Discours de M. Robert Hue, président du PCF, sur sa candidature à l'élection présidentielle, les enjeux des élections présidentielle et législative 2002, la décision du Conseil constitutionnel de censurer le volet licenciement économique de la loi de modernisation sociale, le libéralisme de la droite, l'apport du PCF au bilan du gouvernement Jospin et le programme électoral du PCF, Nanterre, le 15 janvier 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. Robert Hue, président du PCF, sur sa candidature à l'élection présidentielle, les enjeux des élections présidentielle et législative 2002, la décision du Conseil constitutionnel de censurer le volet licenciement économique de la loi de modernisation sociale, le libéralisme de la droite, l'apport du PCF au bilan du gouvernement Jospin et le programme électoral du PCF, Nanterre, le 15 janvier 2002.

Personnalité, fonction : HUE Robert.

FRANCE. PCF, président

Circonstances : Voeux politiques à Nanterre, le 15 janvier 2002

ti : Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades,

Merci de votre accueil ici, ce soir, à l'hôtel de ville de Nanterre. Merci, en particulier, à Jacqueline Fraysse, qui nous y reçoit, ainsi qu'à mes amis Jacques Brunhes et Michel Duffour, membres du gouvernement, qui nous font l'amitié de leur présence.

Après Patrice Leclerc je veux à mon tour vous présenter mes meilleurs v¿ux pour l'année qui débute. Pour vous, pour celles et ceux qui vous sont chers, et pour l'ensemble des projets que vous formez.
Il en est un, je le sais, qui nous est commun : obtenir, au printemps prochain un bon résultat à l'élection présidentielle, puis aux élections législatives.

Nous sommes à moins de cent jours de la première et, il faut bien le constater, le débat a beaucoup de mal à s'installer sur les enjeux réels du scrutin.
Les deux candidats réputés présidentiables s'observent et ne sont préoccupés que de considérations tactiques, abondamment relayées et commentées, sur le moyen d'entrer en campagne le plus tard possible. Et au fond il ne s'agirait, en avril prochain, que du destin politique personnel de tel ou tel. Dès lors, et fort logiquement si l'on peut dire, le fond n'importerait plus, alors que l'élection présidentielle conditionne très étroitement l'avenir.

Je pèse mes mots : cette façon d'aborder une élection capitale est non seulement décevante, mais surtout extrêmement dangereuse, parce qu'elle contribue à tenir à distance de la politique des millions de Françaises et de Français.

Quant à moi, j'ai choisi d'entrer dans cette campagne en disant à toutes celles et ceux qui vivent dans notre pays : "La France, c'est vous !".

Oui, c'est de cela qu'il doit s'agir exclusivement à l'occasion de l'élection présidentielle et des élections législatives : de la vie quotidienne et de l'avenir des femmes et des hommes qui font la France. C'est de leurs problèmes, de leurs préoccupations, de leurs attentes qu'il faut partir en toute circonstance, pour y faire toujours retour et contribuer à leur ouvrir des perspectives de progrès.

C'est de politique salariale qu'il doit être question, dans un pays où les rémunérations, les minima sociaux, les retraites demeurent "scotchés" quand les produits financiers explosent.
C'est d'action résolue afin de faire reculer le chômage et la précarité qu'il est besoin. Deux domaines où les efforts consentis et les résultats obtenus ces dernières années sont gravement altérés par la multiplication des plans de licenciements, décidés au seul motif qu'il faut plier l'emploi et la vie des salariés aux dogmes de la rentabilité financière.

C'est une lutte déterminée contre les inégalités, les injustices, les discriminations qui minent véritablement la société française qu'il faut se donner les moyens d'engager.
De la même façon dans les rapports internationaux : il n'est pas acceptable, et gravement préjudiciable pour l'avenir même de la civilisation, que quelques puissants le soient toujours davantage et oppriment des milliards d'êtres humains. La mondialisation capitaliste transforme tout en marchandise et renforce partout les dominations et les aliénations.
Oui, c'est bien tout cela qui doit être au c¿ur du débat électoral, et non pas le choix d'un homme prétendument "providentiel".

Il faut avoir le courage de s'attaquer à la logique et aux conséquences désastreuses de la vague ultralibérale. Est-ce que, oui ou non, on va s'y décider ?
C'est ce que je propose, avec la conviction que des millions de Françaises et de Français sont dans cette attente ; qu'ils sont disponibles au dialogue, au rassemblement et à l'action pour opposer à l'ultralibéralisme d'autres choix, fondés sur la satisfaction des besoins humains et non sur les exigences des marchés financiers.

Je vous le dis, cher-e-s ami-e-s et camarades, il y a là un espace politique à investir avec confiance.
Car la réponse à ces questions ne peut pas être de droite. Les Françaises et les Français n'ont pas la mémoire courte : la politique suivie jusqu'en 1997 par le gouvernement Juppé leur a été particulièrement dure, et c'est cependant de la reprendre pour l'aggraver que rêvent les leaders de la droite. Au demeurant, ce qui vient de se passer à propos de la loi de modernisation sociale le confirme avec brutalité.

Par une interprétation particulièrement fallacieuse de la Constitution, le Conseil constitutionnel a pris fait et cause pour le Medef et pour la droite, qui s'en réjouissent bruyamment. En invoquant la "liberté d'entreprendre" et les exigences de la "compétitivité", il a défait d'un trait de plume le travail de la représentation nationale et adressé un puissant encouragement à ceux qui plaident pour l'irresponsabilité sociale des entreprises et, donc, pour la violence dans les rapports sociaux.
J'étais ce matin, avec beaucoup d'autres, à Lyon, pour une manifestation organisée à l'occasion du congrès du Medef.

C'est clair, cher-e-s camarades, très clair : par tous les moyens, par l'action avec les salariés concernés, à laquelle nous sommes disponibles, nous allons nous battre, nous battre avec acharnement afin que le gouvernement ne cède pas à l'injonction réactionnaire que viennent de lui adresser la droite et le baron Seillières.

Le Comité exécutif de notre Parti prendra dans les tout prochains jours des initiatives de riposte appropriées à ce très mauvais coup pour le monde du travail et, en vérité, pour la société tout entière. Marie-George Buffet, notre secrétaire nationale, l'a indiqué avec force dès hier.
C'est vers les salariés, leurs organisations, et l'opinion publique en général que nous allons nous tourner. Pour nous, le dossier n'est pas clos comme on veut en accréditer l'idée depuis ce matin.

Au-delà, la décision du Conseil constitutionnel montre avec éclat que sans le nécessaire courage de remettre en cause les dogmes de l'ultralibéralisme il ne sera pas possible de répondre véritablement aux aspirations, aux besoins criants qu'expriment des millions de nos concitoyens.

C'est bien d'ailleurs ce que nous constatons depuis 1997, et on me donnera acte que je n'ai cessé de mettre en garde le gouvernement sur ce point.
Je l'ai dit à plusieurs reprises, je le confirme : il ne s'agit pas pour autant de renvoyer droite et gauche dos à dos.

La droite, je l'ai rappelé à l'instant, aurait considérablement aggravé le sort de notre peuple si elle était restée en charge des affaires du pays. Et il n'y a aucune ambiguïté : nous sommes résolus à faire tout ce qui peut dépendre de nous pour l'empêcher de reconquérir le pouvoir et d'appliquer son programme de revanche sociale. Je laisse à leurs médiocres calculs politiciens ceux qui s'emploient à décrier droite et gauche avec une égale virulence. Ce "petit jeu" finit toujours, nous le savons d'expérience, par profiter à la droite.

Quant à nous, communistes, nous n'avons nullement à rougir de notre apport au bilan du gouvernement de gauche. Mais à bien des égards - et nous ne l'avons jamais dissimulé - il est loin de nous satisfaire sur bien des points. Parfois, même, nous avons exprimé nos désaccords avec un certain nombre de ses décisions.
C'est que, précisément, elles étaient profondément marquées du manque d'ambition, d'audace, de courage, indispensables pour dépasser les limites de la pensée unique qui gouverne la France depuis trop longtemps.

Depuis trop longtemps on oppose aux hommes et aux femmes qui cherchent des réponses le même refus entêté de contester vraiment les "contraintes" imposées par le règne de l'argent-roi, et les dominations, les aliénations, engendrées par la mondialisation capitaliste.
Il faut savoir dire non aux puissants. Et, inséparablement, il faut savoir écouter les Françaises et les Français, et élaborer avec eux, à partir de leur expérience, de leurs attentes, des solutions radicalement nouvelles.

C'est le sens des propositions que j'ai présentées la semaine dernière, sous la forme de "quatre principes utiles pour une autre politique à gauche".
Ces propositions, je les soumets à la réflexion et au débat. Elles feront l'objet d'un matériel de campagne avec lequel les militantes et militants communistes iront à la rencontre de millions de femmes et d'hommes, de jeunes.
Cette démarche porte un nom : c'est un "contrat progressiste" que je propose à toutes celles, tous ceux qui pensent, avec raison, qu'il peut surgir du neuf et du bien pour eux et pour le pays à l'occasion des scrutins du printemps prochain.

En même temps, je vais m'adresser à eux par le moyen d'une lettre, également diffusée à des millions d'exemplaires, dans laquelle je veux leur dire ce que sont, selon moi, les véritables enjeux des élections présidentielle et législatives.
J'ai parlé de la nécessité d'une "autre politique à gauche". Pour moi elle exige, dans un même mouvement, contestation radicale de l'ultralibéralisme et " audace sociale ".

Oui, audace et choix politiques nouveaux. Des choix politiques enracinés à gauche, avec l'objectif de servir l'épanouissement personnel de chacune et de chacun en faisant un autre usage des moyens considérables aujourd'hui accaparés par la finance, par la bourse et de froids actionnaires, sans aucune utilité sociale.

Je mets ma candidature à la disposition de toutes celles et tous ceux - ils peuvent être des millions - qui ont la conviction qu'il est possible d'emprunter cette voie. Je veux que cette candidature leur soit utile, quel que soit le résultat de l'élection présidentielle. Et si la gauche l'emporte, comme je le souhaite, je veux qu'elle soit utile à la mise en ¿uvre d'une autre politique à gauche. Une politique qui exige alors qu'il y ait davantage de communisme dans la gauche.

Avec notre identité de communistes modernes, ouverts à la diversité de la société, attentifs aux attentes qui s'y expriment, solidaires de celles et ceux qui subissent brimades et discriminations, disponibles en permanence au rassemblement et à l'action, nous avons la capacité de faire grandir et fortifier cette exigence.

Nous pouvons contribuer à donner une nouvelle chance à la gauche.
Vous le sentez bien, cher-e-s ami-es et camardes, je suis convaincu qu'une telle ambition est à notre portée ; à votre portée, les militantes et militants du Parti communiste.
J'en suis d'autant plus convaincu que j'ai ressenti lors des 17 initiatives régionales où j'ai rencontré plus de 10 000 communistes, qu'ils et elles partagent la même conviction.

Ma campagne est déjà engagée. Je ne vais pas cesser de la développer, de multiplier les rencontres, les déplacements, les débats. J'ai la volonté d'y mettre le meilleur de moi-même, et je sais que de très nombreux militantes et militants communistes, des élu-e-s, des candidates et candidats aux législatives veulent faire de même.

Ils et elles veulent participer pleinement à cette grande bataille. Je ne puis, naturellement, que les y encourager. Je le fais en sachant pouvoir compter sur leur engagement.
Et je souhaite qu'ensemble, comme c'est possible, nous obtenions de bons résultats à l'élection présidentielle et aux élections législatives avec, dans ce département des Hauts-de-Seine, la réélection de Jacqueline Fraysse, de Janine Jambu et de Jacques Brunhes.

Encore une fois, excellente année à vous toutes et à vous tous.

Je vous remercie de votre attention.


(source http://www.roberthue2002.net, le 18 janvier 2002)

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