Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, candidat du Mouvement des citoyens à l'élection présidentielle 2002, dans "La Dépêche du midi" le 14 janvier 2002, sur les mesures à prendre contre les risques industriels, sur l'euro, sur la cohabitation Chirac-Jospin, et sur l'idée républicaine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, candidat du Mouvement des citoyens à l'élection présidentielle 2002, dans "La Dépêche du midi" le 14 janvier 2002, sur les mesures à prendre contre les risques industriels, sur l'euro, sur la cohabitation Chirac-Jospin, et sur l'idée républicaine.

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre, BEDEI Jean-Pierre.

FRANCE. Mouvement des citoyens, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : Que proposez-vous pour réduire les risques industriels ?

Jean-Pierre Chevènement :
Ma pensée va d'abord aux victimes de la catastrophe d'AZF. Je suis choqué par la longueur et la lourdeur des procédures. C'est pourquoi je propose que l'Etat fasse l'avance pour les travaux d'urgence tout en exerçant une forte pression sur les compagnies d'assurance. Sur le fond, j'entends me garder de toute démagogie. Le risque zéro n'existe pas, ni en matière industrielle ni dans aucun autre domaine. Accepter le principe du déplacement de toutes les industries "-à risques-", loin des agglomérations, équivaudrait, dans le contexte de la mondialisation libérale, à accélérer leur délocalisation à l'étranger et pourrait précipiter la désindustrialisation de notre pays déjà acquise pour l'essentiel dans le textile, le cuir, la machine-outil et en cours pour l'électronique. Le PDG d'Alcatel ne parle-t-il pas " d'entreprises sans usine " ? Il faut donc consentir un énorme effort de sécurisation par une résistance accrue des bâtiments à l'effet de souffle, par l'isolation des locaux en cas de nuages toxiques. Soit on peut déplacer, dans des conditions convenables, certaines entreprises, soit il faut favoriser, par des dispositions incitatives, la réinstallation des gens qui habitent à proximité d'usines qui peuvent comporter un danger pour la sécurité. Enfin, il faut veiller à ce que les espaces ainsi libérés ne soient pas réurbanisés.


Vous aviez demandé à ce qu'on surseoie à l'introduction de l'euro. Or la mise en place de la monnaie unique s'est bien passée. Vous vous êtes lourdement trompé ?

Il y a une réussite technique dont le mérite revient aux forces de sécurité, aux convoyeurs de fonds, aux employés de banque et aux commerçants qui supportent la charge des opérations de change. Je renouvelle ma proposition afin qu'on accorde à ces derniers une déduction de mille euros sur la TVA. Mais une réussite technique ne valide pas pour autant au fond un projet. Le pont de la rivière Kwaï était une remarquable réussite technique ! La question majeure est de savoir si l'euro va nous aider ou non à surmonter les risques de récession qui se sont déjà concrétisés aux Etats-Unis, au Japon, en Allemagne.


N'a-t-il pas déjà commencé à le faire ?

L'euro qui existe depuis deux ans nous a certes protégés contre des dévaluations compétitives mais il n'a pas empêché la contagion de la récession américaine sur les économies européennes. Les hausses de prix observées et surtout les taux d'intérêt trop élevés maintenus par la Banque Centrale Européenne accroissent les risques de ralentissement de l'activité économique. Mais la question de fond est ailleurs : elle touche à la démocratie. Le traité de Maastricht a confié tous les pouvoirs à une banque centrale européenne indépendante du suffrage universel et donc hors du contrôle des citoyens. Cette institution n'est chargée que de lutter contre l'inflation qui est devenue très faible et nullement de soutenir la croissance et l'emploi. Il faudrait donner à la Banque centrale européenne les mêmes pouvoirs qu'au Federal Reserve Board américain pour baisser les taux d'intérêt. C'est ce que je proposerai : la réforme des dispositions du traité de Maastricht qui nous empêchent de conduire une relance à l'échelle de celle des Etats-Unis (100 milliards de dollars injectés en 2001 dans l'économie).


Ces derniers temps, vous semblez attaquer davantage Chirac. Pour vous, Chirac et Jospin, est-ce encore bonnet blanc et blanc bonnet ?

C'est ce que j'appelle le système du pareil au même. Sur les décisions essentielles, ils ont été d'accord depuis le traité de Maastricht et pour l'avenir aussi : Constitution européenne qui réduirait la France au rang de région, indépendance des Parquets qui empêche toute politique de répression pénale cohérente, etc, etc. Le clivage droite-gauche existe depuis deux siècles. Mais son contenu est en évolution permanente. La nation était à gauche au XIXème siècle ; elle est passée à droite au début du XXème, et on s'est réconcilié sur ce thème dans la Résistance et à la Libération. La bipolarité, je connais. Mais je mesure aussi le chemin parcouru depuis vingt ans. Aujourd'hui, la gauche est à bout de souffle, le PS est redevenu un " parti de système ". Son programme reste " un couteau sans manche auquel il manque la lame ". Quant à Chirac, il a liquidé l'héritage du général de Gaulle, et l'UEM n'est rien d'autre qu'un parti de droite libéral-mondialiste. Leur opposition est une fausse fenêtre. On nous enferme dans un système binaire illusoire entre J. Chirac et L. Jospin, car il n'offre en fait aucun choix véritable.


Mais qu'est-ce qui fait clivage alors aujourd'hui ?

L'idée républicaine : c'est là dessus qu'on peut redonner sens à l'avenir de la France ; redressement de l'Ecole ; politique cohérente de sécurité ; revalorisation du travail ; nouvelle alliance entre un Etat reformé ; des entreprises " citoyennes " et un monde du travail conscientisé, motivé et intéressé au développement ; une Europe refondée dans la démocratie et prolongeant les nations sans s'y substituer ; priorité au Sud en matière de politique étrangère, car là sont les problèmes !


Mais vous ne pouvez pas prétendre être le seul à défendre la République et à avoir le sens de l'Etat ?

L'idée républicaine représente la seule véritable alternative à la pensée unique qu'incarnent les deux sortants et qui n'est rien d'autre que l'idéologie de la mondialisation libérale. Les autres candidats sont soit des rabatteurs de voix qui portent déjà la casaque de l'un ou l'autre des sortants, soit, comme Laguiller et Le Pen des trappes à voix qui stériliseront les votes de ceux qui se prononceront pour eux. Je suis le seul à pouvoir rassembler des citoyens venant de la droite et de la gauche sur une ligne de renouvellement républicain.


Le pôle républicain que vous avez lancé n'éclatera-t-il pas entre les deux tours quand vous devrez vous reporter en faveur de Chirac ou de Jospin ?

Il n'a aucune chance d'éclater car je serai présent au second tour. Ce pôle républicain est destiné à structurer la vie politique française dans les années qui viennent. Ce qui rassemble ces femmes et ces hommes aux parcours et aux horizons différents, l'amour de la République qui est aussi l'amour de la France, est plus fort que ce qui les différencie.


Propos recueillis par JEAN-PIERRE BEDEI

(Source http://www.chevènement2002.net, le 18 janvier 2002)

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