à l'environnement.

La volonté américaine de domination spatiale, dont l'administration fait une pierre angulaire de la puissance des Etats-Unis du XXIème siècle, peut être un défi salutaire : elle devrait inciter les Européens à réfléchir sur le sens de leur engagement commun en matière spatiale..

Or, malgré nos efforts, les Etats-Unis consacrent à l'espace 6 fois plus, en termes d'effort public civil et militaire, que l'Europe.


Mesdames et Messieurs,

Je suis pleinement conscient que l'aventure spatiale française a été, au cours des quarante dernières années, un facteur d'influence et de puissance pour notre pays, au même titre que nos succès industriels dans l'aéronautique, l'industrie ferroviaire, le nucléaire ou encore les résultats obtenus par nos chercheurs en mathématiques, en sciences physiques ou en médecine.

Nombreux, sont les projets en gestation pour les prochaines décennies. La France devra s'y impliquer, soit en participant, soit en veillant à ce que nos intérêts soient préservés. Ces projets seront de moins en moins identifiés à des nations, et de plus en plus à des coopérations internationales. A nous d'y occuper toute notre place.


La conquête de l'Espace séduit l'imagination des hommes. Elle a inspiré des réalisations technologiques audacieuses et nécessité des tractations juridiques et diplomatiques sophistiquées. Continuons. Faisons aussi en sorte que l'usage de l'Espace soit plus équitable dans de nombreux domaines : météorologie, cartographie et positionnement, télécommunication, enseignement télédiffusé, recherche médicale... La politique spatiale est aussi, aujourd'hui, une dimension de notre politique visant à maîtriser la mondialisation.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 décembre 2001)

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